PRÉFACE. *IX
destracteurs de tonte générosité. Le sort qui fut imposé à la Romagne, aux Deux-Siciles^ à l'Espagne et au Portugal, deviendra le sort de la France qui, après avoir conduit les peuples, devra prendre rang à leur suite. Quand nous signalons le danger qui nous menace, nul ne doit nous taxer d'exagération. Est-ce que les représentants de la France n^ont pas voté récemment l'érection, sur les hauteurs de Montmartre, de l'église du Sacré-CSœur? Estce que cette basilique, vouée à un viscère, ne va pas dominer de toute sa hauteur la ville de la libre pensée? Est-ce que cette humilia^ tion, subie souS la risée de l'Europe, a été réprimée ou même ressentie? Est-ce que la littérature ne s'abaisse pas de jour en jour? Est-ce que le génie n'émigre pas de notre paj9? Est-ce que dans les sommités sociales il reste trace des sentiments généreux qui faisaie^it dire à Jefferson que tout homme a deux patries ; la sienne d'abord et la France ensuite? Est-ce que la pensée n'est pas oppri^ mée chez nous plus que dans le reste de l'Europe? Est-ce que nous pouvons nous assembleri parler et écrire sans redouter la prison?
^ • PBBFACB.
Le mal est grand, mais l'homme qui veut la prospérité de sa patrie ne doit jamais désespérer. Ajoutons que la France entière n'est pas frappée de la paralysie cléricale. Elle renferme des hommes de tête et de cœur, elle garde surtout un reste de bon sens gaulois qui lui est venu en aide en plus d'une circonstance. Ce bon sens, devant une régression habile, propage le doute, cher à Descartes, coD(ime le prédécesseur de la vraie connaissance; le doute propage l'ironie devant des superstitions d'un autre âge et ne désarme que devant la seule puissance incapable de tromper ou de persécuter; nous avons nommé la science. Les déçus de toute espèce font le bilan de cette mère de vérité. Us comparent les moteurs à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques et les produits de la chimie qui en ■ j^ont les miracles, aux miracles de Lourdes et de 1;^ Saléttc, bons, tout au plus^ à diminuer la clientèle des somnambules ; puis ils prononc^at sur les mérites du principe théologique et du principe scientifique. Ce dernier, quand il eii^çigne, démontre et prouve, triomphe du scepti<)iame le plus obstiné. Il triompherait
des méfaits de la réaction s'il était en mesnre d'armer les démocrates de sa toute-puissance |
La science nouvelle, la sociologie, qui doit mettre fin aux barbaries léguées par le passé, est-elle donc au-dessus des efforts du xix^siè'cle ? Les hommes qui ont montré tant de sa* gacité pour recueillir, classer et généraliser les faits physiques, chimiques et biologiques, 8ont*ils donc incapables d'opérer dé même pour les faits qui concernent la yie sociale? Nous ne le pensons pas. G* est même pour dé* i montrer la possibilité d*une sociologie que cet opuscule est écrit.
Des années passeront, il est vrai, avant que les certitudes fournies par la science sociale égalent les certitudes fournies par la physique et la chimie ; mais si Tune et l'autre, à leur origine, ont servi Thumanité par les [erreurs détruites autant que par les vérités émises, pourquoi la sociologie ne ferait-elle pas de môme ? Pourquoi ne débarrasserait-elle pas le sol républicain des débris laissés par les siècles passés? Rien que cette œuvre lui mériterait le titre de bienfaitrice de l'humanité. Le temps n'est plus de miner les abus par les
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saFcaanes doat le âède de YoHaiire fot si prodigne, oa même de Cure «se déclaration de principes. En politiqae, on détroit seulement ce que l'on remplace, et nons arons à sabstitner anx dogmes tliéologiqnes un ensemble de formules fondées à la fois sur la logique et les faits. Ces formules permettront de constater ce qu'il j a de vicieux dans les institutions, et indiqueront les moyens d'arriver à la loi véritable de l'organisation sociale.