‹ Les principales puissances du mondeChapitre 25 sur 100 · COMPOSITION ET RELIEF DU SOL · texte numérisé non relu

COMPOSITION ET RELIEF DU SOL

L'Europe centrale est la partie où se manifeste le plus nettement le caractère de variété et d'articulation qui distingue l'Europe des autres parties du monde. Les plissements de l'ccorce terrestre ont remanié les couches géologiques, faisant apparaître k la surface les plus profondes, renversant et disloquant les plus récentes, entremêlant les divers terrains d'une façon souvent inextricable. Le relief, naturellement, a été, lui aussi, profondément bouleversé, les montagnes ont surgi, mais disloquées, pénétrées par de profondes vallées, pendant que des plaines restaient intercalées au milieu des massifs les plus élevés. De là résulte une variété d'aspect, une articulation remarquables, et qu'on ne retrouverait nulle part ailleurs.

Cependant, la confusion est plus apparente que réelle, et un examen attentif permet de reconnaître une certaine régularité, de distinguer quelques groupements du relief.

Le noyau de l'Europe centrale est formé par le massif alpestre, bande de terrains anciens flanquée de bandes plus récentes, apparte-

nant à l'âge secondaire. Autour des Alpes, les séparant des autres niontngnes qui les entourent au nord, court un fossé semi-circulaire de pays déprimés : vallée secondaire du Rhône, plateaux tertiaires de Suisse et de Bavière, grande plaine quaternaire de Hongrie. Au delà de cette région déprimée s'élève un demi-cercle de hauteurs, inférieures aux Alpes, les hauteurs de l'Europe moyenne; trois massifs de roches cristallines anciennes le jalonnent : Massif central français, Massif de Bohème, Alpes de Transilvanie, réunis les uns aux autres par des régions accidentées de terrains plus récents : hauteurs secondaires de la France du nord-est et de l'Allemagne du sud-ouest, demi-cercle secondaire et tertiaire des Karpathes. Au nord enfin, s'étend, ininterrompue de la Belgique à la Russie, la grande plaine d'alluvions de l'Europe du Nord, (jui va doucement plonger sous les flots de la mer du Nord et de la Baltique.

Alpes. — Les Alpes forment le trait principal du relief de l'Europe centrale, elles y sont le plus grand obstacle aux communications, mais en même temps un important réservoir hydrographique.

Formées pendant la période tertiaire, leur pUssement a butté contre les massifs préexistants du centre de la France et de la Bohême, et elles ont pris la forme d'une grande vague, arrondie en demi-cercle des bords de la Méditerranée aux environs de Vienne et de Trieste. La longueur du système est de 1.200 kilomètres environ, sa largeur varie de 150 kilomètres à 500, la partie la plus large étant à l'est.

La composition du sol est simple : l'axe, la « zone alpine » véritable, est composé de roches cristallines, granits, gneiss, porphyres, micaschistes, profondément érodés par l'action des pluies et des glaciers, en pics acérés, en murailles abruptes. Les couches secondaires ont été rejetées des deux côtés, formant les « zones subalpines )) ou Alpes calcaires, moins élevées en général, moins aiguës, et présentant souvent la forme de plateaux aux pentes verticales. Deux grandes failles, où coulent, en sens inverse, les principaux cours d'eau, séparent ces zones subalpines de la zone alpine. La zone subalpine du nord est délimitée au sud par les vallées du Drac, de l'Isère, de l'Arve, du Rhône, du Rhin supérieur, de rinn moyenne, de la Salzach, de l'Enns et de la Salza. Entre la zone alpine et la zone subalpine du sud coulent l'Adda, la Noce, l'Adige, l'Eisach, la Rienz et la Drave.

Le plissement a, en outre, cassé les terrains dans une direction perpendiculaire à celle des deux grandes failles longitudinales. Les cours d'eau ont emprunté ces fissures et séparé les uns des autres

les divers massifs alpestres. Nulle part, dans les Alpes, ne se rencontre la disposition en chaînes de montagnes, c'est la disposition en massifs, entourés par de profondes vallées et séparés par des cols surbaissés et relativement faciles à franchir, qui prédomine.

Les versants, comme ceux de la plupart des systèmes montagneux, sont inégalement inclinés : celui du sud est le plus abrupt ; le Tessin et le Rhin prennent leur source à la même altitude de 2.400 mètres, et se jettent dans des lacs situés l'un et l'autre à 400 mètres. Mais le Tessin a descendu la pente en 90 kilomètres, tandis que le Hhin a parcouru plus de 170 kilomètres pour atteindre le lac de Constance. Les Alpes tombent brusquement sur la plame italienne et se prolongent loin à l'ouest et au nord vers la France, l'Allemagne et l'Autriche. 11 faut pourtant se garder de croire, quand on fait cette comparaison, que les Alpes aient au nord une pente douce, au sud une pente rapide. La vérité, c'est qu'il y a du sud au nord plusieurs massifs, donc beaucoup plus de deux pentes.

On divise, en général, les Alpes en trois parties : Alpes occidentales ou Franco-Italiennes, des environs de Gênes au col du Grand Saint-Bernard, Alpes centrales ou Italo-Helvétiques jusqu'au Brenner, Alpes orientales ou Italo-Austro-Germaniques du Brenner à Vienne et à Trieste. Nous conserverons cette division, assurément artitîcielle, mais qu'il est difficile de remplacer par une autre aussi simple.

Les Alpes occidentales ont été étudiées avec la France, nous les laisserons par conséquent de côté.

Les Alpes centrales forment d'abord une étoile à six rayons séparés par de profondes vallées rayonnant autour du massif du Saint- Gothard. A la zone alpine appartiennent les Alpes Pennines, entre la plaine d'Italie au sud, le Rhône au nord, le col du Simplon à l'est; leurs sommets sont parmi les plus élevés et les plus célèbres des Alpes (Cervin 4.505 m., Mont Rose 4.658 m.); les Alpes Lépontiennes, entre le Rhône et le Rhin au nord, la plaine italienne au sud, les cols du Simplon et du SplUgen, ont des sommets moins hauts, et envoient au sud, entre Toce et Tessin, les Alpes du Tessin.

Dans la zone subalpine du nord, on distingue les Alpes Bernoises, ou Oberland, entre le Rhône et l'Aar, avec leurs superbes pics et leurs glaciers fréquentés des touristes : Finsteraarhorn (4.275 m.), Jungfrau (4.168 m.), glacier d'Aletsch, le plus grand de l'Europe centrale, Diablerets (5.266 m.); les Alpe.* des Quatre Cantons, moins belles, limitées par l'Aar et la Reuss; les Alpes de Claris,

entre la Reuss et le Rhin (Todi, 5.625 m.). Ces trois massifs forment ce que l'on appelle souvent le Trident Suisse.

A l'est du col du Spliigen, une seconde partie des Alpes centrales enserre la haute vallée de l'Inn ou Engadine. Dans la zone alpine les Alpes Rhétiques du Nord la séparent de la vallée du Rhin, et les Alpes Rhétiques du Sud, culminant au Bernina (4.052 m.), la divisent des vallées de la Noce, de l'Adige et de l'Eisach, entre lesquelles s'insèrent les massifs moins importants de l'Ortler (5.905 m.) et de l'Œtzlhal (5.770 m.). Le col du Brenner marque la séparation d'avec les Alpes orientales. La zone subalpine septentrionale comprend, au nord du col de l'Arlberg, qui limite les Alpes Rhétiques du Nord, et de la vallée moyenne de l'Inn, les Alpes de l'Algau (2.650 m.) et de Bavière (2.900 m.), calcaires, ruiniformes, parsemées de lacs superbes. Dans la zone subalpine du sud, les Alpes du Bergamasque et du Trentin atteignent encore et dépassent 5.000 mètres, mais s'abaissent rapidement sur la plaine du Pô.

Avec les Alpes orientales, le système s'abaisse et s'élargit. La zone alpine porte successivement les noms de Hautes et Basses Tours (Hohe et Niedere Tauern), culminant encore à 5.800 mètres, puis sont partagées par la vallée de la Mur en Alpes autrichiennes au nord, qui vont finir par le Wiener\Yald et le Kahlenberg en vue de Vienne, et Alpes de Styrie ou sud (2.400 m.) qui s'arrêtent près de Gratz, Les Alpes de Salzbourg (5.000 m. environ), le Salzkammergut aux lacs pittoresques et les Alpes calcaires d'Autriche (2.000 m. au maximum) forment la zone subalpine du nord; celle du sud entoure la Vénétie d'un demi-cercle de montagnes : Alpes Cadoriques ou Dolomitiques, aux aspects rappelant ceux de nos Causses, Alpes Carniques et Alpes Juliennes qui, après avoir dressé le Triglav ou Terglou jusqu'à 2.900 mètres, se terminent au col d'Adelsberg, grande route de Trieste à Vienne.

Très profondément entaillées par des vallées qui, des deux côtés, s'avancent à la rencontre les unes des autres, présentant des cols très bas entre les sommets les plus élevés, les Alpes sont relativement faciles à traverser, beaucoup plus que les Pyrénées, dont cependant, les pics suprêmes sont de 1.400 mètres moins hauts. Les cols ont été fréquentés dès la plus haute antiquité et ont permis les rapports entre les plaines de l'Italie et les pays du nord et de l'ouest de l'Europe. Cols de Larche, du mont Genèvre et du mont Cenisavec la France, du Grand Saint-Bernard, du Saint-Golhard, du Splùgen, avec la Suisse, du Brenner avec l'Allemagne et d'Adelsberg avec l'Autriche; cols de l'Arlberg entre le Rhin et l'Inn, de Toblach entre Adige et Drave, tous sont traversés par des routes, quelques-

17i EUROPE CENTRALE.

uns par des chemins de fer. La facilité des communications à travers les Alpes est un des traits les plus importants de la géographie de l'Europe centrale, dont elle expliijue l'histoire et le développement économique.

Hauteurs de la moyenne Europe. — Nous avons déjà vu que les Alpes sont entourées, à l'ouest, au nord et à l'est, par une sorte de fossé, plus ou moins large, plus ou moins profond. La vallée du Rhône français se prolonge, au nord-est, par le plateau suisse, haut de plus de 500 mètres, mais qui, enserré entre les Alpes et le Jura, a reçu souvent, par contraste, le nom de jjlaine. 11 est formé surtout de la molasse tertiaire. Le plateau havarois, tertiaire lui aussi, forme un triangle, haut de plus de 500 mètres à l'ouest, de moins de 500 mètres à l'est, entre le Jura allemand, le massif de Bohème et les Alpes allemandes. Enfin, la plaine de Hongrie, presque horizontale, formée en majeure partie d'alluvions, est le fond du lac qui recevait, jadis, les eau.v du Danuhe, et dont celui-ci n'est sorti qu'en perçant, entre les Alpes de Transylvanie et la Stara Planina halkanique, le défilé des Portes de Fer d'Orsova.

Au delà de ce fossé, les hauteurs de la moyenne Europe forment la contrescarpe. Elles commencent avec le Massif central de France, hloc de terrains cristallins, qui se prolonge à l'est par les hauteurs jurassiques et triasiques de Bourgogne, de Lorraine et du Jura, déjà étudiées avec la France, et sur lesquelles nous ne reviendrons pas.

La partie sud-occidentale de l'Allemagne est accidentée par des plateaux et massifs montagneux assez confus : les Vosges et la Forét-Noire sont les restes d'un système infiniment plus important, et qui semble s'être effondré dans la plaine d'Alsace et de Bade. Primitives au sud, d'altitude à peu près semblable (Ballon de Guebwiller dans les Vosges, 4.426 m.; Feldberg dans la Forêt-Noire, 1.493 m.), elles se prolongent vers le nord par les Chaumes et plateaux triasiques et boisés du Hardt et de l'Odenwald.

A l'est de la Forêt-Noire, faisant pendant au plateau lorrain, qui est à l'ouest des Vosges, s'étend le plateau triasique de Franconie. 11 est limité au sud-est par les hauteurs qui ont dû à leur composition jurassique les noms de Juras souabe et franconien : hauts de 800 mètres au maxinuun, ils sont séparés l'un de l'autre par la profonde dé|»ression où coule l'Altmûhl. A l'est, il arrive au Fichtelgebirge, massif de 1.050 mètres isolé de tous les côtés par de profondes vallées ; au nord-est, il est bordé par le Frankenwald et le

GÉOGRAPHIE PHYSîOUE. 175

Thuringerwald (de 800 à 1.000 m.); au nord, quelques massifs isolés, ilont certains sont d'origine volcanique (iUioen, Vogclsberg, Spessart, Taunus, Westerwald), le limitent et se rattachent au massif schisteux rhénan, qui se prolonge, à l'ouest du grand ileuve, par l'Eifel et les Ardennes. Tout à fait au nord, presque isolé, comme un cap dans la mer, le Harz, où le Brocken atteint 1.150 mètres, domine la plaine de l'Allemagne du Nord.

Le massif quadrangulaire de Bohème est presque tout entier composé de terrains cristallins et carbonifères. C'est un plateau de 900 à 1.000 mètres, entouré d'un rebord montagneux. Au nordouest, ri']rzgebirge (monts Métalliques), aux croupes de gneiss recouvertes de forêts, descend lentement vers la Saxe allemande, le Keilherg y atteint 1.255 mètres. Séparés de lui par la trouée de Pirna et les plateaux crétacés de la Suisse saxonne, profondément entaillés par l'Elbe, les Riesen Gebirge (monts des Ge'ants) avec leur Schneekoppe (1.645 m.) et les monts Sudètes (Altvater 1,490 m.), limitent le plateau au nord-est. Au sud-est, il n'y a pas de montagnes, les « hauteurs de Moravie » sont une ligne de partage des eaux sans ligne de faîte; mais la bordure sud-occidentale est abrupte; le Boehmerwald, granitique et gneissique, couvert de forêts superbes, élève le Arber à 1.476 mètres.

Un dernier groupe de hauteurs, séparé du massif de Bohème par la profonde dépression où coulent en sens inverses l'Oder et la Morava, entoure la plaine déprimée de Hongrie. Il commence avec le massif quadrangulaire, primitif et isolé du Tatra (2.660 m.), pour se continuer par le système demi- circulaire des Karpathes secondaires et tertiaires. Peu élevées en général, faciles à traverser, malgré leurs immenses forêts où vivent les derniers aurochs, les Karpathes se redressent avec la Czerna-Hora, aux sources de la Tisza (2.500 m.). Elles entourent ensuite le plateau tertiaire de Transilvanie, tombant abruptes à l'est, sur la Galicie autrichienne et la Roumanie. La limite méridionale du plateau est formée par les Alpes granitiques de Transilvanie, qui culminent au Negoï par 2.550 mètres, au-dessus du défilé de la Tour Rouge, et qui se terminent sur le Danube à Orsowa. Du côté de l'ouest, le plateau est séparé de la plaine hongroise par des montagnes, percées par les aftluents de la Tisza, et dont le massif principal est le Bihar (1.850 m.).

Plaines. — Au delà des hauteurs de l'Europe moyenne s'étend la grande plaine de la Basse Europe. Presque horizontale, elle s'étend sans dénivellation appréciable, sans séparation entre les divers bassins fluviaux. Exclusivement composée d'alluvions, elle se

relève un peu cependant, le long de la mer Baltique, dans les plateaux, de moins de 100 mètres d'allitmle, de Mecklenibourg et de Poméranic, fissurés et criblés de lacs.

D'autres plaines, que nous avons citées à mesure, s'insinuent dans les massifs montagneux : plaine horizontale de Hongrie, plaine de lœss exlraordinairement riche d'Alsace et de Bade, etc.

Littoral. — L'Europe centrale n'a qu'un littoral peu développé et peu riche en indentations. Sur la mer Baltique, les Haffde Prusse rappellent nos étangs du Languedoc, et sont séparés de la mer, peu profonde et presque douce, par des JVehrungen ou flèches de dunes sableuses. La côte de Poméranie et celle du Mecklenibourg sont peu découpées : le delta de l'Oder, enserrant les îles de Usedom et de Wollin, l'île curieusement articulée de Rùgen en sont les seuls points à citer. La racine du Jutland présente des estuaires profonds et sûrs, comme celui où se blottit le grand port militaire allemand de Kiel.

La côte de la mer du Nord est, en Allemagne, absolument semblable à ce qu'elle est aux Pays-Bas : mêmes dunes, mêmes digues pour défendre le pays contre l'invasion des flots, mêmes golfes d'inondation, comme celui de la lahde. Mais l'estuaire de l'Elbe, large et profond, rachète amplement la mauvaise disposition de la côte et a permis Hambourg comme l'Escaut explique Anvers.

Au sud, l'Autriche-Hongrie possède une partie du littoral de la mer Adriatique. Le voisinage des montagnes a découpé profondément cette côte, riche en golfes profonds et sûrs (Trieste, Pola, Fiume, etc.), protégée du côté du large par. la chaîne des îles Dalmates. Mais les montagnes, abruptes, le séparent trop nettement de l'intérieur du pays, et la difficulté de les traverser nuit au développement des ports austro-hongrois.

Page 1