‹ Les principales puissances du mondeChapitre 4 sur 100 · DEUXIÈME PARTIE EMPIRE BRITANNIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE EMPIRE BRITANNIQUE

L'Empire britannique, dont les modestes bases furent posées, au xvii^ siècle, par quelques dissidents politiques et religieux qui s'établirent sur la côte orientale de rAméri(|ue du Nord, s'accrut au XYiii*^ des dépouilles de la France au Canada et aux Indes. Depuis cette époque, il n'a cessé de grandir pour atteindre, à la fin du xix<^ siècle, son extension maxima. Il couvre, à l'heure actuelle, une superficie de 29.224.000 kilomètres carrés et compte une population estimée à 349.500.000 habitants. Un cinquième de la race humaine évaluée approximativement dépend plus ou moins étroitement de TEmpereur des Indes. C'est la plus grande étendue rattachée au même gouvernement qui existe sur la surlace du globe, et c'est, après la Chine, la plus nombreuse masse humaine abritée parle même drapeau.

Mais une comparaison, établie sur la superficie, ou basée sur le dénombrement de la population, ne pourrait donner qu'une idée fausse de l'importance de l'Empire britannique. Comment comparer les 29 millions de kilomètres carrés, dispersés sous toutes les latitudes, avec les 22 millions de kilomètres carrés d'un seul tenant sur lesquels règne le tsar? Comment, d'autre part, mettre à côté les uns les autres les 550 millions d'habitants de la Plus Grande Bretagne, dont certains, comme les Canadiens ouïes Australiens, sont, autant que nous, des « Blancs » civilisés, avec les 409 millions de Chinois ou même avec les 150 millions de sujets du tsar blanc ?

L'Empire :olonial britannique est, non seulement le plus étendu et le plus peuplé du monde, mais encore, par ses richesses économiques, par .-on administration savamment variée suivant ceux auxquels elle s'adresse, par le rôle qu'il joue vis-à-vis de la métropole, une source de richesses inouïe pour le Boyaume-Uni, et un champ d'expériences et d'études des plus utiles pour les autres pays.

Les possessions anglaises sont distribuées sous toutes les zones, dans les pays les plus différents de production; c'est un admirable marché d'achat et de vente pour la métropole; c'est en même temps un Lut d'émigration considérable, et la « plus grande Bre-

lagne » existe bien re'ellemeiit comme une succursale et une expansion de la mère-patrie. C'est, en outre, une prise de possession stratégique du monde : toutes les grandes routes, toutes les voies maritimes sont jalonnées de ces possessions où les navires britanniques trouvent du charbon anglais, et un point de refuge en cas de danger.

L'administration de cet empire est une merveille de sagesse et d'haljilcté : depuis les colonies a militaires », directement gouvernées par la métropole, jusqu aux colonies constitutionnelles, presque absolument indé[)endanles, liées seulement à la Grande- Bretagne par un vasselage très lâche, il y a une infinité de colonies intermédiaires auxquelles la liberté a été savamment dosée, de manière à maintenir le lien sans entraver l'initiative des colons. Combien d'autres puissances colonisatrices pourraient prendre exemple sur cette habile politique !

Nous n'avons à étudier ici, avec quelque détail, que les principales colonies britanniques. Signalons d'abord le caractère essentiel de « l'empire ». 11 a une plus grande et plus heureuse proportion de pays tempérés que l'empire colonial français. 11 n'est pas, comme l'empire russe, trop rigoureusement analogue à la métropôle. Il est d'une admirable variété.

L'Inde est, à la fois, une des plus anciennes, la plus peuplée et la plus riche des colonies britanniques. On a coutume de dire familièrement, dans le monde anglo-saxon, que l'Inde est la « vache à lait » de sa métropole.

Géographie physique.

Situation et dimensions. — L'Inde anglaise occupe la péninsule de rindoustan, avec une extension sur la péninsule indo-chinoise, dans la Barmanie. Nous y ajouterons l'île de Ceylan, qui en dépend physiquement, bien que cette île forme une colonie distincte au point de vue administratif.

L'indoustan est la péninsule médiane de l'Asie; entourée au sud-ouest pur la mer d'Oman, au sud-est par le golfe du Bengale, elle est très nettement séparée du reste du continent, à l'ouest, par les monts Souleyman, bordure de l'Iran, au nord par l'ilima-

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lava, rebord du Thibet; à l'est seulement, le passage est relativoment facile vers l'Indo-Ghine. Avec l'île de Ceylan, la superlkie totale est de 4.814.910 kilomètres carrés, soit près de neuf fois la France. Elle s'étend, du 6" au 37" de latitude nord sur une longueur de 5.800 kilomètres environ, et du 65" au 95° de longitude est de Paris, sur 2.800 kilomètres.

Relief du sol. — L'Inde a un relief assez simple, où l'on doit seulement distinguer trois zones différentes : celle de l'Himalaya au nord, la dépression indo-gangétique au milieu, le Dekkan au sud.

L'Himalaya est le rebord méridional de l'immense plateau central d'Asie. Il se présente, vu de l'Inde, sous l'aspect d'une barrière montagneuse rigide, extrêmement haute, et très difficile à franchir. Autant qu'on le connaît à l'heure actuelle (et il est loin d'être complètemenl exploré), il forme une double chaîne de montagnes de 2.200 kilomètres de longueur sur une largeur de 250, se développant en un arc de cercle convexe vers le sud. 11 se détache, à l'ouest, de l'immense empâtement montagneux dont le plateau de Pamir est le centre. Dans le Cachemir, il se confond presque avec le Karakorum, qui culmine au mont Golwin Austen, par 8.020 mètres. Le Rakapouchi (7.790 mètres) domine de plus de 6.000 mètres la vallée de Ghilgit. Puis ses deux chaînes restent seules et se prolongent vers le sud-est, séparées l'une de l'autre par la profonde et étroite dépression où coulent, en sens inverse, i'indus et leTsan-Pô.

La chaîne du sud est la plus connue, celle qui contient les sommets les plus élevés, mais aussi celle qui est la moins continue, les rivières, affluents de l'Indus et du Gange, la perçant de profonds défilés. Les principaux sommets sont les plus hautes montagnes exactement mesurées à l'heure actuelle. Le mont Everest, qui n'est pas le même sommet que le Gaurisankar, avec lequel on l'a jusqu'ici confondu, atteint la hauteur de 8.840 mètres, soit 4.000 mètres de plus que le mont Blanc des Alpes; parmi les autres points culminants, on peut citer le Kandchindjinga à l'est (8.500 m.) et le Dhavahiahiri à l'ouest (8.150 m.).

Tandis que le versant septentrional s'appuie sur le plateau du Tibet, haut de 4 à 5.000 mètres, le versant du sud descend brusquement sur la plaine indo-gangétique, comme les Alpes sur la plaine du Pô. Les cols sont peu nombreux et très élevés. C'est souvent par une altitude égale à celle des plus hauts sommets des Alpes que l'on traverse l'Himalaya. Celui-ci forme donc une bar-

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rière à peu près infranchissable, et les relations entre l'Inde et ie^ pays situés au nord sont à peu près nulles.

Au sud de l'Himalaya, la dépression indo-gangétique s'allonge, de la mer d'Oman au golfe du Bengale. C'est une plaine, large de 300 kilomètres environ, longue de '2.500 à 2.800 kilomètres, et d'une ren)ar(pi;ihle lioj'izonlalilé : les rours des rivières rpii vont, à l'ouest, ;i la mer d'Oman, par 1 Indus et, à l'est, au golfe du Bengale par le Gange, sont séparés par une dénivellation (pii ne dépasse pas 20 mètres. Il suffirait que le niveau de la mer s'élevât de moins de 300 mètres pour que cette dépression fût transformée en un détroit, et le sud de l'Inde en une île. C'est la grande voie transversale de communications de llnde, et, en même temps, la région où se sont massées les populations.

La partie proprement péninsulaire est formée d'un immense plateau triangulaire, large de 1.500 kilomètres à sa base septentrionale, long de 1.600 kilomètres du nord au sud. On lui donne le nom de Dekkan. II est limité à l'ouest et à l'est, vers la mer, par des systèmes bordiers auxquels leur disposition en terrasses ou en gradins a fait donner le nom de Gliates ou escaliers. Les Ghates occidentales forment une chaîne, presijue rectiligne, qui longe de très près la côte de la mer d'Oman et y baigne son pied. La hauteur n'est pas très considérable depuis le nord jusqu'aux environs de Mahé; elle ne dépasse pas 1.500 mètres; des cols comme ceux de Thaï Ghat et de Bhir Ghat l'entaillent profondément et permettent d'arriver au plateau. Au sud, le massif du Nilghirri prend un aspect plus alpestre et culmine, au Dodabelta, par 2.630 mètres. Plus au sud encore, après la profonde coupure de Palghat, le mont Anamoudi est le point culminant de la péninsule (2.694 m.).

Les Ghates orientales sont moins une chaîne de montagnes que le bord même du plateau. Moins hautes, moins continues que les Ghates occidentales, elles se tiennent à une plus grande distance du bord de la mer dont leur pied est séparé par une plaine d'alluvions large de 100 à 150 kilomètres et presque absolument horizontale.

Du côté du nord, la limite du plateau est beaucoup moins nette : le plateau de Malwa, borné au nord-ouest par les monts Arawalli, au sud par les monts Vindhya (7 à 800 m.) s'avance en coin entre les bassins du Gange et de l'indus, les hauteurs du Bagelkand et de Gama bordent au sud la plaine du Gange.

Le plateau du Dekkan hii-mème a une double inclinaison du sud au nord et de l'ouest à l'est. A la pointe méridionale, autour de Madura, il atteint 1.000 mètres; au centre, dans le Maïssour, il se tient h environ 800 mètres; au nord, le plateau de Haïderabad ne

drpasse pas 600 mètres. La pente de l'ouest à l'est se maiiil'este par la direction des fleuves qui, nés dans les Ghates occidentales, vont se jeter dans le golfe du Bengale.

L'île de Gejlan, au sud, est un massif montagneux, qui s'élève à '2.")38 mètres au Pedrotallagalla auprès duquel se trouve le pic d'Adam {2.2ÏI m.).

En résumé, le relief de l'Inde est simple : une grande plaine au nord, un plateau, bordé d'une mince lisière de plaines au sud.

La Barmanie a un relief plus accidenté; elle est sillonnée, du nord au sud, par des chaînes de montagnes parallèles séparées par les profondes vallées des fleuves. L'Arrakan Yoma y dépasse 3.000 mètres.

Littoral. — Bien que moins massive que sa voisine, l'Arabie, la péninsule indoustanique est très peu découpée, et ses côtes sont, en général, mauvaises. Sur la mer d'Oman, la plaine de l'indus se présente par une côte basse, marécageuse et facilement inondée comme dans le Ran de Katch. Après le golfe de Cambaye, le littoral est plus sain, bordé ([u'il est par les Ghates occidentales, mais les baies y sont rares, et, par conséquent, les ports; Bombay offre, presque seul, un abri aux navires. La partie méridionale porte le nom de côte du Malabar. Le cap Comorin termine, au sud, la péninsule, dont l'île de Ceylan est séparée par le golfe peu profond de Manaar et le détroit de Palk, entre lesquels serpente le Pont de Rama ou d'Adam, série d'ilôts bas, débris d'un isthme. Ceylan possède le bon port de Colombo.

La côte du golfe du Bengale est absolument mauvaise. On peut la comparer à celle de notre Languedoc. Des lagunes littorales séparées de la mer par des flèches de sable et dont on estime le nombre à plus de 40.000 la longent d'un bout à l'autre, au grand détriment de la navigation et de la salubrité. Les ports, même celui de Madras, y sont mauvais. Le delta du Gange et du Brahmapoutra est une région basse, où, par les fortes marées, et pendant les cyclones, les flots pénètrent, noyant 200.000 personnes en une nuit, comme en 1878. La bouche de l'Hougly permet aux gros navires de remonter jusqu'à Calcutta.

La côte de Barmanie, assez découpée le long des monts de l'Arrakan, est de nouveau basse et marécageuse au delta de l'Iraouaddy et de la Salouen. Les ports de Rangoun et de Maulmein sont établis sur (les bras navigables de ces fleuves.

Climat. — Contrairement aux idées courantes, le climat de l'Inde est très différent suivant les régions. La mousson en est le facteur essentiel. Pendant l'été de l'hémisphère boréal, les hauts

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plateaux de l'Asie Centrale, surchaufTés par le soleil, forment un centre de basses pressions cl pnr conséquent un foyer d'appel, vers lequel les vents convergent, de tous les côtés. Sur l'Océan Indien soufflent alors des courants du sud-ouest, chauds et humides, qui balayent l'Inde jusqu'à l'Himalaya, contre lequel ils buttent; c'est la mousson d'été. Pendant l'hiver boréal, le régime des vents du nord-est, secs et moins chauds, s'établit.

Le climat de chacune des régions de l'Inde est différent suivant la manière dont elle est disposée par rapport à la mousson. La côte occidentale reçoit en plein le souffle du sud-ouest, la côte orientale est encore exposée à la mousson venant du sud ; la barrière de l'Himalaya empêche les vents de mer de monter jusqu'aux plateaux du Tibet et les oblige à se déverser sur la plaine indo-gangétique. Par contre, la région de l'Indus ne reçoit de vents que de l'Arabie ou de l'Iran désertiques, et le plateau du Dekkan est quelque peu masqué de la mousson )>ar le rempart des Ghates occidentales.

Aussi pouvons-nous distinguer plusieurs régions de climat dans l'Inde. Les cotes occidentale et orientale de la péninsule, Ceylan, la vallée du Gange et la Barmanie ont un climat tropical humide : température constamment chaude, le thermomètre n'y varie que de 2 à 3 degrés entre les saisons et se tient dans les environs de 50". Les pluies sont abondantes, et tombent en été; dès le commencement de juin, le ciel se charge d' « éléphants », gros nuages noirs, qui se déversent en orages terribles et en pluies diluviennes presque tous les soirs. On vit dans une atmosphère de serre chaude. La couche annuelle d'eau atteint 3 ou 4 mètres sur la côte de Malabar. Mais c'est au pied de l'Himalaya que les averses sont le plus considérables : le Teraï est détrempé par les pluies, et la région de Tcherra Poundji est le « pôle des pluies » de la Terre; elle reçoit 16 mètres d'eau par an, et l'on estime le produit de certaines averses d'un jour à 1 mètre.

Ces régions sont les plus fertiles, mais aussi les plus insalubres de l'Inde.

Au contraire, le Radjpoutana et toute la région de l'Indus inférieur ont un climat désertique : l'écart entre les températures moyennes d'hiver et d'été est de plus de 20 degrés à Delhi (de 10° à 52") et les extrêmes peuvent être séparés par 50 degrés; les nuits d'hiver sont glaciales, si les journées sont belles, et, en été, la température est accablante. Quant aux pluies, elles sont faibles dans tout le bassin de l'Indus (0 m. 50) et à peu près nulles (0 m. 10) sur le désert de Thar. Celte région rappelle beaucoup

plus la Mésopotamie que le reste de l'Inde, le désert de Thar est aussi infertile et infranchissable que ceux de l'Arabie, de l'Iran ou du Sahara.

Quant au Dekkan, il est intermédiaire entre les deux précédents climats. Les chaleurs y sont fortes, mais pas accablantes, et l'altitude, rafraîcliissant les nuits, permet aux Européens d'y vivre; les pluies sont médiocres (50 centimètres à 1 mètre), mais suffisent, en général, à alimenter les fleuves et à irriguer les champs. Cependant, lorsque, pour une raison quelconque, elles viennent à manquer, la récolte ne peut avoir lieu, et d'épouvantables famines dépeuplent le pays.

Cours d'eau. — Les conditions de relief et de climat qui viennent d'être exposées permettent de comprendre le régime hydrographique de l'Inde.

Dans la grande dépression du nord peuvent se développer de grands fleuves, qui comptent parmi les plus longs du monde. La partie centrale de l'Himalaya est un grand point de dispersion des eaux. Là, sur un espace de quelques centaines de kilomètres carrés, dans d'immenses glaciers, prennent leur source l'Indus et son affluent laSatledjc, le Gange et la Djamna, leTsan-Pô, cours supérieur du Brohmapoutra. Mais leurs destinées sont bien diflerentes.

L'Indus coule d'abord dans une profonde et étroite fissure entre l'Himalaya et le Transhimalaya, puis le Karakorum, passe à Leh, une des villes les plus élevées du monde (3430 mètres), recevant des deux côtés le tribut des glaciers environnants; puis, par un défilé de 250 kilomètres de longueur, il perce l'Himalaya et débouche dans la dépression indo-gangétique. Son cours est alors dirigé vers le sud-ouest, longeant le pied du Souleyman-Dagh. Mais le pays est désertique, et, tel le Nil en Egypte, l'Indus s'appauvrit, tant par l'évaporation que par l'irrigation, jusqu'au moment où, après avoir dépassé Haïderabad, il se partage en un delta dont aucune des branches n'est navigable. Ses affluents ne peuvent que maintenir son niveau, sans l'accroître sensiblement : le Kaboul lui apporte, sur la rive droite, à travers la passe de Khaïber, les eaux de l'Afghanistan du nord-est; la Satledje, qui, avec trois autres cours d'eau et llndus, forme les cinq rivières dont le Pandjab tire son nom, ne peut lui amener toute l'eau qu'elle a reçue des glaciers himalayens. C'est donc un réseau fluvial assez pauvre.

11 n'en est pas de même de celui du Gange ou Ganga. Ce fleuve mérite bien le culte dont l'entourent les populations de ses rives. Sortant de l'Himalaya par de profondes cluses, il décrit une grande courbe dans la plaine, arrose Cawnpore et Allahabad, où il reçoit,

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à droite, la Djimna qui a décrit une courbe concentrique à la sienne, par Delhi et Aprra, longe les quais en irradins de Bénarès, où des centaines de milliers de pèlerins viennent se baigner dans ses eaux rédemptrices, arrose Patna, puis, après avoir reçu à gauche, le tribut des glaciers de l'Himalaya, qui lui est apporté surtout par la Gogra, et, à droite, le triluil plus irrégiilier du Dekkan que lui verse le Sone, il forme un immense delta. La tète en est à 550 kilomètres de la mer, et la principale bouche est l'Hougly, qui passe à Calcutta. Le pays compris entre les bras du fleuve est un des plus mouillésqui existent au monde.

Contrairement à ce qui se passe pour l'Indus qui s'appauvrit dans le désert, le Gange s'accroît constamment, car il coule dans une région très arrosée, et longe la base de l'Himalaya dont il recueille les eaux. H est navigable sur une grande partie de son cours et rend de très grands services à l'agriculture, par l'irrigation.

Le Tsan-Pô enfin, est peu connu, et d'une importance médiocre. Il est enfoui au fond d'une profonde tissure entre Himalaya et Transhimalaya; il passe à peu de distance de Lhasa, la capitale du Tibet, puis, après avoir percé l'Himalaya par une cluse qui n'a pas encore été explorée, il débouche dans la plaine indo-gangétique sous le nom de Brahmapoutra. C'est alors un grand fleuve, qui mêle ses bouches à celles du Gange.

Les fleuves de la péninsule du Dekkan sont infiniment moins importants. La mer d'Oman ne reçoit que des torrents très courts et très rapides, mais abondants pendant la mousson ; seule, la Xarbadah, qui coule entre les monts Vindhya et Satpoura et tombe dans le golfe de Cambaye, est longue et navigable.

Le golfe du Bengale reçoit toutes les eaux du Dekkan, par des fleuves longs, mais coupés de cascades au passage des Ghates orientales, et surtout très irréguliers : alternativement débordés ou à sec, ils ne rendent aucun service à la navigation, et ne peuvent suffire à l'irrigation. Leurs embouchures, des deltas, ne permettent pas l'entrée aux navires. Les principaux sont, du nord au sud, la Mahanadi, la Godavery. la Krichna et la Cavery.

Géographie politique.

Populations. — L'Inde est, avec la Chine, une des régions les plus peu|ilées de la terre : l'Empire indien, en y comprenant Ceyian, comptait, en 1901, 298.886.000 habitants; en y ajoutant les États soi-disant indépendants de Népal et de Blioutan, on atteint

et dépasse même le chiffre de 500. 000. OUO habitants, ce qui équivaut à plus de 72 habitants par kilomètre carré.

Mais il s'en faut que cette population soit également répartie sur l'ensemble du pays. Tandis que les régions fertiles du bassin du Gange ou de la cote atteignent 191 habitants au kilomètre carré (Bengale) ou 162 sur la même superficie (Madras), celles du nordouest dans le Pendjab et le Radjpoutana n'en ont que 81 à 29, les régions du Dekkan (Haïderabad ou Provinces Centrales) oscillent entre 26 et 42.

Cette grande masse humaine n'appartient pas à la même race; d'autre part, la richesse de l'Inde a toujours attiré les envahisseurs. Aussi les habitants se rattachent-ils à des origines assez différentes. Il semble qu'au début la péninsule ait été peuplée de négritos, noirs et petits, que l'on rencontre encore dans les massifs du Nilghirri ; ils furent refoulés par les Dravidiens, noirs aussi, quelques-uns avec le type nègre prononcé, qui occupent actuellement le sud du plateau du Dekkan. Puis arrivèrent les Arvens, ou indo-européens, descendus du nord dans la plaine indo-gangétique : ils en repoussèrent les Dravidiens à la suite des grandes guerres chantées dans l'épopée sanscrite du Ramayana. Leur centre est dans le Radjpoutana et dans la vallée du Gange, dont la population, si elle n'est pas tout entière aryenne d'origine, a, du moins, subi leur influence et parle des langues indo-européennes. Les Hindous, tel est le nom sous lequel on les désigne, sont en général grands, ont la peau claire, mais brunie parle soleil, les cheveux et la barbe longs, bouclés et soyeux, de grands yeux, des dents superbes, mais leur cage thoracique est peu dévelo[ipée ce qui leur donne souvent l'air malingre.

Les nombreuses invasions ont laissé des traces de leur passage. Si les Grecs se sont aussitôt retirés, les Arabes se sont implantés dans le nord-ouest, les Mongols ont longtemps dominé l'Inde entière. Les Européens arrivèrent au xvi^ siècle et ont conquis le pays dans la suite. Les Portugais, les Hollandais, les Français ne purent s'y maintenir, tandis que les Anglais s'y sont solidement établis à partir du xvm« siècle. Mais le climat est défavorable aux blancs d'Europe, et la domination anglaise n'a pas le peuplement pour conséquence. Le total des Anglais actuellement dans l'Empire entier n'atteint pas 100.000 personnes, en y comptant l'armée d'occupation, soit moins d'un Européen pour 5.000 indigènes.

La diversité des races se manifeste par la variété des langues. On en estime le nombre à 128, dont beaucoup ne sont du reste que des dialectes ou patois. Parmi les phis importantes, on cite

Ihindoustani, la plus n-pandue, comprise d'un bout à l'autre de la péninsule, et qui tend à devenir la langue des rapports entre le gouvernement et les habitants ne comprenant pas l'anglais; sa connaissance est exigée de tous les fonctionnaires : elle est d'origine indo-européenne, mais fut adultérée par des adjonctions de mots venus des conquérants successifs. Le bengali se parle au Bengale, le mahratle, le tamoul, etc. sur le Dekkan. L'anglais, langue officielle, fait de grands progrès dans la classe éclairée de la population.

Même variété de religions. On peut dire que les croyances y sont toutes représentées, du fétichisme le plus grossier jusqu'aux plus épurées. Celles qui ont le plus de sectateurs sont d'abord le Brahmanisme, qui a pris de ceux qui l'ont apportée dans l'Inde, le nom d'hindouisme. C'est une religion polythéiste, avec une trinité supérieure composée de Brahma, créateur, Vichnou, conservateur, et Siva, destructeur. Elle établit des castes qui se méprisent ou se jalousent réciproquement, et défend absolument l'usage de la viande. Elle est suivie par la grande majorité des habitants (207.000.000).

Une réforme fut apportée au Brahmanisme au vi* siècle avant notre ère par Çakya-mouni ou Bouddha. Mais cette religion, qui supprimait les castes, n'eut que peu de succès aux Indes : 10.000.000 de personnes au maximum s'y rattachent à Ceyian et en Barmanie. Au contraire, l'Islam, apporté par les Arabes et les Mongols, a conquis tout le nord-ouest, où le bassin de l'Indus (Pandjab et Badjpoutana) compte 62.000.000 de musulmans. Leur nombre s'accroît sans cesse, et ne décroît jamais, les musulmans ne se convertissant pas à d'autres religions. Les fétichisles sont encore plus de 8.000.000, on compte 2.200.000 sikhs, et près de 3.000.000 de chrétiens dispersés dans les villes et certaines parties de la haute vallée du Gange. Des parsis ou adorateurs du feu existent dans les environs de Bombay où ils ont pris une influence considérable comme industriels et commerçants.

Si le nombre des villes est grand, bien peu d'entre elles sont vraiment importantes. La capitale est Calcutta(1. 121. 000 hab.), sur IHougly, mélange de superbes monuments, de parcs splendides, et de ruelles infectes dans la Black Town; son climat est mortel aux Européens, qui la fuient en été pour se réfugier dans les sanatoria de l'Himalaya, parmi lesquels le plus célèbre et le plus fréquenté est Simîa. En même temps que le centre du gouvernement, Calcutta est une grande ville commerciale.

Bombay (776.000 hab.), sur la côte occidentale, est le point de

contact de l'Inde et de l'Europe. L'industrie y est prospère. Madras, sur la côte de Coromandel, avec 509.000 habitants, est une des capitales, mais son port décroît, et son importance avec lui. Haïderabad (448.000 hab.) et Bangalore (159.000 hab.) sont les seules grandes villes du Dekkan. La valle'e du Gange et le Pandjab comptent plusieurs cités importantes comme Lucknow (264.000 hab.), ville moderne, Bénarès (209.000 hab.) la ville sainte du brahmanisme, Delhi, Lahore, Gawnpore, etc., etc.

Gouvernement. — La manière dont les Anglais gouvernent l'Inde montre bien leur habileté à tirer parti des circonstances, et leur absence complète de parti-pris ou de principes généraux. Tandis qu'ils laissent une liberté presque absolue aux colonies habitées par des Anglo-Saxons, ils ont établi un gouvernement extrêmement autoritaire, presque autocratique dans l'Inde.

C'est qu'en eflet, dans ce pays peuplé de 500 millions d'habitants, de races absolument différentes de la leur, dont le climat ne permet pas la colonisation proprement dite, les 100.000 Anglais sont noyés et ne peuvent maintenir leur domination que par la force. D'autre part, suivant en cela les procédés inventés par Dupleix, dont ils ont mis la statue au milieu de celles des fondateurs de leur empire indien, ils ont su profiter des différences de races et de religion, des jalousies qui divisent les habitants et établir leur pouvoir sur les discordes indiennes. Habitués, par leur éducation même, à encourager l'initiative personnelle et la responsabilité individuelle, ils laissent à leurs représentants dans l'Inde une indépendance presque complète, une autorité qui rappelle celle des proconsuls romains, quitte à leur demander compte de leurs actions si celles-ci leur paraissent avoir eu de mauvaises conséquences.

Enfin, le nombre et le choix même de leurs fonctionnaires est une des raisons de leur puissance. Si l'on prend les documents statistiques, on s'aperçoit qu'il y a, dans l'Empire indien (sans CeyIan), 3.814.000 fonctionnaires, ce qui est un chiffre considérable, plus d'un fonctionnaire par 100 habitants. Mais l'immense majorité de ces représentants de l'autorité sont indigènes. Toutes les fonctions subalternes sont, en effet, remplies par des habitants du pays, et les Anglais se sont réservé les hauts emplois. On n'y voit pas de blancs, chargés de fonctions infimes, mal appointés, à peine supérieurs à la masse des indigènes, inférieurs à ceux que la fortune ou même l'éducation a élevés au-dessus de leurs compatriotes, et ne donnant, par conséquent pas à ceux-ci l'idée de la supériorité de la race blanche.

Les fonctionnaires du « Civil Service » anglais, recrutés par des concours extrêmement difficiles, sur des programmes très intelligemment dressés, remplissent seulement des fonctions de gouvernement et représentent bien l'autorité métropolitaine. D'autre part, leurs appointements très élevés leur permettent de vivre largement, et le caractère anglais aidant, de se tenir à l'écart de la population, qui ne les voit que dans l'exercice de leurs fonctions. Enfin, ces ap|)()inlemenls mêmes, la retraite importante, à la((uelle ils ont droit après quin/o ans de service, la considération dont ils sont entourés dans la métropole, attirant au concours l'élite de la jeunesse anglaise, permettent un choix très raisonné et un recrutement reniar(|uable. Signalons un dernier trait qui n'est pas un des moins importants : l'avancement a lieu sur place, par augmentation de traitement plus que par changement de fonctions. Le fonctionnaire anglais, connaissant la langue du pays, ses mœurs, connu des habitants» ayant acquis une compétence spéciale, ne se verra pas appelé, par une récompense bizarre, dans une colonie d'Afrique ou d'Amérique, même pas dans une région de l'Inde dill'érente de celle qu'il connaît.

Jusqu'après la révolte des Cipayes, l'Inde appartenait à la Compagnie des Indes qui, sous la surveillance de l'État, en était maîtresse absolue. Mais la loi de 1858 en a fait une colonie de la couronne. Son gouvernement dépend du Roi, ou plutôt du ministre de l'Inde, membre du Cabinet, responsable comme les autres ministres et assisté d'un conseil de dix personnes, dont neuf au moins doivent avoir rempU des fonctions ou résidé pendant dix ans dans l'Inde. Ministre et conseil sont en relations avec le gouvernement local de l'Inde, contrôlent son administration financière et dirigent ses relations extérieures.

Aux Indes, à Calcutta, réside le gouverneur-général ou vice-roi. Ce personnage, choisi parmi les hommes pohtiques les plus en vue de la métropole, jouissant d'un traitement de plus de 400.000 francs, est un véritable potentat. Assisté d'un conseil de cinq membres, sorte de ministère, nommé comme lui par la couronne, d'un conseil législatif formé de seize membres choisis par lui, il fait les lois et gouverne sans autre entrave que le souci de sa responsabilité.

Les gouverneurs de Bombay et de Madras sont, chacun dans sa « présidence », de petits gouverneurs-généraux. Dans chacune des huit grandes provinces, il y a des lieutenants-gouverneurs jouissant d'une grande autonomie. Enfin, les 254 districts, unité administrative inférieure, ont à leur tête un fonctionnaire qui,

avec le titre assez modeste de collecteur, a l'administration étroite du pays, sous sa responsabilité vis-à-vis du gouverneur.

La forme d'administration qui vient d'être exposée s'applique aux régions directement gérées par la couronne. Mais il y a, dans la péninsule, en particulier dans le Radjpoutana, le nord-ouest et le centre du Dekhan un certain nombre d'États tributaires et semi-indépendants (1). Ils sont tous sous l'autorité absolue de leurs souverains indigènes, que le gouvernement britanni'iue entoure, fort politiquement, d'un grand respect apparent. Ces souverains, dont quelques-uns payent un tribut, pendant que d'autres reçoivent une pension, que le gouvernement peut déposer, dans les cas fort rares où il le croit nécessaire, sont assistés d'un résident anglais, dont le rôle est de simple surveillance, mais dont l'autorité peut devenir considérable, par influence personnelle, ou lorsqu'il croit devoir prendre les rênes du gouvernement.

On voit que le gouvernement de l'Inde est assez varié. C'est à la fois ce que nous appelons un protectorat et une colonie proprement dite, mais il est autocratique dans les deux cas. Le « self government », cher aux Anglo-Saxons, n'est appliqué que dans les villes, dont le conseil municipal, jouissant d'une certaine autorité, est élu et se compose d'une majorité, voire même d'une unanimité d'indigènes.

La défense de l'Inde, tant contre une révolte possible que contre une invasion extérieure, est assurée par deux sortes de forces : l'armée impériale et les armées des différents souverains indigènes. La première se compose de 250.000 hommes, dont 74.000 européens. C'est le système des Cipayes, inventé par les Français du xvm^ siècle, qui est appliqué. Mais, depuis la révolte, des précautions ont été prises. Les ofliciers sont presque tous européens, les indigènes ne pouvant arriver qu'aux grades inférieurs; enfin, l'artillerie est presque tout entière métropolitaine. Quant aux armées des États feudataires, dont beaucoup, du reste, sont une masse informe, elles comptent 140.000 hommes environ.

La marine britannique assure la défense des côtes. L'escadre des Indes orientales, en permanence dans l'océan Indien, parerait aux premières nécessités ; elle pourrait être rapidement soutenue

(1) Pays d'administration directe :

Soiperficie. . . 2.816.000 ha. Population. . . 251.900.000 hab. Pays tributaires et semi-indépendants :

Superficie. . . 1.759.000 ha. Population. . . 62.4C1 000 hab.

parle groupe stationné au Cap, et surtout par l'escadre de Chine, tous deux relali veinent très voisins. L'escadre de la Méditerranée, enfin, n'aurait qu'à traverser le canal de Suez pour intervenir, et l'on sait (|ue ce canal est sous la haute main de l'Angleterre.

Une question vient naturellement à l'esprit. Quelle est l'attitude, quels sont les sentiments des Indiens vis-à-vis des Anglais? La réponse est difficile à donner. Il ne peut y avoir d'opinion publique dans un peuple de 500 millions d'hommes, en grande majorité très près de la nature, exclusivement préoccupés de la vie matérielle et journalière, appartenant à des races, parlant des langues, se rattachant à des cultes très différents. Ce n'est que dans les classes élevées que l'on pourrait signaler quelques tendances bien nettes. La religion d'abord rend les habitants hostiles aux chrétiens : le brahmane éprouve une réelle répulsion pour le chrétien Carnivore, le musulman méprise le roumi. D'autre part, l'indigène enrichi, instruit, conçoit l'idée de patriotisme, étrangère à la masse, ressent l'humiliation de la conquête, de la situation inférieure où il est tenu vis-à-vis de lAnglais, même le moins haut placé. Quelques indigènes, qui ont voyagé en Europe, qui ont lu des ouvrages européens, forment ainsi un très petit parti hostile aux Anglais.

Mais leur action est minime : ils n'ont aucune part aux affaires, et ils sont souvent aussi mal vus de leurs compatriotes que les Anglais eux-mêmes. L'idée d'une révolte générale de l'Inde, d'une expulsion des conquérants, comme celle qu'avait rêvée Napoléon P"" est une illusion. Il n'existe aucune entente entre les divers peuples, beaucoup de souverains indigènes sentent que leur autorité ne se maintient que par l'appui du gouvernement anglais, que leurs revenus diminueraient singulièrement lorsque les subsides qu'ils reçoivent leur seraient supprimés; enfin, aucun d'entre eux ne supporterait l'idée de la domination d'un de leurs égaux sur l'Inde entière.

Les Indiens peuvent ne pas aimer la domination anglaise, mais parce qu'ils ne veulent pas être soumis à des blancs, et les plus instruits d'entre-eux ne changeraient jamais le gouvernement des Anglais doux, soucieux de leurs mœurs, de leur religion et de leurs intérêts contre celui d'un autre état qui ne leur offrirait pas les mêmes garanties. Quant à la masse, elle serait indillcrente et passive envers tout maître.

Géographie économique.

L'inimense population de l'Inde sufilrait ù lui donner une importance économique considérable, comme pays de consommation. Mais c'est en même temps, une région de production intense; de là découle un rôle encore plus important dans le monde.

De tous temps, on a parlé des richesses de l'Inde. Ce pays était considéré, depuis la plus haute antiquité, comme un véritable pays de cocagne. Les récits des voyageurs décrivaient une forêt vierge impénétrable, des jungles gigantesques, habitées par des éléphants, des tigres, des serpents, mais produisant, en abondance, tous les fruits les plus savoureux. En même temps, l'or s'y trouvait à foison, les diamants et autres pierres précieuses abondaient, et le nom de Golconde est resté célèbre. C'est encore l'idée que nombre d'Européens se font de l'Inde.

Non seulemeut ce tableau est exagéré, mais il est absolument faux pour une bonne partie du pays. Si la vallée du Gange, et les deux côtes orientale et occidentale sont remarquablement fertiles et possèdent une végétation exubérante, le Dekkan est plus sec, et, partant, plus pauvre, et le Radjpoutana est presque désert. Quant à l'or, il n'y existe qu'en petite quantité, et les mines de pierres précieuses sont rares.

Mais l'Inde a d'autres richesses, plus importantes dans l'état actuel de la civilisation, qui lui font déjà jouer un grand rôle à l'heure présente, et lui en promettent un plus grand encore pour l'avenir.

Agriculture. — L'agriculture est, dans l'Inde, la principale richesse. La population, en très grande majorité, cultive la terre (1).

Les conditions naturelles de terrain et de climat sont en général excellentes et c'est à elles, comme en Chine, beaucoup plus qu'au travail et à l'industrie des habitants, que l'Inde est redevable de son inépuisable fertilité.

Ce n'est pourtant pas que tout le pays soit apte à la culture; car si le sol lui-même n'oppose nulle part d'obstacles sur dos surfaces étendues, les conditions de chaleur et d'humidité ne sont pas partout également favorables au développement des richesses agricoles.

La répartition de l'humidité atmosphérique et des précipitations

(i) Poi)ulalion vivant île la^'i-icullure [1901) : 195.009. 000 personnes.

mérite surtout d'attirer l'attention, car ce sont les pluies des moussons qui donnent à l'Inde la puissance extraordinaire de végétation qui en caractérise certaines parties. Or nous avons vu que le désert de Thar, par exemple, est dépourvu à cet égard, et rentre dans la catégorie des steppes, sinon des déserts; d'autre part, certaines parties ])articulièrenient arrosées du nord et de l'est (Teraï, Assam et Sikkim), sont, par cela même, très diflicilement cultivables. Comme à Bornéo et sur les bords de l'Amazone, la nature est ici trop riche, trop prodigue, et l'homme n'est plus entièrement le maître d'en disposer à son gré. L'exploitation de certaines forêts vierges n'oflVe guère moins d'obstacles que celle de bien des steppes réputées infertiles.

Ces deux extrêmes ne sont sans doute que des exceptions ; mais ils montrent assez que l'Inde doit offrir de grands contrastes de végétation : cultures, jungles, savanes, déserts.

Le relief enfin est assez varié et les dillérences d'altitude assez grandes depuis la plaine basse jusqu'aux régions glacées des montagnes pour permettre à toutes sortes de plantes de s'étager sur les pentes.

Bien que la culture ait fait de grands progrès, on estime que la moitié du pays n'est pas utilisée. En laissant de côté quelques régions absolument inexploitables, il y a encore beaucoup à gagner sur les jungles et sur le désert lui-même, par l'aménagement des eaux. L'irrigation est d'ailleurs un travail que le partage de l'année en deux saisons, sèche et humide, rend nécessaire dans tout le pays; il a fait de tout temps l'objet des soins des indigènes et les conquérants ont encore développé ce genre de travaux. Les parties les plus arrosées même, comme les plaines du Gange, ont besoin d'une canalisation savante et les régions plus sèches ne doivent leur fertilité qu'à une habile distribution des eaux. Le canal du Gange est un des plus célèbres du monde et tout le versant du Dekkan tourné vers le golfe de Bengale est sillonné d'une série de réservoirs très anciens qui n'ont besoin que d'être entretenus ou restaurés, et d'un réseau de canaux très complet.

Des notions données ci-dessus peut découler le partage de Tlnde en plusieurs régions très différentes d'aspect et de productions. Au nord-ouest, le pays de l'Indus se compose de déserts (ïhar), ou ne produit que les cultures des pays secs (Radjpoutana et Pandjab). Au centre, le Dekkan est un pays à demi sec, mais exposé à de mauvaises années; les autres régions sont très arrosées, quelquefois même à l'excès, et les dilYérences ne résultent (|ue du

relief : la côte occidentale est très étroite entre les Gliales et U mer, la cote oricnlale a une plus grande superficie cultivable, la vallée du Ikuige, Ceylan et les vallées de la Barmanie, sont dans de merveilleuses conditions agricoles, le Bengale est arrosé au point que la culture y est difficile.

Les forêts ne sont pas abondantes, comme d.nns tous les pays anciennement habités et civilisés : la jungle de bambous, entremêlée de lianes, presque impénétrable, habitée par l'éléphant, le tigre et le serpent, est à peu près inexploitable. Les vraies forêts tropicales produisent toutes les essences précieuses pour l'ébénisterie et en même temps, les fleurs rares comme les orchidées (]ue de nombreux « chasseurs de plantes » vont y chercher. Elles couvrent le Teraï et toutes les régions très arrosées de la base des montagnes. Les forêts de teck et de santal, d'une importance plus grande pour la ricliesse du pays sont surtout dans les régions à demi-sèches du Dekkan oriental. Elles disparaissent rapidement devant une exploitation imprudente, au grand détriment de la régularité des pluies, et, par conséquent, de la salubrité et de la fertilité du pays.

Mais la richesse de l'Inde résulte beaucoup plus de ses cultures que de ses forêts.

Le riz, bien qu'il recule, dans l'alimentation des habitants, devant les céréales européennes, donne encore lieu à une culture assez importante : dans les régions très arrosées de la Barmanie, et du Bengale ou des autres deltas de la côte orientale, le riz donne deux récoltes par an, en juin et en automne, et alimente une exportation active (1).

Les céréales des pays tempérés, comme le blé, ont pris, depuis une quarantaine d'années, une place considérable dans les cultures de rinde. Le blé est devenu un des grands objets d'exportation, et vient aider à combler le déficit des récolles européennes. La grande région de culture des céréales est dans le l'andjab, les provinces du nord-ouest, l'Aoude, la partie septentrionale de la présidence de Bombay. Mais, si par malheur, les pluies manquent, d'épouvantables famines, amenant la mort de millions d'individus, régnent dans le pays. \]n grand avenir semble réservé , à cette culture quand les procédés modernes seront employés.

Le thé constitue, depuis une cinquantaine d'années, une source de revenus croissants. Il pousse à l'état sauvage dans certaines

(1) Exportation du riz moyenne 1898-1903) : 36.219.200 quinlai.i.

régions, d'où on l'a transporte, pour le cultiver, dans d'autres. L'Assam et le Cachar, le Bengale, la région de Madras, certaines parties du Pandjab et surtout Ceylan sont les principales. Elles fournissent à une exportation intense; le Royaume-Uni y alimente presque exclusivement sa consommation, pourtant considérable (1),

Le café réussit aussi à merveille, mais la concurrence du thé, et surtout certaines maladies, ont fait reculer sa culture depuis quel(|ues années; les provinces qui en produisent la plus grande quantité sont le Mysore, le Malabar et les Niighirri; Ceylan a considérablement diminué la superficie consacrée au café qu'elle a remplacé par le thé.

Les autres cultures alimentaires sont moins importantes, la canne à sucre réussit médiocrement, le quin<juina, le poivre, la cannelle sont les principales.

Les progrès de l'industrie en Europe ont amené les métropoles à rechercher dans leurs colonies des matières premières plus encore que des aliments. L'Inde en a toujours fourni, mais des modifications considérables ont eu lieu à la fin du xix'^ siècle. L'indigo était autrefois la plus importante; on sait que les progrès de la chimie l'ont presque complètement éliminé de l'industrie de la teinture; le jute, dont l'utilisation, pour la fabrication des toiles d'emballage et des sacs, est de plus en plus considérable, est cultivé dans le Bengale, les pays d'Agra et d'Aoude. Mais le coton est devenu beaucoup plus important. La guerre de Sécession, ayant arrêté la production des États-Unis (1861-1864), les industriels anglais essayèrent de retrouver dans l'Inde la matière qui leur manquait. Ce fut une période de grande prospérité, mais qui ne dura pas. Dès que les causes qui avaient entravé la production américaine eurent cessé, celle-ci reprit plus active qu'auparavant.

C'est qu'en effet le coton indien est bien inférieur à celui de l'Amérique du Nord. Le climat, trop humide, en général, ne lui convient que médiocrement. La fibre est trop courte et ne peut servir qu'à ftibriquer des fils et des tissus de qualité inférieure. D'autre part, les procédés de culture sont mauvais, et, tandis qu'un hectare, en Egypte, produit 525 kilos de coton, aux États-Unis '200 kilos d'excellente qualité, aux Indes, la même superficie ne donne que 65 à 70 kilos de fibres médiocres. La production croît cependant d'une façon rapide et, de 500000 tonnes, en 1900, a

(1) Exporlation du thé de l'Inde propre, moins Ceylan (moyenne 1898-1903) 62.410 tonnes valant 148.200.000 francs Exportation du thé de Ceylan : 95.600.000 frams

(lÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. 49

passé à 400.000 en 190 i, pour une vdeur de 400 millions de Irancs. L'Angleterre compte faire faire de grands progrès à cette culture, pour se délivrer du monopole coûteux des États-Unis. Les re'gions les plus aptes à la production du coton sont le plateau du Dokkan et la côte du Carnalic à l'est, la péninsule de Goujeratc an nord-ouest.

Un produit dont l'importance est grande est l'opium. La culture du pavot blanc est soumise aux mêmes règles que celle du tabac en France, et le produit de sa vente à l'étranger et particulièrement en Chine est une des ressouices du budget inilien. On se rappelle la guerre de l'opium. Cetle plante est cultivée surtout dans les parties septentrionales et centrales (1).

Les productions agricoles de l'Inde sont donc considérables et variées. Mais certaines d'entre elles ont pris une importance particulière connue aliments d'une exportation active, qui augmente la richesse du pays : céréales, thé, coton, opium; le bas prix de la main-d'œuvre, conséquence de la densité et de la sobriété de la population donnent à l'Inde un avantage appréciable sur ses concurrents. Quand on appliquera à leur culture les procédés intensifs de l'Europe, la production augmentera d'une façon considérable. Malheureusement les irrégularités de la mousson viennent trop souvent compromettre les récoltes.

Elevage. — Le climat de moussons de l'Inde, très favorable en général à la végétation. Lest beaucoup moins à l'élevage des animaux : seules, certaines parties du plateau ou des montagnes, jouissant d'un climat relativement sec, possèdent des troupeaux importants. Les principaux animaux élevés dans le pays sont les chèvres à long poil du Cachemir, des moutons et des zébus ou bœufs à bosse dans le Dekkan, et surtout l'éléphant, l'animal caractéristique de l'Inde, dont la force prodigieuse et l'intelligence remarquable rendent de très grands services.

Industrie. — L'Inde a autrefois passé pour la source inépuisable de l'or et des pierres précieuses : c'est pour se procurer ces matières précieuses que les explorateurs du xv« et du xvi^ siècles recherchèrent la route directe des Indes. Mais, en admettant que sa richesse en or n'ait pas été exagérée, elle a bien diminué depuis le tem|)s. Les mines des Nilghirries et du Mysore ne donnent qu'un produit de 50.000.000 de francs environ: quant aux diamants, s'ils sont nombreux dans les trésors des divers maharajahs ou rajahs.

(1) Produit de la régie de l'opium (moyenne) • 670.000.000 fr.

Dt'BOIS-IvERGOMARD

ils ne se trouvent guère dans le sol, et les mines de Karnoul restent bien loin derrière celles de l'Afrique Australe ou du Brésil.

Par contre, la liouille, infiniment plus précieuse à l'heure actuelle, est abondante, on l'extrait du Bengale et de certaines parties du Dckkan. La production a passé de 2.800.000 tonnes en 189 4 à 11. 200. 000 tonnes en 1907. Cette quantité suffit presque à la consommation, et doit encore s'accroître, sans toutefois pouvoir jamais lutter avec les houillères de la Chine, quand elles seront bien exploitées, ni avec celles du Japon. Le pétrole existe dans l'Assam et en Barmanie.

Les autres métaux, comme le fer, s'y trouvent, mais ne sont pas encore complètement exploités.

L'industrie proprement dite est, comme dans toutes les colonies européennes, en voie de transformation. La fabrication par les procédés indigènes d'objets de première nécessité ou de luxe est en complète décadence devant la concurrence des produits européens. Les belles étoffes, comme les mousselines de Bénarès, les châles de Cachemire, les broderies, bijoux, armes de luxe, dont la renommée a été universelle, ne trouvent plus d'acheteurs, car les riches Hindous se fournissent en Europe; quant aux objets d'usage courant, les manufactures mécaniques les fournissent à bien meilleur compte que les artisans isolés. Aussi les industries indigènes ontelles presque absolument disparu, ou ne jouent-elles plus qu'un rôle très elfacé, tandis que les industries mécaniques, à l'européenne, font de grands progrès.

Parmi ces dernières, la plus importante est celle des cotonnades, dont l'accroissement inquiète fort la métropole. Le coton se trouve dans le pays, la houille y existe, la main-d'œuvre, par suite de la densité et de la pauvreté générale de la population, est à vil prix, aussi les environs de Bombay comptent-ils 225 fabriques, mettant en raouvemant 66.700 métiers et 5.762.000 broches. Ces usines appartiennent presque toutes à des Parsis. Mais elles ne peuvent produire que des fils et tissus médiocres, faisant concurrence aux qualités inférieures de Manchester; si la main-d'œuvre est peu coûteuse, elle est aussi peu productive, enfin, le gouvernement anglais en a fait frapper les produits d'un droit de 5 pour 100, protecteur de l'industrie de Manchester.

Mais il n'y a pas à se dissimuler le danger. A mesure que l'Inde se civilise, elle tend à adopter les procédés européens de fabrication, et un jour viendra, où, sans essayer de faire concurrence à la métropole sur tous les marchés, elle pourra suffire à sa consommation. Les Anglais l'ont bien compris, puisque, pensant au jour

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIOI'E. 51

OÙ tous les cotons indiens seront ouvrés dans le pays, ils cherchent de nouvelles régions où planter le cotonnier pour fournir la matière première à leurs usines.

Voies de communication. — La question des voies de communication est vitale pour l'Inde, de quelque point de vue qu'on la considère : la révolte des Cipayes, en 1857, avait déjà montré la nécessité stratégique de transporter rapidement des troupes dans un pays révolté; les inquiétudes que le voisinage de la Russie en Afghanistan a fait naître, ont continué à orienter dans le même sens les préoccupations du gouvernement ; l'exploitation des richesses de l'intérieur nécessite, elle aussi, des voies nombreuses; enfin, le retour presque périodique de famines atroces ne pourra être empêché que si les districts affamés sont assurés de recevoir rapidement, et par grandes quantités, les aliments produits par les régions que la sécheresse n'a pas frappés, ou qui viennent du dehors.

Mais l'œuvre n'était pas facile à accomplir, car l'Inde ne possède que peu dévoies naturelles. Il n'y a de fleuves navigables que dans la région indo-gangétique : le Gange et le Brahmapoutra sont d'excellents fleuves, où la circulation est intense : quelques canaux y ont été creusés, comme les canaux de Doab, d'Hardvard à Cawnpore. L'Indus est navigable, lui aussi, dans de moins bonnes conditions, au-dessus de Haïderabad, mais il ne communique pas avec la mer. Les fleuves de la Barmanie, l'Iraouaddi et la Salouen sont de bonnes voies navigables. Mais aucun des fleuves du Dekkan n'est accessible aux navires dans de bonnes conditions,

Les routes sont mauvaises, en général, et peu nombreuses.

Quant aux chemins de fer, ils se sont développés, surtout dans les dernières années. Le réseau, dont la construction a commencé en 1857, à la suite de la révolte, atteignait 17.000 kilomètres en 1890 et 44.400 en 190 i. Ce chiffre est encore très insuffisant, puisqu'il est à peine égal à celui de la France, neuf fois plus petite que l'Inde.

Parmi les lignes principales, on peut citer le Grand Tronc, qui réunit Calcutta à Pechawer, à l'entrée de l'Afghanistan, avec un embranchement sur Karatchi. Bombay est reliée par une voie ferrée avec Calcutta et Madras; en Barmanie, Rangoun et Maulmein avec Mandalay. Quelques voies de pénétration sont en construction, l'une en Afghanistan, par le Baloutchistan, vers Kandahar et, plus tard sans doute, Hérat; l'autre partira de Bhamo sur l'Iraouaddi et gagnera Yunnan-Sen, en concurrence avec notre ligne du Tonkin. Mais la construction est beaucoup plus difficile que pour la ligne

du Song-koï : il faudra successivement traverser six chaînes de montagnes et descendre dans six profondes vallées.

Le réseau indien a fait de grands progrès et rend d'inappréciables services, mais il y a encore beaucoup à faire pour qu'il soit complet.

Les relations avec l'extérieur ne peuvent guère s'établir que par mer, l'Inde étant entourée vers le continent par des systèmes montagneux presque infranchissables, qui la séparent du reste de pays pauvres ou même désertiques.

Les ports y jouent donc un rôle des plus importants : ils sont, en général assez mauvais, quoique des travaux très coûteux aient été accomplis. Le meilleur, et le plus important, car c'est celui qui se trouve le plus près de l'Europe, est celui de Bombay; c'est le port d'exportation des céréales et du coton; Karatchi expédie les produits de la vallée de l'indus, et est en relations actives avec le.«i pays du golfe Persique; Colombo, à Ceylan, est un lieu de relâche pour les navires allant d'Europe en Extrême-Orient et en Australasie, il expédie aussi les thés de Ceylan; Madras est mauvais, mais c'est le seul port de la côte orientale; Calcutta enfin, sur l'Hougly, est le grand port d'importation des objets nécessaires à la région surpeuplée du Gange. En Barmanie, Rangoun et Maulmein sont les seuls débouchés maritimes de tout le pays (1).

Commerce. — Le commerce extérieur de l'Inde est actif si l'on considère que ce pays est récemment colonisé, mais si l'on en fait la comparaison avec celui de pays d'Europe, beaucoup moins peuplés, on s'aperçoit qu'il est encore relativement faible. Ses progrès ont été considérables dans le courant du xix'= siècle. De 179 millions de francs en 1835, il est, en effet, monté à plus de 5 milliards dans les dernières années. Cet accroissement tient d'une part aux progrès accomplis par les indigènes et à leur enrichissement relatif qui les entraine à acheter des produits européens, et d'autre part, à l'augmentation de la production du pays qui exporte de plus en plus de céréales, de coton et d'autres produits de son sol.

Les importations portent naturellement surtout sur les objets manufacturés pour lesquels l'Inde sera longtemps une cliente obligée de l'Europe (cotonnades, objets en métal, soieries, machines, etc.);

(1) Mouvement des ports (190o) :

Entrées. Sorties. Total.

Navires. 1.000 tonneaux. Navires. 1.000 tonneaux. Navires. 1.000 tonneaux. 4.991 7.030.9 4.807 6.850.4 9.798 15.881.5

dont britanniques :

à l'exportation, au contraire, ce sont les produits naturels du sol (céréales, coton, jute, opium, thé, etc.) qui tiennent la place la plus importante. Cependant, les progrès de l'industrie se manifestent par une exportation appréciable de coton et de jute manufacturés.

Les pays avec lesquels l'Inde fait le commerce le plus actif sont, naturellement, en première ligne, le Royaume-Uni, qui lui achète tout son thé, son coton, une bonne partie de ses céréales, et importe en échange des cotonnades. Le tarif de « l'Indian Act » protège du reste indirectement le commerce anglais; il spécifie les mêmes droits sur les produits de toutes provenances, mais frappe peu ceux dont la définition est conforme à la fabrication anglaise. La France ■vient au troisième rang, mais avec des achats l'emportant de beaucoup sur ses ventes. Les produits français sont, en géne'ral, trop coûteux pour les habitants de l'Inde. Les Anglais seuls nous achètent des modes pour femmes, des bijoux, des tissus de soie, des vins et spiritueux, etc. L'Allemagne nous a enlevé le second rang.

Une remarque s'impose, du reste, pour le commerce de la France a\ec tous les pays d'outre-mer. La faiblesse de notre marine marchande, mal protégée dans la métropole et surtout dans les colonies, et certaines facilités offertes par les affréteurs et les ports étrangers font que beaucoup de marchandises françaises sont transportées par navires étrangers ou partent de ports hors de France. Les douanes des pays d'importation les comptent alors comme venant des pays dont le pavillon les a abritées. Il en est de même pour les marchandises exportées vers la France. Les chiffres de notre commerce sont donc singulièrement diminués au profit apparent des pays transporteurs et d'ailleurs les marines étrangères s'enrichissent en prélevant le prix du fret(l).

(!) Commerce de l'Inde, en millions de francs. (Le commerce de Cejlan étant donné à part par les statistiques olficielles, v. plus loin.)

Moyenne 1861-1867

Principaux pays (1904-05) :

Royaume-Uni

Allemagne

France

Belgique

Iiiiiioi-tntiou.

Exportation.

Impoitation.

Exportation.

5i INDE ANGLAISE.

Conclusion. — La situation économique de l'Inde est donc remarquable, sans que, du reste, les indigènes aient grand bénéfice de celte prospérité. L'Inde n'est menacée à l'extérieur par aucun ennemi, pas même par les Russes; à l'intérieur, les maîtres actuels ont su maintenir 'cne paix relative et assurer la sécurité.

Rien ne s'oppose à de nouveaux progrès : la population est très dense, le pays très fertile, l'agriculture surtout peut prendre un merveilleux essor. Le blé joue un rôle de plus en plus considérable dans l'alimentation mondiale, et les populations qui s'en nourrissent deviennent tous les jours plus nombreuses. Quand l'Allemagne et la Russie l'auront substitué aux céréales inférieures, comme l'a déjà fait la France, les États-Unis et la Russie, qui sont aujourd'hui les seuls pays de production intense, seront incapables de suffire aux demandes. On calcule même que, dès aujourd'hui, il suffirait d'une série de deux ou trois mauvaises récoltes pour amener la disette. D'autres pays devront prochainement entrer en scène et l'Inde, qui a déjà fait ses preuves, est désignée en première ligne. La culture du blé sera sans doute une de ses grandes richesses d'avenir.

Principaux pays [suite)

Auliiclie-Hongric . . . .

Chine

Japon

Eg-yple

Etats-Unis

Principales iuiporlalions.

Cotonnades

Objets ea métaux

Sucres

Machines

Huiles

Lainages.

Soie et soieries

Vêtements

Commerce de Ceylan :

Exporlations.

Importations

Principales importations.

Riz 325.6

Blé 297.5

Coton brut 289.5

Graines oléagineuses .... 239.2

Jute brute à manuf 565.5

Cotonnades 195.5

Opium 176.5

Peaux et fourrures 164.5

Thé 140.4

Moyenne 1899-1905. . . .

Royaume-Uni

Principales exporlations [1904)

Thé

^'oix de coco . .

Cacao

Importa tiens

Exportalions 195.4 184.4 119.2

Mais l'Inde, pays producteur par excellence, absorbe de ce fait chaque année des quantités énormes de métaux précieux, qui répandent, du moins dans les hautes classes, le bien-être et la fortune. Les besoins de la population ne cesseront de croître et ce n'est pas avant de longues années que l'industrie indigène, malgré ses progrès, pourra les satisfaire; l'Inde reste donc largement ouverte aux produits de l'Europe, et elle offre un inépuisable débouclié, non seulement aux objets de première nécessité que recherche la population pauvre et que fournit la métropole, mais encore aux articles de luxe, où la France excelle; il y aurait là, pour notre industrie, une ressource considérable.

Les maîtres de l'Inde ne considèrent pas que, dans son extension actuelle, elle a atteint son développement territorial complet : désireux d'assurer ses frontières, de se réserver le marché des provinces sud-occidentales de la Chine, et de se garantir la possession des voies d'accès les plus courtes et les plus faciles, ils jettent les regards par-dessus les frontières de l'Inde.

Les tentatives que firent les Anglais sur l'Afghanistan, en compétition avec la Russie, et qui ont obtenu récemment un résultat, la reconnaissance, par la Russie, de la situation privilégiée de l'Angleterre en ce pays; l'expédition naguère conduite, au prix de grandes difficultés, sur les hauts plateaux du Tibet, répondent à la première préoccupation. Pour la seconde, les travaux des chemins de fer en construction dans la haute Rarmanie sont une tentative coûteuse, et dont le résultat est encore problématique. La Chine du sudouest s'ou\Tira à la civilisation européenne sans doute, mais la voie de Rhamo ne paraît pas devoir être celle qu'adopteront les marchandises, car elle sera toujours très chère et d'un rendement commercial médiocre.

La dernière des préoccupations de l'Angleterre est la plus grave, et celle d'où peuvent sortir le plus de complications. La parole si souvent citée : « Tout point de la route des Indes doit nous appartenir, et nous appartiendra », n'exprimait pas seulement une ambition indiscrète, mais répondait à une nécessité inéluctable pour la Grande-Bretagne. Le jour où elle ne sera plus maîtresse de la route des Indes, sa puissance sera frappée d'un coup très dangereux. Le malheur est qu'il y a beaucoup de routes des Indes. Après s'être assuré, en 1815, le seul chemin existant alors, celui du cap de Ronne-Espérance, elle a dû jalonner de ses établissements les routes nouvelles que les progrès de l'humanité ouvraient vers son empire asiatique. Le creusement du canal de Suez a entraîné la prise de possession de Chypre et de l'Egypte qui "S'ajoutaient à Gibraltar,

Malte et Aden. Aujourd'hui enfin, où les grandes voies ferrées transconlinentales ne sont plus des rêves, elle doit surveiller la construction des chemins de fer dans l'Asie-Mineure. Chypre garde le fond du golfe d'Iskanderoun, point où la Méditerranée est le plus proche de l'Euphrale, pendant (juc Koweït est un des points probables d'aboutissement des chemins de fer projetés. On sait comment, il y a peu de temps, un conilit a eu lieu entre l'Angleterre d'une part, la France et l'Allemagne de l'autre, au sujet de la nationahté des capitaux engagés dans la construction du chemin de fer de Constantinople et Smyrne à Bagdad, auquel on travaille activement. L'Angleterre a obtenu gain de cause, et ses capitaux ont été admis.

Mais elle a dû reconnaître, en 1907, la situation privilégiée de la Russie dans l'ouest et le nord de la Perse, en échange, il est vrai, de la reconnaisscince par la Russie de son protectorat en Baloutchistan, et de sa situation privilégiée en Afghanistan et dans le sud-est de la Perse.

Le chemin de fer Constantinople-Bagdad-Koweït, et, sans doute aussi, par la côte méridionale de la Perse jusqu'à Karatchi, n'est pas construit, mais il le sera, et l'Angleterre fera tout au monde, sinon pour en être maîtresse, du moins pour qu'il n'appartienne à aucune des puissances avec lesquelles elle risque de se trouver en compétition, et l'on ne peut que comprendre cette préoccupation.

Les colonies anglaises d'Australasie (Australie et Nouvelle-Zélande) appartiennent à un monde absolument différent de celui de l'Inde. Le pays, ses habitants, son gouvernement, ses productions, son passé et son avenir ne ressemblent en rien à ceux que nous venons d'étudier, mais forment encore un sujet d'études attrayantes et utiles, de quelque point de vue qu'on les envisage. Ces colonies se partagent naturellement en deux groupes que nous étudierons à part. Le premier est formé de l'Australie et de sa dépendance immédiate, la Tasmanie, ou Terre de Van Diemen, l'autre, des deux îles de la Nouvelle-Zélande.

Géographie physique.

Situation et dimensions. — L'Australie est un vérilabk continent. Cette immense île, séparée au nord de la Nouvelle- Guinée par le détroit de Torrès, encombré d'îlots et de récifs coralligènes, est bornée à l'ouest par l'océan Indien, au sud par l'océan Antarctique, à l'est par le Pacifique. La Tasmanie, qui en est séparée, au sud, par le détroit de Bass, est cependant portée sur le même socle sous-marin. Les points extrêmes sont, au sud, le 45", au nord le H" de latitude méridionale, à l'ouest le lll"* et à l'est le 151" de longitude orientale de Paris.

La forme est très massive; la superficie, de 7.929.000 kilomètres carrés dont 67.894 pour la Tasmanie, et de 7.861.115 kilomètres carrés pour la grande île. L'ensemble représente donc 79 pour 100 de la superficie de l'Europe et plus de quatorze fois celle de la France. Des lignes droites de près de 3.000 kilomètres du nord au sud, d'environ 4.000 de l'est à l'ouest peuvent être tirées d'une extrémité à l'autre du pays.

C'est donc, comme nous le disions, un véritable continent. Malheureusement ses qualités ne sont pas en rapport avec son étendue, et nous verrons bientôt qu'il ne joue qu'un rôle encore médiocre dans la vie mondiale.

Relief. — Le relief est très simple, mais il est la cause de l'infériorité de l'Australie sur les autres continents. Qu'on se figure un immense plateau, légèrement creusé au milieu, et se relevant brusquement sur la côte orientale. La partie occidentale, la moins connue du reste, et qui n'a été sillonnée que par de rares explorateurs, est une immense table de grès, dont la surface se délite en sable, d'une altitude moyenne de 500 à. 400 mètres. Quelques lignes de montagnes, hautes de 1.500 mètres environ dans les monts Mac Donnell, s'y élèvent, tandis que des cavités, remplies d'une eau saumàtre, s'y creusent de loin en loin. Ce plateau arrive jusqu'à la mer, au nord, à l'ouest et au sud, sous forme de falaise à pic.

Entre le golfe de Carpentarie et le golfe de Spencer, se creuse la grande dépression australienne, reste d'un ancien bras de mer. Composée de terrains crétacés et tertiaires, recouverts, le plus souvent, de sables, elle s'élève à peine au-dessus du niveau de la

mer, et elle est jalonnée d'une série presque ininterrompue de lacs, ou plutôt de marais d'eau salée. L'eau des pluies ne peut s'écouler dans aucun sens et couvre souvent le sol sur d'immenses espaces.

A l'est, le plateau reprend, mais se relève rapidement jusqu'à peu de distance de la côte. C'est alors la longue Cordillère australienne qui, du cap York, se prolonge jusqu'aux environs de Melbourne, et, après avoir disparu sous le détroit de Bass, surgit de nouveau dans la Tasmanie. Elle est composée de granits, avec des injections basaltiques, projetées par d'anciens volcans. Ces montagnes, à qui on a donné des noms, empruntés, soit à leur disposition par rapport aux eaux (Great Dividing Range, ou Grande chaîne de partage), soit simplement à la géographie européenne (Alpes, Pyrénées, Grampians, etc.), s'élèvent du nord au sud : hautes de 4 à 500 mètres dans le Queensland septentrional, elles atteignent 2.100 mètres au mont Townsend, dans le massif de Kosciuszko, à égale distance entre Melbourne et Sydney, pour redescendre à 1.545 mètres au Gradle-Mount de Tasmanie. Malgré leur hauteur relativement médiocre, elles sont très pittoresques, et, du côté oriental, grâce aux torrents alimentés par les pluies, peuvent rappeler certains aspects des montagnes d'Europe dont elles portent les noms. Mais leur action sur le climat est disproportionnée avec leur importance absolue.

La côte orientale est bordée d'une plaine n'ayant nulle part plus de 75 kilomètres de largeur.

Littoral. — Les côtes de l'Australie, malgré leur développement de 13 à 14.000 kilomètres, ne rendent que très peu de services, et sont en général franchement mauvaises. Toute la protubérance occidentale est bordée de falaises de 100 à 200 mètres de hauteur, où les ports sont rares et peu sûrs. La baie de Carpentarie, au nord, est sans profondeur, la Grande Baie Australienne, au sud, n'offre aucun abri. Au golfe de Spencer commence, avec le voisinage de la Cordillère, la côte relativement découpée. Les Etats de Victoria et de Nouvelles-Galles du Sud ont des ports, dont deux admirables, Melbourne et Sydney, situés au fond des golfes profonds et ramitiés de Port Pliilipp et de Port Jackson. Mais, au nord de Brisbane, la côte redevient basse, et, surtout, est rendue presque inaccessible par la Grande Barrière de Bécifs (Great Barrier Reei) qui la longe pendant plus de 2.500 kilomètres. Quelques passes difficiles, et dont le profil change avec le travail des madrépores, permettent seules aux navires d'approcher.

Climat. — Le climat australien, dû à sa position et à son relief,

est la cause de la pauvreté du pays. Massive, l'Australie ne subit qu'à peine l'influence de la mer ; d'autre part, le relief, tout entier dans la partie orientale, arrête les vents alizés et les oblige à se débarrasser de leur humidité avant d'atteindre l'intérieur du pays.

On peut distinguer trois parties dans l'Australie, considérée au point de vue du climat. Toute la région située à l'ouest de la grande dépression est un désert, un des plus terribles qui existent au monde, et dont la traversée semble plus dangereuse que celle du Sahara. L'onomastique australienne est caractéristique : Grand Désert de Sable, Désert Victoria, Désert Gibson, Pays sans Habitants (Noman's land), etc. Seuls quelques cherclieurs d'or s'y aventurent, et au prix de quels dangers ! Pas de pluies, un vent de fournaise, une tension électrique inouïe, qui fait se dresser les cheveux sur la tète, des températures variant de — iO' à -h 50° du matin au soir, tel est le climat de la moitié de l'Australie. Seules, quelques régions de la côte, entre Perth et Albany d'une part, dans la terre d'Arnhem d'autre part, reçoivent quelques pluies et peuvent alimenter quelques cultures.

A l'est de la dépression, et jusqu'à la ligne de partage des eaux, sur la Cordillère, le climat n'est pas beaucoup plus agréable, mais les eaux descendant des montagnes arrosent un peu le pays, lui donnent une certaine végétation, et l'empêchent d'être aussi inhabitable que la partie occidentale. C'est la région de l'élevage.

Enfin, la côte orientale est, avec la Tasmanie, la seule partie de l'Australie qui jouisse d'un climat supportable. Mais on sait combien elle est étroite. On peut y distinguer deux zones : le nord, dans le Queensland, est une région tropicale, très chaude, arrosée par de véritables moussons et qui est propre à la culture des « denrées coloniales » ; le sud, en Nouvelle-Galles du Sud, Victoria et Tasmanie, reçoit les vents alizés du sud-est, qui adoucissent la température — encore assez élevée en été — et surtout arrosent abondamment le pays. C'est la région des cultures européennes, h plus prospère de l'Australie.

Fleuves. — Un pareil climat ne peut engendrer de fleu^es dignes de ce nom. La partie arrosée, trop inclinée, ne donne naissance qu'à des torrents qui, à peine nés, tombent dans la mer sans avoir rendu aucun service. Le versant occidental de la Cordillère, moins abrupt, possède un vaste réseau fluvial, celui du Murray (1.800 kil.) augmenté du Darling (2.000 kil.) et du Murrumbidgee. Mais l'eau manque souvent. Ces cours d'eau ne reçoivent en eflet que le tribut des pluies qui ont franchi la Cordillère. Aussi, bien que drainant une superficie moitié plus grande que celle de la

France, ne jctlent-ils à la mer qu'un débit absolument irrégulier et ne sont-ils pas navigables.

Quant à la partie occidentale, elle ne possède aucun fleuve, à peine quelques cours d'eau temporaires, analogues aux oueds du Sahara.

Des cholts ou sebkhas, alternativement recouverts d'eau saumàtre ou formant une plaque de sel, remplissent les dépressions et portent le nom un peu ambitieux de lacs.

Géographie politique.

Populations. — La population est très faible, vu la place occupée par les déserts. 4.450.000 habitants sur près de 8.000.000 de kilomètres carrés, correspondent à 1 habitant par 2 kilomètres carrés. Et encore cette proportion ne donne-t-elle qu'une idée mathématique de la répartition de la population. L'Australie méridionale, le territoire du .Nord et l'Australie occidentale, dont la superficie totale est de près de 5.000.000 de kilomètres carrés, soit plus de 9 fois la France, ne contiennent que 650.000 habitants, soit 1 habitant par 9 kilomètres carrés. En y ajoutant le Queens land, on obtient une superficie de 6.600.000 kilomètres carrés, soit plus de 12 fois la France, avec une population de 1.200.000 habitants, soit 1 habitant par 6 kilomètres carrés. En somme, les seules régions peuplées sont la côte orientale et méridionale, entre Adélaïde et Brisbane ; puis, mais dans une mesure infiniment moindre, le bassin du Murray et la région côtière entre Perth et Albany, à l'extrémité sud-occidentale. Le reste est un désert absolument inhabité, plus vide d'hommes que le Sahara qui contient quelques oasis peuplées.

La répartition de cette population entre les villes et les régions rurales est des plus curieuses, et fait comprendre le genre de civilisation de l'Australie. Le tttal dos habitants des treize villes de plus de 20.000 citoyens donne 1.600.000 habitants, c'est-à-dire plus de 56 pour 100 de la population totale. Sydney (550.000 h.) contient plus du tiers des habitants de la Nouvelle-Galles du Sud, Melbourne (515.000 h.) un peu moins de la moitié de ceux du Victoria, Adélaïde a 175.000 habitants, et l'Australie méridionale n'en compte que 585.000. C'est donc un pays urbain, plus encore que ne l'est l'Angleterre.

L'origine des habitants de l'Australie est des plus homogènes. Les indigènes, qui n'y ont du reste jamais été nombreux, ont presque complètement disparu : on en estime le nombre actuel à

GÉOGRAPHIE POLITIQUE. Cl

oO.OOO environ pour le continent lOut entier. La dernière Tasmanimne est morte il y a un demi-siècle environ.

C'était du reste une population singulièrement arriérée : grands et très musclés, au teint noir, au front fuyant, au nez épaté, à la mâchoire forte, ils ne vivaient que de la chasse à laquelle ils se livraient avec des armes primitives, mais quelquefois ingénieuses, comme le célèbre boomerang. Ils étaient trop sauvages pour profiter de la civilisation européenne; ils ont reculé devant celle-ci, dans des régions de plus en plus désertes, à mesure que les immigrants s'emparaient des terres utilisables. La faim, les maladies, l'alcool, qu'on leur a, du reste, versé à flots, et, il faut le dire, la chasse elle-même qu'on leur a faite comme à des bêtes fauves, en ont eu raison. Aujourd'hui, les rares survivants sont destinés à une disparition rapide, quoique les mœurs se soient adoucies à leur égard.

La population active est donc formée exclusivement d'immigrés, et, pour la plus grande partie, d'Anglo-Saxons. Sauf à l'époque du « rush » des mines d'or, le nombre des immigrants venus d'autres pays que la métropole, a toujours été faible. Les premiers colons, importés dans l'île en 1788, étaient des forçais, et, pendant assez longtemps, l'Australie fut un lieu de déportation pour l'Angleterre. Mais, devant les inconvénients de ce mode de colonisation, les Anglais y ont renoncé. Les immigrants libres n'ont commencé à envahir l'Australie que lors de la découverte des mines d'or (1851). Ce fut d'abord un « rush » désordonné d'aventuriers, désireux de faire fortune sans travailler. Mais, plus tard, le courant se régularisa, et la colonisation véritable commença : les nouveaux arrivés s'établirent comme cultivateurs, éleveurs de bétail ou ouvriers. Jamais, du reste, le flot de Timmigration ne fut aussi fort qu'aux États-Unis; mais, comme la population antérieurement existante était plus faible, il ne s'est pas noyé dans la masse, et a amené des changements dans la civilisation du pays. On ne peut pas encore dire qu'il y ait une « civilisation australienne » comme il y a une civihsation nord-américaine.

Du reste, l'immigration en Australie diminue sensiblement, mais pour des causes artificielles. Le parti ouvrier, devenu très puissant — c'est lui qui fait la majorité au Parlement fédéral, — a voulu éviter un abaissement des salaires en votant une loi contre l'entrée des travailleurs étrangers. On a commencé par proscrire les (( jaunes », Chinois et Japonais, ce qui cause à l'heure actuelle des difficultés entre l'Angleterre et le Japon, son aUié; puis on a décidé l'expulsion en masse, pour le 31 décembre 1906, des Polynésiens employés dans les plantations de cannes du Queensland;

enfin, on a interdit l'immigration aux ouvriers, même de la métropole. Dans ces conditions, l'augmentation de la population serait arrêtée, si le climat, très sain, bien que désagréable, de l'Australie, n'amenait des excédents considérables des naissances sur les décès. En lOOCt, contre H 0 .000 naissances, il n'y a eu que 45,000 décès, soit un excédent de naissances de 05.000, correspondant à une augmentation de population de 1,50 pour 100 par an, proportion considérable.

Gouvernement. — Le gouvernement de l'Australie ne diffère pas moins de celui de l'Inde que le pays, ses habitants et ses productions. L'Australie forme, en effet, ce que les Anglais appellent un « self governing State », un État se gouvernant lui-même, sous une très vague suzeraineté du gouvernement métropolitain. Là. en effet, il n'y a pas une masse indigène qu'il est nécessaire de tenir en bride, mais une population blanche, en grande majorité composée de gens de la métropole, habitués à la liberté, et sachant en faire usage.

Jusqu'en 1900, l'Australie comprenait six colonies absolument autonomes, sans aucun lien entre elles, et qui s'étaient même entourées chacune d'un cordon de douanes presque prohibitives pour les produits de leurs voisines. Depuis le l^"" janvier 1901, ces colonies se sont fédérées et ont formé le Commonwealth of Austraha ou République d'Australie. Chacune d'entre elles garde son gouvernement autonome, formé du gouverneur nommé par le Roi, d'un ministère responsable devant un Parlement local élu. Mais, pour les affaires intéressant l'ensemble du Commonweallh, un gouvernement fédéral existe, et siégera dans une capitale que l'on a fixée dans un lieu désert, à Yass-Camberra. Il se compose d'un gouverneur général, choisi par le Roi, assisté d'un ministère responsable, et d'un Parlement de deux Chambres : le Sénat, où chacune des anciennes colonies devenues Etats envoie six membres élus, et la Chambre des Représentants, composée de membres élus par les États en nombre proportionnel à leur population. Le sufl'rage est universel.

Le gouverneur général est une sorte de souverain constitutionnel, aidé par des ministres responsables devant les élus du peuple ; il a bien le droit de veto, mais il est peu probable qu'il s'en serve jamais, si l'on en juge par le précédent des autres gouverneurs de colonies autonomes.

Le gouvernement du Commonwealth agit absolument comme s'il était indépendant de la Grande-Bretagne. 11 peut, en particulier, établir des droits de douane sur les produits britanniques au même

titre que sur ceux de.^ pays étrangers, et nous avons vu qu'il a usé de celle latitude; la défense du pays, la participation même de l'Australie aux guerres que pourrait avoir la métropole sont laissées à son appréciation absolue.

Au premier abord, une comparaison semblerait s'imposer entre l'Australie et les États-Unis : même étendue, à peu de chose près, même absence d'indigènes, même colonisation par des Anglo- Saxons qui, travaillant sur une table rase, ont pu créer de toutes pièces une nationalité et une civilisation nouvelles. Mais l'élude des conditions naturelles des deux pays montre bien vite que la ressemblance est tout extérieure, et que les anglo-saxons d'Australie et ceux des États-Unis se sont trouvés en face de situations bien différentes.

L'Australie, nous l'avons vu, est un pays déshérité par la nature, dont une très faible partie seulement peut être utilisée, et encore dans des conditions peu favorables. Des déserts de sable couvrent toute la partie occidentale : vers le centre, le plateau se couvre d'une végétation très dense, mais inutilisable : c'est le « scrub », fourré d'arbres nains, épineux : acacias, eucalyptus, spinifex, qui s'élèvent à 2 ou 5 mètres, dans lequel on se taille un chemin à la hache, comme on creuse des tranchées dans la terre. A l'est de la dépression, et jusqu'à la Cordillère, l'humidité, un peu plus forte, permet au sol de se couvrir d'herbes, qui nourrissent d'immenses troupeaux de moutons : de loin en loin, quelques bosquets s'élèvent au-dessus des herbes. Les seuls arbres sont des acacias et des eucalyptus, plantes des pays secs. Les derniers, qui, dans les régions arrosées, peuvent atteindre plus de 100 mètres de hauteur, sont cependant grêles et ont une curieuse particularité : pour éviter l'ardeur des rayons du soleil, les feuilles présentent à ces rayons la tranche et non le plat : une forêt d'eucalyptus ne donne que l'ombre des troncs et des rameaux, d'oii leur nom de « bon abri », qui n'est qu'une antiphrase.

La faune indigène de ces régions est pauvre, mais très originale, et rappelle celle des âges géologiques antérieurs au nôtre : mammifères ovipares, à bec de canard comme l'ornithorhynque, marsupiaux gigantesques comme le kangourou, oiseaux démesurés comme le casoar, presque tous muets, donnent l'impression d'un musée paléontologique : aucun de ces animaux n'est domesticable, et ils ne peuvent servir qu'à l'alimentation des indigènes.

Ce n'est que dans la région du sud -est et de la côte orientale que la culture peut exister et la civilisation s'établir.

Agriculture. — La végétation forestière esl faible, on se l'explique, même sur la côte orientale. Cependant, la Tasmanie et les ilancs des montagnes présentent quelques forêts d'acacias, d'eucalyptus, de cèdres, de pins. Le mahagom, le cèdre rouge, fournissent des bois de cons-tructiôn qui résistent aux vers et ne sont pas moins estimés que le fameux bois de teck.

L'agriculture proprement dite est peu prospère, malgré de très grands progrès accomplis dans ces dernières années. On en estime le rendement moyen pour les années 4898 à 1902, à 510.000.000 de francs seulement. Mais aussi la superficie cultivée est-elle des plus médiocres : sur ce continent, égal aux quntre cinquièmes de l'Europe, les champs ne couvrent que 5.400.000 hectares, moins du dixième de l'étendue des champs de la France seule. Cette surface a cependant été doublée dans les vingt dernières années. Les Etats qui mettent en œuvre la plus grande superficie sont le Victoria (1.500.000 hect.), l'Australie du sud (1.200.000 hect.), àSouvoUe-Galles du Sud (900.000 htct. environ). Mais l'Australie occidentale ne met en culture que 80.000 hectares sur une superficie totale de 255.000.000 d'hectares!

Deux régions doivent être distinguées : le Queensland au nord (et par conséquent plus près de l'équateur), produit les denrées coloniales, canne à sucre et oranges. La canne, en particulier, commençait à alimenter la consommation australienne et pouvait fournir à une petite exportation, lorsque la loi sur les « Travailleurs des îles du Pacifique » vint lui porter un coup désastreux. Les Canaques ne peuvent plus entrer sur le territoire du Commonwealth depuis 1904, ceux qui s'y trouvaient furent expulsés à la fin de 1906 ; or, ils fournissaient jusqu'ici la seule main-d'œuvre utilisable. La main-d'œuvre blanche, trop coûteuse, ne pourra que difficilement les remplacer, et, malgré le payement de primes considérables, il est probable que l'industrie sucrière australienne est frappée d'un coup mortel.

Au sud, la Nouvelle-Galles du Sud, le Victoria, la Tasmanie et la partie sud orientale de l'AustraUe du Sud, se trouvent dans des conditions plus comparables à celles de l'Europe, aussi les productions agricoles y sont-elles celles de nos pays.

En première ligne vient le blé, qui après avoir seulement suffi à la consommation, commence, depuis 1900, à alimenter une exportation, de 10 à 15.000.000 d'hectolitres en moyenne. Cette production s'accroîtra par l'application de procédés plus perfec-

lionnes. Le rendement moyen est d'environ 8 hectolitres à l'hectare, soit la moitié de celui de la France, il varie du reste singulièrement avec les régions. L'avoine donne un produit variahle, mais assez faible, comme l'orge, cultivée dans les mêmes pays de Tasmanie et de Victoria; le maïs pousse dans le Queensland du sud, mais ne peut donner lieu à un commerce d'exportation. Le.'. pommes de terre sont cultivées dans le sud.

Les fruits d'Europe réussissent en Tasmanie, en Victoria, et, depuis quelque temps, dans les environs de Perth, dans l'Australie Occidentale. Les grands magasins frigorifiques qui ont e'té créés dans les dernières années, surtout à Sydney, permettent de les conserver longtemps et de les vendre en toutes saisons.

L'Angleterre avait fondé un grand espoir sur la viticulture australienne. Les conditions naturelles, chaleurs assez fortes, humidité médiocre étaient favorables et les premiers essais furent encourageants : la production moyenne d'environ 200.000 hectolitrts permettait l'exportation d'environ 40.000 hectolitres. Le « vin impérial », tel est le nom dont on l'a décoré en Grande-Bretagne, a été l'objet d'une réclame gigantesque ; des primes, accordées par le gouvernement du Victoria, ont permis de le vendre en Angleterre à un prix inférieur à celui des vins français, pent^ant que le marché australien lui était réservé par les droits prohibitifs (20 francs par 12 bouteilles) dont nos vins sont frappés à leur entrée. Cependant, les résultats ne sont pas brillants. On ne s'improvise pas vigneron, et les vins australiens sont loin de valoir les nôtres, ce dont le marché anglais s'est aperçu.

Telles sont les principales ressources végétales de l'Australie : on voit qu'elles sont médiocres; elles pourront s'accroître, sans cependant pouvoir jamais faire, du continent austral, un concurrent dangereux pour les grands pays agricoles, ni même un fournisseur suffisant pour les parties de l'Empire britannique qui manquent de blé ou de vin.

Elevage. — Si les conditions naturelles sont défavorables à 1 agriculture, il n'en est pas de même pour l'élevage. Toute la région située à l'ouest de la Cordillère, jusqu'à la grande dépression, et particulièrement le bassin du ÎIurray-Darhng, est un pays pastoral remarquable. Les terrains argileux conservent l'humidité et l'herbe peut y garder longtemps une vigueur suffisante, même à une grande distance des cours d'eau; les colons ont débarrassé leurs pâturages des eucalyptus qui leur donnaient de loin l'aspect d'une forêt, mais absorbaient sans uliUté la plus grande partie de l'eau de pluie. La sécheresse reste d'ailleurs le grand fléau qui menace

Dcbois-Kergomard. j

les exploitations australiennes : un relard de quelques jours dans la succession des averses a sufli bien souvent à iaire périr des centaines de milliers d'animaux. Aussi les colons ont-ils exécuté à grands frais des travaux d"irriga[ion, barrages et puits artésiens. Un autre fléau, inattendu, entrave les progrès de l'élevage. On sait la mésaventure arrivée aux propriétaires de troupeaux : désireux de se livrer au plaisir de la chasse comme en Grande-Bretagne, ils ont importé des lapins. Ceux-ci ont pullullé au delà des prévisions : ils tondent l'herbe jusqu'à la racine et n'en laissent plus pour les moutons. Tous les moyens ont été employés, sans succès, pour repousser cette invasion d'un nouveau genre : les primes promises à ceux qui découvriraient un moyen de débarrasser le pays de cette nouvelle plaie d'Egypte n'ont donné aucun résultat, et l'on a dû enclore les pâturages de grillages très coûteux, vu leur étendue.

Cependant l'élevage est la grande ressource de l'Australie. On estime la valeur du troupeau à environ 6 milliards de francs et la production annuelle à 555.000.000.

C'est, naturellement, le mouton qui réussit le mieux dans ces pays secs et favorables à la production de la laine fine. Le mouton fournit 70 pour 100 de la valeur de la vente annuelle des produits animaux. C'est par troupeaux immenses de plusieurs milliers do tètes chacun, conduits par des bergers à cheval, que les moutons parcourent les espaces qui leur sont réservés ; la tonte donne lieu à une activité comparable à celle de notre moisson : des machines perfectionnées permettent de l'accomplir avec beaucoup de rapidité, et en perdant une quantité minime du produit.

Cependant une succession d'années de sécheresse a considérablement diminué le cheptel australien. Tandis que, en 1891, on comptait 106.000.000 de moutons, leur nombre était tombé en 1902 à 54.000.000 seulement. Il s'est relevé depuis à près de 90.000.000, dont près de la moitié en Nouvelle-Galles du Sud. La laine représente à elle seule 56 pour 100 du produit des industries pastorales du pays, et donne lieu à une exportation considérable vers l'Europe. Les chiffres des années movennes oscillent aux environs de 2.000.000 de balles et 500.000.000 de francs, dont 25 pour 100 vers le Royaume-Uni. L'Australie ne garde pour elle qu'une part infime de ses laines.

Mais elle rencontre, depuis quelques années, une concurrence très dangereuse dans la République Argentine, dont les laines commencent à envahir le marché européen.

Les autres animaux trouvent des conditions moins favorables dans ce pays sec. Cependant les régions arrosées du sud-est et de l'est élèvent d'assez grandes quantités de bêtes à cornes et de chevaux, peu élégants, mais forts, vites et endurants. Pendant la guerre sud-africaine, la cavalerie anglaise a été remontée en grande partie avec des chevaux australiens.

La laine n'est pas le seul produit de l'élevage que l'Australie exporte. La nécessité de se débarrasser des dépouilles des moutons, et surtout les progrès des transports frigorifiques ont amené les Australiens à tirer parti de produits qu'autrefois ils laissaient perdre. Les magasins frigorifiques établis par l'État de Nouvelle Galles du Sud emmagasinent et expédient des quantités considérables de viande de mouton ou de bœuf, de volaille, de lapins, des œufs, du beurre, etc., etc. Ils peuvent recevoir à la fois 490.000 tètes de gros bétail et 6.000.000 de moutons, et donnent lieu à un mouvement d'atfaires de 12.500.000 francs. C'est du reste une excellente opération que celle-là, puisqu'une compagnie du Queensland a réalisé en un an un bénéfice de 2.600.000 francs pour un capital versé de 2.700.000 francs.

C'est ainsi que l'Angleterre consomme des gigots de mouton, des roastbeefs, des œufs et du beurre qui lui viennent de ses antipodes et ont supporté une navigation d'au moins 40 jours dans la zone torride !

Les progrès ne sont pas arrêtés, et, après la période de dépression que l'industrie pastorale vient de subir, il est probable qu'elle va recommencer à se développer, au grand profit des Australiens qui ne vivent guère que de leurs troupeaux.

Industrie. — On peut dire que les mines d'or ont créé l'Australie, puisque c'est seulement lors de leur découverte, en 1851, que les immigrants ont commencé à y affluer. Leur valeur absolue n'a pas décru, mais leur importance relative dans la vie économique du pays est beaucoup moins grande que naguère. L'élevage, l'agriculture elle-même, tiennent une plus grande place que l'or. Cependant les bénéfices des mines servent à payer les arrérages de la dette australienne.

Les gisements d'or sont dispersés dans tout le continent, et l'on n'en connaît sans doute encore que la plus faible part. Pendant longtemps, ceux du Victoria, à Ballarat et aux environs, ont fourni le contingent le plus considérable ; depuis quelques années, on a découvert de nouvelles mines, dont la production est plus importante, dans l'Australie Occidentale. La moyenne d'extraction se maintient aux environs de 400.000.000 de francs, soit environ le quart de

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l'exlraction mondiale, venant au troisième rang après celles du Transvaal et des Etats-Unis (1).

Les autres métaux, précieux ou industriels, existent en Australie, mais donnent lieu à une extraction de valeur infiniment moindre. L'argent existe à Droken Hill, en Nouvelle-Galles du Sud, associé au plomb, mais le produit de ces mines diminue, et est descendu, en 190'2, à 50.500.000 francs, après avoir atteint, en 1891, le chiiïre de 91.200.000 Irancs. Le cuivre, ([ui se trouve presque dans tous les Etats, fournit pour 57. 400. 000 francs de minerai ; l'étain existe dans la Tasmanie, le Queensland et Nouvelle-Galles du Sud; le fer semble abondant, mais est peu exploité.

La grande ressource minérale, celle qui vient après l'or, et jouera sans doute un plus grand rôle dans l'avenir, est la bouille. Un la trouve en Nouvelle-Galles du Sud, dans les environs de Newcastle, qui, comme son bomonyme d'Angleterre, exporte des quantités croissantes de combustible ; la production totale est de 9.681.000 tonnes ; le (Jueensland, Victoria, l'Australie occidentale et la Tasmanie contribuent à ce total, mais pour des quantités beaucoup moins grandes que le premier Etat cité; 50.000 tonnes de pétrole, extraites de Nouvelle-Galles du Sud, ne peuvent pas lutter avec l'importation américaine; des gisements de phosphates dans les environs d'Adélaïde pourront rendre quelques services à l'agriculture.

L'industrie des mines traverse une phase de dépression, moins par l'épuisement des filons, que par les abus de l'agiotage. Les capitaux, après avoir faitmontre d'une grande confiance, se méfient trop actuellement, à la suite de quelques faillites retentissantes. Elle a cependant un bel avenir devant elle.

En est-il de même des industries manufiicturières ? Il semble que oui, vu la richesse du sol en houille et en métaux, et le fait que les Australiens appartiennent à la nation la plus industrielle du monde. Les progrès ont commencé, surtout dans les deux Etats de Victoria et de .Nouvelle-Galles du Sud, qui possèdent la houille

(1) Production de l'or (1906) :

Australie Occidentale 209.700.000 francs.

Victoria 79.900.000 —

Queensland. . 63.500.000 —

Tasmanie 7.800.000 —

Nouvelle-Galles du Sud 29.400.000 —

Australie du Sud 2.100.000 —

ToUd 592.400.000 lianes.

et la population la plus agglomérée et la plus civilisée. Le nombre desouvTiers a doublé de 1885 à 1902 (100.000 à 200.000), pendant que la population passait seulement de 2.500.000 à 4.400.000. Il y a donc accroissement plus grand du nombre des ouvriers que (le celui de la population totale. On estime, très approximativement du reste, le bénéfice de l'industrie à 800.000.000 de francs par an. Mais cette industrie est toute locale : elle ne peut fournir encore à l'exportation; elle s'est réservé le marcbé intérieur par des droits de douane s'élevant en moyenne à 20 pour 100, pendant que les matières premières entrent librement. On ne peut en énumérer les diverses branches, extrêmement nombreuses, sans qu'aucune d'elles, sauf naturellement les industries pastorales, l'emporte sur les autres, et prenne une importance prédominante. L'Australie vise à se passer à la fois de toutes les importations européennes, et elle n'y réussit qu'à moitié.

Dans quelques années, sans doute, quand le tassement se sera opéré, et quand les conflits actuellement à l'état aigu entre le capital et le travail se seront apaisés, comme ils doivent le faire, l'industrie australienne pourra suffire au moins à la consommation intérieure, et peut-être même commencer à exporter dans les pays voisins... perspective qui, du reste, ne va pas sans vivement préoccuper la métropole.

Voies de communication. — L'Australie est immense, elle produit surtout des matières encombrantes, utilisées loin du point de production, et dont la plus grande partie doit être exportée, elle a donc besoin de bonnes voies de communication. Or la nature n'a rien fait à cet égard : pas un fleuve navigable, des côtes inaccessibles sur la majeure partie de leur développement, d'énormes espaces déserts, et où l'établissement de voies artificielles est, sinon impossible, du moins très difficile.

Les routes, comme dans tous les pays neufs, sont peu développées : les chemins de fer étaient déjà inventés quand on a pensé à créer des voies de communication, et le procédé le plus nouveau et le plus pratique a été adopté.

Les voies ferrées ont considérablement servi à la colonisation de l'Australie. Comme aux États-Unis, les chemins de fer n'ont pas relié des centres existant avant eux, mais les villes se sont créées le long des chemins de fer, de même que, chez nous, elles se sont échelonnées le long des fleuves. Ce sont les lignes de chemins de fer qui ont ouvert à l'exploitation des régions jusque-là désertes. Presque toutes les lignes australiennes sont des lignes de pénétration s'ernbranchant sur un Grand Tronc qui va d'Adélaïde à

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Rockhamptoii, et pénétrant dans l'intérieur. La construction en a été rendue difficile et coijteuse par la nécessité de traverser h Cordillère. Une grande ligne transcontinentale est en construction depuis longtemps entre Adélaïde et Port-Darwin au nord-ouest. Elle doit raccourcir sensiblement la durée des voyages d'Europe à Melbourne, mais elle traverse le désert et le scrub, aussi ses progrès sont-ils lents. Le total des voies ferrées existant en 1900 était de 25.000 kilomètres.

Toutes les relations avec l'étranger ont lieu forcément par mer, en même temps qu'un cabotage assez actif a lieu sur la côte orientale. La marine marchande est relativement considérable, bien que la loi sur les travailleurs, en proscrivant les noirs et les jaunes, sntrave le recrutement des matelots et le rende onéreux. Les navires étrangers eux-mêmes doivent, pour être admis à faire le commerce dans les ports du Commonwealtli, se soumettre aux stipulations de celte loi.

Les ports, extrêmement rares dans le nord, l'ouest et le sud (sauf Perth, Albanyoïi King George's Sound), sont nombreux dans l'est et le sud-est. Quelques-uns même, comme Melbourne et Sydney, sont parmi les plus beaux et les plus sûrs du monde (1). Us sont fréquentés par les paquebots à grande vitesse de toutes les nationalités. Depuis quelques années, les navires allemands ont fait de grands progrès, au détriment des français et même des anglais.

Commerce. — L'Australie alimente un commerce actif, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. La diversité des productions amène des échanges importants entre les divers Etats, qui viennent de faire tomber les barrières douanières dont ils s'étaient entourés contre leurs voisins, mais pour reporter leur protection aux côtes contre les produits de l'extérieur, et même de la métropole. Les pays du sud expédient vers le nord leurs bois, leurs céréales, leurs vins et leurs tabacs; le Queensland envoie en échange son coton et son sucre; la Nouvelle Galles du Sud distribue partout les produits de ses mines, et les objets qui sortent de ses manufactures; la plus grande partie de la houille qu'exporte Newcastle est destinée aux colonies sœurs. Entre la côte et l'intérieur, le mouvement des échanges est encore

[[) Mouvemeut des ports. Long cours '1905).

Entrées. Sorties. Total.

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