‹ Les principales puissances d'aujourd'huiChapitre 74 sur 154 · Industrie · texte numérisé non relu

Industrie

Le sous-sol de la Suisse ne renferme presque pas de houille; comme minerais, un peu de fer seulement, récemment découvert en Argovie; lepays ne produit qu'en faible quantité la laine et la soie ; le coton ne

peut lui arriver que par voie de terre. Ce sont Vk des conditions très défavorables pour le développement industriel.

Mais les Suisses y ont remédié : ils ont remplacé la houille noire par la houille blanche (on estime à 600 000 chevaux la force motrice hydraulique utilisée en Suisse, sur 3.500 000 disponibles) ; ils ont adopté une politique douanière libérale; ils mettent en œuvre des matières qui pour la plupart ont une grande valeur sous un faible poids (soie, métaux précieux) et pour lesquelles les frais de transport sont relativement faibles; enfin ils disposent d'une mai7i-d' œuvre peu coûteuse et d'un personnel technique formé dans d'excellentes écoles.

Aujourd'hui la grande industrie a pénétré dans la partie de l'Europe d'où il semblait qu'elle dût être éternellement

Fig. 91. — Répartition du sol en Suisse.

exclue. De pays avant tout agricole et pastoral, la Suisse s'est transformée en une puissance industrielle et commerciale: 42 p. 100 des habitants vivent de l'industrie, et 11 p. 100 du commerce, alors que 38 p, 100 seulement tirent leurs ressources de l'agriculture et de l'élevage.

L'industrie suisse s'est à la fois rigoureusement spécialisée et strictement localisée.

La principale industrie est Vindustrie textile, avant tout la soie et le coton. La consommation de soie brute est égale à celle de l'Italie, et la valeur de l'exportation nette des soieries, en 19L3, atteignait 200 millions de fr. (60 en Italie, 250 en Allemagne, 300 en France) ; Lucerne, Bâle et surtout Zurich sont les centres de la soierie suisse. L'industrie du coton s'est développée surtout dans la région de Zurich et d'Appenzel : la Suisse, qui importe 40.000 t. de coton brut, exportait net en i913pour 200 millions de fr. de coton manufacturé (France, ZOO] . S aint-Gall s'est spécialisé dans lindustrie de la mousseline et des broderies.

L'industrie métallurgique et mécanique, ainsi que celle des produits chimiques, ont leurs principaux centres dans le N, notamment à Zurich, Winterthur et Bâte. La Suisse est un des premiers producteurs d'aluminium.

L'industrie de l'horlogerie, obligée de se concentrer pour pouvoir lutter contre la concurrence américaine en fabriquant à bas prix, a ses principaux centres dans le Jura (Le Locle, La Chaux de Fonds, Saint-Imier) et au pied du Jura, notamment à Genève. Avant la guerre, on estimait à ioO millions de fr. la valeur annuelle des montres, horloges et pièces détachées exportées.

La plaine a ses industries alimentaires : fromageries, fabriques de lait condensé, chocolateries, dont l'importance grandit chaque jour.

C'est donc uniquement dans TW et dans le N de la Suisse qu'est localisée l'industrie {flg. p. 267). La région alpestre, déshéritée à cet égard, voit l'équilibre se rétablir grâce à l'industrie des étrangers, qui favorise surtout les régions pauvres; la Suisse dispose de 125.000 lits pour les voyageurs, dont on estimait avant la guerre le nombre à 1 million par an, et dont elle retirait un bénéfice annuel de 120 millions de francs.

Pour attirer les touristes en Suisse, on a établi d'admirables

routes carrossables, jeté des ponts sur les torrents, construit des hôtels même à plusieurs milliers de mètres d'altitude, où les chutes d'eau donnent la lumière et la chaleur. Pour eux encore on a établi des chemins de fer électriques, funiculaires, à crémaillère, qui escaladent les pentes les plus abruptes, montent en tunnels dans les pics pour déposer le voyageur sans fatigue au sommet. C'est le pays de montagne où l'on escalade le plus

j Région peu procfuctive uone de cu/tura Zones inàustrief/es

Fig. 9i. — Croquis économique de la Suisse.

aisément, le plus économiquement. Tout sert donc, en Suisse, même r inutilisable.

14. — Voies de conimnuieation et commerce. — La nature a opposé au développement des voies de communication de la Suisse des obstacles énormes, mais la ténacité des habitants a fini par en triompher.

La densité du réseau ferré, supérieure à celle du réseau français ou allemand, ne le cède qu'à celle des chemins de

238 LES PRINCIPALES PUISSAî^WS DU M )NDE

fer anglais et belges. Le percement des grands tunnels alpestres (voir p. 2o4j a fait de la Suisse U7ie des plaques tournantes des chemins de fer européens.

Ce qui est plus curieux encore, c'est de voir la Suisse préoccupée de devenir également une gare d'eau. Par l'Aare canalisée et les deux lacs de Bienne et Neuchâtei, par la reprise, entre ce dernier et le Léman, du vieux canal d'Entreroches, une voie continue sera établie de Koblenz (en amont de Lâle) àLausannej c'est-à-dire de Rotterdam à Genève et (par l'aménagement du Rhône français) à Marseille. Ce travail ne sera réalisable que parce que les voies navigables ainsi créées seront en même temps des productrices d'énergie électrique.

Grâce au développement de son agriculture, de son industrie et de ses voies de communication, la Suisse a un mouvement commercial ti^ès actif, tout à fait hors de proportion avec le chiffre restreint de ses habitants. Son commerce extérieur approchait en 1913 &q 8 milliards //2 (1 .910 millions aux importations, 1.200 aux exportations).

La Suisse achète surtout les matières premières nécessaires à son industrie (soie, coton, métaux, houille) et les denrées alimentaires (blé, viande, vin, fruits du Midi de la France, de l'Algérie-Tunisie, de l'Italie) qu'elle ne produit pas en quantité suffisante. Elle vend à 1 étranger les produits de son industiHe textile et horlogère, ainsi que les produits alimentaires déri\)és de Vélevage (fromage, lait, chocolat, etc.).

Ses principaux clients et fournisseurs .étaient l'Allemagne, puis la France, la Grande-Bretagne, V Italie, les États-Unis, V Autriche-Hongrie . Nos relations commerciales avec la Suisse étaient importantes : nous lui achetions pour plus de 140 millions de fr. par an, et nous lui vendions pour plus de 37o millions de fr.

Les chiffres de 4919, considérablement accrus, ont été de 3 milliards 1/2 de francs suisses (entre 4 et 5 milliards de francs français) à l'importation, et de plus de 3 milliards de francs suisses à l'exportation.

Par suite de la guerre, la Suisse se trouve dans une moindre dépendance de ses voisins continentaux, Allemagne cl France.

Elle a vu en eiïel croître l'importance relative de son commerce direct avec les Etals-Unis (imporlalions multipliées par plus de 7), la Grande-Bretagne, l'Espagne, les Pays-Bas, l'Italie, et aussi l'Argentine, les Indes néerlandaises et britanniques, le Japon.

La Suisse nous offre donc le beau spectacle d'unpeuple qui s'est fait lui-7nême à force d'énergie et d'entente, qui a su tourner à son profit une nature hostile, et qui, pour n'avoir pas suivi « l'Evangile du moindre effort », est arrivé à un degré de prospérité que beaucoup de grandes nations pourraient lui envier.

Bureau hydrographique fédéral (Annuel).

B, de la S. neuchâteloise de G.

Elisée Reclus. Nouvelle Géographie Universelle, t. III, 1878.

ViD.\L-L\BLACHE. Etats et Nations de l'Europe. Autour d,e la France,

FoREL. Le Léman, 3 vol., 1892-1904.

LuGEON. Eecherches sur l'Origine des Vallées des Alpes Occidentales (A. de G , 1901).

Kn.\pp. Dictionnaire Géographique de la Suisse, 6 vol., 1902.

Brunhes. La Question des Voies d'Accès au Simplon (R. Economique Internationale, lii06).

Dalemo.nt. L'Energie des Cours d'Eau en Suisse (La G., 1907).

Clerget. La Suisse au xx« siècle, 1908.

EisENMANN. Les Voies d'Accès au Simplon (R. Politique et Parlementaire, 1909).

Dauzat. La Suisse moderne, 1910.

Hauser. La Position Géographique de la Suisse (A. de G., 1916)

G. G. PicAVET. Une Démocratie Historique : la Suisse, 192Ô.

QUESTIONS A ÉTUDIER

La houille blanche en Suisse.

Comment ont été établies les voies de communication en Suisse. Importance internationale des chemins de fer suisses. L'industrie du tourisme en Suisse.

Page 1