‹ Les principales puissances du mondeChapitre 3 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE ROYAUME-UNI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE ROYAUME-UNI

Situation et dimensions. — Le lioyaume-Uni de Grande- Bretaiine et d'IrLinde, métropole de l'empire britannique, occupe l'archipel des lies Britanniques, situé dans l'océan Atlantique, au nord-ouest de l'Europe, dont il est séparé par la Manche (Eiiglish Ghanncl), le Pas de Calais et la mer du Nord. Ses extrémités sont par 50' et 61" de latitude septentrionale et par O^oO' et 12° 50' de longitude occidentale de Paris (Ij-

L'archipel britannique se compose d'une grande île, la Grande- Bretagne, d'une moins grande, l'Irlande, et de quelques petites îles isolées ou groupées : Wight dans la Manche, les Scilly ou Sorlingues, qui s'avancent dans l'Océan au large de la péninsule de Cornouailles, Anglesey et Man, dans la mer d'Irlande, les Hébrides, à l'ouest de l'Ecosse, les Orcades et les Shetland en prolongement de la partie septentrionale de la Grande-Bretagne. Enfin, on rattache politiquement au Pioyaume-Uni, l'archipel Anglo-Normand, voisin de nos côtes du Cotentin.

(1) Voir, pages -i77 et suivanlesjl'appendicedonnanl la comparaison avec la France.

DDBOIS-IvERGOUAItD. 1

2 UOYAUME-UNI.

fiO superficie du Hoyaume-Uni est de 514.539 kilomètres carrés (1) soit 58.00 pour 100 de la superficie de la France.

Bien que séparées du continent par des bras de mer, les Iles Britanniques font physiquement partie de l'Kurope. Vn plateau sous-marin s'avance en mer et les supporte, les rattachant ainsi aux pays voisins. Les mers qui entourent l'archipel sont extrêmement peu prolondes : la Manche dépasse 100 mètres en un point seulement, la mer du Nord n'atteint ces profondeurs que dans son extrémité septentrionale, la mer d'Irlande a des fosses étroites de 200 mètres. Il faut aller loin au large des Iles Britanniques pour trouver les grands fonds de 1.000 mètres (575 kilomètres à l'ouest des îles Scilly). La position de l'archipel hritannique au centre de « l'hémisphère continental » eut assurément jadis une grande influence sur son expansion maritime et coloniale. Mais aujourd'hui l'intérêt anglais n'a plus de centre, sa métropole ne peut plus ni le concentrer ni l'expliquer. L'Inde et l'Australie, l'Afrique centrale et le Canada, et beaucoup d'autres régions du globe sont foyers de civilisation et de richesse britanniques; l'Inde explique plus et mieux la vie de Londres aujourd'hui que le pays baigné par la Tamise.

Composition du sol. — Les Iles Britanniques ont été surnommées le « Paradis des géologues » à cause de l'extrême diversité des roches qui s'y rencontrent et de l'enchevêtrement excessif des diverses couches. Cependant, une ligne tirée de la Lyme Bay, à l'embouchure de la Tees, divise nettement la Grande-Bretagne en deux parties tout à fait diflérentes. A l'ouest de cette ligne, il n'y a c[ue des terrains anciens, cristallins en Ecosse et primaires en Irlande et en Angleterre. A l'est, on ne rencontre que des terrains plus récents, jurassiques, crétacés et tertiaires. Les couches carbonifères, dont l'importance est si grande, se sont déposées à peu près le long de celte ligne. L'activité volcanique, éteinte depuis longtemps, s'est violemment manifestée autrefois, comme en témoignent les roches basaltiques du nord-est de l'Irlande et de l'ouest de l'Ecosse. Les alluvions modernes comblent de plus en plus l'es-

(!) Angleterre et Pays de Galles. . . . 151.015 kilomètres carrés.

Ecosse 78 . 748 —

Grande-Bretagne 229.763 —

Irlande 85.792 —

Man, îles .Anglo-Normandes 784 —

Total du Royaume-Uni. . . 514.539 kilomètres carrés

GÉOGRAPHIK PHYSIQUE. 3

tunirc du Wash, et construisent, sur son emplacement, le paya de Fen.

Relief du sol. — La même division peut s'appliquera l'étude du relief. La partie sud-orienlale de l'Angleterre est basse en général, aucun point n'atteint l'altitude de 500 mètres. On y trouve des plaines doucement ondulées dans la péninsule massive du Norfolk et du Suffolk, et dans le bassin de Londres, ou bien des plateaux peu accidentés, comme le plateau central de Leicester, et surtout le Weald, qui sépare la Tamise de la Manche, et rappelle notre plateau de Caux. Il présente deux bourrelets de collines, les North et les South Downs. Cette partie de l'Angleterre est la région agricole et pastorale, avec des îlots manufacturiers dans le nord.

Au contraire, la partie occidentale et septentrionale est montagneuse, et, sans présenter nulle part un aspect alpestre, est assez accidentée pour être pittoresque.

La Cornouaille et le Devonshire sont formés d'un massif granitique, très profondément découpé, que l'on désigne par le terme impropre de chaîne dévonienne. Le point culminant, le High Willhays, dans le massif de Dartmoor, atteint 621 mètres.

Beaucoup plus accidenté est le pays de Galles; les Welsh ou Cambrian Mountains élèvent leurs masses schisteuses au-dessus de 1.000 mètres (Snowdon 1.085 mètres), et attirent, par leurs hautes croupes et leurs lacs profonds, un grand nombre de touristes.

La partie septentrionale de l'Angleterre, au nord de la dépression oîi coule la Trent, et jusqu'à celle de la Tyne, est couverte par le soulèvement de la chaîne Pennine (Crossfell 882 mètres) et par le pittoresque massif du Cumberland (Scawfell 978 mètres), dont les combes, avec leurs lacs clairs et profonds, ont été chantées par les poètes lakistes.

L'Ecosse est presque exclusivement montagneuse. Ses montagnes (Highiands), qui font partie du grand soulèvement calédonien-Scandinave, rayonnent autour d'un centre placé à l'angle nord-oriental de l'Irlande et sont séparées les unes des autres par de profondes et étroites dépressions ou « lowlands ». Ce sont d'abord, au sud, les monts Cheviot (mont Merrick 842 mètres, Hartfell 808 mètres). Une très profonde plaine, réunissant la Clyde au Forth, sépare les Cheviot des Grampians. Là sont les points culminants de la Grande- Bretagne, et les régions célèbres des Highiands. De hautes terres, couvertes de bruyères, dans les creux desquelles se blottissent les superbes lacs ou « lochs », sont dominées par des dômes élevés (Ben Nevis 1.345 mètres, Ben Muicli Dhui 1.509 mètres), qui conservent de la neige pendant la plus grande partie de l'année.

4 ROYAl)ME-UNI.

Plus au nord, la coupure du Glenmorc, traversée par le Cuiial Calédonien, transforme en île la région des Norihern Iliglilands ou des monts de Hoss, plus sauvage encore, mais un peu moins haute (Mam Soûl 1.177 mètres).

Le relief de l'Irlande est curieusement disposé. Une plaine centrale, presque sans dénivellation, oîi l'eau ne trouve pas d'écoulement, pleine de marais et de tourbières, réunit la baie de Galway à la mer d'Irlande. C'est à la périphérie del'ile, au nord et au sud, que se trouvent les massifs montagneux. Au nord, le pays d'Ulster a les Sperrin Mountains (683 mètres) et les hauteurs du Donegal (752 mètres) ; au sud, le Leinster s'élève jusqu'à 926 mètres et surtout le Munster présente aux assauts furieux de l'Océan, qui les sculpte profondément, les monts du Kerry (Carranluohill 1.040 mètres).

L'enscmbledes lies Britanniques, sans être aussi varié que la France, présente cependant une sufiisanle diversité d'aspect et une grande partie du pays est enlevée. par l'altitude, à la zone des cultures. Mais, nulle part, le relief n'interrompt absolument les communications.

Littoral. — Peu de pays ont un littoral aussi richement articulé. Les côtes se développent sur une longueur de 10.500 kilomètres, présentant presque partout des rades profondes et Lien abritées, des estuaires par où la marée et, par conséquent, les navires pénètrent loin dans l'intérieur des terres. Aucun point du Royaume- Uni n'est situé à plus de 100 kilomètres d'un port.

Leurs aspects sont des plus variés. Sur la Manche, les côtes granitiques et profondément découpées de la Cornouaille rappellent celles de notre Bretagne. Mêmes écueils dangereux, mêmes havres profonds et sûrs (Fahiiouth, Plymouth, etc.), mêmes caps s'avançant loin en mer (Land's End, Lizard, Start Point, Bill of l'ortland), mêmes vagues rageuses et destructrices. Puis l'île^de Wiglit délimite les deux rades du Soient, champ d'exercices et refuge des yachts, et de Spithead, abri de la flotte de guerre, au fond desquelles s'abritent Southampton, port de commerce, et Portsmouth, port de guerre. A l'est de Wight, le plateau du Weald oppose ses hautes falaises, rarement interrompues par de profondes valleuses, aux falaises identiques de la haute Normandie (caps de Beachy Head, Dunge Ness, South et North Foreland, ports de Newhaven, Folkestone et Douvres).

Sur la mer du Nord, le littoral est d'abord bas, les formes en sont arrondies, quelques estuaires seulement (Tamise, Wash, Humber, Tyne), donnent un abri aux navires, en grand danger sur cette mer peu profonde et encombrée de bancs de sable.

Avec l'Ecosse, la côte change complètement d'aspect : des golfes ;ippclés firtlis entaillent profondément le pays : larges à l'est (iorth, Tay, Moray et Dornoch), ils sont, à l'ouest, étroits, sinueux et profonds comme les fjords de Norvège (Lorne, Clyde, Soiway). En même tem[)s, la côte occidentale de l'Ecosse est bordée par l'archipel des Hébrides et un nombre considérable d'îles isolées, d'écueils et d'îlots qui en rendent la navigation des plus attrayantes pour le touriste, mais des plus dangereuses pour le marin.

Moins déchiquetée, encore que très découpée, est la côte de la mer d'Irlande : de larges baies (Morecambe, Cardigan) ou de profonds estuaires (Mersey et Severn), des îles littorales comme Anglesey et Holyhead.

Les côtes d'Irlande sont fort variées d'aspect : basses et plates, sans bon port autour de Dublin, elles sont 1res sculptées auprès des massifs montagneux. Les belles rades de Belfast, de Cork surtout, sont célèbres. L'extrémité sud-occidentale rappelle les « côtes sauvages » de notre Bretagne. Trois baies l'entaillent profondément, l'île de Valentia reçoit le premier choc des vagues, annonce les ouragans, et correspond par les câbles sous-marins avec le Nouveau Monde.

Climat. — Grande humidité, douceur remarquable de la température, tels sont les caractères du climat britannique. Baignées de tous les côtés par des Ilots tièdes, les Iles Britanniques présentent un type parfait du climat maritime tempéré. La température moyenne des divers points est généralement la même que celle de pays situés en Amérique à 20° plus près de l'équateur. Les isothères, orientées dans le sens des parallèles, s'échelonnent de -f- 15° au nord à 4-18'' au sud, et, sauf lorsque passe quelque « vague de chaleur », rare du reste, on ne souffre jamais de l'élévation de la température; on ne peut guère s'y passer de pardessus le soir. Les isochimènes, dirigés du nord au sud, vont de + 3" à l'est à -f- 6*^ à l'ouest. Si la neige couvre souvent le sol dans la partie orientale, abritée par les montagnes contre le vent de l'Océan, elle est presque inconnue sur la côte occidentale, en Irlande, et même dans les Shetland. Certaines îles, comme Wight ou les Scilly, sont célèbres par leur végétation exubérante et quasi-tropicale.

Mais cette douceur de la température ne fait pas des Iles Britanniques un pays d'élection pour les personnes de santé faible, quelque chose comme une Biviera du nord ; elle est combattue par l'extraordinaire humidité lîe l'air, tiares sont les journées sans nuages, plus rare encore le ciel pur et le soleil radieux. Le brouillard couvre

presque constamment l'archipel; que ce soit l'épais et puant « yeliow Ibg » qui oblige les Londoniens à allumer leurs lampes en plein midi, ou bien la brume plus légère (jui ouate le paysage, il est bien rare que l'air soit pur et clair.

Les i)luics sont abondantes, et réparties sur de nombreux jours. Apportées par les vents du sud-ouest, elles se précijtilent surtout sur la partie occidentale ; l'Irlande en reçoit près de 2 mètres dans les comtés de l'ouest; certains points même sont arrosés par 3 ou A mètres chaque année. Il en est de même pour la côte occidentale de la Grande-Bretagne, tandis que, derrière l'écran des liauteurs, la région orientale n'en reçoit que 0 m. 05. La moyenne générale est de 0 m. 85, la plus l'or te des pays européens d'altitude moyenne. Le nombre des jours de pluie atteint 210 par an en Irlande, soit plus d'un jour sur deux (57.55 pour 100). Dans le reste de l'archipel, bien que moins nombreux, les jours de pluie le sont encore assez pour avoir fait du waterproof un vêtement national et indispensable en Angleterre.

Fleuves. — Le peu de largeur des îles, la modicité du relief, la richesse et la régularité des pluies, tout concourt à donner à ce pays des cours d'eau d'un caractère très particulier. Ces fleuves sont courts, abondants, réguliers, coulent lentement entre des rives basses, s'ouvrent très tôt à la batellerie, puis, brusquement, sous l'influen/^e du flot de marée, s'élargissent, s'approfondissent, et donnent accès aux plus grands navires. On a pu dire avec juste raison que ces fleuves avaient leurs vraies sources en mer; ils roulent plus d'eau salée que d'eau douce.

Les plus grands de ces cours d'eau coulent vers la mer du Nord. La Tamise ou Thames, le géant des fleuves anglais, a 545 kilomètres de cours, moins par conséquent que la moitié de la Seine; son débit n'est que de 59 mètres avant qu il soit grossi par le flot de marée, ce débit est du reste constant. Mais, dès que la mer peut remonter le cours de la Tamise, elle transforme le joli petit fleuve, sillonné par les canots des étudiants d'Oxford ou par quelques cha,lands, su un véritable bras de mer. Large de 500 mètres au pont de Londres, profonde de 4 mètres à marée basse, de 10 m. 50 à marée haute, elle peut recevoir les plus gros navires dans les docks de Londres. Les autres fleuves de cette région orientale lui ressemblent : rOuse et la Nen tombent dans le Wash; le Trent traverse presque toute l'Angleterre et contribue, avec l'Ouse de York, à former le Humber, la Tyne reçoit les navires charbonniers de Newcastle. En Ecosse, le Forth et le Tay sont abondants, mais surtout célèbres par leurs firths.

Dans la partie occidentale de la Grande-Bretagne, les fleuves sont plus courts, mais leurs estuaires plus disproportionnés encore. La petite Glyde forme le port de Glasgow, rimpi;rce])lible Mersey amène les énormes paquebots de la Cunard line jusqu'aux quais de Liverpool. Seule, la Severn tient sa place sur la carte. Elle entoure à l'est le pays de Galles et se perd dans l'estuaire appelé canal do lîristol.

En Irlande, la plaine centrale, marécageuse, sans pente appréciable, est drainée par le Shannon, chapelet de lacs, réunis par quelques parties plus resserrées et d'un courant plus appréciable.

Tous les fleuves britanniques olTrent donc d'excellentes qualités de navigabilité; comme, d'autre part, ils ne sont séparés par aucune dénivellation importante, rien n'a été plus facile que de les réunir par des canaux.

Les lacs, nombreux dans les régions montagneuses d'Ecosse (Loch Lomond, Loch Katrine), du Cumberland ou de l'Irlande (Lac de Killarney), n'ont aucune autre importance une celle d'attirer de nombreux touristes.

Géographie politique.

Populations. — La population britanni({ue est extrêmement nombreuse, et des plus denses : 41.977.000 habitants au recensement de 1901, c'est-à-dire une masse d'hommes plus considérable que celle qui habite la France, presque deux fois plus étendue. La densité kilométrique est donc grande et se chiffre par 152 habitants au kilomètre carré.

Mais ce chiIVre ne donne qu'une idée très imprécise du groupement de la population anglaise, inégal et irrégulier. Tandis que l'Irlande, ruinée par la famine et l'émigration, n'a que 55 habitants au kilomètre carré, que l'Ecosse montagneuse et aride n'en compte que 56, l'Angleterre et le pays de Galles atteignent le chifl're de 215 habitants. Certaines parties même de l'Angleterre peuvent être comparées, par le grouillement des hommes, à la Chine ou à l'Egypte. Le comté de Lancastre, désert il y a un siècle, a maintenant 400 habitants au kilomètre carré.

La répartition de celte masse d'hommes entre les campagnes et les villes est curieuse et caractéristique; tandis qu'en France,

g ROYAUME-UNI.

58 pour 100 de la population habite la campagne, au Royaume- Uni, la proportion est plus que renversée en laveur des villes, qui renferment près de 77 pour 100 du total des habitants; les campagnes sont dépeuplées et se vident de plus en plus, tant par l'attrait des hauts salaires des usines citadines que par l'expropriation volontaire et réfléchie qu'accomplissent les grands propriétaires; ils transforment des pays de culture en pays d'élevage ou en parcs de chasse. Aussi les régions agricoles du sud-est de l'Angleterre ne sont-elles plus que faiblement habitées, tandis que celles de l'ouest et du nord, naguère désertes, ont vu se fonder dimnienses villes.

La capitale, Londres, est un monde à elle seule. Quatre millions et demi d'habitants se pressent dans l'agglomération principale, et plus de sept millions, si on y ajoute les interminables faubourgs qui la prolongent sur toutes les routes.

C'est qu'en effet, Londres n'eti pas seulement la capitale politique du Royaume-Uni, elle est en même temps le plus grand port et le centre commercial du monde entier. Ses docks reçoivent plus de navires qu'aucun autre havre de la terre, et les échanges qui se traitent dans les innombrables « offices » « de la Cité » dépassent ceux des autres places commerciales. Aussi la ville de Londres ne ressemble-t-elle pas aux autres capitales d'Europe. La « Cité » est une ville aux rues étroites, aux maisons hautes, qui grouille d'une population affairée de 9 heures du matin à 6 heures du soir, mais qui se vide pour la nuit ; les commerçants fuient leurs offices pour se répandre dans leurs maisons d'habitation des quartiers plus salubres et plus gais. De 112.000 habitants, la Cité est tombée, en trente ans, à 27.000 habitants permanents. Dans la direction de l'ouest se sont massés les quartiers élégants, où chacun habite une maison particulière, un petit hôtel, tandis que, dans les quartiers de l'est, s'accumule la population pauvre des ouvriers d'usines, des débardeurs du port, et aussi cette masse sans moyens fixes d'existence que décime la faim dans White Chapel, Spitalfields, etc. (.1).

L'origine de la population britannique est complexe. Les anciens Bretons ou Celtes, refoulés par les invasions, ne dominent plus

(1) Grandes villes (1901) •

Londres [sans les

faubourgs) ... 4.536.000 liab.

Glasgow 7(30.000 —

Liverpool 685.270 —

Birmintîiiam. . . . 522.182 —

Manchester .... 503.930 hab.

Leeds 428.953 —

Shcflield 580.717 —

Bristol 528.836 —

Etc.

Gl OGRAI'HIE POLITIQUE. 9

que dans les parties pauvres et montagneuses de l'ouest et du nord : (lornouailles, Galles, Ecosse et Irlande, et encore, la langue celtique disparaît-elle rapidement, moins de 2 millions de personnes la [)arlent aujourd'hui. La conquête romaine n'a eu qu'une influence médiocre. Mais les invasions germaniques et Scandinaves (Angles, Saxons, Danois) ont com[)lèlemcnt remanié la race et la langue de l'Angleterre. Les Anglo-Saxons, soumis plus tard par les Normands de France, ont maintenu leur originalité et leur indépendance morale; la langue seule s'est enrichie d'un grand nomhre de mots d'origine française.

La langue anglaise peut être considérée comme une des causes de la suprématie anglo-saxonne actuelle. Très riche, très simple comme grammaire et comme syntaxe, à la fois brève et précise quand on parle affaires, poétique et ample quand elle est maniée par un écrivain ou un orateur, elle n'a contre elle que d'être très difficile à prononcer. L'orthographe anglaise est la plus compliquée du monde, et ne donne aucune idée de la façon dont le mot doit s'articuler. Mais, simplifiée, comme dans le « pidgin english » des mers de Chine, la langue anglaise devient un instrument de transaction remarquable et un moyen d'influence difficile à remplacer.

L'Anglo-Saxon est, au physique, un homme en général de haute taille, blond, de teint rose et sanguin; l'éducation physique, très développée, lui donne une grande vigueur musculaire, une allure souple et dégagée. Gros mangeur de viande, grand buveur d'alcool, quoique, depuis quelques années, l'alcoolisme recule sensiblement.

Au moral, l'Anglais a été exagérément exalté ou dénigré. Toute l'histoire du peuple anglais, l'éducation qu'il reçoit, le genre de vie auquel il est voué contribuent à en faire un type intéressant de l'humanité. Beaucoup de sang-froid, le goût des aventures, l'initiative et le sens de la responsabilité, exercés chez l'enfant dès les bancs de l'école, la patience et le désir de vaincre sur tous les terrains, l'idée de la supériorité indiscutable et de l'avenir victorieux de la race anglaise, la précision de l'esprit, le sens pratique très développé, sont des armes qui servent dans la lutte mondiale comme dans la vie intérieure de tous les jours. Mais ces qualités ont leur contre-partie : individualiste, et ne comptant que sur lui-même, l'Anglais est volontiers égoïste et brusque; désireux de vaincre et d'assurer la suprématie de la « plus grande Bretagne », il ne s'arrêtera pas toujours au seuil des scrupules; convaincu qu'il est nécessaire à l'humanité entière que l'Angleterre l'emporte sur ses concurrents, il oubliera quelquefois sa parole, abandonnera ses alliés et cherchera à « tirer son épingle du jeu » avec le plus

d'avantages possibles. S'il y a exagération et injustice à parler de la « perlide Albion » et à refaire, à son sujet, les déclamations romaines contre la (» foi j)unique », il n'en est pas moins vrai que l'homme politique anglais, comme le simi)le particulier, exagère parfois la préoccupation de l'intérêt britaniii((uc et la crainte des résolutions sentimcntaios.

La religion dominante est le protestantisme; l'Kglise d'État de l'Angleterre est l'anglicanisme ou épiscopalisme, celle de l'Ecosse est le presbytérianisme, mais toutes les sectes religieuses ont une liberté complète de culte et d'action. En Irlande, les Églises sont séparées de l'État, et la presque unanimité des habitants se rattache au catholicisme romain.

La population britannique s'accroît rapidement, abstraction faite de l'Irlande qui, pour dus causes économiques, politiques et sociales, a vu le nombre de ses habitants tomber de plus de 8 millions en 1841 à A millions et demi en 11)01 . L'excédent des naissances fait plus que compenser les décès, et même une émigration intense n'a pas empêché le cliiffre de la population de passer de 19 millions à plus de 44 pendant la durée du xix« siècle (1). Il faut du reste remarquer que l'émigration est loin d'aifailtlir le pays, les émigrants allant peupler les colonies tempérées de l'Angleterre, ou augmenter en pays de langue anglaise l'influence de la mère patrie.

Gouvernement. — Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, dont le souverain porte, en outre, dans les actes se rapportant aux colonies, le titre d'empereur des Indus, est, depuis iort longtemps, une monarchie constitutionnelle. Le pouvoir exécutif est aux mains d'un roi irresponsable, assisté de ministres responsables devant le Parlement, divisé en deux Chambres : la Chambre des lords, composée de pairs héréditaires anglais, plus 28 pairs irlandais élus à vie et 16 pairs écossais élus pour une législature; la Chambre des communes forméede 670 membres élus pour sept ans par un suffrage censitaire très large.

Protégé par sa situation insulaire, le Royaume-Uni n'estime pas avoir besoin d'une armée permanente considérable, aussi le service

(1) Mouvement de la population (1903)

Naissance;: 1.183.180

Décès 667.851

Excédent de naissances . 515.329

Soit 1.46 0/0.

Émigration totale de 1815 à 1905 16.597.880

Emigration 259.950

Immigration 199.685

Augmentation totale. . . 455.064

GEOGRAPHIE ËCONOMIQUE. il

militaire n'cst-il pas obligatoire. Copcndaiit, en cas de danger, le gouvernement peut appeler les milices dont l'ait partie tout honmie de 18 à 50 ans. Une puissante armée coloniale garde les établissements d'outre-mer (1).

Par contre, la nécessité de défendre ses côtes et surtout son immense empire colonial a obligé le Royaume-Uni à armer une formidable flotte, la première du monde, et à toujours l'accroître, pour se trouver prêt à toutes les éventualités (2). Mais, même avec cette flotte nombreuse, l'Angleterre est loin d'avoir conservé la supériorité qu'elle avait autrefois : sa prééminence numérique ne tient plus qu'à peu de chose ; toutefois le nombre et la vitesse de ses navires multiplient singulièrement sa force continentale ellemême (3).

Géographie économique.

Le nom seul du Royaume-Uni évoque aujourd'hui lidée d'une prospérité économique extraordinaire à tous égards, d'une industrie

(1) Armée permanente (1906), sans l'armée des Indes :

Pied de paix. 251 000 hommes

Pied de guerre 895.000 —

(2) Flollc en 1908 :

Cuirassés. . . ,

Croiseurs cuirassés

— protégés

Contre-torpilleurs

Torpilleurs variés

Sous-marins

Équipages 151.000 hommes.

(5) Finances du Royaume-Uni (I907-190S) en millions de francs :

En

4nnés.

conslruclion

Recettes 5.952.2

Dépenses 5.854.4

Dette publique 19.192.5

Annuités de la dette, . . 745.1

Budget de la guerre. . . 702.2

Bndget de la marine. . . 791.1

Recettes des administrations locales (1906- 1907) 4.252.5

Dépenses 4.155.2

prodigicusoment active, d'un commerce universel, d'un empire coloniy! k'I (ju'aucun autre peuple n'en eut jamais un semblable. Pour expliquer celte situation privilégiée, on en montre les causes dans la nature môme du pays, et dans la politique économique qu'il a suivie. Mais, s'il y a une part de vérité dans ce « déterminisme » économi(|ue, comme on le verra plus loin, il y a aussi une forte proportion d'exagération. Certes, la nature a bien doué le Hoyaume- Uni, ses mines de bouille et de fer expliquent son industrie et son commerce, sa situation insulaire a aidé au développement de sa marine et de ses colonies, le libre-échange, conséquence de sa situation agricole et industrielle, a permis à son conmierce de se développer d'une façon vraiment inouïe, mais l'homme a beaucoup l'ait pour aider la nature. Enfin et surtout les colonies ont réagi, à leur tour, sur la |irospérité de la mélr()[t()le.

Le Rojaurac-Uni a été longtemps un pays agricole, suffisant à sa consommation et exportant les laines de ses moutons dans les Flandres où l'on en faisait du drap ; il n'est devenu industriel qu'à la fin du xviii" siècle, quand l'invention de la machine à vapeur lui a permis d'utiliser ses gisements houillers et lui a donné une supériorité écrasante sur ses concurrents. Jusqu'à l'acte de navigation de 1651, les navires hollandais faisaient la majeure partie du commerce extérieur du pays. Ce n'est qu'après la guerre de Sept Ans que l'Empire colonial s'est fondé, et il a fallu la révolte des colonies de l'Amérique pour faire comprendre aux Anglais que le Pacte colonial leur nuisait et pour les décider à laisser à leurs colonies plus de liberté économique. Jusqu'au milieu du xix^ siècle, le protectionnisme le plus étroit défendait les cultivateurs anglais, et, à l'heure actuelle, après une période de libre-échange absolu, on voit paraître l'idée de la « solidarité impériale » de la métropole avec ses colonies.

La vérité est donc que la nature a favorisé l'expansion économique du Royaume-Uni, mais aussi que l'Anglo-Saxon a su faire de ces faveurs le meilleur et le plus intelligent usage, que son esprit d'initiative est pour beaucoup dans sa fortune.

Agriculture. — Le Royaume-Uni est compris dans la zone de culture des céréales, le climat y est en général doux, toujours humide, le sol est riche dans les régions de l'est et du sud-est, plus pauvre dans celles de l'ouest et du nord, ainsi qu'en Irlande. Toutes les plantes qui n'ont pas besoin d'wne grande chaleur estivale et qui ne craignent pas l'humidité y réussissent parfaitement.

Et cependant, le Royaume-Uni n'est plus un pays agricole. Après avoir essayé de lutter contre la concurrence étrangère (corn laws),

il a abandonné ragnculture et s'est habitué à recevoir de l'extcneur les blés nécessaires à son alimentation et les matières premières indispensables pour son industrie (1). Les herbages pour l'élevage, les parcs de chasse ont remplacé les champs cultivés, et les paysans ont fui de plus en plus vers les villes.

Mais, dans les régions où l'on cultive le sol, cette culture est des plus perfectionnées : les procédés les plus récents de l'agriculture intensive, presque industrielle, donnent d'admirables, mais coûteux résultats. Et cependant la récolte annuelle du Royaume-Uni ne lui permettrait pas de vivre plus de six semaines, dans le cas où il se trouverait coupé de ses communications avec le reste du monde.

L'énumération des productions agricoles est brève. Les céréales ont reculé devant la concurrence des États-Unis, de l'Inde et de la Russie. Seule, la péninsule massive limitée par une ligne allant du Wash à Londres a beaucoup de champs de céréales; ceux-ci alternent avec les prairies dans la région qui s'étend à l'ouest jusqu'à une ligne sinueuse réunissant le cap Flamborough à l'île de Wight. Le reste est en majeure partie occupé par les herbages et pâturages.

Parmi les céréales, l'avoine l'emporte, elle est cultivée dans les pays montagneux, et sert même à l'alimentation humaine en Ecosse. La culture du blé s'étant restreinte aux terres excellentes, le rendement par hectare est un des plus considérables du monde (oO liectolitres contre 18 en France) ; l'orge, qui sert à la fabrication de la bière se maintient en Angleterre; le seigle disparaît, les pommes de terre suppléent, surtout en Irlande, à la rareté du froment; les cultures maraîchères réussissent merveilleusement et sont très habilement conduites, mais elles aussi ont à conqjter avec la concurrence étrangère, surtout depuis que les procédés de conservation par le froid permettent de transporter fruits et légumes des pays les plus éloignés.

Les arbres fruitiers manquent de soleil : quelques treilles bien exposées, les plantations de pommiers du pays de Rristol, des cerisiers et des poiriers ne suffisent pas aux consommateurs qui, pour ces denrées encore, ont recours à l'importation.

Les usines anglaises ne peuvent pas, non plus, compter sur les champs d'Albion pour les alimenter en matières premières. Les lins, quoique d'excellente qualité, sont concurrencés d'une telle

(1) Culture des céréales :

1874. ... 4.^78.000 bectares.

1 i ROYAUME-UNI.

façon par ceux de Russie qu'on en diminue la culture, sauf en Irlande. Par contre, le houblon, indispensable aux brasseries, réussiJ dans les contrés de Kent, d'Essex et de Worcester, et sa qualité est éyal(! ;i celle des houblons de Belgique et de Bourgogne. Quant aux |)Iantes tinctoriales et oléagineuses, elles n'existent pour ainsi dire plus.

De même que les Romains après les conquêtes, les landlords anglais ont transformé une bonne partie de leurs latifundia en territoires d'élevage. Le sol et surtout le climat s'y prêtent à merveille. Sous cette atmosphère humide, l'herbe pousse à profusion ; dans ce climat doux, les bêtes peuvent rester en plein air. Aussi le l^oyaume-Uni est-il le pays classique de l'élevage. En même temps, l'éleveur anglais a su mettre à profit les découvertes de la science et, par des croisements habiles, augmenter les qualités des animaux; mais cet élevage est coiiteux.

L'Irlande, surabondamment arrosée, mérite son surnom de « verte Erin », par la richesse de ses pâturages où paissent un nombre de bêtes à cornes relativement supérieur à celui des autres pays d'Europe; en Ecosse, les pâturages couvrent la moitié de la superficie et nourrissent les moutons des Cheviot et les vaches d'Ayr; l'Angleterre a surtout des prairies naturelles dans l'ouest, et des prairies artificielles au sud-est ; on y élève les célèbres vaches de Durham, les chevaux de York et de Lincoln, renommés pour la selle, les moutons de South Downs ou de Dishley, célèbres les uns pour leur laine, les autres pour leur viande. Mais, comme sur le continent, la concurrence des moutons d'Australie ou de la République Argentine fait diminuer sensiblement le cheptel anglais (1). Un trait caractéristique du Royaume-Uni est le petit nombre de volailles élevées dans les fermes. C'est une des conséquences de la division du sol en un petit nombre de vastes propriétés. Aussi le Royaume-Uni est-il tributaire pour les œufs de beaucoup d'autres pays, en premier lieu du Danemark.

(Il Pâturages (1908) :

Grande-Bretagne 3.96G.300 hectares.

Irlande 5.000..^00 —

Total 11.966.800 hectares.

Elevage (1908) :

Grande-Uretagno. Irlande. Total.

Chevaux 1.545.700 004.500 2.150 200

Rètes à cornes 6.905.100 4.791.800 11.696.900

Moutons 27.059.700 4.120.600 51.169.300

Porcs 2.823.500 1.217.800 4.041.500

GÉOGRAPHIE ÉCO>'OMIQUE. 45

l,:i pèche est exlrcmcraent active : l'Ecosse et rirlandc fo^^nlssent beaucoup de saumons. La pêche maritime est une industrie nationale, qui a été mise au courant des derniers progrès. Les bateaux à vapeur sont extrêmement nombreux et sillonnent, à do grandes distances, toutes les mers environnantes (1).

En résumé, l'agriculture britannique est très caractéristique de l'état d'esprit des habitants du pays. Bien que les conditions naturelles soient favorables, que les résultats soient encourageants, les Anglo-Saxons l'abandonnent de plus en plus. C'est qu'ils ont vu que leur intérêt bien entendu devait les écarter d'une lutte coûteuse avec des Etats qui, en échange de ventes agricoles, deviennent clients de l'industrie anglaise. Les terres immenses des Etats-Unis, de la Russie ou de l'Inde, cultivées à la manière extensive, avec des frais minimes de main-d'œuvre, leur fournissent le blé ou le lin à meilleur marché que celui qu'ils pourraient eux-mêmes produire, ils renoncent donc à cultiver leur sol, et, avec les bénéfices de leur industrie ou de leur commerce, achètent ce qui leur manque. C'es^: un exemple de spécialisation économique au moins intéressant à signaler, mais qu'il ne faudrait pas croire applicable à tous les pays. Au reste, par ses colonies du Canada, d'Australie et de Nouvelle- Zélande, la communauté britannique est richement agricole; elle se suffirait déjà si elle n'avait à ménager ses acheteurs européens d'objets industriels.

Industrie. — Bien dilférent est le tableau offert par l'industrie. Les dons naturels sont merveilleux : il y a longtemps qu'on a dit que la Grande-Bretagne était « un bloc de houille et de fer », et (tue l'on a indiqué les conséquences de cette richesse; en même temps, le peuple fournit une excellente main-d'œuvre, relativement coûteuse, mais très productive; les ingénieurs et chefs d'industrie, peut-être moins « savants » que dans d'autres pays, ont, au plus haut degré, le sens pratique et l'intelligence des nécessités industrielles et commerciales. Enfin, la proximité de la mer, la facilité et le bon marché des transports, l'existence de marchés d'achat ou de vente naturellement ouverts au commerce britannique ne sont pas pour peu dans le développement de l'industrie.

Et cependant celle-ci, autrefois la première du monde, et qui semblait imbattable, voit s'élever, depuis quelques années, des concurrents très dangereux : elle n'est plus au premier rang. Les

(1) Flotte de pèche, 26.094 bateaux, dont 2.210à vapeur, 106.000 liommes. Valeur du poisson pêche, y compris les coquillages, 294.700.000 francs.

10 liOVAlMK-r.M x^

États-Unis l'ont dépassée, l'Allemagne fait des progrès inquiétants et qui expliquent le renouveau d'esprit protectionniste auf(uel nous assistons.

En première ligne parmi les causes de la prospérité de l'industrie, il Tant citer la richesse houillère : les bassins, répartis dans la Gninde-Bretagne de l'ouest et du nord, couvrent une superficie de 16.000 kil. carrés : parmi les principaux sont ceux de Durham et iNorthuraberland, dont le grand port d'exportation e>t celui de Newcastlc, sur la Tyne; ceux du Yorkshire, du I.ancasliire et du StalTordsliire forment le grand bassin du Centre, dont les produits sont consommés à l'intérieur, dans une prodigieuse agglomération d'usines; ceux du pays de Galles donnent lieu à une exportation active par le port de Cardiff. En Ecosse, les gisements sont réunis dans la grande dépression qui unit la Clyde au Forth, Glasgow à Edimbourg.

Dans les raines de ces bassins travaille une masse considérable d'hommes, de plus en plus nombreux, puisque leur nombre a passé de 282.000 en 1861 à 040.000 en 1907, et l'extraction est abondante. Elle n'est plus, absolument, la plus considérable du monde; considérée même dans son rapport avec l'immense empire britannique, elle est, proportionnellement, moins prodigieuse que celle de l'Allemagne (1).

La houille de Grande-Bretagne est d'excellente qualité, et assez diverse pour servir à tous les usages industriels ou ménagers ; d'autre part, le peu de profondeur relative des puits la rend d'extraction relativement facile, et, partant, peu coûteuse ; enfin, presque toutes les mines sont à proximité de ports de mer ou de rivières navigables; bien souvent c'est la benne même que le hàveur a chargée au fond de la mine, qui culbute la houille dans le bateau charbonnier lequel la transportera immédiatement vers les lieux les plus lointains de consommation , d'oii économie de main-d'œuvre, et moins grande formation de poussier.

Nous verrons plus loin les conséquences incalculables de l;i richesse houillère du Boyaume-Uni.

(1) Production liouillcTC des principaux pays en millions de tonnes :

1000. l'.iOG.

Royaumr-rni tJ^ô.î '251.0

États-Unis '240.8 406 5

Allemagne 107.5 157.1

France 52.2 5i.2

Belgique 25.1 25.6

(2) Prix au carreau de la mine, 10 fr. iO contre 15 l'r. 80 en France.

GÉOGRAPUIE ÊCO:SOMIQUE. 1"

Les autres minerais existent presque tous en quantités assez grandes, mais le même phénomène a lieu pour eux que pour les produits ai^ricoles. D'autres pays les extraient à meilleur compte que le Royaume- Uni, aussi celui-ci a-t-il avantage à les acheter, et il exploite de moins en moins ses mines.

Le fer cependant, abondant, exploitable dans les mêmes endroits que la houille, quelquefois par le même puits, doime lieu à une extraction active, qui n'empêche du reste pas une importation assez considérable venant d'Espagne, de Suède ou de France. Mais la proximité des mines de fer et de houille explique, par l'économie des transports, l'activité des usines métallurgiques du centre ou du pays de Galles,

Le cuivre de Cornouailles et du pays de Galles (Swansea) ne suftit plus à la consommation; il faut avoir recours aux mines des États-Unis, de l'Espagne et du Chili. Le plomb du nord, le zinc de Cornouailles, de Galles et de l'île de Man, l'étain même, cette richesse des îles Cassitérides dans l'antiquité sont dans le même cas. Le dernier minerai est surtout importé des Indes néerlandaises.

Les carrières sont nombreuses, mais la pierre à bâtir manque dans les comtés du sud et du sud-est. Londres est bâtie en briques. Ce que l'on extrait surtout du sol, c'est l'argile plastique, abondante dans le centre, autour de Stoke-sur-la-Trent, dans le célèbre « district des poteries » .

Les produits des mines donnent lieu à une activité industrielle intense. Jadis au premier rang pour la fabrication de la fonte, du fer et de l'acier, le Royaume-Uni a été dépassé par l'Allemagne, mais surtout par les Etats-Unis. Les hauts-fourneaux sont surtout massés dans le centre (Staffordshire, Yorkshire et Cumberland, autour de Birmingham), dans le nord (Northumberland et région de Glasgow), et dans le pays de Galles dans la ville si curieuse de Merthyr Tydvil. L'acier est surtout préparé, par les procédés nouveaux, à Sheffield, mais cette ville n'a pas gardé son quasi-monopole d'antan, et les aciers allemands et américains lui font une sérieuse concurrence. Le cuivre est réduit à Swansea, ville d'usines énormes qui ne traitent que ce métal et, la nuit, éclairent la ville de fantastiques lueurs vertes.

Après ce premier traitement, les métaux sont travaillés et transformés en produits très variés dans une grande quantité d'usines. L'abondance et le bon marché de la houille a, ici, une importance considérable. L'usinier anglais, pour la même quantité de combustible employée dans la fabrication d'une machine, dans la construction d'un navire, dépense près de 30 pour 100 de moins que

DCBOia-KEUGOMARD. 2

son confrère français. La même raison fait que la matière première, acier, cuivre, etc., lui revient aussi moins cher. Si l'on ajoute à ces conditions favorables celles (|ui découlent de l'habitude de construire par séries, même les locomotives et les navires, et de la facilité des communications, on comprendra les raisons du bon marché relatif des produits métallurgiques anglais.

Une énnmération des usines métallurgiques et mécaniques de la Grande-Bretagne serait infinie. Bornons-nous à indiquer les régions principales et leurs spécialités.

Le groupe du Stalfordshire est sans contredit le premier du monde entier non seulement par l'intensité de sa production, mais encore pur l'infinie variété des objets qui sortent de ses usines. Birmingham possède la série complète des industries mécaniques, depuis la labrication des épingles et des aiguilles jusqu'à celle des plus grandes machines à vapeur. Sheffield, comme Birminghan), est à peu près universelle dans l'art de la métallurgie, mais ses travaux de coutellerie Ihie, ses fabriques d'outils de toute sorte l'ont rendue plus particulièrement fameuse. Glasgow, métropole industrielle de l'Ecosse, Manchester, dans le Lancashire, et Merthyr-Tydvil, dans le pays de Galles, sont actives elles aussi.

Une localisation qui s'impose est celle des chantiers de constructions navales; ils sont situés dans les grands ports ou dans leur voisinage, en général au débouché des estuaires fluviaux. Les plus actifs sont ceux de la Clyde, Greenock et GlasgovN', Newcastle sur la Tyne, Sunderland sur la Wear, Middlesborough et Hartlepool sur la Tees, Belfast, etc., etc. Ayant la houille et les métaux en abondance, les chantiers anglais construisent à meilleur compte que la plupart de ceux du continent.

Birmingham, Newcastle, Manchester, Glasgow fournissent du matériel de chemin de fer aux compagnies anglaises et à celles du continent.

Citons les intéressantes manufactures d'aiguilles et d'hameçons de Bedditch et la serrurerie de Wolverhampton, les fabriques de lits de cuivre et de boutons métalliques de Birmingham. Pour les armes de guerre, la maison Armstrong et l'usine de Woolwich, qui appartient au gouvernement, méritent une mention spéciale ; ce sont, avec l'établissement Krupp d'Essen et les fonderies de l'État français, les plus vastes fabriques de canons du monde. Elles ont grande réputation, quoique en réalité leurs produits ne vaillent plus aujourd'hui ceux de la France et de l'Allemagne.

L'industrie des produits chimiques s'est surtout développée dans les villes maritimes, parce que le sol anglais ne fournit pas en

quanfitû suffisante les matériaux qui lui sont nécessaires; toutefois rabondance du sel et des pyrites de fer, et surtout celle de la houille, assurent déjà une alimentation considérable à ce genre d'industrie. Glasgow, Birmingham, Newcastle, la région de Liverpool, renferment le plus grand nombre d'usines de produits chimiques. La richesse du Cheshire en sel explique l'importance qu'a prise, aux environs de Liverpool, la fabrication de l'alcali, du sulfate de soude, de la soude artificielle.

La céramique compte parmi les plus importantes industries de la Grande-Bretagne : elle ne pouvait manquer d'y prospérer, puisqu'elle exige l'emploi du combustible minéral en quantité notable. Le « district des poteries » s'est formé tout naturellement dans le StalTordshire où abondent l'argile et la houille; Stoke-uponTrent en est le centre le plus fameux. Les verreries et cristalleries sont nombreuses à Newcastle, Birmingham, Sunderland et Londres; leurs produits, sans égaler en finesse artistique ceux des fabriques de Bohème, de Venise et de France, ont une réputation universelle. Les faïences et porcelaines de Worcester sont aussi l'objet d'un commerce actif.

Les industries dérivées du règne minéral sont donc des plus importantes. Mais l'ancienne suprématie du Boyaume-Uni a fléchi. Un fait sympiomatique est le suivant : les importations de produits en fer et en acier, nulles il y a vingt ans, deviennent assez considérables (1). Elles proviennent surtout des États-Unis et de l'Allemagne. L'étonnement a été grand dans le monde industriel quand on a appris, il y a quelques années, que des compagnies de chemins de fer anglaises, manquant de locomotives, en avaient commandé aux États-Unis.

Dan? la masse des autres industries, nous ne mettrons en lumière que les industries textiles, qui sont la source la pluS abondante de la fortune britannique et qui donnent lieu à unt exportation considérable.

En première ligne vient l'industrie cotonnière, la première du monde pendant longtemps, et qui se défend encore contre la concurrence des autres pays. Elle compte, dans les filatures et tissages. 48.000.000 de broches, 700.000 métiers mécaniques, travaille près d'un million de tonnes de coton brut produit

(1) Iniporlation de produits en fer et en acier :

1807 180.000.000 francs.

2(1 ROYAUME-l!NI.

j)our 5.000.000.000 de francs do lils ot de tissus ef, en exporte pour 2.500.000.000 de l'rancs. Son centre est le Lancashire, avec Manchester et les innombrables villes qui en sont les satellites. Ce seul comté avait, en 1901, 1.850 usines où tournaient 57.000.000 de broclies. La malièro première venait naguère par Liverpool, et, depuis le creusement du canal maritime, arrive directement aux (juais de Manchester. Glasgow en Ecosse, Belfast enh'Iande travaillent aussi le coton.

Mais, là encore, le quasi-monopole de l'Angleterre disparait; pendant que, dans les dix dernières années, le nombre des broches anglaises augmentait de 4 pour 100, celui des États-Unis taisait un bond de 40 pour 100, et celui de l'Europe continentale s'accroissait de 27 pour 100. Il y a cinquante ans, le Lancashire absorbait la moitié de la récolte cotonnière du monde, il y a dix ans, le tiers, aujourd'hui, moins du quart. Mais nulle autre part, on ne peut citer une agglomération de filatures et de tissages comparable à celle de Manchester.

Le lin est travaillé par plus de 100.000 ouvriers, surtout en Irlande, à Belfast pour les toiles, en Angleterre à Manchester, et à Dundee en Ecosse, dont les fils sont célèbres. Le jute, qui vient de l'Inde, sert à fabriquer des toiles d'emballage à Dundee, Glasgow et à Manchester. Mais la décadence de la marine à voiles a fortement atteint l'industrie du chanvre, presque exclusivement localisée en Ecosse.

Le Royaume-Uni a toujours élevé des moutons, aussi l'industrie de la laine y a-t-elle été de tous temps active. Depuis quelques années, la matière première, insuffisante dans le pays, lui est fournie par l'Australie et par la République Argentine. Cette industrie, très importante, est localisée dans les régions du nord de l'Angleterre et en Ecosse, où les moutons sont abondants, et en même temps à proximité des ports de Liverpool et de Glasgow, dans les terrains houillers du reste. Le West Riding, autour de Leeds, de Bradford, de Halifax en est le grand centre.

L'industrie de la soie est beaucoup moins prospère qu'en France. Londres, Manchester et Coventry s'y adonnent à peu près seules.

11 y aurait encore un grand nombre d'industries à citer, parmi lesquelles les plus importantes sont la brasserie, nécessaire pour fournir les 150 litres de bière que chaque sujet anglais consomme annuellement; les raffineries de sucre sont groupées dans les ports, et traitent exclusivement les sucres de canne coloniaux, le Royaume- Uni ne cultivant pas la betterave; les papeteries ont une grande renommée, surtout celles de Bristol.

En résumé, l'abondance du combustible minéral et des métaux, une afititude romnrquable au travail industriel et une habitude plus (pie séculaire, un commerce assez actif et avisé pour trouver à bon compte les matières premières dont manque le sol national, pour répandre aux meilleures conditions les produits manufacturés, ont développé en Grande-Hretagne une prodigieuse industrie.

Mais l'activité avec laquelle l'Allemagne et les États-Unis ont su développer leur outillage économique a suscité la plus terrible concurrence qui ait jamais menacé l'industrie anglaise. Les progrès de l'extraction houillère, des industries métallurgiques et textiles dans ces deux États, lui ont déjà fait perdre une partie du marché qu'elle avait su se réserver. Peut-être viendra-t-il un jour où la Grande-Bretagne regrettera d'avoir développé à outrance sa production industrielle au détriment de l'agriculture. Mais il lui reste de trop considérables avantages pour qu'elle ne trouve pas, dans les immenses réserves de l'Empire, les éléments d'une glorieuse résistance; que l'Angleterre trouve un moyen de fermer ses colonies à l'exubérante importation d'Allemagne, et la plus redoutable concurrence sera vaincue.

Le groupement des usines, conséquence de la localisation des mines de houille, a donné à certaines parties de l'Angleterre un caractère très particulier. Tandis que, au début du xix*' siècle encore, les comtés les plus peuplés et les plus importants étaient ceux du sud-est, que les régions du nord et du nord-ouest, presque vides, ne jouaient qu'un rôle elTacé, que, dans les luttes politiques, le parti whig trouvait un appui chez les fermiers de la plaine, et les tories au contraire dans les montagnes et les landes de l'ouest, aujourd'hui, le tableau est complètement changé. Le nord, le centre et l'ouest de la grande île ont la population la plus dense et la plus nombreuse ; le comté de Lancastre forme une seule ville, car les faubourgs se rejoignent; au-dessus du pays s'élèvent les cheminées d'usines, une, calotte permanente de fumée intercepte la vue du ciel, la suie pleut sur les plantes et sur le linge, la neige ellemême est vite noire. En même temps, la population ouvrière de ces comtés est à la tête du mouvement de réformes. Manchester a détruit les cornlaws, a obtenu les réformes électorales.

11 ne faut pas oublier que, dans sa condition actuelle de relatif libre-échange, la Grande-Bretagne ouvre son empire colonial à des Etats, comme l'Allemagne, qui sont incapables de la payer de réciprocité. Déjà MM. Balfour et Chamberlain ont signalé cette injustice dont souffrent l'industrie et le commerce de leur pays; et les colonies anglaises commencent aussi à se vouloir protéger.

Voies de communication. — Dans un archipel aux côtes richement découpées, aux ports sûrs et nombreux, aux fleuves nav'çablcs, à proximité d'un continent comme l'Europe, la voie de conmiunicalion h» pkis naturelle, la plus pratiiiue et la moins coûteuse est la mer ; les autres voies, routes, canaux et chemins de Ter n'en sont ({ue les affluents.

Les conditions naturelles sont des plus favorables : le relief n'est, nulle part, sauf peut-être en Ecosse, un obstacle à la construction des routes ou des voies ferrées, et encore ses massifs sont-ils séparés par de profondes dépressions.

Aussi les routes sont-elles très nombreuses et bien entretenues. Les chemins de fer, dont la construction date de 1830, sont extrêmement développés; certaines régions industrielles possèdent un système de voies aussi dense que celui de la Belgique. Malgré des tarifs élevés, la circulation y est intense, supérieure même à celle des voies ferrées de l'industrieuse Belgique; les bénéfices kilométriques moyens sont doubles de ceux des réseaux français (1).

Les chemins de fer britanniques ont été construits et sont exploités par l'initiative privée; mais, tandis qu'en France, l'Etat a concédé des réseaux ou zones d'exploitation exclusive aux diverses compagnies, au Royaume-Uni, les concessions ont été faites par lignes, permettant ainsi la concurrence dont profite le public.

11 est impossible d'énumérer les lignes du réseau anglais ; il n'y a du reste pas, comme en France, de grandes voies de trafic traversant tout le pays, en rayonnant autour de la capitale. Chaque port est le centre d'un réseau dont les lignes drainent les produits d'une région assez restreinte ou y répandent ceux qu'il a lui-même reçus du dehors. C'est tout au plus si un grand courant entraîne les produits de la Grande-Bretagne vers les ports de la Manche et du détroit.

La nécessité des transbordements sur navires des produits destinés au continent, opération coûteuse et dangereuse, a fait naître des projets de communications par voies ferrées à travers le Pas-de-Calais. Il y a une vingtaine d'années, les travaux d'un tunnel sous-marin avaient été commencés. La crainte, injustifiée, d'une invasion française à l'aide de ce tunnel amena le Parlement britannique à faire interrompre le travail. On pensa plus tard à un

(1) Réseau ferré du Royaume-Uni (1906) :

Longueur exploitée 57.000 kilomètres.

Recettes kilométriques nettes 50.000 francs.

pont. A l'heure actuelle, malgré le rapprochement politiijuo iMiIre les deux pays, on a renoncé aux deux projets. Cependant, on parle de l'établissement de bacs à vapeur ou ferrv-boals conipiirables à ceux du Lîeît ou du Sund, (]ui transporteraient les trains tout charges d'un côté à l'autre du détroit.

Les voies navigables intérieures sont nombreuses. Nous avons déjà vu que les (leuves, abondants, réguliers, relevés par le flot de marée dans leur cours inférieur, rendent de très grands services. Il y a environ 2.800 kilomètres de voies navigables naturelles, chiil're considérable, eu égard à la faible superficie du pays et à l'articulation de ses côtes.

En outre, nulle part, le relief n'a empêché la création de canaux unissant les diverses rivières et permettant de traverser les îles d'une mer à l'autre. On compte 6.500 kilomètres de canaux, comme celui d'Avon-Kennet (Londres à Bristol), du Grand Tronc (Trent à la Mersey), de Leeds à Liverpool, de Grande Jonction (Londres à Liverpool) ; le Ship Canal ou canal maritime de Manchester permet à des navires de 8 m. 50 de tirant d'eau d'apporter aux usines de ia métropole du coton les fibres américaines. En Ecosse, le canal de la Clyde au Forth et le canal Calédonien réunissent les deux mers ; enfin, dans les plaines basses et marécageuses de l'Irlande, rien n'a été plus facile que de creuser le Grand Canal et le canal Hoyal entre la mer d'Irlande et l'Atlantique.

Mais la grande voie de communication, la plus employée, et celle qui sert le plus la prospérité britannique est la mer, et l'on comprend la reconnaissance émue que les Anglais ont pour celle-ci, en même temps que leur désir arrêté d'en rester les maîtres à tout prix.

La marine marchande est la première du monde : près de la moitié des navires qui sillonnent les océans portent le pavillon britannique (1). Cette flotte s'accroît chaque année de plus d'un million de tonneaux (2). Elle a, du reste, singulièrement changé de c-irac-

(1) Flotte britannique (1906) sans les colonies : Colonies :

Voiliers. . . 9.860nav. i .555.000 ton. j 12.555 nav. 895.000 ton. Vapeurs. . . 10.900 — 9 Gl'2.000 — 4.750 — 7'29.000 —

Total.. 20.7(30nav. 1 1 . 167.000 Ion. | 17.105 nav. 1 .024.000 ton. Total, métropole et colonies : 57.870 navires, 12.791.000 tonneaux. ^2) Constructions navales 1907). . . . 1 .608.000 tonneaux.

•2i ROYAUME-UNI.

tère depuis une (juarantaine d'anndes. Le nombre des bateaux a diminué, mais le tonnage a augmenta, les voiliers cèdent d(> plus en plus la place aux vapeurs (1).

Le mouvement delà navigation des ports britannicjues est formidable. Le cabotage s'élevait, en liMJti, au cliiffrc de 12 I .OOO.OOI» tonneaux ; le long cours donnait lieu à un mouvement de 1 20.800.000 tonneau?- bruts, dont 90.260.000 tonneaux cbargés, Sur 120.000.000 le pavillon britannique couvrait 76.465,000 tonneaux, soit ])lus de 64 pour 100 du total.

Les causes de cette prospérité sont faciles à comprendre : nous avons vu que l'Angleterre construit des navires à bon compte; ces navires ont la houille en abondance et à peu de frais et peuvent faire route en dépensant moins q,ue les navires français, par exemple. D'autre part, dans les relations obligatoires avec les colonies, ils touchent à de nombreux ports étrangers où ils déposent et prennent des cargaisons; enfin, et c'est ici un point important, ils ont toujours dans les ports britanniques un fret de sortie assuré, soit par les produits de l'industrie, soit et surtout avec la houille. Sur un total de 71 .515.000 tonnes d'exportation en 1902, la houille comptait pour 64.428.000 tonnes. Cela explique que beaucoup de produits envoyés au continent, à la France en particulier, par des pays d'outre-mer, soient apportés dans des ports britanniques par des navires qui sont sûrs d'y trouver un fret de retour abondant, tandis que, trop souvent, ils doivent sortir de nos ports sur lest.

La flotte commerciale est répartie entre une cinquantaine de grandes Compagnies, qui possèdent de 10 à 60 navires, et un nomlire considérable de petits armateurs. Les Compagnies anglaises de navigation n'ont de rivales en Europe, pour la rapidité des trajets et le bon entretien des navires, que les deux Compagnies françaises « Générale Transatlantique » et « Messageries Maritimes )) et, surtout, les Compagnies allemandes. On cite la Compagnie péninsulaire et orientale, la White Star Line, la Pacific Sionm navigation C", la Compagnie Cunard, etc., etc.

11 serait superflu de donner ici le tableau des trajets réguliers opérés par les Compagnies de navigation. Tous les grands ports du

(1) Modifications de la marine marchande (milliers de tonneaux) sans le cabotage :

Voiliers. Vapem's. Total.

1860 3. 031. '2 307.2 8.769 nav. 3.558.4

Royaume-Uni sont en relations constantes avec les colonies et les pays commerçants des cinq parties du monde.

Londres est, de beaucoup, le premier port anglais, et, en même temps, le premier de la terre. Dans ses docks, qui couvrent une superficie de 450 hectares, s'entassent les produits du monde entier. Le mouvement des affaires y atteint une valeur de 4 milliards et demi de francs, année moyenne.

Liverpool, sur l'estuaire de la Mersey, a perdu la prééminence qu'il possédait naguère. C'est cependant encore un port extrêmement actif, point d'aboutissement de nombreuses lignes de pa^quebots, on relations surtout avec les États-Unis.

Cardiir exporte une quantité considérable de houille. Newcastle doit à son commerce de houille un mouvement très actif : HuU met l'Angleterre en relations régulières avec les ports de la mer du Nord, c'est le centre du commerce des bois de Norvège. Glasgow doit à l'approfondissement de la Clyde, à ses industries nombreuses, à ses chantiers de construction surtout, une activité très grande. Middleslwrough, Swansea, Newport, reçoivent et expédient d'importantes quantités de minerai.

Sur la Manche, Southampton, Newhaven; sur le Pas-de-Calais, Folkestone et Douvres, sont les intermédiaires d'une notable partie du négoce anglo-français et des ports de transit pour les marchandises destinées au continent.

En Irlande, Dublin, Cork et Belfast, sont les ports les plus actifs. Dublin et Belfast pratiquent surtout les opérations du cabotage avec l'Angleterre et l'Ecosse. Queenstown, à l'entrée de la baie de Cork, est une escale sur la grande ligne de Liverpool à New-York (1).

Commerce. — Le Royaume-Uni est, avant tout, un pays commerçant. Non seulement il échange ses produits contre ceux des autres pays, mais il exerce aussi la fonction de « Grand Commissionnaire mondial ». Extrêmement nombreux sont les produits qui ne font que toucher terre dans ses ports pour, de là, être réexportés vers des pays moins bien outillés pour les transports maritimes. L'entrepôt britannique n'est plus aussi prééminent

(1) Mouvement des principaux ports, sans le cabotage (1906) Entrées et sorties réunies :

Tonneaux.

Londres 19.408.000

Liverpool 15.271.000

Cardiir 15.48S.000

Ports dû la Tvnc. . 9.970.000

loiineaux.

Hull

Glasgow ....

Soutliampton , .

Newport ....

qu'autrefois, les progrès de la marine allemande, une meilleure organisation du commerce Irançais iui enlèvent de son importance, mais il existe encore, et l'on estime à plus de 450 millions de francs les commissions réalisées par lui.

Les causes de cette prospérité sont nombreuses, et ont été déjà en partie exposées ci-dessus. Immensité de l'empire colonial, et variété infinie de ses produits, richesse des houillères et de l'industrie et pauvreté de l'agriculture, qui nécessitent l'importation de denrées alimentaires et de matières premières, et alimentent une exportation considérable de produits fabriqués cl de houille; supériorité de la marine marchande, excellente organisation de l'entrepôt mondial, esprit commercial très développé et intelligemment appliqué, situation enfin, à proximité de pays agricoles qui ont tout intérêt à échanger avec l'industrieuse Angleterre.

Le régime du libre échange, appliqué depuis le milieu du xix^ siècle, et que l'on considère souvent comme une des causes de cette prospérité, peut être plutôt regardé comme une conséquence de la situation économique de cette époque. Obligé de beaucoup acheter à l'étranger, de vendre ses produits aux autres pays, le Royaume-Uni a établi la liberté des importations, non par un acte de foi, mais par une juste intelligence des nécessités auxquelles il avait à faire face. Le commerce s'en est trouvé accru, mais c'était pour le pays une question de vie et de mort (1).

Le commerce britannique représente une valeur énorme et son chiO're approche de 50 milliards de francs. Le partage entre les valeurs de l'importation et celles de l'exportation est des plus intéressants : la célèbre a balance du commerce » parait absolument défavorable à l'Angleterre qui, d'après les théories courantes, perdrait plusieurs milliards tous les ans (2). C'est que le compte rendu des douanes ne fait pas mention d'un certain nombre de profits réalisés par le commerce anglais et que l'on a

(1) Sur les nouvelles tendances de « protectioiuiisme impérialiste », voir cidessous, page 127.

(2) Commerce britannique en millions de francs.

Export;\lions.

Importations. Produits Produits Totales. Total

britaiiiiiiiues. étrangers général.

et coloniaux.

■Jfl07 IG.ûlo.r. 10.760.8 1.78:). 9 12.540.7 28.862.2

M')jcnne I8'jy-J905 . 15.140.2 7.122.7 1.624.7 8.797.4 21.937.6

ingénieu?ement appelés « exportations invisibles » (1). En première ligne apparaissent les profits de la marine marchande, ou marchandise-transport, que l'on évalue à plus de 2 milliards du francs, puis les intérêts des capitaux placés à l'étranger, ou marchandiseargent, évalués à près de 1.800.000.000 de francs, enfin les commissions de l'entrepôt britannique, soit plus de 430 millions de francs. En additionnant ces exportations invisibles à celles que les douanes notent au passage, on obtient un total un peu supérieur à celui des importations (2). Ajoutons du reste qu'il faut, pour se faire une idée juste de la situation, considérer à la fois « tout l'Empire ». Cependant, il faut remarquer qu'en échangeant avec ses colonies, le Royaume-Uni échange avec lui-même.

Les importations portent surtout sur deux classes de marchandises : les denrées alimentaires et les matières premières nécessaires à l'industrie (céréales, sucre, beurre, bestiaux et viande, fruits et denrées coloniales, fibres textiles, bois, cuirs et peaux). Au contraire, les exportations sont surtout alimentées par la houille et par les objets manufacturés, produits par les usines textiles et mécaniques (3).

Les puissances avec lesquelles le Royaume-Uni est en relations

(1) Cf. sur ce sujet le remarquable rapport de M. Jean Périer, attaché com mercial à Londres. Rapports commerciaux des agents diplomatiques et consulaires de France, n" 554.

(2) Balance du conmrflerce Britannique (1901) en millions de francs.

Importations 13.180

Exportations 8.782

Déficit 4.598

a Exportations invisibles » 4.493

dont

Excédent d'exportations 95

Profits de la marine marchande 2.272

Intérêts des capitaux à l'étranger 1.767

Commissions 454

[D'après Jean Périer, loc. cit.], (5) Commerce britannique (détail) en millions de francs (1907) :

Importations. Exporlations.

Objets alimentaires 6.246.8 573.4

Matières premières 6.092.7 1.589.3

Objets fabriqués. 3 912.7 8.618.7

Principales importations.

Céréales 1.906.6

Coton 1.788.6

Viande 1 311 .4

Bois 684.5

I^aine . 918.9

Produits chimiques. . . 293 9

Cuirs et peaux 563.0

Fils et tissus 1.057.0

Animaux 1.511.4

commerciales les plus actives sont donc celles qui peuvent lui ofïrir les objets ou denrées qui lui manquent, et dans lesquelles il trouve à vendre sa houille et ses produits manufacturés. V.n première ligne viennent, après les colonies, les Etats-Unis, la France, la Russie, etc. Mais, depuis queli|ues années, certaines modifications se sont produites dans les relations commerciales du Royaume- Uni : en même temps que des aliments pour ses habitants et ses machines, il commence à recevoir des produits manufacturés dont l'entrée en franchise inquiète fort certains esprits. Une canq)agne faite contre les objets « made in Germany », a commencé le mouvement néo-protectionniste.

Les relations avec la France sont parmi les plus intéressantes. Nos ventes portent surtout sur les denrées agricoles que l'Angleterre ne peut produire, et qu'elle ne trouve pas dans de bonnes conditions de qualité dans ses colonies (eaux-de-vie, vins, liqueurs, huiles, conserves de sardines) ou bien que la France, voisine, peut seule importer dans un état de fraîcheur suffisante pour les tables luxueuses (œufs, beurres, volailles et viandes), l'importation venant des autres pays étant destinée à la consommation courante. En même temps, nos voisins nous achètent des produits fabriqués de luxe pour lesquels l'industrie française a encore une sorte de monopole, comme les soieries, la lingerie fine et les bijoux.

Le Royaume-Uni nous vend surtout les produits pour lesquels il bénéficie d'avantages naturels comme la houille (150 millions), les objets métaUiques (80 millions) ou bien des articles de consommalion très courante quil excelle à fabriquer à bon marché (tissus communs, produits chimiques, poteries communes: 160 millions), enfin des matières premières provenant de l'entrepôt britannique (laines, plumes, peaux, caoutchouc, coton, etc., pour ISOmilhons).

Principales importations (siiife).

Thé 2i2.4

Arliclos on fer et raa-

cliiiics 915.9

ter 185.8

Autres métaux et niiuclais 255.8

l'riiicipales exporlations

Tissus (le coton .... 2 . 789 7

Houille 1.0(55.9

Articles eu fer ... . 1 . 178 7

Tissus <ic laine .... 850.4

Produits cliiniii|ues . . 450 0

Laine 80.8

Macliiues 800.3 Navires 255.2

La balance du commerce franco-britannique est en faveur de notre pays, même si l'on compte dans le calcul les exportations invisibles des deux parties, les frets payes par la France aux armateurs britaimiques (250 millions) étant dépassés du double par les dépenses faites en P^rance par les voyageurs d'outre-Manche (500 millions environ). Mais ce sont souvent des produits anglais qu'achètent ces visiteurs. Enfin la France achète beaucoup plus aux colonies anglaises qu'elle ne leur vend (1).

Résumé général. — Le Royaume-Uni est donc un pays dont le rôle dans le monde est considérable. Son industrie et le commerce qui la sert le mettent au premier rang. Des dons naturels remarquables, mais aussi une très- intelligente et très habile utili-

(1) Principaux pays en relations commerciales avec le Royaume-Uni (1906) en millions de francs.

Russie

Suéde

Allemagne

Pays-Bas

Belgique

France

Espagne

Portugal

Italie

Turquie

Roumanie

Danemark

Élals-Unis d'Amérique ....

Mexique

Brésil

République argentine

Chili

Chine

Japon

Egypte

Colonies

Canada

Australie et Nouvelle-Zélande.

Inde

Straits Setllements ,

Ceyian

Hong-Kong

Afrique méridionale

— occidentale

Total des colonies 3.509.9 3.065.0

Importations.

Exportations.

SI. .ion de ces dons expliquent celte situation. S'il n'est pluspre'dominant. cela lient, non à une décadence, mais à ce l'ait que des pays nouveaux, mieux outillés par la nature, ont fait, à la fin du xix"^ siècle, des progrès considérables, et le dépassent. S'il serait absurde de criera finis BritauniîE », ce serait faire preuve de peu d'observation que de ne pas voir le danger. Les Anglais le voient cl tentent de résister au mouvement.

Mais on ne peut se faire une idée de la situation vraie du peuple anglo-saxon dans le monde qu'après avoir examiné avec soin l'Empire britannique, ce que Sir Charles Dilke a baptisé d'un nom qui a fait fortune : « the greater Britain », la plus grande Bretagne.

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