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Les Étals de rAiicmagnc. — L'Empire ^Reich

Allemand (450.000 km- environ) est une République (Volkstaat) à tendances de plus en plus unitaires, qui comprend 18 Pays {Lœnder), d'étendue et de population [es inégales :

population (d'après le recensement superficie de 1910)

Prusse 263.000 km- 32.000.000 hab.

Bavière 76.000 — 7.000.000 —

Saxe ...... 15.000 — 5.000.000 —

WuttTEMBEU). . . . 19.500 — 2. 500. 000 —

Bade 15.000 — 2.150.000 —

THURiKr,E 12.000 — 1.500.000 —

Hesse 7.700 — 1.300.000 —

Hambourg 415 — 1.000.000 —

Megklembourg-

Sghweuin .... 13.000 — 640.000 —

Brunswick 3.700 — 500.000 —

Oldenbourg .... 6.500 — 483.000 —

Anhalt ...... 2.300 — 331.000 —

Brème 256 — 300.000 —

Lippe 1.213 — 150.000 —

Lubeck 298 — 116.000 —

Mecklembourg-Stre-

LiTz 3.000 — 106.000 —

Waldeck • 1.120 — 61.000 —

Schaumbourg lippe . 340 — 46.000 —

3. — Le développement écouomiqne de l'Alleiunn^ne et «es facteurs. — A la tin du XLK® siècle, l'Allemagne a subi une transformation économique radicale. 11 n'y a guère

plus de cinquante ans, l'Allemagne était encore avant tout un pays agricole, que la médiocre fertilité de son sol condamnait à n'occuperjamais qu'un rang secondaire parmi les pays producteurs de denrées alimentaires. L'industrie ne venait que tout à fait à l'arrière-plan ; mais, depuis la guerre de 1870 et l'unification de l'Allemagne, cette industrie a pris un essor prodigieux auquel a répondu une extraordinaire activité du commerce et de la navigation.

Quels ont donc été les fadeurs de ce développement économique rapide d'un pays autrefois très pauvre?

Il faut sans doute tenir grand compte de Vunification df* V Allemagne, qui a permis à ce pays, jusque-là si morcelé, de grouper ses forces en un solide faisceau. Il ne faut pas négliger non plus les qualités de sérieux, de patience, de ténacité, de méthode, d'une nation qui voit s'accroître rapidement le chiffre de sa population et qui dispose par conséquent d'une main-d'œuvre abondante. Enfin il faut tenir compte de la richesse de l'Allemagne en houille, utilisée comme combustible, productrice de force motrice et matière des industries chimiques, en potasse, ce qui permit l'industrialisation de la culture, en voies navigables intérieures.

Les hommes qui entreprirent la lourde tâche de faire de l'Allemagne une grande puissance économique se tracèrent le programme suivant (d'après F. DELAI^I) :

1° Rapprocher les usines de la rner par le perfectionnement du magnifique réseau de voies navigables, ainsi que par de nombreuses voies ferrées;

2° Compenser l'infériorité de la position géogi-aphiquo par la supériorité d'un outillage et de méthodes vraimei scientifiques ;

3" Organiser un marché financier qui prêterait aux entreprises les fonds nécessaires à l'acquisition et à l'entretien de cet outillage coûteux;

4° S'assurer par des lois sociales une main-d'œuvr docile:

5° Par la création de grands ports et d'une puissante marine^ permettro an producteur allemand de porter

partout ses produits, auxquel on ouvrirait par la diplomatie ou par les armes les principaux marchés du monde.

4. — Agi-îcHiture. — L'agriculture allemande a profité dans une large mesure de ces améliorations.

Elle trouvait en Allemagne de médiocres coiiditions naturelles. Cependant, grâce au patient labeur de colonisation qui se poursuit depuis plusieurs siècles, une faible partie seulement du sol est improductif : 9,5 p. 100 contre 14,3 en France (chiffres d'avant-guerre) ; les champs occupent près de la moitié du territoire (48,7 p. lOOj et les/>â/Mrap'es 16 p. 100; mais sur bien des points (geest, laudes, sables de l'E de l'Elbe, Haute-Bavière), ce sol est de fertilité très faible; les forêts couvrent encore plus du 1/4 (25,8 p. 100) de la superficie de l'AIlomagne \fig. p. 228).

L'agriculture allemande, « sentant l'infériorité de son sol, s'adressa au grand facteur qui avait mis l'industrie allemande iiors de pair : la Science. Des universités, comme celle de Halle, au cœur du pays saxon, se firent une spécialité de cours agricoles. Les professeurs, minéralogistes, chimistes et botanistes, • laborèrent des méthodes scientifiques de culture, qu'ils éprouvèrent sur les immenses domaines complaisamment prêtés par les propriétaires voisins; les expériences du laboratoire furent contrôlées, souvent même guidées par l'expérience des hommes pratiques. Les grands propriétaires prennent maintenant dans ces Universités leurs gérants; les moyens propriétaires y suivent eux-mêmes des cours, mi-paysans, mi-étudiants; les petits tenanciers copient les procédés de culture de leurs voisins. » (Delaisi.)

Plus delà moitié des terres labourables est consacrée a la culture des céréales. Mais ce sont les céréales pauvres, seigle (110 millions de qx avant la guerre, contre 13 en France), et avoine (80 millions de qx contre 50en France; qui dominent. La culture de Vorge, employée pour la fabrication de la bière, est importante aussi (30 millions de qx, le triple de la France). En revanche, peu de blé : 41 millions de qx, contre 86 millions en France et

870 millions dans le monde. L'Allemagne était obligée d'importer annuellement pour 1.600 millions de fr. de céréales.

La culture de la pomme de terre, qui joue un gran 1 rôle dans l'alimentation allemande et se contente d'un sol médiocre, tient une large place en Allemagne : 50 millions de t. annuellement, contre 13 en France. La pomme de terre est, dans la plaine de l'Allemagne du Nord, cultivée en vue de la fabrication de Valcool.

Parmi les pays producteurs de betterave à sucre, l'Allemagne occupe le preynier rang. Les terres fertiles des Bœrde, engiaissées encore à l'aide des guanos du Pérou, des salpêtres du Chili, des sels potassiques de Stass-

furt, et des scories de déphosphoralion des hauts fourneaux, sont d'immenses champsde betterave. Sur environ 35 millions de t. de betterave à sucre récoltés dans le monde avant la guerre, l'Allemagne en foui-nissait plus de 14 millions, laissant loin derrière elle la Russie, i'Autriche -Ilonarrie et la

^p5 et %^^^

Fig. 74. — Répartilion du sol en Allemagne, vers 1910.

France.

Les principales cultures industrielles sont le tabac [double de la production française) elle hoicblon, dont on s'explique l'importance dans ce pays de buveurs de bière.

La vi-gne ne réussit que dans les régions bien exposées de l'Allemagne occidentale (Rheingau, vallée de la Moselle, Wurlembergi, et la production viticole de TAllemagne n'atteint pas le l/iO de celle de l'a France.

L'élevage est florissant sur les pentes des montagnes et dans les grasses prairies des marschen de l'Allemagne du

Nord. L'élevage des bf'les à cornes (20 millions de tctes contre 14 en Fiance), celui àQs chevaux, celui des porcs (22 millions, 7 en France), tiennent la première place ; l'élevage diimoiiton a diminué en raison de la concurrence des laines de l'Argentine et de l'Australasie.

Les foréls, dontl'exploitation méthodique est une source appréciable de revenus, se trouvent surtout sur les pentes des Alpes, de la Forèt-Noire et des montagnes de l'Allemagne moyenne. L'Allemagne du Nord a ses bois de pins et de sapins dans les régions les plus fertiles.

L'agriculture allemande, qui a fait de grands progrès grâce aux méthodes scientifiques, est dangereusement endettée, car Tapplication de ces méthodes nouvelles a été coûteuse, et les proprié laires ont dû faire appel aux capitaux des banques hypothécaires ; elle est en conflit avec l'industrie, qui demande l'abaissement des droits de douane, alors que les agraiicns sollicitent une aggravation du régime protectionniste, afin de se protéger contre la concurrence des pays neufs. La cri.se agraire était avant la guerre un des gros problèmes qui sollicitaient l'attention des pouvoirs publies.

5.— Industrie [fig. p. 231). — La richesse du sous-sol en houille et en minerais divers a été la condition du développement industriel de l'Allemagne. Charbon et métaux se trouvent en grande quantité sur les bords — et surtout sur le bord septentrional — des hauteurs de l'Allemagne moyenne.

Pour !;» production houillère, l'Allemagne venait en 1913 au 3^ rang dans le monde, après les États Unis et l'Angleterre. Elle extrayait de son sol 192 millions de t. de houille Krance : 41) et 87 millions de t. de lignite. Elle pouvait ainsi exporter annuellement pour 300 millions de fr. de houille de plus qu'elle n'en importait, alors que la France était obligée d'en achètera l'étranger pour 450 millions de fr. Cette houille était fournie par les bassins suivants, classés par ordre d'importance : bassin rhénan-westphalien, bassin silésien, bassin de la Sarre, bassin saxon.

Pour ce qui est du minerai de fer, l'issue de la guerre a changé du tout au tout la situation de l'Allemagne.

La frontière de 1871 avait été dessinée do façon à donner ;> l'Allemagne la partie essentielle des riches gisements miniei ~ de la Lorraine; mais à la fin du xix" siècle on découvrit, entre Lôngwy et Driey, la prolongation des couches du hassin de Thion ville, et l'application du procédé Gilchrist-Thomas permit d'utiliser ces minerais très phosphoreux. Dès lors les métallurgistes allemands révèrent de réparer leur erreur de 1871 en mettant la main sur les bassins de Briej-Longwj ; les résultats de la guerre ont trompé leur attente.

En 1913 l'Allemagne possédait plusieurs gisements de fer, qui se trouvaient en général au voisinage des gisements carbonifères (Lorraine, bassin rhénan westphalien, Silésie) ; elle en tirait 28 millions de t. de minerai de fer, dont 21 pour la seule Lorraine; elle devait importer en outre 22 millions de t. de minerai (Luxembourg, Suède, France, Espagne, etc.). La perle de la Lorraine lui enlève donc les 3/4 de ses disponibilités, et la met danslétroite dépendance du minerai français (21 millions de t. en 1913, auxquelles s'ajoute maintenant la production de l'ancienne Lorraine annexée).

En 1 913 l'Allemagne produisait /7 millions de t. de fonte, (Etats-Unis 81, Angleterre 10, France 5) et /? millions de t. 6/ acier (Etals-Unis 31, Angleterre 7, France 5). C'était donc la seconde puissance métallurgique du globe, avec des industries particulièrement actives dans les régions lorraine, rhéna^ie-westphalienne, silésienne.

La production métallurgique allemande avait quadruplé de 1872 à 1900, tandis que celle de l'Angleterre augmentait seulement de 30 p. 100. La perte de la Lorraine, et d'une partie de la Silésie, va porter un rude coup à cette supériorité de l'Allemagne dans le domaine métallurgique ; ses moyens de guerre en seront diminués d'autant.

Quoique moins importante, la production des autres mélaux a sa valeur. Pour le zinc (llaute-Silésie), l'Allemagne venait en 1913au2^ rang dans le monde (280.000 t. sur un total mondial d'un million de t. ; Etats Unis, 320.000 t.; Belgique, 200.000; France, 70.000;. Pour lo plomb, l'Allemagne venait au S'' rang, après les' Etals- Unis et l'Espagne. Le cwî'ure et Tar^en/ sont également travaillés sur divers points de l'Allemagne.

L'ensemble des industries extractives et métallurgiques occupait en Allemagne près de 2 millions d'ouvriers.

Les industries chimiques se sont développées avec une extrême rapidité, grâce à l'utilisation des sous-produits de la distillation de la houille et à l'emploi des sels minéraux comme engrais agricoles. Elle est donc concentrée au voi-

Fig. 75. — Les grandes régions industrielles de l'Allemagne.

sinage des bassins houillers (surtout de la région rhénane) et des gisements salins du Harz. L'Allemagne tient la tête pour les industries chimiques, et aussi pour XQ^industries électriques, dont les principaux centres sont Nuremberg et Berlin.

Les industries agricoles sont très prospères : brasseries bavaroises, distilleries d'alcool de pommes de terre, et surtout sucreries. L'industrie sucrière allemande équivalait en 1913 à celles de la France et de l'Autriche-Hongrie

réaiiies, et l'Allemagne ne consommait que le tiers du sucre qu'elle produisait.

Les industries textiles, quoiqu'elles aient fait de grands progrès, tiennent bien moins de place en Allemagne que les industries métallurgiques, minières et agricoles. Elles occupent cependant près d'un million d'ouvriers.

Uindustrie cotonnière est pratiquée surtout dans les régions rhénane (Elberfeld, Diisseldorf; et saxonne (Chemnitz, Zwickau). L'Allemagne importait moitié moins de coton que lAngleterre, mais deux fois plus que la France: pour 800 millions de fr. en 1913. Ses manufactures utilisaient 650 000 t. de coton (Étals-Unis i. 200.000, Angleterre l million, France 330.000); l'exportation annuelle de coton manufacturé (450 millions de (v. d'excédent sur l'importation) était beaucoup moindre que celle de l'Angleterre (3 milliards de fr.), et très supérieure à celle de la France (300 millions).

Vinduslrië de la laine avait ses principaux foyers en Saxe et en Silésie. On estimait avant la guerre à ^00.000 t. le poids de la laine lavée consommée par les manufactures allemandes (290.000 en Angleterre, 260.000 en France, 220.000 aux États-Unis). En ce qui concerne l'exportation des lainages, l'excédent sur l'importation atteignait3o0 millions de fr. en Allemagne (560 en Angleterre, 170 en France).

Bien qu'elle ne produise pas de soie brute, l'Allemagne a d'importantes manufactures de soie dans la région de Krefeld ; avant la guerre l'exportation des tissus et rubans de soie (excédent sur l'importation : 250 millions de fr.) ne \q cédait en Europe quà celle de la France (300 millions).

L'ensemble de la production industrielle de l'Allemagne était évalué vers 1910 à plus de 15 milliards de fr. par an, et ce chiffre tendait de plus en plus à s'accroitre. « Aussi la fraction de la population qui s'occupe de commerce et d'industrie s'accroît énormément. Klle a passé, dans le court espace de temps compris entre 1882 et 1895, de 6,4 p. 100 à 10,6 p. 100 de la population totale. » ^GoNN.vRD.) U Allemagne, autrefois Etat agraire^ est devenue un Etat industriel.

L ALLEJJÂGNE

l'indnslrie allemniide, maigre sa brillante apparence, recelai l la même cause de faiblesse que l'agriculture allemande : elle était endettée, elle reposait trop exclusivement sur le crédit. Ses monstrueuses usines étaient commanditées par des banques industrielles et celles ci, à leur tour, avaient emprunté leurs capitaux, pour une large part, aux banques étrangères.

Fig. 76. — Les voies navigables de l'Allemagne.

6, — Voies de coniniunication et ports. — Pour faciliter à l'intérieur du pays la circulation des matières premières, du combustible et des produits fabriqués, ainsi que pour leur assurer un débouché au dehors, rAllemagne a développé dans une large mesure ses voies de communication et ses moyens de transport : ses voies navigables, son réseau ferré, sa marine rnarchande, ses ports de commerce comptent parmi les plus importants de lEurope et peuvent être, à bien des égards, cités comme modèles.

L'ense.able des voies navigables d=rAl!emagQe('//p' p. 233) forme un réseau &t près de I4.0u0 km de longueur, dans lequel les rivières (^Rhin, Wescr, Elbe, Oder, Danube)

dominent, et où les canaux ne figurent que pour une faible pari.

ïoules ces rivières ont été régularisées : le Rhin a été raccourci de 72 km entre Bile etMayence {fig. p. 234), des épis (digues transversales) ont contribué à rétrécir et à approfondir son lit ; pour faciliter la traversée du massif schisteux, on a fait sauter les écueils et régularisé les seuils

Fig 77. — Régularisation du Rhin entre Germersheim et Spire.

Les villages et les bourgs sont sur les tarrasses qui dominent le Rliin, et non sur le fleuve lui-même.

rocheux. De 1880 à 1910 plus d'un milliard a été dépensé pour la « construction » des fleuves.

Le matériel de navigation a été adapté au milieu : on a remplacé, sur ces fleuves de faible piofondeur, pauvres en eau pendant l'été, les bateaux profonds et étroits par les longs et larges chalands en acier qui peuvent, malgré leur faible tirant d'eau, recevoir une lourde cargaison (celle d'un train de marchandises). Des bateaux briseglaces ont rendu libre l'accès de Hambourg pendant les 40 jours que rKlbc est entièrement gelée.

Malheureusement, le re'seau navigable allemand forme actuellement deux systê77îes isolés : dans l'VV et le S, le système Ems-Rhin- Danube, dont l'unité est re'alisée parle canal Dorlmund-Ems et le canal Louis, et dont la valeur sera singulièrement rehaussée par les travaux en cours sur le Main et le canal Louis, travaux dont l'achèvement créera une grande voie navigable de Rotterdam à la mer Noire; h l'E, le système Elbe-Oder-\istide-Niémen, dans lequel les fleuves sont reliés par leurs affluents de droite et par de courts canaux. La liaison entre les deux systèmes sera assurée par le Mittelland-Kanal qui joindra l'Elbe au Rhin, et par les futurs canaux qui rattacheront l'Elbe et l'Oder au Danube moyen.

Le mouvement de la battellerie allemande est extrêmement actif ; il dépassait avant la guerre 10 milliards de tonnes kilornétriques, c'est-à-dire plus du double du mouvement de la batellerie française. La proportiou du trafic par eau au trafic par fer était en Allemagne de 1 à 3, et en France de 1 à 4 seulement.

Le réseau ferré de l'Allemagne {fig. p. 236) était en 1913 le plus étendu de l'Europe (62.000 km); il dépassait en longueur même celui de l'immense Russie (sans la Finlande), et ses mailles se resserraient chaque jour. Exploité directement, en général, par les Etats allemands, 7noins centralisé que celui de la France, il s'adapte mieux à la multiplicité et a la variété des directions du trafic.

Les principaux nœuds de voies ferrées sont Cologne, Berlin, Leipzig et Francfort. Parmi les innombrables voies ferrées allemandes, on peut en distinguer quatre qui ont un caractère plus spécialement international :

10 DelWàlE:

Paris-Pétersbourg, par Cologne et Berlin ;

Paris-Prague-Bucarest, par Nuremberg;

Paris-Cotstantinople, (Express-Orient) , par Stuttgart et Munich ;

2° Du N au S :

Stettin ou Hamhourg-Brenner-ltalie, par Berlin, Leipzig et Munich.

Chemins de fer et voies navigables sont étroitement reliés au moyen de gares d'eau : les trains viennent suppléer les fleuves

iiu point OÙ ceux-ci cessent dôLro accessibles aux grosses péniches. J''n treize ans, à la suite de travaux dans le Mnin, Francfort a vil son trafic par eau passer de 93.000 t. à 1.200.000 t. .Mais dans le même temps le commerce par chemin de fer avait triplé. »

(Delaisi).

Bien que la nature et la configuration de son littoral soient assez peu favorables, l'Allemagne a su en tirer un

Fi^. 78. — Les principales voies ferrées de l'Aile nia one.

merveilleux parti. Elle a cre'é de grands poris au ui-bouché des fleuves qui facilitent l'accès de Tarrière-pays. Les principaux sont Hambourg (:29 millions de tx. en 1913), Brème (}),Stc(tui (4).

De lb97 à 1906. on estime à 1.250 millions de fr. la somme dépensée par l'Allemagne pour ramcliorali<»n de ses ports de commerce. Aussi élaienl-ils — surtout Ilanibnurg et Brème — parmi le.s poits européens dont le tonnage avait subi ia plus

forlf atiiruio'iiM! ion.

L ALLF.MA ÎNE 237

Dans tous ces ports la parî du pavillon allemand éidiL très large ets'accroissait sans cesse. La marine marchande allemande, inférieure en 1870 à la naarine marchande française, n'était' plus dépassée avant la guerre que par la marine anglaise et par celle des Etats-Unis; elle était double de la flolle française, avec près d' 5 000 navires (les 3/4 dans la Mer du Nord), jaugeant plus de 3 millions de t. ; ses grandes Compagnies do navigation {[{a^Jiburg- Amerika^ Norddeulscher Lloyd de Brème) possédaient quelques-uns des plus beaux transatlantiques et des plus gigantesques voiliers.

En compensation des pertes causées parla guerre sous-marine, le Traité de Versailles a exigé la remise aux Alliés de « tous les navires marchands de d.600 t. brutes et au-dessus appartenant aux Allemands », ainsi que la construction dans les chantiers allemands, pour le compte des Alliés, d'un certain nombre de navires de commerce. Il est donc difficile de prévoir à quel moment ressuscitera la marine marchande de l'Allemaene.

1. — Commerce. — Pays de grande industrie, disposant de moyens de transport nombreux, rapides et économiques, l'Allemagne avait avant la guerre un commerce extérieur très imporlant et qui s'était considérableinent accru, depuis un quart de siècle surtout. En 189i, il ne dépassait gtière 8 milliards de fr. ; en 1913, il dépassait 25 milliards (pour l'ensemble du ZoUverein, y compris le Grand-Duché indépendant de Luxembourg).

Le chiffre des importations de l'Allemagne était notablement supérieur à celui des exportations.

Les importations étaient représentées pour moitié par les matières premières nécessaires à ce pays de grande industrie {coton, laine, soie, métaux, peaux, etc.), pour 1/3 par les produits alimentaires [céréales, viandes, café, etc.), indispensables à cette population qui s'accroissait et qui se précipitait de jour en jour vers les villes d'usines, pour le reste par* les objets fabriqués, he,^ exportations consistaient pour les 2/3 en objets fabriqués (tissus, articles de métal, produits chimiques, etc.), pour 1/4

238 LES PrtiNCIPALES PUISSANCES DU MONDE

en matières pî^emières et en houille, pour le reste en produits alimentaires (sucres et bières surtout).

Le commerce allemand était en relations avec tous les pays du globe, mais ses> pj'incipaux clients et fournisseurs étaient, par ordre d'importance, la Russie, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, V Autriche-Hongrie, la France (qui achetait à l'Allemagne pour l milliard de fr. et lui vendait pour 750 millions), les Pays-Bas. Le commerce de l'Allemagne avec ses colonies était très faible : une centaine de millions de fr. sur un total de 23 milliards.

Le développement du commerce allemand n'était pas dû seulement au progrès de Vindustrie et des moyens de transport ; il tenait aussi pour une large part au perfectionnement de l'éducation technique des futurs commerçants et aux procédés pratiques employés par les Allemands pour se créer des débouchés, conquérir une clientèle et la conserver. « Recherche et étude des goûts du client; production constante de nouveautés; réclame intelligente, très étendue et très variée ; ditïusion, sur tous les points du globe, d'une armée de voyageurs connaissant parfaitement les régions qu'ils ont à parcourir; création d'agents d'exportation qui sont les auxiliaires indispensables du producteur ; spécialité d'articles à bon marché s'adressant à la masse des consommateurs ; large crédit allant jusqu'à douze mois de terme, telles sont les formules et les innovations au moyen desquelles les Allemands sont devenus les maîtres dans l'art de vendre » (Glerget).

Il est très difficile de savoir ce que deviendra désormais le commerce allemand. En 1919, les importations se sont montées à 32 milliards de marks S l'exportation à 10 milliards seulement ; et la différence entî-e ces deux chiffres ne s'est pas trouvée atténuée, comme elle l'eût été avant guerre, par l'intérêt des capitaux prêtées à l'étranger et par les frets payés à la marine marchande. Mais dès 1920 l'Allemagne sest remise énergiquement au travail, et ses exportations se sont accrues considérablement, favorisées par l'effondrement du mark allemand dont la très faible valeur a permis aux industriels allemands d'inonder de leurs produits les marchés étrangers à change élevé (Angleterre, Etats-Unis).

8. — Émigration allemande. — Le développement du commerce allemand et de rinfluence de l'Allemagne dans

1, Au pair, lo mark vaudrait 1 fr. 2.").

le monde à été puissamment secondé par l'importance de y émigration allemande..

On a calculé que, depuis 1845, 7 millions d'Allemands ont quitté leur pays pour aller vivre à l'étranger, surtout dans les mondes nouveaux que le xix® siècle a vus naître.

L'ère de la grande émigration allemande a été ouverte par lestroublespolitiquesde 1848. A partir de ce moment, le chiffre annuel des départs alla sans cesse en augmentant, etl'émigration, essentiellement r?^?'a/e, s'opéra par grandes masses : les émigrants d'un même village quittaient ensemble leur pays, s'en allaient dans la même direction et, après la traversée, restaient groupés. C'est entre 1880 et 1883 que Témigratron allemande, en raison surtout de l'accroissement de la population, atteignit son point culminant : plus de 200.000 Allemands partaient chaque année pour l'étranger (220.000 en 1881).

Mais ces chiffres ne sont pas maintenus. Dès 1885, l'émigration n'étaitplus que de 1 20.000 personnes; en 1890, elle tombe à 22.000, en 1912 à 18.000, de beaucoup inférieure par conséquent à l'émigration italienne {fig. chap. xviii), britannique, austro hongroise ou russe.

A quoi lient cette baisse brusque et énorme de l'émigration dans un pays où cependant la population continuait à s'accroître très vite ? Avant tout à la transformation de V Allemagne agraire en un Etat industriel. Le paysan allemand n'était pas plus attaché à son village en 1910 qu'en 1880 : mais au lieu d'aller chercher en dehors de l'Allemagne une vie plus facile, il espérait la trouver dans les centres industriels rhénans, saxons ou silésiens. A l'émigration d'outre-mer avaient succédé les migrations intérieures, l'exode rural des populations paysannes dans les villes.

Reste à savoir si la défaite de l'Allemagne et les conditions plus difficiles de l'industrie allemande ne vont pas provoquer maintenant un nouvel et considérable essor de l'émigration. C'est surtout depuis la guerre que l'Allemagne se trouve en présence de ce dilemme : exporter des marchandises ou des hommes.

9. — Colonies allentandes spontanées. — Où se SOnt rendus les émigrants allemands? Un très petit nombre

d'en Ire eux se sont dirigés vers les colonies impériales fondées dans le dernier quart du xin** siècle {Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain^ Afrique Orientale, Nouvelle- Guinée, archipels océaniens, Kiao-Tchéou), et que le Traité de Versailles a toutes enlevées à l'Allemagne. La grosse masse a formé sur divers points du globe, et en particulier dans les pays neufs de l'Amérique anglosaxonne ou latine, des colonies spontanées, de petites AUemagnes {fig. p. 240). En 1914, on estimait à plus de 6 millions le npmbre des Allemands résidant à l'étranger.

Y[à. 79. — Les colonies allemandes impériales et spontanées, en 19i4.

La colonisation allemande en Europe a des origines très lointaines. Tout TE de l'Empire allemand est un domaine lentement et péniblement conquis sur les Slaves par la colonisation germanique. Mais les colons, bûcherons, cultivateurs ou mineurs, ont dépassé les frontières de l'Empire. On les trouve dans les provi7ices baltiqnes jadis soumises au gouvernement du tsar, dans le S de ta Russie, dans la plaine hongroise et en Transtlvanie; en 1914, près de 2 millions d'Allemands étaient établis en Russie.

Au début du xx« siècle l'effort s'était pojlé vers l'Empire ottoman. Le chemin de fer d'Analolie, placé avant la guerre sous le contrôle de l'Allemagne, et qui devait être poussé ju> qu'au Golfe Persique, apparaissait aux Allemands comme un ins trument de domination économique et politique. Le rêve d. l'Allemagne visait « à faire, des régions étendues entre les Bal-

kans et le Golfe Persiqiie, une Inde allemande, plus solidement étreinte que l'Inde ^angétique ne le fut jamais par les Anglais « (Gonnard;.

Dans l'Afrique du Sud, les Allemands sont relativement nombreux. Mais le pajs de prédilection de l'émigration allemande est toujours les Etats Unis On estime que, depuis 1820, prés du quart des immigrants américains fut fourni par l'Allemagne; avant la guerre, 3 millions d'Allemands vivaient dans lai grande république jankee. Il est vrai que ces Allemands jetés dans le creuset jankee sont vite américanisés; au bout de peu de temps, ils « sentent, jugent et agissent comme des Américains ».

11 en est autrement dans les provinces méridionales du Brésil où vivaient avant guerre 400.000 Allemands, dont plus de 200.000 pour le seul Etat de Rio Grande do Sul qui ne comptait pas alors beaucoup plus d'un million d'hab. Là s'est constituée une Germania brésilienne qui est restée en relations très étroites avec la mère-patrie et qui a largement contribué au développement du commerce allemand dans l'Amérique du Sud (voir chap. xxix).

Si l'on ajoute à l'ensemble des Allemands d'Allemagne et de l'étranger les populations de langue allemande de la Suisse, de la Bohême et de V Autriche, on obtient un total de plus de 70 millions d'hommes qui parlent la langue allemande. Ce total est supérieur à celui des populations de langue russe ou anglaise. C'est la Grande- Allemagne, dont rêvent les pangermanistes .

lO. — L'avenir de l' Allemagne. — L'Allemagne, qui avait si longtemps vécu repliée sur elle-même et tout occupée à défendre sa propre existence, s'était lancée vers 1890 dans la grande politique mondiale.

Son objectif était la fondation d'un grand empire commercial et industriel qui se serait étendu de Hambourg à Trieste et à Salonique {Mittel Europa), et qu'auraient complété de vastes domaines coloniaux {chemin de fer de Bagdad, Mittel Afrika). L'ambitieuse et orgueilleuse Allemagne serait ainsi devenue la maîtresse du monde.

Rour avoir voulu brusquer la fortune, l' Allemagne a

Principales puissances du mccde. 14

perda sur un coup de dos une partie qui était plus qu'aux trois quarts gagnée.

Slle n'a plus maintenant cette « invincible » armée sur laquelle elle fondait tous ses espoirs, elle n'a plus ni marine de guerre ni colonies.

Est-ce à dire que l'Allemagne doive de'sormais cesser d'être comptée parmi les « principales puissances » du monde? assurément non. L'Allemagne garde presque toutes ses possibilités agricoles, industrielles et commerciales; elle garde toutes ses méthodes de travail, toute sa force d'expansion. Elle reste un des principaux facteurs de la vie économique du globe.

OUVRAGES A CONSULTER

Ouvrages généraux, p. 18 et 184.

Elisée Reclus. Nouvelle Géographie Universelle, t. III, 1878.

Yidal-La.bl.vghe. Etats et Nations de l'Europe. Autour de la France,

Blondsl. L'Essor Indusljiel et commercial du Peuple Allemand 4898 (réédité).

Laffite. Etude sur la Navigation Intérieure en Allemagne.

HvusER. Colonies Allemandes Impériales et Spontanées, 1900.

De Rol'siers. Hambourg et 1" Allemagne Contemporaine, 1902.

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