‹ Les principaux edifices de la ville de Rouen en 1525, dessinés à cette époque sur les plans d'un livre manuscrit conservé aux Archives de la ville, appelé Le livre des fontaines;Chapitre 2 sur 37 · PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE

CONSIDÉRATIONS SU» LA PRÉSENTE PUBLICATION. — DESCRIPTION DU MANUSCRIT DES FONTAINES. — NOTICE SIR JACQUES LE LIEUB.

E Manuscrit appelé le

conserve' dans les Archives communales de la ville de Rouen , fui exécuté par les soins et aux trais de Jacques

Le LlEUR , honorable magistrat, distingué par sa naissance , son esprit , Jses talents, ami de sa pairie, de ses concitoyens et des arts, et cette œuvre, renfermée dans un coffret aux armes du donateur, fut généreusement offerte par lui-même eu don à la ville

eri i525. Les Conseillers , ses confrères, pour marquer toute l'estime qu'ils firent d'un présent si magnifique, curent grand soin de faire fixer ce coffret à la table ou au pupitre, comme c'était encore l'usage pour 1rs manuscrits précieux , par une chaîne et un cadenas d'argent, d'où ce livre reçut pendant long-temps le nom de : le Livre enchaîné.

Ce n'était pas alors seulement un objet de luxe et de curiosité remarquable, mais encore un monument important d'utilité publique, destiné à conserver le souvenir et à indiquer l'origine, les sources et le cours souterrain des anciennes et nouvelles fontaines ; objet tlcvciiu même indispensable dans ce temps , qu'on pou vait aussi appeler un temps de progrès; car la lin du w siècle et la plus grande partie du xvi lurent , pour la ville de Rouen , une époque de grandeur et de prospérité, signalée par de nombreux embellissements, de somp tueuses construelionset d'utiles établissements, dus, sans doute, d'abord à cet élan de rénovation générale et de mouvement qui, comme aujourd'hui, surgissait de toutes parts, mais non moins aussi à la généreuse et bienveillante sollicitude de L'illustre prélat <pii occu-

pait alors le siège métropolitain, Geoik.es d'àmboise, dont on doit garder juste et bonne mémoire tant qu'il restera un peu de reconnaissance au cœur, surtout des Normands et des Roucnnais.

Ainsi , la ville de Rouen , successivement et considérablement accrue en territoire, en population, en industrie, eut besoin de nouvelles fontaines et d'une distribution d'eaux potables, plus ample et plus proportionnée aux nécessités générales. Ce fut aussi à quoi les magistrats donnèrent les soins les plus actifs, et le cardinal-archevêque , ministre d'État , favori du Roi , puissant et riche, protecteur de la ville et de la province, s'associa grandement à cette œuvre de philanthropie par son influence et ses largesses. On dut donc à ce noble patriotisme le plus grand nombre et les plus somptueuses fontaines qui vivifièrent et embellirent les divers quartiers de la ville, et desquelles peu de vestiges seulement, quant à la structure du moins, sont parvenus jusqu'à nous.

Mais cette augmentation des fontaines, dont plusieurs provenaient de nouvelles sources, avait eonsi dérablement multiplié les canaux souterrains , les

regards, les prises d'eau . etc.. cl devait exiger, dès-lors , des plans et des renseignements permanents pour diriger sûrement la surveillance, ainsi que les réparations et les travaux qui pouvaient survenir. Toutefois, soit que la ville fût engagée dans d'autres dépenses qui absorbaient ses revenus, soit qu'elle eût négligé de s'occuper de cette monographie indispensable de ses fontaines, Jacques Le Lieur, ancien échevin , conseiller, sans doute bien en cour, en faveur auprès du tout-puissant prélat , prit l'initiative, et voulut aussi , pour son compte, faire acte de générosité, et produire, dans ee précieux recueil, un monument durable de son zèle et de son patriotisme ; en même temps , peutêtre, rendre un hommage délicat à l'illustre personnage qui avait la plus grande part dans le bienfait des fontaines.

Pendant une longue suite d années, le Livre des Fontaines, conserve' avec un soin religieux et consulté dans l'occasion, fut considéré comme un des principaux trésors des Archives municipales; mais, lorsque l'usage , chaque jour plus répandu de l'imprimerie , eut permis de publier, dans différents ouvrages sur l'his-

loire de Rouen , les documents que ce manuscrit contenait; lorsque la marche et les mutations successives des choses nécessitèrent peut-être de nouveaux plans , plus corrects ou plus complets, ce livre, devenu moins utile, fut à peu près négligé, presqu'oublié , sa conservation moins surveillée; il perdit sa chaîne et son cadenas ; Les vers minèrent la reliure , malgré le coffret conservateur, et cet ohjet de tant d'estime et de soins, portait, naguère encore, de trop visibles stigmates des effets destructeurs du temps et de l'inconstance des affections humaines.

Il appartenait à notre époque d'investigations archéologiques , plus sévères et plus ('tendues qu'en aucune autre , de découvrir, dans cette vieille oeuvre de notre honorable échevin, un mérite plus réel et plus incontestable peut-être pour nous, que tous ceux qu'on lui avait attribués jusqu'alors. C'est qu'indépendamment du tracé géométrique du cours souterrain des fontaines, le dessinateur a pris soin de reproduire en élévation (i),

^i) EHtct-à vol d'oiseau ou en perspective cavalière.

non-seulement la structure fort remarquable de chaque fontaine , mais encore l'aspect d'un très grand nombre de monuments militaires, religieux ou civils, qui se trouvaient élevés sur le parcours des canaux souterrains, et même jusqu'aux maisons qui bordaient les rues sous lesquelles passaient ces canaux; il avait de plus , pour compléter cette curieuse topographie , placé en tête du manuscrit une vue générale et panorainatiquc de la ville, prise de la rive gauche de la Seine , vue peinte et coloriée , exécutée sur une grande échelle, et dont l'ensemble et les détails sont du plus haut intérêt ; de telle sorte que les plans du Livre des Fontaines nous ont conservé, jusqu'à aujourd'hui, l'aspect monumental de la ville de Rouen à la fin du xvc siècle et au commencement du xvi% c'est-à-dire il y a plus de trois cents ans.

Assurément il y a peu de villes , si toutefois il y en a, qui possèdent un recueil de ce genre, d'une aussi haute importance, aussi fertile en documents en quelque sorte palpables et que ne peuvent aussi utilement fournir aucunes narrations écrites : témoignages du temps, si propres à éclaircir sur la localité, les points

douteux ou peu connus, tableaux qui nous reportent piesqu'en réalité dans celte vieille cité, à un âge déjà si loin de nous. Sans doute ces dessins sont d'une exécution grossière et plus que négligée, les détails peu ou mal écrits, il y a souvent faute d'aplomb et de perspective ; mais on y trouve un cachet de naïveté et d'exactitude générale qu'on ne peut contester; l'imagination, même la moins exercée, peut facilement suppléer à ce qui manque , et , à l'aide de ces croquis légèrement tracés , mais non sans vérité, on se plaît à reconstruire notre Rouen du xv'' siècle.

Lorsqu'il y a quelques années , le goût des antiquités nationales commença à se propagera Rouen, lorsqu'on eut. fait les premiers pas dans un champ si fertile et si peu exploré, et qu'on eut appris qu'on ne peut bien s'instruire de l'histoire d'un peuple, d'un siècle, d'une époque, de notre moyen âge enfin , que dans les œuvres mêmes de ce siècle, de cette époque, de ce moyen- âge, la nouvelle valeur archéologique et le nouvel intérêt qui s'attachaient au Livre des Fontaines, n'échappèrent point h quelques véritables antiquaires qui , les premiers, rappelèrent l'attention sur ce livre et en signalèrent l'importance sous

«ci autre point de vue; mais, si on l«' visitait avec plaisir et curiosité, on dut bientôt s'affliger de la rapidité avec laquelle s étaient altérées et s'altéraient tous les jours les portions précisément les pins précieuses celles qui reproduisent les monuments, et dont Le trait et la couleur, succombant à l'action de l'air, du frotlement et du pliage multiplié des longues feuilles, doivent graduellement, dans un temps plus ou moins limité, disparaître entièrement de la surface du parchemin.

On dut s'occuper des moyens de conservation possibles) l'Autorité , l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Ai ls ouvrirent, à cette occasion, plusieurs conférences qui», pair des causes involontaires sans doute, pestèrent sans résultai. Il doit exister encore; dans les cartons Qe l'Académie , plusieurs pièces et correspondances sur ce sujet; une lettre, entre autres, adressée par nous même à M. Emmanuel Gaillard, membre de l'Académie, qui , sur ta connaissance qu il avait eue de quelques

sais faits par nous, et assez heureusement réussis, de restaurations ou de reproductions des peintures des anciens manuscrits, avait bien voulu nous demander

quelques renseignements sur les moyens d'atteindre le bût désiré.

Enfin , M. de la Quérière, membre aussi de l'Académie , dont on connaît l'excellent ouvrage sur les

anciennes Maisons de Rouen, et les nombreux opuscules consciencieusement écrits sur divers sujets curieux , dans une notice très étendue, publiée par lui en 1 834 i Slll> notre manuscrit des Fontaines, s'exprime ainsi :

« Les plans qui s'y rattachent (au manuscrit des « Fontaines) ont souffert et présentent quelques rup- « turcs; la reliure elle même , ainsi que l'étui en bois

« dans lequel le manuscrit est enfermé appellent

« une consolidation indispensable à leur existence. « Nous ne doutons pas que nos administrateurs muni- « cipaux ne veillent toujours sur ce trésor comme leurs « devanciers l'ont fait.

« Pour le temps présent , nous avons un garant de « cette vigilance dans la personne de M. Bcauvet ( 1 ) , « par les soins de qui les Archives de la ville sont sor-

I) Décide en I8'il.

t)es du dahosq < i onl été mises feu obère après un i travail long 81 pénible de plusieurs années. Qu'il veuille bien recevoir ici les remen iments que nous lui adressons avec plaisir.

« Pour le temps à venir, la conservation de ce prédkm manuscrit sera due a M. Henry Barbet, maire <« actuel de Rouen, s'il réalise, comme nous nous plai- « sons à le croire , son intention den faire faire une copie • dans le but de ménager l'original; ce sera un titre de « plus que le premier de nos concitoyens acquerra à •< notre reconnaissance, et qui lui méritera en même « temps les éloges de tous les amis des arts ». (1 )

Déjà une partie des vœux de notre zélé confrère a été réalisée ; une reliure nouvelle a été donnée au Livre des Fontaines, et M. H. Barbet qui, dans le cours de son administration , a plus d une fois donné des preuves

(I) Notice sch bN .wcien Mamschit relatif aux cours des fontaines de la ville de Kouen , par li. de la Quérière, de la Société royale des Antiquaires de 1 rame, etc. Petit in-8° de 30 pages; 1834. — Rouen, Frère ; Paris, Techener. — Page 13.

tVttc Notice .accompagnée d'une gravure fort spirituellement gravée par M. André Potlier, représentant les armes et la devise de J. Le Licur, et une miniature ancienne du manuscrit, est trè* détaillée et doit être consultée par tous ceux qui voudront avoir une connaU-.ïnn étendue du l.i\ rc de*, hontaines.

de sa sollicitude éclairée pour la science et les arls (i), a, tout récemment, autorisé la restauration, aux frais de la ville, de la grande page représentant la Vue générale de Rouen dont nous avons parlé ci dessus, restauration qui nous a élé coiriïéc , et dont la réussite a été telle , nous pouvons le dire avec une sorte d'orgueil , (fin: nous la regardons comme ce qu'on peut faire de plus important en travaux de ce genre (2).

Déjà , sans doute , on a beaucoup fait , mais ce n'élait pas tout: la portion la plus étendue et la plus intéres-

(1) Nous devons ajouter ici , en exprimant, comme compatriote et comme archéologue, notre reconnaissance individuelle, <|ucl<|ucs-uns des faits qui sont les principaux titres de M. Henry Barbet aux remerciments des amateurs des arts, surtout en ce qui concerne les richesses DIDiiograpniques; telles sont les acquisitions nouvelles faites pour la Bibliothèque, savoir : le beau Missel imprimé par Martin Morin, en t'tdO; les Chroniques de Normandie, imprimées en 1487, exemplaire très rare , achetés 500 fr. chacun à la vente de l'abbé Barré; un manuscrit avec peintures, contenant la relation en vers de l'entrée de Henri II a Bouen; la Bibliothèque si importante et si connue de M. Leber, etc., etc.

Ce n'est pas par des phrases élogieuses plus ou moins banales que l'on doit , selon nous, rendre hommage aux mérites d'un administrateur; c'est eu citant des faits.

(2) Nous croyons pouvoir, autant comme document historique que pour notre satisfaction personnelle, transcrire ici le certilicat honorable qui nous a élé remis en cette occasion :

« Je certifie que M. T. de Jolimont a restauré la grande Vue générale de Koucd , extraite du manuscrit du XVIe siècle, appelé le Manusrrit des Fontaines, et qu'il a réussi audelà de toutes nos espérances dans l'accomplissement de ce long et difficile travail. Cette peinture était dans un état déplorable, effacée par le temps dans un grand nombre d'en-

santé du Livre «les Fontaines ne pouvait être restaurée sans mi travail et une dépense considérables, peut-être même inutiles, puisque l'action du pliage multiplié et obligé des feuilles, cause première de destruction , cùi élé la même ; une copie entière de ces immenses plans, «'gaiement forl dispendieuse , eût été aussi d'une utilité contestable , puisque la partie monumentale de ces plans esl la seule aujourd'hui digne de remarque, et dont la perte serait justement regrettée. 11 nous a donc paru que c elait celle seule partie qu'il suffisait de reproduire , en la divisant sur autant de feuillets détachés qu'il y a d'édifices à reproduire, pour en former une sorte d'album ou recueil, et conserver ainsi, au moins, un souvenir de ce monument historique.

droits, coupée et noircie par les plis nombreux qu'avait nécessités sou introduction dans

le manuscrit dont elle taisait partie, Tachée par de larges maculât urcs , cette belle page

était menacée d'une proebainc destruction ; M. de Joli mont a su lui rendre toute sa

valeur , et ses restaurations ont été si babilcs, que l'œil le plus exercé ne saurait les

apercevoir, et que ce monument, précieux pour la ville de Rouen . a consenti toute son

exactitude et tout son caractère primitif. »

Signé Riciiahu, Conservateur des Arcbivcs.

Légalisé par le maire, etc.

Ce n'ei pu U seule attestation de ce genre qui nous ait été accordée pour des travaux analogues

L'administration municipale , naturellement économe des deniers publics, et pour plusieurs autres bonnes raisons peut-être, n'a pas dû prendre ellemême le soin de ce genre de reproduction; mais, avec son assentiment et avec la certitude que nous ferions une œuvre nécessaire, nous n'avons pas balancé, malgré nos faibles ressources personnelles, à nous charger de cette entreprise, pour laquelle nous avons trouvé, de la part de nos compatriotes, sympathie et encouragement.

M. le Préfet de la Seine-Inférieure a bien voulu nous autoriser à recueillir et vérifier, dans les Archives départementales, les matériaux nécessaires à la rédaction des Notices jointes aux dessins, et nous devons beaucoup à la complaisance particulière de MM. Barabé , conservateur desdites Archives, et Ch. Richard, conservateur des Archives communales , qui , tous deux , ont bien voulu nous aider dans nos recherches . et nous fournir des notes et des renseignements utiles.

Nos dessins sont la reproduction fidèle et dans toute

la naïveté d exécution de l'original (i), non de tous les (:difiees remarquables qui pouvaient exister alors dans la ville de Rouen , mais seulement de ceux qui se trouvent placés (comme accessoires) sur le parcours souterrain des canaux des fontaines, qui était l'objet principal de l'œuvre de Le LlEUR.

Ces monuments , disposés sur les plans du Livre des Fontaines à leur place corrélative, sont ici reproduits isolément, sans autre classification que celle qui semble naître de leur nature différente. Ainsi , les monuments militaires d'abord, les monuments religieux et les monuments civils ensuite , sont Tordre que nous avons suivi en les passant successivement en revue ( oinmc dans une sorte de promenade , telle qu'on ;mrait pu la faire sur le terrain même.

Par ces raisons, les notices n'offrent pas non plus u u ensemble complet ou régulier sur l'histoire monumentale de Rouen , mais seulement des documents

(I) On ne nous reprochera pas quelques rares et légères corrections de manque d'aplomb ou de perspective que nous avons crues indispensables, et qui n'altèrent en rien le caractère primitif île l'original .

curieux et succincts sur l'origine, les mutations et les laits principaux relatifs a chaque monument représentés sorte de statistique abrégée, applicable au monument seul , mais suffisante au but que nous nous sommes proposé.

DESCRIPTION DU MANUSCRIT ORIGINAL DES FONTAINES. — Le manuscrit des Fontaines , exécuté sur vélin , format in~4°, de 34 cent, sur 24, est composé de deux parties distinctes : le texte et les plans.

Le texte , d'une belle écriture cursive de la fin du xve siècle , est de la main même de Jacques Le LiEUR , dont on voit la signature et le paraphe à la fin de chaque cahier ( 1 ). Ces cahiers sont au nombre de trois , relatifs aux trois sources principales qui alimentent les fontaines de Rouen ; chacun est orné , d'abord des armes de l'auteur avec supports à figures , de sa devise , si honorable et si philanthropique: Du Bien LE Bien, et, sur plusieurs pages , de lettres initiales et bordures , le tout peint et doré dans le goût des manuscrits du temps,

( I ) Voir pour preuve , ci-après, p. IH.

avec beaucoup de soin et de finesse (1); les marges sont larges, le vélin a encore toute sa blancheur et son poli , et la conservation générale est parfaite.

Le premier cahier commence par une sorte de préliminaire de quatre feuillets ou huit pages, dans lequel l'auteur, en style pompeux, rappelle le soin que prenaient les Romains d'établir à grands frais de somptueuses fontaines et d'immenses aqueducs pour fournir aux villes des eaux salubres et abondantes, et, de là, passe à l'éloge non moins pompeux des travaux analogues dont la ville de Rouen était redevable surtout à son illustre archevêque Georges d'Amboise, dont il parle avec enthousiasme, et qu'il appelle émulateur lice nertus romaines, urai jélatenr et amateur î>e Honneur, bien et auflmentacion t>t ta rljosc publique y etc. Le reste des feuillets, au nombre de dix-neuf, est consacré à la description historique de la source Gaalor ou du Château, la plus ancienne de toutes, et aux fontaines qui en dépen-

(I) ISmis avons remarque une analogie frappante entre ces peintures et celle de plusieurs manuscrits du même temps , exécutée à Rouen et conservée à la Bibliothèque de la \ille, telle que le Missel de GEonr.F.s n'AMnniSK , etc., et nous présumons qu'elles sont I'outi âge de quelque peintre enlumineur et tourneur en lettres , qui existait alors à Itoncn.

dent ; il en est de même des deuxième et troisième cahiers, l'un de seize feuillets pour la source de Darnétal ou Carville, et l'autre de dix-huit feuillets pour la source d Yonville ; enfin , cette partie e'crite du Liv re des Fontaines est terminée par une pièce qui paraît avoir échappé à tous ceux qui ont pris connaissance et ont parlé de ce livre, ou, du moins, dont il n'a été fait , jusqu'à présent, aucune mention , et est complètement inédite, malgré son extrême importance; car, outre; qu'elle offre un curieux spécimen littéraire du temps , l'auteur, JACQUES Le LlEUR, entre autres choses dignes d'être notées, y déclare formellement que le texte a été écrit et les plans mesurés , dessinés et lavés [pourtraic/ez] de sa propre main; Fait des plus remarquables, qui double le prix de cette œuvre ; Fait dont on avait le soupçon , mais dont on ne croyait pas posséder la preuve authentique que nous publions ici pour la première fois: (En l'on be la rébemtion Ijumninc mil cinq cens uinjjt cinq le rrre jour be janvier que inog Jaques jfic jOeur notoire et sécretaire bu Wov seigneur be iBresmetot et noouereô conseiller be la bicte oillc bonuag ce présent jJTinre à la communaultc be la bicte tulle et le présentai) a nobles Ijoinmes Jeljau £« llour seigneur be l'Œsprenier ©uillaume jSlubcr

sieur jDc lu l)iu>e J/eljun ou Jjjamrl sienr ï>u Î3nsc Jeljan *e iîjautot guaroc ï>cs sraur oe laDiconté ï>e "Honen JHicljel ftntencont et mcstrc llicole lOsmont conseillers Vicellc mettre pierre le ©ouppil sieur tu parquet procureur ï»e la VuU communaulté en la présence te Jeljan popillinn elerr et greffier o'icclle communaulté pour cotre et ïemouré a tousjours eu la maison commune Vicellc utile tel que dessus est escript ; estoit lestât et ortre conro et «ourses tes fontaineo oe ceote ville oe tloneu lequel aooit esté cljarcljé ucu tejc pourtraict et rédigé par escript en ce présent liure oc la maiu oe mou "btet §t jficur en avant plus esgurï" oe ftoelcment eseripre la uérité en langue familliere que curieusement obscruer grande et profonde éiégnanec en ma fcescripeion <Ct ponr ce que légèrement tout Ijotnmc peult errer et principalement es choses ïe granb antiquité on pou ou riens escriptes ou te quou la prolirité on temps qui tout erterminc et reiecte arière on anientit la congnoiosaurc pu niiu) en ténèbres et obscurité Jïc paie a tour les bons personnages qui ont a suecéoec en ceste maison oc police que leur plaisir soit supporter les erreurs su aucunes en u a et les émeuber fraternellement et su lescript et les cours ne sont mus et orecl^ en tel orïire que tuffaire le requeroit bien ce néanmoins ce pourra pronftttcr a la pollicc oe auoir mus en aucune lumière et rongnoissanec ce qui estoit en ténèbres et presque totalement ignoré mesmes aussi) ce qui a esté faict De mon temps rédigé eu quelque orore pour estre perpétuel en stimullant et incitant tour bons

3élotenrs du bien publique de importir par emulacion louable leur entendement paine et labeur a augmenter et refformer les choses de bien en mieulr ou pour le moins continuer et adiouster en c este- présente Ijistore cljascun en sou temps ce qu'il snruiendra et sera augmenté ou innoué an faict des dictes fontaines et pour re faire leur ap délaissé par mon testament la plume et parchemin préparé en la fin de la description de cljascnne fontaine particulièrement mesmes à la fut de ce liure les erortant v ercercer et employer leurs espritj a lljonnenr de celutJ seigneur qui tout peult et duquel l'(£sprit très sacré estoit en la prime créacion du monde déporté sur les <£eauj.

Nous ajoutons et transcrivons encore ici, à la suite de cette curieuse pièce , et comme document également utile, la copie extraite du même livre, de l'acte d<> donation et d'acceptation qui en confère la propriété à la ville de Rouen :

£c mardi pennltieme jour de jannier mil cinq cens uinjjt-cinq noble Ijomme Jacques 4Te fieur seigneur de ÎUrcsmetot et du îJosc-fUenard notaire et secrétaire du rog notre sire et l'un des conseillers anciens de la utile de tionen a présenté à sires Jcljau .Ccrour de i*esperoier ©nillanme ,2Utber &r île la ipape Jean Pn Ijamel &r îDnbusc Jeljan de ipotot garde-des-seaulr et obliquions de la uironté dudict "Moucn JWicljcl de îJatanconrt et Hicolas ©smont conseillers modernes de

UùntU uitte ce présent liure en pardjemgn ronucrt ï»e uclonr noir a

garnitures fort enrichies "be laton *oré ï>e fut or lequel liure est enclos

îieocns nng estuu en forme oc liure fermant à clef et sont contemu en icclnu liure et figurées les cours ï>es fontaines a présent estants en

laoicte uille depuis les sources Vicelles anec plusieurs autres rljoscs

lignes oc memore qui concernent le fait oesoictes fontaines Jceluv présent

et oon fait es présences oc maistres pierres iTegouppU prornrcnr-gcncral

oe laoicte uille sire Jacques (Eucrin conseiller ancien maistres Jfoljan

(Dombanlt et Jeljan îlassellin pencionnaiecs Vicelle uille Jïeljan

JJappillon clerc et greffier ïie laoicte uille et llobert iTcmoimc commis

aur onurnges Vicelle pour iceluti liure "banni à la rommunaulté Vicelle

oemourre perpétuellement et a tousiours à laoicte communaulté.

Signé Papillon . avec paraphe.

La seconde partie, les plans , est exécutée sur quatre bandes de parchemin, composées de plusieurs morceaux réunis, et qui, pour être renfermées dans le format du livre, étaient plie'cs et repliées sur elles-mêmes, ce qui a été la cause principale, nous l'avons dit, du déplorable état dans lequel les objets, tracés à la plume et coloriés sur ces plans, se trouvent maintenant.

La première bande, de i mètre 37 cenlim.de long sur

65 centimètres de haut environ (i), offre la vue généraie et panorama tique de la ville, dont nous avons parlé ci-dessus, pages vi et xi; primitivement placée en tête du livre dont elle était en quelque sorte le frontispice , elle en a été détachée en 1823, lors de sa restauration, ( Voyez ci-dessus, page xi ), fixée sur toile et placée en un cadre convenable, dans le cabinet dn conservateur des Archives.

Cette sorte de mutilation, que pourraient blâmer des gens sévères sur ce chapitre, et que, dans tout autre cas, nous ne tenterions pas nous-même de justifier, était ici d'une nécessité indispensable , et le seul moyen possible de conserver et de rendre à sa splendeur primitive cette oeuvre si importante pour l'art et l'histoire.

Nous n'essaierons point de donner une description des détails éminemment curieux que renferme ce vaste tableau; quelque longue et minutieuse qu'elle pû! être , elle ferait mal connaître ce qui ne peut être bien vu

(I) 4 pieds et 1/2 de lonjr sur 1 pieds de liant , mesure ancienne.

et bien étudie que par soi-même. Ce caractère distinctif de l'ensemble et de chaque partie , cet aspect local , ces particularités minutieuses qu'on n'aperçoit que quand çlles vous ont échappé dix fois; ces comparaisons incessantes à faire des choses d'alors et des choses d'au jourd hui ; ces preuves parlantes qui confirment ou aient telle tradition , tel récit , telle opinion, etc., etc.; il faut aller voir, aller chercher tout cela soi-même; notre plume s'égarerait et serait insuffisante dans cette riche nomenclature. Nous devons dire seulement un mot de la jolie petite miniature à figures si étrangement placée au milieu du tableau, brochant sur le tout, et que nous avons reproduit isolément (planche 3e); elle représente, au lieu de l'extérieur de la maison de ville . dont elle paraît occuper et recouvrir la place, seulement une salle de cet édifice , dans laquelle les conseillers et le greffier assemblés reçoivent, de la main de Jacques Lk LlEUR, le don du LlVUE DES FONTAINES. Il est probable que cette peinture reproduit, autant que ses dimensions le permettent, la physionomie exacte des personnages représentés, et l'on ne saurait se plaindre, malgré sa bizarrerie, du moyen ingénieux

choisi par l'artiste pour rendre en action le fait honorable du généreux auteur du livre (i).

La deuxième bande de parchemin , de 34 centimètres de hauteur sur 3 mètres 3o centimètres de long (2), non compris une partie ajoute'e latéralement , est consacrée aux cours des fontaines provenant de la source de Gaalor, et placée immédiatement après le cahier de texte qui lui correspond. Il en est de même de la troisième bande, de 34 centimètres de haut sur plus de 8 mètres de long , non compris également une appendice latérale (3), consacrée à la source de Carville ou de Darnétal , et de la quatrième, toujours de 34 centimètres de haut, mais sur 4 mètres 70 centimètres de long(4), consacrée à la source d'Yonville. Sur ces trois dernières

(1) Si nous n'avons pas compris la vue générale de Rouen au nombre des dessins de notre publication , c'est que, par sa dimension et la multiplicité de ses détails , elle ne peut être convenablement réduite au format que nous avons adopté; mais, à raison de l'intérêt réel qui s'y rattache , elle peut être l'objet d une publication à part que nous nous empresserions de faire , malgré les difficultés qu'elle présente, si nous apprenions qu'elle fut désirée par nos souscripteurs.

(2) 1 pied de haut sur 10 pieds de long , mesure ancienne.

(3) 1 pied sur près de 2j pieds de long, mesure ancienne.

(4) t pied sur 14 pieds, mesure ancienne.

bandes, les objets représentés seulement an trait, avec quelques teinles au lavis, n'ont pas l'effet elle fini de la vue générale peinte, mais présentent aussi à l'observation une foule de choses que nous ne pourrions faire connaître qu'en reproduisant textuellement la notice très détaillée de M. de la Quérière, citée déjà ci-dessus, page ix. Nous préférons y renvoyer le lecteur pour tout ce qui, dans le cadre que nous avons adopté, ne pouvait pas faire partie des dessins de notre publication el des notices qui les accompagnent.

Si l'on s en rapporte aux dates placées à la lin du premier et du dernier cahier , le Livre des Fontaines aurait été exécuté de 1624 à if)25.

Lacté de donation relate ci-dessus, page xix, nous apprend que le Livre des Fontaines ("tait d'abord cou vert de velours noir, avec garnitures de laiton, dorées de fin or; mais, d'après un autre acte daté de i6o3 , il paraît qu'à cette belle reliure on en avait substitué bientôt une en basane violette, la même qui existait encore il y a quelques années , mais sans ornements , et qui , vu son état de vétusté , est aujourd'hui remplacée par une troisième en maroquin vert, avec filets et orne-

ments dans ta goût du xvr siècle, dorés an fer chaud ; l'ancien coffret , avec plaque aux armes de Le LïEUR , existe encore comme objet curieux , mais ne sert plus : on lui a préféré un étui de carton (i.)

Ce même acte de i6o3 , qui est une sentence rendue par Jacques Lecavelier, lieutenant-général au Bailliage de Rouen , consignée dans le journal des échevins ( Archives communales , vol. 6, années i6o8-i6iS , folio i5 ), avait été communiqué par M. Beauvet, ancien Archiviste, à M. De Stabenralh, qui le publia, le premier, dans la Revue de Rouen , numéro d'avril i83o, et il nous révèle un fait assez curieux, qui appartient de trop près a l'histoire du Livre des Fontaines, pour que nous négligions d'en faire mention ici ; c'est que, vers cette époque (1600), un sieur Boullais, maître des ouvrages et fortifications de la ville , fonctions qu'il exerçait depuis 1696 , avait indûment , termes de la sentence , et , sans permission, détourné le livre contenant les pourtraicis des cahots et. sources des fontaines de la ville . et en avait, tout aussi indûment, fait et dressé une copie

J) Qui , dilïémiiiiieiil disposé »•! plus .iinplt', Ml d un usage plus ( oiiiihinIp que laiwieu

, .\ (u ic : contrefaçon qu'il avait étendue jusqu'à la couveriurê en husane violette, semblable à celle de l'original , en substituant , toutefois , sur une des pages du texte, ses propres armes à celles de Le LffiUR. San^ doute l'individu mourut peu de temps après', puisque la ville, lardivement instruite du méfait , attaqua seulement les héritiers, desquels elle revendiqua celte copie, dont elle demandait la remise immédiate aux Archives Les héritiers ne se firent pas trop prier, mais réclamèrent du moins les frais qu'avait coûtés l'exécution dé cette copie, ce qui leur fut refusé; et ladite copie, est-il ajou'é formellement , fui déposée dans h Chctfîrieh de la ville, et enfermée dans un sac séparé de l'original , (/ni. luv. étoit dans un esluy fermant à clef pour le garder soigneusement et n'être transporté que quand besoin sera. Le plus curieux de l'affaire est que oneques depuis on nia entendu parler de cette copie, et qu'on ne sait pas ce qu'elle est devenue { i ) : cependant , elle serait fort précieuse aujourd'hui, et comme il est difficile de

(i) Noua devons .■ l'obligeance de m. Richard d'avoir pu prendre connaissance <l<- la lu i . orifjiba^c qui constate l;i vcnicitc «le ce fait.

croire qu'elle ail été détt'nité, sa disparition ne p&ài aussi ("'lie attribuée <ju à un second acte d infidélité, déjà

fort ancien sans doute, mais sur lequel l autorité pourrait peut-être encore l'aire d utiles recherches : nous serions heureux si I avis que nous exprimons ici pou vait être pris en considération , et procurer dans nos archives la réintégration de cet important objet.

NOTICE SUR JACQUES LE LIEUR. — Pourquoi les hommes qui se son! signalés par d 'honorantes actions .

qui ont bien mérité de leurs compatriotes par des la lents ou des services, ue sont-ils pas surs de conserver, dans la postérité, un ('datant et durable souvenir de leurs mérites et de leur nom:' Pourquoi cet injuste et h op ordinaire oubli de la part de ceux qui ont re cueilli les choses bonnes et importantes qu'on leur a léguées, H se sont si peu préoccupés de qui venaient ces choses? Cette triste réflexion, si souvent laite, si

souvent exprimée , il n'est pas hors de propos de la répéter «à l'occasion de l'honorable citoyen dont nous essayons . pour la '.première fois depuis l rois siècles . de tracer la biographie ; car nous ne trouvons nulle part

dans tes ouvrages même les plus étendus, consacrés à la mémoire des homincs célèbres, nous ne trouvons, disons-nous, aucune mention spéciale , aucun article particulier sur la vie de JACQUES Le LlEUR ; et si , ça et là , son nom ou celui de quelques uns de ses ancêtres , se trouve mêlé à quelque narration historique , ou cité dans quelques actes de la vie privée , on ne voit là que des documents épars que rien ne relie, difficiles à recueillir, et qui ne sont parvenus à la connaissance que de fort peu de personnes, parce qu'aucun sentiment de reconnaissance ou d'amitié ne les a mis en lumière. Si le hasard n'avait accidentellement révélé les œuvres de Le LlEUR à quelques curieux des choses anciennes, à quelques explorateurs des vieux temps, et si notre honorable échevin n'avait pris soin luimême d'attacher en maint endroit de ses œuvres, ses armes, sa devise el son nom; si, enfin , dans ce manuscrit des Fontaines qui fait l'objet de notre publication, il n'avait souvent parlé de lui, comme par un secret pressentiment de l'ingratitude dés hommes, il est probable que sa mémoire n eut jamais recueilli le tardif hommage que nous lui rendons aujourd'hui.

il nous a donc été difficile de suppléer, en beaucoup de choses, au silence de l'histoire, et, malgré des recherches assez étendues , cette notice sera nécessairement beaucoup moins complète qu'elle ne devrait être.

Nous apprenons cependant que Jacques Le Lielk ne fut pas seulement recommandable par ses propres faits , mais encore par le reflet brillant de ceux de ses ancêtres : sa famille qui remonte à un temps fort reculé, n'apparaît pas sans illustration à plusieurs époques de nos annales. Commençons donc par un rapide coup d'oeil rétrospectif sur cette famille, et, pour toute la partie historico-généalogique de notre notice , nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici, presque littérctleme ni, les documents que nous devons à l'active complaisance de M. Barabé, comme conserva teur des Archives départementales, et, plus encore, comme dépositaire, aussi, des Archives des anciens Tabellions de Rouen. Il pouvait mieux (pie personne nous renseigner dans ce travail , et nous fournir des noies utiles, puisées ou vérifiées sur les pièces originales ( i ).

(I) A cette occasion, M. Barabé a dressé un (attirail généalogique de la famille Le l.ieur : Iravail fort précis et très clairement disposé, dont il a fait offrande à la ville de Kouen, pour être joint au livre manuscrit des Fontaines.

Le premier des ancêtres de notre Jacques Le Lieik , que l'on trouve mentionné, est Louis Le Lieur, qui fut inhumé en l'an 1275, en la chapelle de Notre-Dame, derrière le chœur de l'église conventuelle de St-Ouen(i ).

En 1 290 , un certain Robert Le Lieur, un des pairs ou conseillers de la ville, fut excommunié par les chanoines de la Cathédrale de Rouen, ainsi que le maire et les autres pairs, pour avoir, disaient ceux-là, attenté à leurs biens et h leurs droits, etc. (2)

De 1357a i358 , figure, dans le Catalogue des Maires de Rouen , un Jacques Le Lieur qui, en i36o, est mentionné dans la liste des capitaines des châteaux de Rouen , qualification qu'il conserve dans un acte de vente du 5 avril i364, où il contracte conjointement avec Agnès, sa femme (3). Il était déjà , en 1 358 , maître des Eaux et Forêts, et fut fait, la même année , chevalier, par Charles, régent de France , duc de Normanflic, fils du roi Jean II, prisonnier des Anglais à la malheureuse affaire de Poitiers.

(1) ! arin, t. u, p. fi.

(2) Voir les détails de ce fait curieux et les pièces justilicatives, dans les Archives départementales et dans l liist.de Rouen pendant l'époque communale, Chéruel, 1. 1'\ p. 181 à 191 .

(3) Archives des Tabellions «le Koucn.

Les services que ce mémorable citoyen rendit à l'Etat , soit dans la paix , soit dans la guerre , en assistant son prince de sa fortune et de sa personne , lui valurent la confirmation de sa noblesse, en i364, l'année même où Charles V parvint au trône. Cette confirmation de noblesse était de bonne justice ; car ; indépendamment de sa belle conduite comme commandant du fort Sainte-Catherine, qui lui avait été confié, et qu'il avait défendu contre les Anglais, il

avait acquis de nouveaux droits à la reconnaissance de son pays , en allant , la même année , h la tête de dix mille bourgeois volontaires qui Pavaient choisi pour chef, attaquer le fort deKolleboise , et coopérer, avec le preux Bertrand du Guesclin et ses chevaliers , à la reddition de cette place , suivie de près de celle de Mantes et de Meulan : résultat fort important, qui rétablissait la liberté des relations entre Rouen et Paris. ( i )

(I) De Rouen la cité issi moult bonne gent,

Et bien X. M. selon mon essient.

Par devant Kolboise, etc.

Chronique de lier! ni n du GlUSclllt, par Cuvelicr, trouvère du Ut' siècle, publiée pour la première fois par E. Cbarriére, Paris, Didot, 1839.

A donc avait à Meulauc, à Mante et à Roleboise, qui toutes sont sur la rivière de Saine;

Le capitaine Le Lieur, qui fut aussi maire de Rouen , comme nous l'avons déjà dit, ne jouit pas long-temps de son triomphe; il meurt en i366 , et est inhumé dans l'église desCordeliers, sous le crucifix ( i ). Non moins habile administrateur que vaillant soldat, il s'occupa , dans les teins d'ordre et de paix, d'utiles réformes; on lui doit plusieurs lois et règlements relatifs à diverses industries et au commerce de Rouen (2).

grant planté d'Engloiz et IVavarroi/., tomme dict est, qui trop greuaient le pais tant par

terre comme par eaiie Ceux de Rouen qui leur capitaine avaient esleu et faici

d'un riche bourgeois de la ville, nommé Jacques Le Lieur, qui moult «rentoilent se

maintint, tant que d'eux était moult amez : vssirent de la dicte ville en la compagnie de leur

capitaine et vindrent asseigicr Roleboise du côté devers Saine et moult bien

il se porta le commun de Rouen à cet assault qui moult fu grand

puis s'en allèrent ceux de Rouen chacun en sa maison, etc.

Histoire de Messire llertrand du tiuesrlin. par ('laudi- IMcnard, Paris, H',18. C.ramoisy, p. 82.

(I) Sur sa tombe on lisait l'inscription suivante:

ill< .1 M oui s il Mil r TIMll.ATA UGADII s MM»

QCONDAM \ UUfiHO PRINCIPE facti s foi tâ Vtni l K l lit NC MAYAS I. i:\KR VI.EM ET SYLVA MAGISTM M

MAJOR ROTIIOMAGI IHTTOR ET IRBIS ERAT INSI PKIl ASTANTEM .M(» r\\.F. COSTIOIS tMBi HECTOR IV HOSTILES VU MIT 1PSEMANIS sFX ACI.NTA 1>AII\>! \\\«s si R MILLE TRICFVTOs

ET BCX CUM TANTOM HOU TOUT ItTRA miiim Qu'on peut traduire ainsi :

Ci-git J acqi es Ll Melr, tait chevalier par le Roi, maili e-genéral îles eaux et forêts , gouverneur du fort Ste-Calherine qu'il répara, et maire de Rouen. Ot homme recommandable mourut en l'an l;(6fi. - Farin , t. m , p. 'zt.7.

(1) C.héruel , Histoire de lu Commune de Rouen , I n. p. 163

— xxxni —

Au nombre àe ses successeurs, qui héritèrent, sans doute, de son courage et de ses vertus , comme ils héritèrent de sa noblesse , nous voyons seulement cité un Jacques Le Lieur, dans l'acte de composition de la ville de Rouen avec les Anglais, le i3 janvier 14 18 , acte passé entre Henri V , roi d'Angleterre , et les Commissaires nommés pour les bourgeois; puis, en cette même année 1418, mourut un Vincent Le Lieur, moine de St-Oucn, abbé de St-Picrre-des Préaux, dont la tombe se voyait sur le pavé de l'église St-Ouen, chapelle Ste-Cécile (1); les autres nous sont inconnus jusqu'en 1 47^-

Alors apparaît Robert Le Lieur , qualifié de noble homme, avocat du Roi au Bailliage de Rouen, et Jacques et Roger Le Lieur, ses deux frères , dont il est l'aîné. De ceux-ci , Jacques épousa Colette Le Cornu, sœur de Jean Le Cornu , docteur en droit civil et canon , archidiacre du Yexin français, qui , en considération de l'amitié qu'il avait prise pour son beau-frère, lui donna et céda le fief du Bosc-Bénard . commune sise près le Bourgtheroulde , suivant acte

{\) Itinéraire de Rouen, Lelï-vrc, 1843.

passé devant les tabellions de Rouen, le 2!) avril 1482, dans lequel ce même Jacques est qualifié de conseiller en la ville de Rouen (1). Cette seigneurie du Bosc- Bénard , demi-fief de Haubert, avait été acquise par Robert Le Cornu, père de l'archidiacre, pour la somme de '6l^> écus d'or ( courant alors l'écu au prix de 3o sols 7 deniers tournois ) , par contrat du 6 octobre 1464 (2) , et est le même dont JACQUES Le LlEUR, auteur du manuscrit des Fontaines , prit, le titre plus tard , après en avoir hérité comme neveu.

Il appert de plusieurs actes écrits, que ce Jacques Le Lieur, époux de Colette Le Cornu , fit à l'église de sa paroisse ( St-Martin-du-Pont ) plusieurs dons pieux, entre autres : un calice d'argent doré, deux rasub/es fournis d'aubes , amys et paremens , un. missel escript de la main, et des rentes constituées en 1 4 9 \ et 1 4 9A pour le salut et remède de son ame , et de celle de ses amis vivans et trépassés. (3) — Ledit époux de Colette Le Cornu mourut sans postérité , en i5o2.

ii'»MC- fl Oê • I • ' f

(1) Archives des tabellions de Rouen.

(2) Arrimes des Tabellions de Rouen.

(3) Archives des Tabel. de Rouen, et pièces de la fabrique de l'église Saint-Martin-du-Pont, V Archives départementales ) , etc.

Roger Le Lia a r . le cadet [ peut-être avec peu dtt fortune, paraît avoir dérogé, puisqu'on le trouve, dans un Bote de lois de i5o3 , désigné comme marchand , en son vivant, à Paris. Tout ce qu'on sait de lui , c'est qu'il eut sept enfants : Pierre, Jacques, Jehan , Mathieu , Rohert , Rogier et Germain , la plupart cités a différentes époques , avec divers titres et qualifications; il serait superflu de nous en occ uper.

Mais Rohert Le Lieur, l'aîné des deux frères dont nous venons de parler, noble homme , avocat du Roi au bailliage de Rouen . après avoir fourni une carrière honorable comme magistrat et comme citoyen , mourut, le ib décembre 1.S01 , avec le titre de conseiller du Roi et de son premier avocat en Normandie, laissant, pour veuve, Jehanne Bonté, dame de Bresmetot , et. de son mariage avec elle , deux fils , dont l'aîné , le seul qui doive nous intéresser ici , était notre Jacques Le Lieur, auteur du manuscrit des Fontaines, désigné d'abord par le seul titre de seigneur de Sidetot. Mais, après 1.S02, lorsqu'il eut hérité de son père Robert et de son onc le Jacques , mort sans enfants, il s intitule sieur de Bresmetot et du Bosc- Benard -Commin , secrétaire et

notaire du roi. Il figure comme conseiller de ville , échevin , dès i5i7 ; on le trouve encore, avec la même qualité', en 1 5 18, en i52o,en i52^, en i526, en 1 54 1 ; et, en 1542, en l'absence du bailli et du lieutenant, il fut obligé de présider l'assemblée générale de la ville.

Il avait épousé demoiselle Jehanne Osmont, dont il eut deux enfants : François Le Lieur, chanoine de Rouen, et Antoine Le Lieur, sans doute l'aîné, qualifié, dans un acte de 1 57 1 , de seigneur de Bresmetot du Bosc-Benard, et, de plus, d'Ouville l'Abbaye, et qui, selon Farin, fut élu député pour la noblesse, aux Etats de Normandie , le 14 novembre i55o. Enfin , un acte du 12 août 1.571 nous révelle que ce dernier eut une fille qui fut mariée à noble homme François de Pardieu , baron de Balingen et sieur de Bondeville. ( i )

Quoique nous n'ayons pas la date précise de la mort de Jacques Le Lieur , il est probable qu'elle eut lieu vers i55o. Car, dans une sentence rendue à la vicomte de Rouen , en février i55o, un de ses fils , le chanoine ,

(I) Farin cite un Robert <lc l'ardieu, Chevalier, Meur île MamHte et de Montelmuri;, mort en I'i78, inhume avec Anne Du Sel, sa femme, dans un tombeau, en I Valise du prieure d'Ouville, t. 11, p. 5t:>.

agissant de concert avec les trésoriers de l'église Saint- Martin-du-Pont, se dit fils et héritier pour une pari, de maître Jacques Le Lieur(i).

Là, se borne tout ce qu'il a été possible de recueillir sur la généalogie de l'auteur du Livre des Fontaines, sur ses ascendants et ses descendants. Depuis le xni'sièi l< jusques à la moitié du XVir , époque où nous perdons à peu près la trace de la famille, soit parce qu elle s est insensiblement éteinte, soit parce qu'elle a cbangé de localité, et qu il faudrait chercher ailleurs, ce qui, du reste , dépasserait inutilement les limites que doit avoir cette notice, consacrée seulement au principal personnage pour nous , notre honorable échevin.

Honorable, disons- nous, par sa famille, que nous avons vue , dans le principe, légitimement anoblie pour ses loyaux et réels services, noblesse de bon aloi, plusieurs l ois, depuis, confirmée; honorable par ses qualités personnelles,par la justice et la droiture de son cœur, si bien e\ primées en la devise qu'il avait adoptée et à laquelle il fut toujours fidèle; honorable par les fonctions qui lui

(I) PSèCtS de U fabrique de l'église de St-Martin-du Pont. (Archives départementales.)

— XXXVIU —

furent confiées, fonctions si difficiles en ces temps, que, suivant l'expression d'un de nos historiens( i ), les magistrats qui les exerçaient, méritaient le titre de véritables pères delà patrie; honorable enfin par ses connaissances, son esprit et ses talents dont il fait preuve dans ses œuvres; œuvres de plusieurs sortes , car , si dans le manuscrit des Fontaines , exécuté de sa propre main {voy. ci-dessus, p. i5et 17), il s'est montré habile calligraphe, historien précis, géomètre exact, dessinateur habile pour son temps, il fut encore poète et bel esprit. Il remporta plus d'une palme dans ces jeux à la fois pieux et littéraires, précurseurs de nos académies , et qu'on appelait lesPalinods ou Puys, établis en l'honneur de la Vierge, principalement à Rouen et dans quelques églises de Normandie (2). Mais, sur ce point, comme surtout le reste, malgré son incontestable mérite, les biographes ont pris peu de soin de sa renommée. L'un, comme La Croix du Maine , le désigne sous le nom défiguré de

(I) Farin, t. 1, p. I6f .

(1) Voy. Farin, t. 11 , p. 1 12, ëdit. de 1710 ; la notice de M. Kallin , dans le mémoire de 1 Académie de Rouen, 1834, etc., publiée à part sous le titre de Notice historique sur les Palinods, N. Pcriaux, 1834.

Le Lièvre , et ne lui accorde , pour tout bagage poétique, qu'un seul chant royal: double erreur, qui a été rectifiée par Lamonaye. Un second, l'abbé Goujrt . dans sa Bibliothèque française, t. n , p. 352, après avoir parlé des œuvres d'un antre poêle, qui sont perdues, ajoute avec un superbe dédain : « Celles de » Jacques Le Lieur ont eu le même sort, et, sans doute, » on s'en consolera sans peine. * Les autres ou iront pas jugé à propos d'en parler, ou ne l'ont même pasconnu.

Un seul, cependant , J. Bonchet , auteur contempo rain , procureur faute de fortune , mais poète par nature et par goût , fort apprécié de son temps, nous a laissé, dans ses Epitres familières, quelques fragments de correspondance littéraire entre lui et notre Jacqi es ÏSt LlEUK, dans laquelle tous deux font échange de courtoisie et d'estime réciproques. Bouchet remercie d'abord celui-ci , en termes fort gracieux, de l'envoi qu'il avait reçu de trois chants royaux, trois ballades et trois rondeaux.

<É>races te reus ï>it-il ) o poète sucré... IHu granfc Ijonneur que tu m'as einparti (Duunt ï>e tes fluers un peu mas Reparti

— Se —

due jai reçu t>t lamaiti non peint rnoe

P'un tien amp lequel uacqttc a lestuoe

(En celle utile on il est escolier

(Et m'a montré en lettre ïie créance

Pour m'inciter oe foire pourucance

JDnn c!)ant "Houal ï>c mon stple petit

3t ne sanrop por quelconque moleste

jDe mou esprit ï»e ton stple approcher

lie si les rieur en matière toncrjer

Comme tu as, et comme ont au semblable

Uenc après toi ïie sauoir aomirable

(Ce sont messienr ^Ijibanlt (1) dCrianon (2) aussi

<£>ranï>s orateurs uoirc parfaits sons si etc.

( Epilrr 98. )

On voit par ces vers de Boucliet, que Le LlEUR l'avait invité à composer un chant royal pour les Palinods de Rouen, et que celui-là refuse avec beaucoup de modestie. Lé LïEUR (Epifre 99 ) insiste et lui dit :

frai est que bien autant auois oenoie due tant VI)onncur tu feisses our suppôts

(1) Le comte Thibaut, disent d'anciennes chroniques, fist les plus belles , les plus déli-

lables et mélodieuses chansons qui furent oneques oyes.

(2) Poète français, né à Dieppe , remporta plusieurs prix de poésie.

Page 1