‹ Les principaux edifices de la ville de Rouen en 1525, dessinés à cette époque sur les plans d'un livre manuscrit conservé aux Archives de la ville, appelé Le livre des fontaines;Chapitre 33 sur 37 · N 2. ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE LA RONDE · texte numérisé non relu

N 2. ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE LA RONDE

On n'a point de documents précis sur l'origine véritable de l'église de Notre-Dame de la Ronde , origine qui parait très reculée. Son surnom de la Ronde vient de ce que son clocher avait la forme peu ordinaire d'une tour ronde , surmontée d'un cône sphérique en pierre; c'est comme si on eût dit, pour la distinguer des autres églises qui s'appelaient aussi Notre-Dame : l'église Notre-Dame , celle qui a une Tour ronde, et, par abréviation : Notre-Dame de la Ronde. Celte tour, probablement un reste de la primitive ou d'une des primitives églises, était de style roman en appareil carré et d'échantillon , avec des ouvertures à plein-cintre. Notre-Dame de la Ronde avait été à peu près rebâtie en entier, et augmentée en 1490. Le portail , orné de bas-reliefs représentant la mort de la Vierge et son Assomption , fut commencé en 1532, et terminé en 1537. En 1088, on plaça, dans le chœur, un fort bel autel en forme de colonnade , surmonté d'un baldaquin ; le tout en marbre précieux , enrichi de sculptures cl de dorures , sur les dessins de Millet des Ruisseaux , architecte. Enfin, en place d'un aigle , qui forme ordinairement le lutrin , c'était un ange d'un travail curieux.

On voit, en avant du portail , dans le dessin de Le Lieur, un petit monument pyramidal, délicatement travaillé , qui doit être une croix ou une fontaine , et sur lequel nous n'avons aucuns renseignements.

Cette église , qui occupait une partie de la rue Thouret actuelle , a été entièrement rasée.

CL n ti r h l'iliurlnur.

Ca îaur îic l'horloge.

a date de cette tour est très clairement indiquée dans une inscription gravée sur une plaque de cui- \ re ; et placée au bas de l'escalier. On y lit : « En l'an de l'incarnation de Notre-Seigneur , 1389 , tu commence cest berfroy , et es ans ensuivans jusqu'à l'an 1398 , qu'il fu fait et parfait.» Cette tour du Beffroi était attenante alors à une des portes de la ville, qu'on appelait la porte Massacre , et qui déjà , du temps de Le Lielr , n'était plus qu'une simple arcade, sur laquelle on avait élevé la chambre de l'Horloge, c'est-à-dire le lieu où l'on avait placé le mécanisme de l'horloge de la ville, appelée le Gros ou la Grosse-Horloge (1), parce que c'était la principale, et celle sur laquelle on réglait les autres. La première horloge, ou horloge publique , fut faite à Paris, et placée dans la tour du palais , sous le règne de Charles VI , qui lit venir d'Allemagne un nommé Henri Le Vie , qui était logé dans la tour même , et recevait dix sous parisis par jour pour son salaire (à peu près 20 fr. de notre monnaie). Ce fut à l'imitation de celle-là , que plusieurs villes de France en firent établir de semblables. On ne sait pas au juste à quelle époque fut faite celle de Rouen, mais elle existait en 1409.

Le beffroi , en terme de fortification , est une tour élevée sur laquelle on faisait le guet pour avertir de l'approche de l'ennemi , ou

(I) Dans l'ancien temps, on disait ^ro.v-Horlogc , mais l'Académie a décide que le mot horloge était du genre féminin.

signaler quelqu' autre événement. Dans la suite, on substitua, aux cris des sentinelles , une cloche dont le son s'entendait mieux et de plus loin , et qu'on nommait la cloche banale; elle servait et sert encore pour annoncer l'heure du couvre-feu, des assemblées et des réjouissances publiques, etc.

Nous savons qu'il doit y avoir de curieuses choses à dire sur la tour du Beffroi de Rouen , sur le clocher et sur son horloge. Mais la brièveté obligée de nos notices , et le peu de temps dont nous pouvons disposer pour réunir de nombreux documents, ne nous auraient à peine permis d'effleurer le sujet. Nous apprenons , d'ailleurs, que M. Richard, conservateur des Archives communales, nous a devancé, et se propose de publier, sous peu , un ouvrage spécial sur Le Beffroi de Rouen. Nous n'avons donc pas dû consigner ici quelques récits incomplets , et anticiper ainsi infructueusement sur l'intéressante publication qui nous est promise.

En comparant l'état actuel du Beffroi de Rouen , et de l'arcade si riche de sculpture et si pittoresque qui sert de tribune à l'horloge, il est facile de juger que le tout a subi d'importantes modifications depuis l'époque de l'honorable êchevin à qui nous devons les dessins que nous reproduisons. Le dôme et la campanule qui terminent aujourd'hui la tour, datent du xvuc siècle . et ce n'est qu'en 1527 que l'arcade a été reconstruite avec cette abondance de décors qui caractérise le style du règne de François I" .

On remarque, dans le dessin, au pied de la tour, une petite fontaine gothique pyramidale , remplacée depuis par une autre élevée en 1732. Nous en parlerons ci-après, dans notre notice sur les fontaines.

auteur du Livre des Fontaines nous a transmis le dessin de deux façades du Palais : mais toujours suivant invariablement les lignes du cours souterrain des fontaines , il n'a eu, ni l'occasion , ni la volonté de nous conserver un dessin de la façade la plus remarquable.

La première planche ( n° 38 ) , nous offre une vue latérale ( côté de l'ouest ou du Marché-Neuf) de la grande salle , bâtie , d'abord , vers l'an 1502, pour servir de salle commune aux marchands et gens d'affaires , et qui , depuis , devenue le portique ou le porche du temple de la Justice et de la Cour du Parlement, reçut le nom êpigrammatique de salle des Pas-Perdus $ ou salle des Procureurs. Dans cette vue, diverses constructions accessoires irrégulières et des boutiques nous cachent la structure de cet édifice, que l'on reconnaît, toutefois, à sa haute toiture et aux tourelles pyramidales qui accompagnent les pignons.

La deuxième vue ( planche n° 39 ), est la façade construite à partir de la susdite salle commune, en retour d'équerre sur la rue Sainl- Lô, de l'édifice élevé par l'ordre du roi Louis XII, pour la tenue des

séances du Parlement de Normandie, qu'il venait de rendre sédentaire à Rouen , en place de l'Échiquier ambulatoire. Ici , nous l'avouerons, quelqu indulgence qu'on accorde à 'l'incorrection des dessins de notre estimable Échevin, il est impossible d'y reconnaître en aucun point la structure de l'édifice actuel , ni d'expliquer à quelle cause on puisse attribuer cette différence; car, le palais du Parlement, commencé au plus tard en 1505, était assurément terminé eii 1525, époque de l'exécution du livre de Jacques Le Lieur. D'un autre côté, malgré les incorrections réelles des dessins, la masse des édifices et l'aspect général y sont assez fidèlement rendus, et nous devons croire que l'auteur dessinait ce qu'il voyait. Nous sommes donc dans l'impossibilité de justifier cette différence.

On manque de documents précis sur les véritables époques de la construction du Palais de Justice de Rouen , sur la durée des travaux, le prix delà main d'oeuvre et des matériaux , et sur le nom de l'architecte ou des architectes qui ont conçu et conduit l'entreprise. Deux noms apparaissent dans quelques registres et livres de comptes de l'Hôtel-de-Ville , Roger Ango et Rouland Leroux, mais ils n'ont aucuns titres ni qualifications bien déterminés. On y trouve aussi quelques délibérations et la mention de quelques faits curieux , mais isolés et insuffisants pour bien faire connaître toutes les particularités intéressantes qui doivent se rattacher à la création de ce m< uniment. Deshommes laborieux et zélés nous ont, en différentes occasions, transmis leurs recherches sur ce sujet; nous y renvoyons le lecteur(l).

(1) Voyez les dissertations et les rapports de M. Ach. Deville, Précis analytique des travaux de V Académie de Rouen, année 18î0; Histoire du Parlement , par Floqoet; Frère, 184;i; Notice sur le Palais de Justice de Rouen, par M. de Stabenratli ; Rouen , Edet, 1 843, etc., etc.

Espérons que de nouvelles recherches plus étendues pourront être plus fructueuses; car il est désolant de n'avoir souvent à constater, dans les récits historiques , que l'inconcevable indifférence de presque tous les temps pour la conservation des faits qui appartiennent à l'existence de nos monuments, œuvres si importantes cependant, à la gloire des citoyens qui les ont commandées et des artistes qui les ont exécutées.

La partie principale du Palais de Justice de Rouen , celle qui renfermait la Grande Chambre du Parlement, aujourd'hui la salle des Assises, et la Chambre du Conseil, maintenant divisée eu diverses pièces; cette partie principale, disons-nous, qui doit être considérée isolément et comme un tout parfaitement complet, ne peut, sous le rapport du style, être comparée à aucun édifice connu , non seulement en France, mais, nous osons ajouter, en Europe. Elle n'a même aucune analogie avec les édifices de l'époque ; c'est une création unique et neuve dans son ensemble comme dans son ornementation ; type qui n'a point eu de précédent, qui n'a point eu de copie , et , sous ce rapport, c'est le monument le plus curieux qui existe, celui qu'il était le plus nécessaire et le plus important de conserver I . Honneur donc et reconnaissance au Conseil général du département, qui,

(I) Il m- faut pas confondre cette opinion, qui nous est particulière , que nous émettons le premier, et qui ne peut pas, à ce que nous croyons, être sérieusement réfutée, avec les éloges banaux qu'on a prodigues à ce monument. L'archéologue n'a point à s'occuper 4e la question d'art; il ne peut être juge du beau, du bon ou du mauvais, choses trop arbitraires et trop controvcrsablcs en soi; sa mission est de constater les faits, d'apprécier le mérite relatif des monuments et non le mérite absolu, en un mot de se renfermer dans la sévérité des lois de la science et de l'histoire, et non de donner carrière à ses impression* personnelles.

en 1836, a voté sa restauration , et voulu que, taisant disparaître les outrages récents, non du temps, niais de l'ignorance et du mauvais vouloir des hommes, ce palais fût, non pas achevé, car rien ne lui avait manqué, mais rétabli dans sa splendeur primitive , ce qui vient d'être exécuté (1).

Quant à la salle des Procureurs et aux autres parties accessoires du Palais de Justice, nous avons à regretter les déplorables et nombreuses mutilations volontaires dont elles ont été l'objet, non moins que les changements et les additions , qui sont autant d'infractions aux lois architecturales du temps , de déceptions pour l'histoire , d'inconvenances locales, et sont, archéologiquement parlant, autant d'attentats au respect qu'on devait, non pas seulement à un beau monument, mais à une relique sacrée, à une belle page historique, qu'on a pris à tâche de défigurer par d'ignobles ratures et de ridicules surcharge.

Nous sentons que nos allégations ont besoin d'être justifiées et appuyées sur des raisons incontestables ; c'est ce que nous nous proposons de faire en temps et lieu , dans une publication spéciale.

(I) D'une manière satisfaisante, sauf quelques légères rritiqo.es de détail.

Itùuiftna Oifirrs It Uoum

L i'iiiltl î»n SmtileTrutàr

ifc 5 (Ffitrruui, (Bureau des Ptnaricej)

f'ijôtcl îm flourjtljfrouUif. — £ ce ©mfraur.

Page 1