‹ Les principes au XIXe siècleChapitre 1 sur 11 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

être puissante et prospère si Théritier des Bourbons ne remonte sur le trône. En vain vous objecterez que les Bourbons et le principe qu'ils représentent ont porté la décadence dans tous les lieux où ils ont régné, en vain vous invoquerez la logique et les faits pour démontrer que la monarchie rétablie en France serait suivie d'une révolution, vous recueillerez des déclamations et rien de plus. Écoutez les sectateurs de Tempire ! A les entendre, il n'y a de richesse et de gloire possibles que sousja main tutélaire d'un Bonaparte. En vain vous rappellerez les hontes de 1814, 1815 et 1870, en vain voiis prou^ verez que le césarisme est à la démocratie ce que la pro&titution est au mariage, Tassurance dds boû>apartistes n'en sera pas abattue. Ils savent que le goût de^ la servitude, la curée des places et l'espoir des spéculations faciles leur assurent de nombreux complices. Mais le grand danger n'est ni dans la faction royaliste, ni dans la faction bonapartiste : il est dans la secte qui se tient prête à sacrifier la France au Vatican.

Plus d'un lecteur va sourire, car il est dans

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le caractère français de ne pas voir le péril qui approche et de se mettre en défense quand il est trop tard pour résister. Mais, dussionsnous jouer le rôle ingrat de Cassandre, notre devoir est de signaler les malheurs qui suivent partout et toujours la prépondérance cléricale. Constatons, en premier lieu, la po^ sition prise au sein de la catholicité, par Tordra des jésuites. Il domine le pape, il a dirigé le dernier concile, il dispose de Tordination et permet Taccès des dignités ecclésiastiques à ses seuls adhérents. En France, il a détruit rÉglise gallicane dont on cherche en vain les vestiges, si bien qu'il n'y a évoque ou curé capable de lui résister. Mille faits récents montrent que les ministres, les généraux, les magistrats et les fonctionnaires de tout ordre ne lui résistent qu'au dé Wment de leur carrière : aussi est-il en mesure d'écraser partout ses ennemis et de protéger partout ses amis. Chaque jour marque une de ses victoires.

Après s-'étre glissé timidement dans Tinstruction primaire, il a envahi rinstruction secondaire et vient de conquérir l'instruction supérieure. Désormais il façonnera les jeunes

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générations à sa guise et refera les destinées du pays. Or, si l'on veut connaître ces des« tinées, il faat étudier dans l'histoire le sort* des contrées dirigées par les jésuites. Sous Ferdinand H, leur élève et leur pénitent, la Bohême, naguère si vivante et si peuplée, devient un monceau de ruines et un désert ; la Silésie est couverte de sang et de feu.

Jean III et Sébastien mettent fin à la prospérité du Portugal en suivant leurs conseils, de même que la prospérité de l'Espagne disparaît sans retour, par suite de l'ascendant qu'ils prennent sur Philippe IL Qui ne connaît les maux qu'ils imposèrent aux Pajs-Bas ! la part qu'ils prirent, en France, dans les guerres de la Ligue I les calamités qu'ils accumulèrent sur la seconde période du règne de Louis XIV I En provoquant la révocation de l'édit de Nantes et les persécutions consécutives, ils ouvrirent au cœur du pays une plaie qui n'est pas encore cicatrisée. De nos jours, on les vit pousser Charles X à la publication des ordonnances qui devaient provoquer sa chute, enfin se servir de la femme de Napoléon III pour transformer la France en instru-

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ment de leurs projets. Il fallait, du même coup, écraser l'hérésie dont le foyer est eu AUemagflbe et écraser la libre pensée» dont le foyer ont en France. On avait une armée, on dressa des listes do proscription en attendant que la victoire fournit les moyens de proscrire. Cette victoire était cer.taine, Dieu la promettait et TEspagaole qui dirigeait le pays voulut avoir sa guerre . pour ceindre ses cheveux blonds d'une couronne de lauriers. La France fut écrasée, pendant que la compagnie de Jésus, dont le sort est de se hausser sur les ruines, sortait triomphante de l'épreuvQ.

Une aatre victime des jésuites est le pape Pie IX, qu'ils prétendent servir et protéger. Dès qu'il subit leur domination, tout lui vient à mal. Ceux qu'il aime et béoit tombent dans l'inforUine ; ceux qu'il haït et excommunie sont au faite de la prospérité. Il donne mille témoignages d'affection à lia famille de Naples, elle perd son tr6ne et vit tristement en exil ; il envoie la rose d'or à la reine d'Espagne, elle perd son trône et vit en exil ; il envoie la rose d'or à l'impérati^iQe Eugénie, elle perd ^» trô^e ^t vit en owlj il bénit les armes de

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la France qui lutte contre les hérétiques, et la France est outrageusement vaincue ; il institue un concile pour raffermir la religion, et en prépare la ruine en la mettant en contradiction avec la civilisation moderne, il perd enfin les États de TÉglise, et assiste du haut du Vatican aux ovations que ses anciens sujets prodiguent à Victor-Emmanuel, l'excommunié, et à Garibaldi, le libre penseur.

En voyant ainsi le jésuite blesser partout le sein qui le réchauffe, briser les instruments qu'il emploie et bénéficier des maux qu'il produit, certains croient reconnaître le signe de la malédiction divine. Mais sans faire intervenir la main de la divinité, il est dans la nature des choses que nul ne désorganise les forces sans préparer la défaite, et gu'un corps institué pour détruire bénéficie de la destruction. Les Lettres provinciales et les pages indignées de l'honnête Pascal montrent comment, à l'aide de la casuistique, se détruit dans le cœur humain le sentiment de la moralité.

La simple logique suffît pour indiquer comment les souteneurs de la souveraineté tem- 'porelle et spirituelle détruisent la notion de

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droity de justice, de liberté, ainsi que les forces qui en dérivent. Enfin, on ne saurait rencontrer des intelligences fermes et étendues où la doctrine du miracle subordonne les forces immuables de la nature à Tinteryention d'une médaille ou d'une relique. Or, lorsque la morale, le droit, la justice et la liberté sont faussés dans l'homme, il reste un être médiocre, hypocrite et dissolu.

Au temps où la noblesse française aimait le droit et la liberté, un sang généreux et chaud produisait les Montesquieu, les Buffbn, les Lafayétte, les Mirabeau, les Gondorcet et cent autres. Au temps où le clergé savait défendre les libertés de l'Église gallicane et repoussait avec dédain les doctrines ultramontaines, il produisait les Gondillac, lesMably,lesSiéjôs, les Hauy, les Grégoire. Au temps où les mi* litaires s'honoraient d'étro les fils de la libre pensée, on voyait surgir les Kléber, les Hoche, les Marceau, les Masséna et toute une pléiade de grands capitaines. Cherchez, à cette heure, chez les privilégiés de la naissance et de la fortune, qui sortent des écoles du jésuite ; cherchez dans le clergé devenu Ultramontain,

vui nLÉafÂCE.

oherobez parmi les militaires qui s'honorent de prononcer des homélies ; et quand vous songerez qu'avec des êtres si débiles la France devra soutenir sa lutte suprême pour Texis*tence, vous serez pris d'une amère tristesse ! Le spectacle des assemblées et des pouvoirs qui dirigent le pays ne sera pas fait pour vous consoler. Là, encore, Tadepte du jésuite est passé maître pour nouer et conduire une intrigue, pour traiter les questions par le petit côté, pour trouver les petites solutions, pour mettre enjeu les petites passions, pour distinguer, diviser, différer, embrouiller et faire triompher partout le médiocre.

Plus nous irons et plus s'accroîtront les in* telUgen<^s fauss>ées par laeonfession de Tabs.urde, les raisons faussées par l'enseignement du déraisonnable, les sentiinents faussés par l'espionnage et la défiance du prochain, les volontés brisées piir la répression de tous les instincts d'indépendance, les consciences altérées ^ar les fraudes pieuses, les caractères minés par une hypocrisie savante, les courages.amoUis par la peur de l'enfer et la crainte. 4es ohfttijmeai^s acçultas^ en^Q \^ égoj[si|[^es

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