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La plaine saisse. ~ La plaine suisse, intercalée

entre le Jura et les Alpes, apparaît comme une dépi^ession allongée du lac Léman au Bodensee, bien qu'elle s'abaisse rarement au dessous de 400 m. Ce couloir de 340 km de long et de 50 à 60 km de large est la partie essentielle de la Suisse moderne.

a. Milieu physique. — Avec ses longues croupes de 800 à 4.200 m, ses vallées tantôt larges et tantôt étroites, ses marais^ ses lacs fermés en aval par des remparts de moraines, la plaine suisse est un pays très varié d'aspects.

Son climat est assez rude^ les vents du N s'y engouffrent sans rencontrer d'obstacles et provoquent souvent des gelées désastreuses. Berne a une température moyenne de — 2o en hiver et de 18'' en été. Seules les rives du Léman et du Bodensee ont un climat doux en hiver, et assez chaud en été pour que le raisin y mûrisse.

b. Développement humain. — Là se trouve la zone agricole la plus prospère de la Suisse ; les bois, les prairies, et les champs y voisinent; la vigne y réussit par endroits. Mais là surtout s'est développée Vindustrie suisse, qui utilise la force motrice des eaux rapides. Les grandes fromageries de la vallée de Gruyère et de VEmynental, les fabriques de lait condensé, de farine lactée, de chocolat au lait mettent en œuvre les produits de la région; les usines rnétallurgiques et mécaniques, les manufactures de soieries, de cotonnades et de mousselines du N (entre le lac de Constance et la Limmat) travaillent les matières premières venues de l'extérieur. Enfin, la plaine suisse est le théâtre d'une circulation extrêmement active : les routes allant des Alpes au Jura et qui tendent surtout vers Bâle par les tunnels du Weissenstein, du Ilauenstein et du Lœtschberg, s'y croisent avec la voie longitudinale qui joint le Rhône au Rhin; celle-ci court à mi-chemin entre les Alpes et le Jura, afin d'éviter les avant-monts des Alpes comme les marais et les lacs du pied du Jura (ligne de Genève et Lausanne à Schaffouse).

La majeure partie de la population suisse est agglomérée dans la plaine : la densité moyenne dépasse 150 hab. au km-, et atteint 230 dans certains cantons. La langue alle^nande domine assez exactement à l'E du

méridien de Fribourg, et la langue française à l'W. La vie urbaine a pris dans cette partie de la Suisse un grand développement. Là se trouvent la capitale fédérale, Berne, et deux des trois villes de plus de 100.000 âmes que compte la Suisse : Zurich et Genève.

Les villes de la plaine suisse s'alignent sur trois rangées parallèles.

Au pied même du Jura se trouvent des villes qui se sont fondées au débouché des vallées jurassiennes : Neuchâtel (25.000 hab.) à Tissue du Val de Travers, Bienne ou Biel (30.000 hab.) à l'issue du Val Saint-Imier, Soleure ou Solothurn, Aarau, Brugg, Schaffoicse ou Schaffhausen (20.000 hab ) au point où le Rhin va percer les Juras.

Au milieu de la plaine sont les centres les plus importants: Genève (ioO.OOO hab. avec les faubourgs), qui garde l'entrée de la Suisse au SW et la fait communiquer avec les pays de la Méditerranée, — Lausanne (70.000 hab.), centre des voies ferrées de la Suisse, — Fribourg (20.000 hab.), — Berne (110.000 hab.), qui doit surtout son importance au rang de capitale fédérale, que lui a valu sa position centrale, — Zurich (210.000 hab.), la capitale industrielle de la Suisse, — Winlerthur (25.000 hab.). Si les caprices de la politique ne l'avaient attribuée au Grand-Duché de Bade, il faudrait ajouter Constance à cette série de villes.

Enfin, au pied même des Alpes, à l'issue des vallées, sont des villes de bordure, généralement d'importance médiocre : Yevey, Montreux sur les bords du Léman, Thoune, au point où l'Aare sort des lacs de la montagne, Lucerne ou Luzern (45.000 hab.) et Zug sur les lacs de la Rqvlss, Hérisau,Saint-Gall {10 OOOhiih.SiYec les faubourgs), centre de l'industrie des broderies, au pied des Alpes de Saint-Gall, et Romanshorn sur le Bodensee.

10. — La Suisse alpestre. — La Suisse n'occupe qu'un septième environ de la superficie des Alpes, depuis le massif du Mont Blanc jusqu'au massif de YOrtler, et encore ne les possède-t-elle pas tout enliôres entre ces deux points extrêmes : le tracé capricieux des frontières en laisse une partie à l'Italie qui pousse

plusieurs pointes jusqu'au Spliigen et jusqu'aux abords du Saint- Gothard, et à l'Autriche qui occupe le Vorarlberg et Kis Alpes Algavîcnnes. Mais les Alpes suisses sont le centre de la masse alpestre; ce sont elles qui portent les plus vastes glaciers; cest d'elles que sortent les plus grands fleuves et elles renferment

Cliché de la coIIectioD G.-L. Arlaod (Genèye), communiqué par le Club Alpin Françaiî». Fig. 89. — Village suisse sous la neige. Remarquer la disposition des toitures.

au moins partiellement, les lacs les plus étendus. Bien que les soulèvements j soient particulièrement puissants, de larges vallées s'y creusent et s'y croisent,, qui donnent asile à une population relativement nombreuse et facilitent les communication? d un versant à l'autre des Alpes.

^ Toute cette région est soumise au aUrnat alpin. Les précipitations atmosphériques, abondantes sauf dans les vallées abritées, recouvrent les hauteurs dune épaisse couche de nei'^e et de glace {fig. p. 261). "^

La Suisse alpestre, de relief très accidenté et de climat rigoureux, n'offre à l'homme que des ressoui'ces médiocres. La culture n'est possible que o?ans les vallées; partout ailleurs c'est l'é^etxx^e, pratiqué sur les alpages, et l'exploitation des forêts de mélèzes et d'aroles, qui sont l'occupation essentielle des habitants, ^industrie du tourisme est venue apporter un sérieux appoint de ressources à ces régions pauvres.

La pointe extrême de la Suisse vers le S fait seule exception ; c'est un coin de l'Italie : le chaud soleil de l'été y permet la culture de V olivier, celle du mûrier et l'élevage du ver à soie.

La population — de langue française dans le Bas- Valais, de langue italienne dans la vallée du Tessin, de langue romanche dans le pays des Grisons et dans i'Engadine, de langue allemande partout ailleurs — Q?>i peu nombreuse : concentrée dans les vallées, elle ne dépasse guère 30 hab. au km^. Point de villes : les localités les plus peuplées sont Co2>e (15.000 hab,) et Lugano (15.000 hab.). Mais on y trouve beaucoup de centres de villégiature extrêmement actifs pendant l'été, et dont quelques-uns même conservent une partie de leurs hôtes en hiver : Zermatt, Êvoléna dans le Valais, Intei^laken, Grindelwald^ Lauterbrunnen, Meiringen dans l'Oberland bernois, Ragatz, Davos dans les Grisons, Sankt-Moritz, Pontresina, Samaden, Silvaplana dans I'Engadine.

11. —La population Snisse. -- La population totale de la Suisse atteint 4 millions d'habitants; elle équivaut à peu près à celle de Y agglomération parisienne.

La densité moyenne, très considérable pour un pays de relief aussi accidenté, est d'environ 100 hab. au km^ ; elle varie d'ailleurs beaucoup suivant les régions.

La Suisse a un grand nombre de petites villes ; mais elle ne compte que trois villes de plus de 100.000 habitants.

V accroissement de la population suisse est faible : le nombre des habitants de la Confédération n'augmente que de 1 p. 100 par an. L'immigration est cependant considérable, et l'on estime

qu'il y a dans la population suisse 1/8 d'étrangers, parmi lesquels beaucoup de réfugiés politiques : Genève compte 45 .000 étran gers, Zurich 40.(>00 et Bâle 40.000. Mais Vémigration enlève chaque année à la Suisse 4.000 a 6.000 habitants, qui vont surtout aux États-Unis, puis dans l'Argentine, au Brésil et au Canada « La Suisse compte un nombre de ressortissants fixés au dehors, égal au 1, 10 de sa population » (Gonnard).

il d- italienne

Fig. 90. — Les langues en Suisse.

Les Suisses, d'origine très diverse, ne parlent pas tous la même langue (fig. p. 263). A l'W, le vieil élément celtique a été transformé en une race burgundo-romane qui parle la langue française. Au NE et au centre, les habitants sont de souche germanique, ou du moins parlent la langue allemande. Au S (vallée du Tessin), on parle la langue italienne. Enfin, dans les vallées du Rhin supérieur et de rinn, s'est maintenue la population rhéto-romane, qui emploie les dialectes romanches.

Actuellement, la répartition des Suisses selon la langue qu'ils parlent est la suivante : allemand, 69,9 p. 100; français, 22,1 p. 100 ; italien, 6,7 p. 100 ; romanche, 1,3 p. 100.

11 n'y a, pas plus d'unité religieuse que d'unité linguistique : 57 J p. 100 des Suisses appartiennent aux diverses sectes protestantes, et 41,5 p. 100 sont catholiques romains.

La Suisse est une République fédérale formée de la réunion de 25 cantons, qui sont non pas des divisions administralix)es^ mais des États. Sa neutralité est garantie par l'Europe, et Genève a été choisie comme siège de la Société des Nations.

En dépit des divergences ethnographiques, linguistiques et confessionnelles, les Suisses forment une nationalité très solide, fortement cimentée par la résistance en commun aux ennemis du dehors.

iS. — Agriculture. — Longtemps pays très pauvre, dont les habitants étaient réduits à vendre leur vie aux souve- * rains étrangers en quête de soldats, la Suisse est aujourd'hui très prospère. Elle le doit à Vénergie de ses habitants, qui ont créé la richesse où la pauvreté seule semblait devoir régner.

Le solde la Suisse ne favorise guère le développement de l'agriculture : 28,4 p. 100, occupés par les hautes montagnes, les glaciers, les lacs, etc., sont inutilisables ; 18,4 p. 100 sont couverts de forêts ; 35,9 p. 100 sont en prairies ou en pâturages^ et 47,3 p. 100 sont cultivés {fig, p. 265).

Ce sont donc les forêts et les pâturages qui occupent le plus vaste espace, et qui fournissent à la population rurale ses ressources essentielles. Les alpages de la montagne, dans le Jura et surtout dans les Alpes, nourrissent d'excellentes races de uacA(?s(race fribourgeoise, race de Schwitz), dont le lait sert à la fabrication des fromages^ du lait condensé, etc. Chaque année la Suisse exporte pour une centaine de millions de fr. de produits dérivés du lait.

En revanche, Vagriculture proprement dite, pratiquée dans la plaine et dans le fond des vallées, ne suffit pas à

nourrir les habitants, bien que les méthodes de culture aient été améliorées et que le sol cultivable ait été augmenté grâce à l'irrigation, si savamment pratiquée dans le Valais, ou pa*^ l'assèchement des marais de la plaine.

Sa production de céréales ne pourrait alimenter la Suisse que pendant 450 jours de Tannée; la production de pommes de terre est inférieure à la consommation, de même que la production viticole (vins des coteaux du Léman et du lac de Constance).

Les cultures d'arbres fruitiers et les cultures ^ jacs

maraîchères sont l'objet des plus grands soins, mais c'est à peine si elles alimentent le marché local.

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