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CONCLUSION GÉNÉRALE SUR L'EMPIRE BRITANNIQUE

niaux, le gouverneur n'usant même jamais de son droit de veto. Ces colonies ne paient aucun impôt à la métropole, peuvent mêms se désintéresser de sa politique extérieure, participer ou ne pas participer à la défense des autres parties de l'Empire (on l'a vu pendant la guerre sud-africaine), établir même, pour protéger leurs industries naissantes, des droits de douane sur les produits britanniques comme sur ceux des pays étrangers. 11 est difficile de concevoir une liberté plus grande. Mais, en même temps, ces colonies profitent de l'appui de la métropole. Dans leurs rapports avec les puissances étrangères, elles sont appuyées par la diplomatie britannique, et, derrière celle-ci, par la flotte et l'armée impériales, auxdépcnsesdesquelles elles participent peu. Supposons le Commonwealth indépendant. Ses i millions d'habitants auraient-ils, dans un conflit avec une puissance quelconque, le poids matériel et moral que leur donne, dans l'état actuel, leur qualité de membres de la Greater Britain? Les colons anglais ont l'esprit trop pratique, trop anglais pourrait-on dire, pour sacrifier la réalité de l'autonomie à l'ombre du mot bien vague de liberté.

La cause économique semble plus sérieuse. Les colonies, ou certaines d'entre elles, comme l'Australie, le Canada, et peut-être l'Inde, tendent, nous l'avons vu, à utiliser sur place leurs matières premières, au lieu de les vendre à la métropole, et, par conséquent, à faire concurrence aux produits de l'industrie britannique. Des droits de douane ont été établis à cet eflét dans plusieurs colonies. Plus l'industrie fera de progrès dans ces pays, plus le lien économique qui les relie à la métropole se desserrera. Comme, d'autre part, les industriels anglais voudront lutter, et, devant la fermeture des marchés étrangers, se réserver au moins le marché colonial, des conflits sont à prévoir, d'où pourrait sortir la désagrégation de l'Empire.

Il est certain qu'il y a là un danger, et des plus graves, avec l'acuité croissante des conflits économiques. Mais il n'est pas encore très menaçant, et, pendant quelques années, on pourra chercher les moyens d'y parer.

Un de ces moyens est celui que M. Chamberlain, ancien ministre des colonies des cabinets Salisbury et Balfour, a proposé aux Anglo- Saxons. « Le lien se desserre, dit-il, entre la métropole et ses colonies, parce que leurs intérêts ne sont pas les mêmes. D'autre part, le régime libre-échangiste, auquel, seul au monde, le Royaume- Uni est resté fidèle pendant plus d'un demi-siècle, a, pour l'activité industrielle et, pariant, commerciale de celui-ci, de très graves inconvénients. Naguère seul pro/Jucteur et exportateur de produits

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map.ufacliirés, il se voit concurrencer h Theure actuclio par la production industrielle de l'Allemagne cl des Etats-Unis; bien plus, ses concurrents, non contents de lui enlever ses marchés extérieurs, commencent à inonder colonies et même métropole de produits « made in Germany » on marqués de trois lettres « U. S. A. » indiquant une provenance d'outre-Atlanlique. C'est une duperie, que d'ouvrir largement nos ports à des pays qui, par des tarifs ))rotectionnistes, nous ferment jalousement les leurs, et, à l'abri de cette protection, perfectionnent sans cesse leurs industries, concurrentes des nôtres. Donc, protégeons notre fabrication et les ressources de la majeure partie de notre population ])ar des droits de douane sur les produits étrangers, et réservons-lui le marché lolonial, le plus riche de tous, par l'établissement, dans les colonies britanniques, de droits préférentiels en faveur du Royaume-Uni. »

Mais, en même temps, et comme compensation, M. Chamberlain voudrait réserver le marché anglais aux denrées alimentaires et aux matières premières provenant des colonies, par l'établissement de droits sur les produits de ce genre d'origine étrangère.

Tel est le projet d' « impérialisme économique » que M. Chamberlain propose à ses compatriotes pour remplacer le régime libreéchangiste actuellement pratiqué plus ou moins par la métropole, et la liberté laissée aux colonies de se protéger contre les importations de la mère-patrie elle-même.

Un commencement d'application a déjà été tenté par certaines colonies. Nous avons vu que l'union douanière du sud de l'Afrique consent une réduction de 25 pour 100 aux produits britanniques sur son tarif de douanes, le Canada en fait une de 33 1/3 pour 100, la Nouvelle-Zélande surtaxe les produits étrangers de 20 à 50 pour 100, et l'Australie paraît décidée à entrer dans la même voie.

Il ne nous appartient pas de discuter ce projet, ni d'exposer les raisons qui militent pour et contre lui. Il rencontre du reste une vive opposition, non seulement dans le parti libéral anglais, mais même dans le parti conservateur, d'accord sur d'autres questions avec son promoteur (1).

Quel que soit l'avenir réservé au projet Chamberlain, — et les dernières élections anglaises qui se sont faites sur cette « plateforme » semblent en avoir au moins singulièrement reculé la mise

(1) Voir un exposé et une discussion intéressante du projet Chamberlain dans le rapport de M. Jean Périer, attachî commercial â Londres (annexe 354 (!u Moniteur officiel du commerce).

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