N" 3. SAINT-ÉTIENNE-DES-TONNELIERS
Le nombre des Tonneliers qui habitaient cette paroisse à cause de la proximité du port, fit, dés l'origine , donner à l'église où ils avaient établi une Confrérie, le nom de Saint-Étiennc-des-Toiineliers. Elle existait du temps de Guillaume-le-Conquérant , et est citée dans une bulle de 1244. L'édifice dont le dessin est ci-joint , N° 3 , et qui existe encore en partie, mais bien défiguré , fut bâti par portion et successivement aux fraisd'un grand nombre de particuliers, dontFarin, dans son Histoire de Rouen , nous a conservé les noms, t. n, p. 300. Le Chœur, la Chapelle de la Vierge et une partie des sous-ailes, datent de la fin du xve siècle; le portail , de 1517. La tour n'existait point encore en 1525 , car elle n'est pas figurée sur le dessin de Le Lieur : la dédicace ne fut faite qu'en 1533.
Cette église possédait d'assez beaux vitraux qui ont été transportés, en 1821 , dans l'église Saint-Romain , au faubourg Bouvreuil , ainsi qu'un chef-d'œuvre de boiserie sculpté qui servait de couvercle à des fonds-baptismaux exécutés en 1500.
(fi^lisc Des (fiirîif lirrs.
Ces Corîifltcrô.
es religieux Cordeliers furent appelés à Rouen en 1228; un sieur Geoffroi de Quèvreville, chanoine de la Cathédrale , fit don , pour les loger , des maisons qu'il possédait au clos Saint-Marc , en ta paroisse Saint-Maclou , où ils improvisèrent une petite chapelle qui suffit long-temps à la célébration de leurs offices. L'archevêque Odon Rigaud , qui était de leur ordre, employa tout son crédit pour leur procurer un emplacement plus convenable, et ces moines furent transférés, en 1246, en un lieu appelé le Donjon, où l'on voyait encore des restes du château bâti par le duc Rollon , et qui , devenu la propriété de divers particuliers , fut cédé pour le nouvel établissement des Cordeliers; mais ils n'y furent , cependant , installés définitivement qu'en 1249. On construisit l'église et les édifices conventuels en 1254, et, en 1261 , l'évêque Odon Rigaud consacra leur église.
Le roi saint Louis et les rois ses successeurs firent de grands dons , et accordèrent de grandes faveurs à cette maison, qui fut encore embellie par beaucoup d'autres bienfaiteurs à diverses époques. En 1580, l'ancien clocher, figuré ici sur le dessin du Livre des Fontaines, tombait en ruine: il fut reconstruit en bois, revêtu de plomb
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d'une manière assez élégante, avec du bois pris dans la forêt de La Londe , aux frais du propriétaire de cette forêt , et dont les ancêtres avaient eux-mêmes contribué à la fondation de ce monastère.
On remarquait dans cette église de beaux vitraux , des tableaux nombreux, un orgue construit en 1618, un jubé de 1413, remplacé en 1558 par deux chapelles ; un riche contre-retable à colonnes de marbre , ouvrage du xvme siècle ( 1 ) ; enfin , les galeries du cloître étaient fort estimées. Les religieux y firent long-temps des prédications périodiques, qui attiraient un grand concours d'hommes et de femmes; mais quelques abus firent réformer cet usage, et les prédications n'eurent plus lieu que dans l'église (2).
Après la suppression de la communauté des Cordeliers , en 1793, leur couvent a été divisé en diverses propriétés particulières ; l'église fut démolie, et une rue appelée la Nationale , percée vers l'an 1794 . coupe en deux le terrain que ce monument occupait.
(1) Exécute on partie aux frais des juges consuls delà ville par un nommé Derruisscaux, architecte et sculpteur ; il est aujourd'hui placé dans le chœur de l'église Saint-Vivien.
(2) 11 parait néanmoins qu'on laissa suhsister l'usage d'ouvrir ce cloître au public et aux feinnies connue promenade , puisque c'était encore , dans ces derniers temps, le renihvtous ordinaire des bonnes d'enfants. Description des Maisons de Rouen , par M. De la Quéricre, t. Tr, p. 163.
Cgliôc Satnt=ittartin-Î>u4)nnt.
\ a\ r que le lit de la Seine ait été successivement rétréci et contenu dans ses limites actuelles, les eaux de la rivière s'étendaient presque jusqu'à la Cathédrale , et, dans cet espace, il existait un îlot formé de l'union de quelques roches, et que, pour cela, oq appelait là Roquette, OU petite Roche. C'est près de cet îlot, sur lequel existait déjà une église bâtie en bois, sous La vocable de Saint- Martin, que, dit le chroniqueur Dudon , Rollon attacha ses vaisseaux lorsqu'il se fut emparé de la ville de Rouen (1 ).
L'église portait, dès l'origine, le nom de Saint-Martin- de- la- Roquette, et même long-temps encore après que le rocher sur lequel elle était bâtie fut réuni à la ville et incorporé dans les attérissements qu'on appelait les terres neuves. Mais, lors de l'établissement du Pont de Pierre , bâti par la Teine Mathilde , on la désigna sous le titre de Saint-Martin-du-Pont.
Au xvc siècle , la famille des Le Lieur(2) et celle des Alorges possédaient presqu'en totalité le territoire de cette paroisse, qu'ils tenaient de la libéralité des ducs de Normandie , et c'est à ces deux
(1) Porta cui innexaest ecclcsia S. Martini naves adhœsit.
(2) C'est de cette famille qu'est sorti Jacques Le Liei/r, auteur du Livre des Fontaines. Voyeas notre Notice sur la vie et les ouvrages de Le Lieiir, ci-avant, Préliminaire, p. 51, etc.
familles que l'on doit la réédification de l'église, exécutée par parties à diverses époques. Plusieurs actes, conservés aux Archives départementales, font connaître les dons considérables et les largesses de toutes sortes dont elles favorisèrent cette église. Sa structure élégante était surtout remarquable par un porche en saillie , décoré de figures et de pendentifs , et par le charmant clocher en charpente et plomb, élevé sur les dessins de Robert Bequet, qui, quelques temps après, selon toute apparence , construisait la flèche de la Cathédrale , iucendiée en 1822 par le feu du ciel. (1) (Voy. ci-après, la Notice sur Notre- Dame. )
Le dessin de Le Lieur est ici assez correct; il nous donne seul une idée à peu près complète de l'élégance de ce clocher, qui était en ruine vers l'an 1720 , et fut remplacé par un clocher beaucoup moins beau en bois et ardoise , construit par l'architecte Defrance , et qui était terminé en 1737 (2 ).
L'église Saint-Martin-du-Pont a entièrement disparu ; il n'en reste aucuns vestiges.
(1) C'est par erreur que Farta et les historiens qui l'ont copié donnent au clocher de Saint-Martin la date de 1544 , puisqu'il est représenté sur les plans du Livre des Fontaines, faits en 1525.
(2) On conserve , aux Archives départementales, toutes les pièces relatives à la démolition de l'ancien clocher et à la construction du nouveau : délibérations , devis , plans, affiches, procès-verbal d'adjudication , comptes, etc. La démolition du vieux clocher produisit, tout déchet déduit , 50,139 livres de vieux plomb , qui , vendu à raison de 22 liv. le cent , donna la somme de 11,030 liv. Il sous 3 deniers , plus 98 liv. pour le vieux fer; les frais s'élevèrent , tout compris , à 7,083 liv., dans lesquels figurent : à Besogne , imprimeur, pour cent affiches d'une très grande dimension , 30 liv.; à la Viconité , pour pesage de vieux plomb, 48 liv. 4 sous G deniers; à l'architecte, 300 livres; à un arpenteur, pour copie de plans , 15 liv., etc.
Ces ?luflu$thiô.
n 1309, les religieux \ugustins furent établis à Rouen par Philippe-le-Bcl , d'abord hors la ville, sur le monl Biborel , où ils se trouvèrenl bientôt trop à l'étroit et trop éloignés : mais on les mit plus tard en possession de quelques bâtiments situés rue Malpalu , et faisant partie d'un ancien couvent de l'ordre des frères de la Pénitence , dit aussi des Sachets ( 1 ) , qui s'était éteint à Rouen , et où il ne restait plus qu'un seul moine.
En 1435, leur église fut agrandie, et le clocher construit aux frais d'un bourgeois de la ville , nommé Denis Langlois. Le portail que nous offre le dessin de Le Lieur , fut masqué, vers la fin du xvne siècle, par un portail moderne à colonnes; style romain fort peu en harmonie avec le reste.
Dans les guerres de religion , les Calvinistes s'emparèrent de tout ce qu'ils trouvèrent à leur convenance dans l'église et le couvent , brûlèrent le reste , et ne laissèrent subsister que les gros murs.
(I) Parce que leur costume consistait en une espèce de sac de toile hleue.
Depuis La suppression des maisons religieuses en France, les bâtiments claustraux du couvent des Augustins ont été changés en diverses maisons particulières d'habitation , et l'église, gui existe encore, convertie en magasin.
On doit regretter les vitres peintes, qui étaient estimées, et qui ont été en grande partie brisées.