PREMIÈRE PARTIE BELGIQUE
La Bely;ique est un des plus petits pays de l'Europe (29.456 kil. car., soit 18 fois moins que la France, à peu près la superficie de notre Bretagne, moins le département de la Loire-Inférieure). Seuls, les habitants du Monténégro, du Luxembourg, ou des États minuscules de Monaco, Andorre ou de Saint-Marin peuvent la considérer comme étendue.
Mais la grandeur vraie d'un pays ne se compte pas au nombre de ses hectares, et la Belgique joue, dans le monde, un rôle que beaucoup de pays, dont la superficie se chilfre en millions de kilomètres carrés, pourraient lui envier.
Géographie physique.
Situation. — Bornée au nord-ouest par la mer du Nord, au nord, par le royaume des Pays-Bas, à l'est, par l'Allemagne et le Grand-Duché de Luxembourg, au sud-ouest, par la France, la Belgique n'est séparée de ces divers pays que par des frontières purement artificielles, et ne forme pas, par conséquent, une « région naturelle ». Elle s'étend, du 49" 50' au 51" 50' de latitude septentrionale, et du C 15' au 5° 15' de longitude orientale de Paris.
Composition et relief du sol. — La Belgique, avons-nous vu, ne forme pas une région originale; elle rappelle, au contraire, plusieurs des régions voisines de l'Europe du nord-ouest. Au sud de la grande coupure où coulent la Sambre et la Meuse, s'étend le
grand plateau schisteux qui, connu sous le nom d'Eifel en Allemagne, s'appelle Ardenne en Belgique, à l'est de la Meuse, et Tagnes à l'ouest de ce fleuve. C'est un pays deshérité et triste : des marais de tourbe, des bruyères couvrent le sol, avec quelques bouquets d'arbres, restes de l'ancienne forêt des Ardennes;' l'altitude générale est d'environ 400 mètres, quelques points s'élèvent un peu au-dessus du plateau, comme la Baraque Michel (674 mètres). La partie septentrionale de ce pays élevé, la Hervé, le Condroz et la Famenne, p.'ésentent quelques calcaires fissurés où se perdent les cours d'eau (grotte de Han-sur-Lesse), et moins infertiles. Le seul trait pittoresque est fourni par les profondes vallées, encaissées et sinueuses, boisées, cultivées, avec de riches pâturages, qui s'enfoncent à 200 mètres au moins au-dessous du niveau du plateau.
La profonde vallée de la Sambre, continuée à l'est par celle de la Meuse, à l'ouest par celle de la Haine, appartient à la grande bande de terrains carbonifères de l'Europe nord-occidenfale. Commençant en France dans les bassins de Lens et d'Anzin, elle forme, en Belgique, ceux du Borinage, de Charleroi et de Liège, et se continue en Allemagne parla région d'Aix-la-Chapelle.
Au nord de cette coupure s'étend, sur le Hainaut septentrional, le Brabant, la Hesbaye, ce que l'on appelle le plateau belge. H est formé de calcaires tertiaires recouverts d'une couche d'un humus extrêmement riche. C'est la partie la plus agricole du pays. Les accidents du terrain, de peu de hauteur absolue, suffisent cependant pour varier les aspects et rappeler notre Picardie et notre Artois.
Enfin, au nord de la Lys, de l'Escaut et de la Dyle, s'étend la grande plaine de l'Europe du nord, formée d'alluvions, presque horizontale, quelquefois même, sur la côte, au-dessous du niveau de la mer. Mais il faut y distinguer deux parties très nettement séparées par le bas Escaut. A l'est, la Campine presque déserte, avec ses dunes de sables mouvants, ses fondrières de tourbe, ses landes, et, de loin en loin, quelques oasis de verdure, difière absolument de la Flandre, dont les alluvions, plus stables, ont été fertilisées, donnent de riches moissons et élèvent de superbes troupeaux. C'est la continuation des Pays-Bas voisins.
Le littoral est semblable à celui de la Flandre française ou de la Hollande : rectihgne, bordé de dunes de sable , ou de digues entretenues à grands frais pour empêcher l'invasion des eaux, il ne présente aucun autre abri naturel que l'embouchure de quelques petits fleuves; la mer est du reste très peu profonde. Mais l'estuaire de l'Escaut, dont les bouches appartiennent aux Pays-Bas, rachète
loi BELGIQUE
aiiipIeniLiit, par sa profondeur, la mauvaise disposition du littoral.
Climat. — Dans un si petit pays, les conditions de climat ne peuvent être fort contrastantes. Cependant le relief apporte quelque variété. La Flandre reçoit les vents humides et tièdes de la Manche, qui la maintiennent dans une sorte de bain de vapeur : 200 jours de pluie par an, des brouillards très fréquents, des hivers en général tièdes et des étés sans chaleur. A l'est de l'Escaut, et jusqu'à la Meuse, l'humidité est moins considérable, les saisons plus tranchées. L'Ardenne, enfin, doit à son altitude une recrudescence des pluies et des hivers plus froids, où la neige couvre le soi pendant deux mois en moyenne. Seules, certaines vallées profondes, abritées des vents du nord, chauffées par le soleil, ont été appelées, avec quelque exagération du reste, de « petites Frovences ».
Hydrographie. — Pas plus que pour le relief, la Belgique ne forme une région spéciale pour les fleuves. Ses deux cours d'eau jirincipaux ne lui appartiennent ni par leurs sources ni par leurs embouchures.
La Meuse est le fleuve de l'est. Entrée en Belgique au-dessus de Dinant, elle garde, dans une profonde vallée sinueuse, abrupte et boisée, le caractère qu'elle avait dans les Ardennes françaises. A iN'amur, elle butte contre l'escarpement de la Hesbaye et entre dans la vallée carbonifère qu'elle suit jusqu'à Liège, et s'enfuit ensuite au nord vers les Pays-Bas. Ses affluents de droite lui viennent de l'Ardenne : Lesse, qui disparaît pendant quelque temps dans les grottes de Han, Ourthe, grossie de l'Amblève, et Vesdre qui confluent à Liège. A gauche, elle reçoit à Namur la Sambre, venue de France par la vallée riche en houille de Charleroi et engraissée par les monceaux de cadavres de Fleurus, Ligny et de tant d'autres champs de bataille.
L'Escaut, qui arrose l'ouest de la Belgique, est le type du fleuve de plaine. A son entrée en Belgique, à plus de 200 kilomètres de son embouchure, il n'a plus 20 mètres à descendre. Aussi coule-t-il paresseusement, à pleins bords, recevant le flot de marée très loin dans l'intérieur, portant de nombreux chalands jusqu'à Gand, les plus gros navires à Anvers. Sur sa rive gauche, la Lys lui apporte, à Gand. les eaux de la Flandre et de l'Artois français, pendant qu'à droite, la Dender et le Bupel, formé de la Senne bruxelloise, de la Dyle (Louvain et Malines) et des deuxNèthes campinoises, drainent pour lui le plateau.
GI'OGHAl'lllE rOMTIQUE. 125
Géographie politique.
Populations. — Très petite, la Belgique est, par contre, très peuplée. Plus de 7 millions d'habitants se [pressent sur son territoire (7. t258. 000 en 1906, soit 246 par kil. car.). A ce taux, la France aurait plus de 150 millions d'habitants. La repartition en est différente suivant les régions. Si la province ardennaise du Luxembourg ne peut nourrir que 52 habitants par kilomètre carré, le Brabant en accepte 451 et la Flandre 565. Et cette population s'accroit sans cesse, 1,5 pour 100 par an environ; l'émigration (27.000) vers les pays voisins comme la France, ou vers les Eldorados d'outre-mer, est plus que compensée par l'immigration.
Les Belges sont loin de former un peuple homogène. Deux races se partagent le pays. Une ligne tirée de Courtrai à l'ouest, jusqu'à l'endroit où la Meuse entre en Hollande, par Bruxelles, sépare les deux pays wallon et llamingant. Les Wallons (2.575.000) parlent français et ressemblent par beaucoup de traits à nos Picards ou aux gens delà Thiérache; les Flamands (2.822.000) sont germaniques par leur langue, qui est très voisine du hollandais, par leur type, grand, blond, gras et par leur caractère endurant, placide et travailleur. Très entêtés, ceux-ci sont arrivés à faire reconnaître leur langue comme officielle, au même titre que le français, mais ce n'est qu'un patois populaire, et, même en pleine Flandre, les classes éclairées parlent entre elles la langue française. Presque tous les Belges sont catholiques romains, une infime minorité appartient aux cultes protestant et israélite. L'instruction primaire n'est pas obligatoire, et le nombre des illettrés est encore considérable (9 pour 100 des conscrits ne savent ni lire ni écrire).
La Belgique, qui était, au moyen âge, le pays des grandes comnmnes, est encore un pays urbain. Certaines parties de la Flandre forment une seule ville jiar leurs faubourgs « tentaculaires » suivant le mot d'un poète belge. Bruxelles, avec les communes qui en dépendent, est une grande ville de plus de 600.000 âmes; c'est la ville artistique et intellectuelle, le « petit Paris » ; Anvers, avec 300.000 habitants environ, est le grand port et le centre commercial, Liège à l'est (172.000 hab.) et Gand à l'ouest (165.000 hab.) sont des centres d'industrie.
Les anciennes grandes villes des Flandres sont hien déchues de leur splendeur, Bruges, en particulier, mérite son surnom de (1 la morte ». Mais leurs beaux monuments et les richesses
incalculables de leurs musées attirent encore les visiteurs en grand nombre.
Gouvernement. — La Belgique, depuis qu'elle s'est séparée de la iloilande (i^oO), est pays de royauté constitutionnelle. Le roi, irresj)onsable, est assisté de; minisires responsables, et possède le pouvoir exécutil'. Le pouvoir législatil' appartient à deux Chambres : le Sénat, composé de membres payant un cens assez élevé, est élu en partie directement, en partie indirectement par les conseils provinciaux. La Chambre des représentants comprend des membres élus directement au sullVage universel (1895). Le vote plural, obligatoire, la représentation proportionnelle donnent aux élections belges un caractère très spécial et intéressant.
Bien que la neutralité de la Belgique ait été reconnue et garantie dès 1851 par les puissances, la situation de ce pays sur une des meilleures routes d'Allemagne en France l'a obligé à des armements assez considérables. L'armée est recrutée par des engagements volontaires et par l'obligation pour tous les citoyens (mitigée par le remplacement à titre onéreux). Le service actif ne dépasse pas trois ans pour l'inl'anterie et quatre pour la cavalerie et l'artillerie (1 ).
Bien douée pour l'agriculture, encore mieux peut-être pour l'industrie, exploitée par un peuple travailleur, intelligent, économe bien qu'un peu adonné à l'alcool, la Belgique est arrivée à jouer dans le monde un rôle absolument disproportionné avec sa superficie et sa population, et à prendre place au rang des grandes puissances économiques.
Agriculture. — 1.200.000 personnes vivent de l'agriculture, soit plus de 18 pour 100 de la population. Mais tout le pays n'est pas également apte à la culture. L'Ardenne, au sol pauvre, au climat rude, n'a que des forêts, sauf dans quelques-unes de ses vallées où pousse même la vigne. La Campine sablonneuse et marécageuse n'a
(1) Armée belge : Pied de paix, 50.000 hommes; pied de guerre 143.000 hommes. Pas de marine.
l]udget total en millions de francs, 1905 :
Recettes, 706.4; Dépenses, 626.5: DeUe publique, 5.285.5 Dépenses: .\nnuitcs de la dette, 74.5; Armée, 7.1.
CÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. 137
même pas de forêts et rappelle les landes de l'Allemagne du Nord (1) .
Par contre, le reste de la Belgique est merveilleusement eullivé. Le plateau a été souvent comparé, avec ses champs de céréales, ses riches et grosses fermes, à la Beauce; la Flandre rappelle, par ses polders, ses champs extrêmement soignés, ses gras pâturages, la Flandre française ou les Pays-Bas hollandais.
Les céréales sont une des principales cultures. La Belgique arrive, proportionnellement, en tête des pays produisant des grains. mais, malgré la richesse du sol et les procédés perfectionnés, qui donnent de forts rendements à l'hectare, la récolte ne peut suffire à la consommation intense. Le blé est la culture de la Heshaye, l'avoine celle de l'Ardenne, l'orge celle de la Flandre. Les pommes de terre trouvent un sol qui leur convient dans les sables flamands, et suppléent à l'insulfisance des céréales; les légumes sont le triomphe des paysans flamands, remarquables maraîchers comme leurs voisins du nord. Quant aux fruits, ils abondent dans le Luxembourg, et les « forceries » permettent de vendre de superbes fruits de table en plein hiver.
Si les cultures alimentaires ne suffisent pas à la nourriture des habitants, les cultures industrielles donnent des matières premières abondantes. En première ligne, la betterave à sucre réussit à merveille dans la région du plateau; le lin, culture historique de la Flandre, commence à reculer cependant, comme en France, devant la concurrence russe; le houblon, au contraire, dans un pays qui consomme beaucoup de bière, augmente rapidement et couvre les provinces du centre et de l'ouest; la chicorée est une culture flamande par excellence.
Élevage. — L'humidité de la Flandre et de la partie centrale est une condition excellente pour l'élevage. Dans les polders, les bêtes à cornes et les chevaux de race flamande s'enfoncent jusqu'au ventre dans une herbe luxuriante; sur le plateau, l'étendue plus grande des cultures restreint celle des pâturages, mais les prairies artificielles et les résidus de l'industrie de la betterave permettent de nourrir de nombreux troupeaux de bœufs et de chevaux. L'Ardenne et la Campine ont de maigres pâturages où vivent des mou-
(1) Répartition du territoire :
Superficie totale 2.945.000 ha.
— cultivée 1.756.000 — 03 0/0
— des forêts 521.000 — 17.0 —
— des jachères et terres incultes 190.000 — 6.4S —
tons, en nombre insuffisant du reste pour alimenter les tissages de laine.
La Belgique est donc un pays agricole; ses habitants ont su tirer un excellent parti de conditions souvent défectueuses. Mais les produits ne peuvent suffire aux besoins d'une population extrêmement dense.
Ressources minérales. — 11 n'en est pas de même pour les ressources minérales, qui abondent, qui ont suffi pour créer une industrie remarquable, et permettent même une exportation assez active.
La zone d'extraction des matières minérales est très nettement délimitée. C'est la bande de terrain carbonifère que suivent la Haine, la Sambre et la Meuse. Au nord, en outre, la Campine, au sud, l'Ardenne se rattachent à cette région par leurs exploitations.
Au premier plan se place la houille. Les charbonnages qui couvrent environ iOO.OOO hectares se partagent entre le Borinage où l'on extrait la houille grasse de Mons et la houille maigre de Charleroi, et la région de Liège, dont les charbons, moins abondants, sont aussi moins estimés. Des sondages opérés récemment dans la Campine ont révélé l'existence de gisements houillers estimés à 8 milliards de tonnes. Leur exploitation peut transformer ce pays pauvre, comme le Lancashire anglais. La production houillère, ({ui emploie 139.000 ouvriers, s'élève à près de 22 millions de tonnes annuellement. La majeure partie est consommée sur place, le reste est exporté en France par les canaux. Le prix de revient, au carreau de la mine (12 fr. 60), est supérieur à celui de la houille anglaise, mais inférieur à celui des charbons français.
Le fer existe près de Namur et de Liège, mais surtout on l'importe du Luxembourg ; le plomb de Verviers, le zinc de la Vieille- Montagne, luttent difficilement contre la concurrence des pays du Nouveau-Monde.
Les carrières ne se trouvent que dans la région moyenne et haute ; les calcaires noirs de Soignies, près de Mons, fournissent une pierre d'un aspect semblable à celui du granit, mais plus tendre, et qui le remplace dans la construction, particulièrement dans celle des monuments funéraires ; les marbres et les ardoises de l'Ardenne sont célèbres. La Flandre et la Campine ne donnent pas de pierres, leurs villes sont construites en briques.
Industrie. — Ce sont là d'excellentes conditions pour l'industrie, aussi la Belgique est-elle devenue une grande puissance industrielle. !-a population y est très apte aux travaux d'usines; l'enseignement
lEOGRAPIlIE ÉCONOMIQUE. 139
technique, ;i tous ses degrés, est très développé; les résultats sont remarciuablos.
Une énumération complète des industries belges serait longue et fastidieuse; il suffira d'indiquer les plus importantes et les plus <'amcteri5tiques. La richesse en houille et en fer a fait naître la mclalluri;ie, dans les vallées de la Haine, de la Sambre et de la Meuse. La ligne de chemin de fer de Paris à Cologne traverse un paysage fantastique, pendant la nuit, mais peu pittoresque. Hauts fourneaux, forges et aciéries, verreries, fabriques de machines, d'armes, etc., se succèdent presque sans interruption dans des villes comme Cliarleroi, Jemeppes, Namur, Huy, pour s'agglomérer à Liège et dans ses environs : Seraing (aciérie Cockerill), Angleur (zingueriede la Vieille Montagne), Liège (armes), Herstall (mécanique de toute sorte), etc., etc. Les industries chimiques et électriques doivent, à des Instituts ou Ecoles techniques, un développement considérable dans les mêmes régions : une bonne partie du matériel des tramways électriques de France et des autres pays vient de Liège et des environs. Les constructions navales en acier sont actives à Hoboken, près d'Anvers.
Parmi les industries de'rivées du règne végétal, la fabrication du sucre est active, et, comme la brasserie, tire du sol même les matières premières; la distillerie d'alcool est considérable dans un pays qui compte un cabaret par 59 habitants ; l'amidonnerie de riz a son centre mondial à Anvers, où les vapeurs déchargent le grain.
L'industrie du cuir est extrêmement active à Liège, où existe une école de tannerie renommée.
Depuis le moyen âge, les villes de Flandre sont célèbres comme centres d'industrie textile. Si la Belgique n'a pas gardé son quasimonopole qui lui a été enlevé par l'Angleterre et par d'autres pays, elle continue à produire des fils et tissus en grande quantité. La Flandre travaille le lin à Gand et à Courtrai, mais reçoit de plus en plus sa filasse de Russie, les dentelles de Louvain et de Malines sont justement célèbres; le coton est ouvré à Gand; (juant à la laine, la Flandre n'est plus « toute fondée sur draperie », comme disait Artevelde, au temps où la laine venait d'Angleterre; les moutons de l'Ardenne ont attiré les draperies à Yerviers où le barrage de la Gileppe fournit la « houille blanche » ; mais les moutons d'Australie et de la Plata ramènent de nouveau cette industrie vers Anvers, qui reçoit les laines.
Sans pouvoir être comparée pour la production industrielle absolue avec l'Angleterre, l'Allemagne et les États-Unis, la Belgique a cependant une industrie extrêmement active et prospère, dont les
140 riELGIQUE.
progrès ont élc des plus romarciuables dans ces dcrnicres années, et ne manqueront pas de s'accroître encore (1).
Voies de communication. — Aucun obstacle ne s'oppose, en Relgi(|ue, aux communications. Les fleuves sont navigables, les routes et chemins de 1er ont pu être tracés sans de trop grandes dépenses. Seule, la région de l'Ardenne, d'ailleurs pauvre, est d'une pénétration difficile. D'autre part, les frontières naturelles sont franchies sans peine par les routes et canaux. Enfin, la situation même du pays en fait un carrefour des grandes voies européennes.
Aussi le réseau est-il des plus serrés : belles routes, bien entretenues, voies ferrées proportionnellement plus nombreuses qu'en aucun autre pays, canaux réunissant toutes les voies navigables naturelles.
Les chemins de fer, dont le développement atteint 4.600 kilomètres, appartiennent à l'Etat, les compagnies n'en possédant que la neuvième partie. Sans énumérer les lignes d'intérêt purement belge, on peut citer celles qui ont une importance européenne. D'Anvers et d'Ostende partent deux voies qui se réunissent à Bruxelles et qui, par Namur, Arlon, le Luxembourg et l'Alsace- Lorraine, vont gagner le Saint-Gothard, puis Gênes et Brindisi. C'est une des lignes de l'isthme européen, qui fait une grave concurrence à celles de l'isthme français. La ligne de Paris à Rotterdam et à Amsterdam passe à Mons, Bruxelles et Anvers, celle de Paris à Berlin, Pétersbourg et Pékin, par le Transsibérien, emprunte les vallées de la Sambre et de la Meuse par Gharleroi, Namur et Liège. La circulation des voyageurs et des marchandises est intense, et les bénéfices nets par kil. (25.500 francs pour le réseau d'État, 32.000
Industrie belge :
Extraction (1903).
Houille 21.800.000 tonnes.
Fer -177.000 —
Zinc 3.900 —
'i'i'ansronnalion.
Fonte l.ûil.OOO —
Acier et fer 1.146.000 —
Znic 143.000 —
Sucre ralimo 90.000 —
Bicrc 15.707.000 hectolitres.
Alcool 61.900 —
Coton (valeur) ."jO. 000. 000 francs.
Taille des diamants 70.000.000 — à Anvers.
Etc., etc.
pour celui des compagnies) sont plus considérables que ceux des liiinos françaises.
Les voies navigables sont, elles aussi, proportionnellement plus nombreuses que dans aucun autre pays d'Europe (2.200 kil.J. La Meuse reçoit des chalands de deux mètres de tirant d'eau; l'Escaut, nous l'avons vu, est ouvert ainsi que son réseau à une circulation intense. Des canaux réunissent tous ces fleuves ou rivières : canal (le Willebroek et de Charleroi, entre Anvers et la Sambre, canal de la Campine, entre Anvers et Maastricht. L'Escaut est, d'auLre part, réuni à la mer par les canaux de Gand à Ostende. Enfin la liaison entre l'Escaut, la Sambre et la Meuse avec la Seine par les canaux français est connue et permet le transport des houilles belges vers Paris.
La Belgique, étant donnée la mauvaise articulation de ses côtes, ne fut pas jadis un pays maritime. Mais elle possède le bas cours de l'Escaut, dont cependant les bouches sont aux Pavs-Bas. Anvers, à lui seul, donne à la Belgique une marine et surtout un mouvement maritime des plus actils. Avec son fleuve, large de 500 à 700 mètres, profond de 15, ses bassins très étendus, ce port est un des premiers du continent et menace Hambourg lui-même. En 100(), les entrées se sont élevées à G. 500 navires d'une jauge de 1 0.900.000 tonneaux environ. C'est un des grands marchés de grains du monde, les peaux de l'Amérique du Sud, les cafés du Brésil, les pétroles, cotons, laines, denrées coloniales, thé, riz, caoutchouc, ivoire y arrivent en masses énormes. Le réseau navigable intérieur qui lui apporte des marchandises, même de France et d'Allemagne, et lui permet la répartition à bon compte de celles qu'il reçoit d'outre-mer, n'a pas peu servi à son développement. En même temps, de nombreux paquebots servent au transport des voyageurs vers toutes les directions.
Ostende, malgré de grands travaux, n'est, comme Calais en France, qu'un port pour les relations rapides avec l'Angleterre.
Les Belges ont été mis en goût par la réussite d'Anvers et font de coûteux efforts pour perfectionner leur outillage maritime. Bruges a été réuni à la mer par un canal de 8 mètres de profondeur, Gand-port-de-mer et Bruxelles-port-de-mer suivront Bruges. Jusqu'ici la marine belge est encore bien faible, et les neuf dixièmes des transactions s'opèrent sous pavillon étranger, surtout allemand et anglais.
Commerce. — Riche par l'industrie, la Belgique devait avoir un commerce considérable; située de manière à ce que les provinces industrielles du Rhin moyen ont avantage à employer ses
canaux pour le transport de leurs matières premières ou des produits de leurs usines, elle est parcourue par un transit très actif.
Elle achète les denrées alimentaires nécessaires à la nourriture de sa population si pressée (céréales et légumes) et les matières premières indispensables à ses usines (laines, bois, peaux, textiles, végétaux, etc.). Elle exporte au contraire la houille et les produits de son industrie; en même temps, elle réexporte beaucou]» des marchandises entrées chez elle, à destination de l'Allemagne, de la France ou des pays d'outre-mer.
La France est le premier des clients de la Belgique, à laquelle elle achète surtout de la houille, et vend en échange des matières alimentaires en abondance. L'Allemagne vient ensuite, achetant plus (ju'elle ne vend, puis le Royaume-Uni et les Pays-Bas. En dehors des voisins, la Russie vend des lins et des bois ; les Etats- Unis et les divers pays de l'Amérique sont aussi en relations très actives avec la Belgique. Enfin, celle-ci prend la plus grande part au commerce du pays qui, après avoir formé l'Etat indépendant du Congo, vient d'être acquis par la Belgique dont il est devenu une colonie.
Conclusion. — Les Belges sont arrivés à faire, de leur « petit pays )), une grande puissance industrielle et commerciale. Proportionnellement à sa population, la France, pour avoir un commerce
(1) Commerce belge (en millions de francs) Importations.
Moyenne 1899-1905 . . 2.656.0
Principaux clients.
France
Allemagne
Pioyaume-Uni
Pays-Das
Russie
États-Unis
Principales importations.
nié 514.4
Autres céréales 119.2
Laine brute 200.7
Bois 255.9
Lin brut 151.0
Coton brut 67.6
Fer et acier 104.7
(Caoutchouc 98.2
Peaux brutes 119.5
Exportation- 2.795.8 2.110.0
Importations.
Transit.
Exportations.
Principales exportaliou>.
Houille et coke 116.8
Lin 101.8
Laine brute 100.9
Machines 201.1
Verrerie 106.6
Fil de lin 81.9
Acier 250.7
Lainages 64.1
Coloiniadcs 55.6
égal à celui de la Belgique, devrait atteindre le ohitl're de 26 milliards de francs d'échanges, en ne comptant pas le transit; et nous ne comparons pas notre industrie à celle de notre voisine. Cette prospérité' peut être diminuée par la création d'un débouché maritime allemand au bassin du Rhin, mais elle ne dispara:tra pas tout entière. L'exploitation du Congo ouvre de vastes espoirs à ce [lays qui s'était cependant tenu à l'écart de la politique coloniale.