CLIMAT
Le climat de l'Europe centrale est intermédiaire entre le climat maritime de l'Europe de l'ouest et le climat continental de la Russie. L'influence adoucissante de l'océan Atlantique se manifeste de moins en moins à mesure qu'on s'avance vers l'est, pour céder bientôt la place à l'action des vents rigoureux de la Russie. L'orientation des lignes isolhères et isocliimènes est caractéristique. Tandis que les premières, indiquant les températures moyennes d'été, sont inclinées de l'ouest-sud-ouest à l'est-nord-est, et vont de -i- 24" au sud à -|- 46" au nord, les secondes, qui marquent les moyennes de l'hiver, sont dirigées presque du nord au sud, et
vont de H- 2" à l'ouest, à — 4" à l'est. En allant des bords du Rhin vers la Russie, on croise donc les unes et les autres, rencontrant par conséquent des hivers de plus en plus froids et des étés de plus en plus chauds. Berlin a des étés aussi chauds que ceux de |{()uon, mais des hivers norvégiens; Vienne et Buda-Pesth ont les mémos hivers que Berlin et des étés portugais. L'action du relief, qui s'élève du nord au sud, accentue ce caractère et explique que la Suisse, sous la même latitude que le centre de la France, ait des hivers rigoureux.
Les pluies diminuent graduellement de l'ouest à l'est, à cause de i'éloignement de l'Océan : 0 m. 80 sur le Rhin, 0 m. 50 à la frontière russe. Mais elles s'accroissent aussi du nord au sud, le relief de plus en plus considérable allant cherclier l'humidité jusque dans les hauteurs de l'atmosphère : de 0 m. 50 sur les bords de la Baltique, la couche d'eau annuelle s'épaissit jusqu'à plus de 2 m. 50 sur les massifs des Alpes suisses. L'Autriche-Hongrie doit à la disposition de son relief un régime spécial : tandis que la plaine du L)anul)e, entourée de montagnes, ne reçoit guère que 0 m. 40 à 0 m. 50 par an, les pays élevés du pourtour en recueillent plus de 1 m. 50.
COURS d'eAD.
L'Europe centrale est riche en cours d'eau en général réguliers et abondants ; ils rendent de grands services, tant à l'agriculture qu'aux communications. On peut en distinguer deux sortes : les neuves alpestres, et ceux qui proviennent des hauteurs de l'Europe moyenne.
Les premiers, alimentés par les glaciers, ont leur plus fort débit au moment de la fonte des neiges, c'est-à-dire en été, mais ils traversent en général des lacs où ils se clarifient et se régularisent; leur cours supérieur, dans les gorges étroites des Alpes, est torrentiel, et ne peut recevoir de bateaux, mais leur cours moyen et inférieur, sur le plateau et dans les plaines, est très navigable. Les tleuves qui proviennent des hauteurs de l'Europe moyenne ne sont alimentés que par les pluies, et n'ont pas de cours montagneux. Les uns et les autres, arrivés dans la plaine, s'étendent doucement, et leurs domaines ne sont séparés par aucun relief appréciable, ce qui a permis l'établissement de canaux de communication.
Rhin. — Le Rhin est le premier des fleuves alpestres, et celui qui en présente le plus nettement les caractères. Il prend sa source au cœur des Alpes, dans le massif du Saint-Gothard qui est le
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rs EUROPE CENTRALE.
grand centre de dispersion des eaux de T Europe. Dans un espace de quelques kilomètres carrés prennent leur source le Ilhùne, le Tessin, le Rhin et ses deux aflluents ou sous-affluents, l'Aar t.t la Reuss.
Le cours supérieur ou montagneux du Rhin va de sa source à Bàle. Le Vorder Rhein, ou Rliin antérieur, descend du col d'Oberalp et se dirige vers l'est jusqu'à Coire; il reçoit alors le Hinter Rhein, ou Rhin poste'rieur, né dans les glaciers du mont Adula ou Adule. De Coire, le Rhin, formé définitivement, se dirige vers le nord jusqu'au lac de Constance; puis vers l'ouest jusqu'à Bàle. A SchafTouse, il passe, par une chute célèbre, la ligne des hauteurs du Jura.
Dans cette partie de son cours, il reçoit, du sud, quelques affluents dont le plus important est l'Aar. Venue de la Furka, col du Saint- Gothard, elle traverse les lacs de Brienz et de Thoune, passe à Berne, et arrose le plateau suisse, recevant à gauche les eaux de rOberland et du Jura, à droite, celles que lui apportent la Reuss du Saint-Gothard par le lac des Quatre Cantons et la Limmat des Alpes de Claris par les lacs de Wallen et de Zurich. Aucun de ces torrents n'est navigable.
De Bàle h Cologne, se développe le cours moyen. Le Rhin s'étend d'abord en nombreux faux-bras dans la grande plaine où il sépare l'Alsace et le Palatinat bavarois à l'ouest, du Grand Duché de Bade à l'est. Ses crues violentes en ont éloigné les villes, Strasbourg et Karlsruhe sont à quelque distance du fleuve, mais Mannheim, Worms et Mayence baignent leurs quais dans ses eaux. Sa navigabilité est médiocre, de grands travaux ont du être faits pour permettre aux chalands de remonter à Mannheim, et l'on pense à les prolonger jusqu'à Bàle. A Bingen, le Rhin commence à percer le massif schisteux rhénan, c'est son « cours héroïque » : resserré dans un seul lit, profond et régulier, ce fleuve serpente entre de hautes croupes montagneuses couronnées des ruines de burgs; il passe à Cologne puis à Bonn.
Dans cette partie de son cours, il reçoit de nombreux affluents: à gauche, l'IU recueille pour lui les eaux du versant oriental des Vosges, arrosant Mulhouse, Colmar et Strasbourg; la Moselle lui apporte le tribut du penchant français des Vosges, par Épinal, Metz etTièves; quoique très sinueuse, elle est navigable dans de bonnes conditions. A droite, le Neckar arrose le Wurtemberg, et le Main, sinueux, lui arrive du Fichtclgebirge à travers la Franconie, eu baignant Francfort. La Lahn et la Sieg sont d'excellentes voies stratégiques ou commerciales vers la liesse, la Thuringe et la Prusse.
Le cours inférieur du Rhin commence à Cologne : large, abondant (plus do 2.000 m. c), il porte de nombreux bateaux. Il passe à Dusscldorf et Duisbourg. Par son affinent de droite, la Ruhr, il dessert les régions si industrielles de la Westphalie. Mais il quitte l'Allemagne, et va se jeter dans la mer du Nord aux Pays-Bas, et tout ce trafic a pour point de dépari et d'arrivée le port néerlantîais de Rotterdam.
Frontière pendant longtemps, fossé débordant de sang entre Welsches et Teutons, le Rhin est aussi et surtout une admirable voie de pénétration de l'Europe du nord-ouest vers l'Europe du sud, par la vallée de la Reuss et le tunnel du Saint-Gothard.
Danube. — Bien qu'il ne prenne pas sa source dans les Alpes, le Danube, par ses affluents de droite, mérite d'être compté parmi les Heiives alpestres.
Lui aussi est partagé, par le relief, en plusieurs parties, véritables bassins entourés de montagnes. .Son cours supérieur ou germano-autrichien va de sa source à Presbourg, entre les Alpes au sud, les Juras souabe et franconien, le massif de Bohême au nord. Né dans la Forêt-Noire, il coule au bord extrême du plateau bavarois, d'abord vers le nord-est, par Ulm où il reçoit des chalands et Ingolstadt jusqu'à Ratisbonne, puis au sud-est, par Passau, Linz, où il entre dans d'étroits défilés, pour s'étendre près de Vienne dans la plaine du Mardi feld.
Ses affluents lui viennent surtout du sud, lui apportant le produit de la fonte des glaciers alpestres : Lech, Isar et surtout Inn, venue de l'Kngadine, sont des torrents à peu près innavigables; sur la rive gauche, l'Altmiihl établit une communication avec le Main, la Naab vient du Fichtelgebirge, la Morawa arrose la Moravie, et permet d'arriver à l'Oder.
Le cours moyen ou Hongrois se traîne lentement, paresseusemont, entourant de grandes îles plates, à travers la plaine lacustro de Hongrie. Presbourg, Buda-Pesth puis Belgrade, et, à la sortie do la plaine, Orsowa, sont baignées par ses eaux abondantes, régulières, et qui portent de nombreux et grands navires.
Les tributaires sont, eux aussi très importants : après la petite Leitlia, qui sert, on ne sait pourquoi, à délimiter les deux parties de la monarchie austro-hongroise, la Drave, puis la Save, lui viennent des Alpes orientales. Très abondantes, elles sont navigables sur une bonne partie de leur cours ; la seconde forme, longtemps, la frontière entre l'Autriche-Hongrie et les États Balkaniques. A gauche, la Tisza ou Theiss est le seul grand affluent, mais elle est considérable. Née dans la Czerna-Hora, elle décrit une longue courbe
autour (le la Transilvanie dont elle recueille presque toutes les eaux par le Szamos, le Kôros et le Maros. Elle est longtemps parallèle au l)anubc, dont elle n'est sépare'e que par la plaine basse de ï'Alfoel, souvent inondée par les deux fleuves.
Le Danube inférieur n'appartient plus à l'Europe Centrale; il coule dans une grande plaine, séparant la Roumanie de la Bulgarie, puis se jette dans la Mer Noire par les trois bouches de Kilia, de Soulina et de Saint-Georges.
Le Danube forme une excellente voie de communication. Depuis les travaux accomplis dans les Portes de Fer d'Orsowa, de grands navires à vapeur peuvent le remonter jusqu'à Vienne, des chalands jusqu'à Ulm. Par le canal Louis, ils passent même dans le Main et le lUiin.
Fleuves de l'Allemagne du Nord. — La grande plaine de l'Allemagne du Nord est arrosée par de grands fleuves, nés dans les hauteurs de la Moyenne Europe. Aucun relief ne les sépare, leurs cours se sont déplacés depuis les âges géologiques antérieurs au nôtre, et leurs anciens lits ont été facilement rétablis pour former des canaux de jonction.
L'Ems arrose la Westphalie (Munster) et draine les marais de Bourtange. Son affluent, la Haase (Osnabrûck), la rapproche du Weser.
Le Weser est formé à Mûnden de la Werra Ihuringienne et de la Fulda hessoise (Gassel); il force, à Minden, le passage entre le Teutoburgerwald et le Harz, puis, après avoir passé à Brème, tombe dans la mer du Nord à Bremerhaven, près du golfe de la lahde. Son affluent, l'Aller, vient des environs de Magdebourg, empruntant l'ancien lit de l'Elbe.
L'Elbe est beaucoup plus importante. Elle recueille d'abord les eaux du plateau bohémien, dans un grand tour qui l'amène du Riesengebirge à la passe de Pirna. Dans son cours bohémien, elle reçoit la Moldau ou Vltava de Prague, et l'Eger, descendue du Ficlitelgebirge.
Après la passe de Pirna, elle entre en Allemagne, d'abord par les défilés profonds et pittoresques de la Suisse saxonne, passe à Diesdp, Dessau, puis, à Magdebourg, entre dans la plaine. Son cours est alors lent et profond, sillonné par d'innombrables chalands. A Hambourg, elle reçoit les plus grands paquebots modernes et se jette dans la mer du Nord devant Cuxhaven.
Ses affluents lui viennent, à droite, de la Saxe, parcourue par la Saale, qui descend du Fichtelgebirge, arrose léna et Halle, et se grossit de l'Elster de Leipzig, à gauche, du Brandebourg. La Havel
est un chapelet de lacs et d'étangs, né dans le Mecklembourg, mais grossie de la Spree berlinoise. Ilavel et Spree forment une voie navigable vers l'Oder.
L'Oder est né dans la partie restée autrichienne de la Silésie, à peu de distance de la Morawa, affluent du Danube. Il coule ensuite dans la Silésie prussienne, au milieu des bassins houillers, passe à Breslau, puis dans le Brandebourg où il baigne Francfort sur l'Oder, et Kustrin, entre enfin en Poméranie où, après Stettin, port actif, ii se jette dans la mer du Nord, formant un HafT séparé de la mei par les deux îles de Usedom et de Wollin. Swinemûnde est l 'avantport de Stettin. Ses affluents de gauche sont surtout des voies stratégiques souvent employées par les armées prussiennes pour ])énélrer en Bohème. A droite, la Warthe de Posen arrose la Pologne prussienne, et a permis d'établir des comnmnications par eau avec la Vistule.
Celle-ci, entrée en Prusse à Thorn, tombe dans la mer près de Dantzijï.