‹ LES PRINCIPES DE 1789 EN AMERIQUEChapitre 19 sur 40 · INSTRUCTION PRIMAIRE OBLIGATOIRE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PRIMAIRE OBLIGATOIRE

Instroction sapérionre.

Nous devons considérer dans Tenfant deux caractères distincts : l'enfant et le citoyen futur.

Le père doit la nourriture à son enfant; mais il ne lui doit pas moins Taliment de Tesprit : l'éducation.

Le citoyen a des droits ; mais il a aussi des devoirs. Une grave responsabilité est attachée à la transgression de ceux-ci, et il faut des lumières pour exercer ceux-là. En établissant la responsabilité pour le nonaccomplissement des devoirs , il est juste et nécessaire de donner les lumières indispensables pour l'usage du droit propre à chacun, sans qu'il soit porté atteinte au droit d'autrui, point d'origine du devoir.

Ainsi donc, le père et TÉtat sont obhgés de donner à Tenfant Tinstruction nécessaire.

Il y a dans les législations de tous les peuples civilisés une déclaration qui est un précepte : — Aucun citoyen ne peut alléguer l'ignorance des lois. Mai

ce précepte suppose que Ton a douné au citoyen les moyens indispensables pour connaître ces lois, qu on lui a enseigné, au moins, à lire, à écrire, et fait connaître les bases fondamentales de l'organisation sociale ; qu'on lui a donné, avant tout, une éducation morale.

Donner à son enfant l'éducation morale et religieuse; lui inculquer, autant que possible, les premiers rudiments de Téducation, tel est le devoir du père. Il appartient à l'État de fournir à l'enfant l'instruction primaire, en Vobligeant à la recevoir.

La (Jémocratie et le suffrage universel, qui est son expression la plus élevée, triomphent de toutes parts. Mais l'égalité ne sera pas iin fait, la liberté ne sera pas une réalité, le suffrage ne sera pas un acte délibéré et intelligent, si le citoyen n'a pas les moyens d'éclairer sa raison par les notions indispensables de l'instruction primaire.

Pour bien exercer un droit qui impose un devoir, le citoyen a droit à l'instruction primaire gratuite ; pour exiger raccorapUssement des devoirs conespondant3 aux droits, l'État est dans l'obligation de (Jonuer cette instruction gratuite, en la rendant obligatoire.

Cela ne veut pas dire qu'à côté des écoles primaires de l'État, dans ses diverses sections, ne puissent s'établir fles écoles privées. Le monopole n'est bon en rjen; mais le laUsez-fairej laissez-passer n'est pas admissible en matière d'instruction primaire.

En France, l'instruction primaire n'est pas obliga« toire, et c'est là qu'est plus grand le nombre d'en* fants et d'adultes qui ne savent ni lire ni écrire. M. Jules Simon dit qu'en France 1q 40 Vo de la popu* lation, 880,000 enfants, n'a aucune espèce d'éduca-r tion. Ce chiffre est bien inférieur aux États-Unis, où le nombre d'écoles primaires est considérable, en Prusse, en Suède , au Hanovre , dans le duché de Bade, etc.

Les adversaires de l'instruction primaire obligatoire invoquent la liberté de l'enfant et l'autorité du père. « La liberté de l'enfant î mais s'il est mineur devant la loi, il l'est aussi devant la raison. La liberté de l'enfant I mais on veut, peut-être, ériger en droit individuel le droit à l'ignorance î » L'autorité du père n'a rien à voir dans le cas présent : l'Etat ne la méconnaît pas plus en obligeant le père à envoyer ses enfants à Técole qu'il ne la méconnaît en l'obligeant à les nourrir et en Tempéchant de les écraser de travail. La seule chose en quoi il faut respecter l'autorité et les droits du père consiste à ne pas le contraindre d'envoyer ses enfants dans les écoles où Ton professe une religion contraire à la sienne. Si le père a, comme tel, des droits sur ses enfants, la société a des droits sur le citoyen père.

On allègue contre l'enseignement primaire gratuit que le pauvre devra ainsi contribuer à l'éducation du riche. Qne veut-on dire par là? Le riche contribue aussi à l'éducation du pauvre. Dans les sociétés où

domine la démocratie, Tégalité devant l'impôt existe. L'argument n'a donc aucune force.

Telles sont , sommairement indiquées , quelquesunes des raisons qui nous déterminent à soutenir le principe de Tinstruction primaire obligatoire et gratuite.

En thèse générale, nous soutenons que, dans tout ce qui n^appartient pas essentiellement à l'action collective et indivise, l'initiative individuelle doit agir sans subir plus de contrôle qu'il n'en faut pour l'ordre social. Gela s'entend de tout ce qui a rapport aux besoins physiques : la faim, la soif, le froid, etc., excitant, stimulant l'homme, lui servent d'aiguillon pour inventer , perfectionner les inventions , pour produire davantage, de meilleure qualité et à plus bas prix. Quant aux nécessités intellectuelles, morales, comme Ta prouvé M. Baudrillart, il n'y a rien en rhomme qui lui dise : « Tu es ignorant, apprend?. » La société doit donc prendre en main la torche et éclairer la route.

Nous avons déjà, dans un autre travail, développé nos idées sur ces importantes questions. En ce qui concerne renseignement inférieur et professionnel, deux théories opposées existent. L'une soutient le monopole du gouvernement; l'autre proclame la liberté absolue. Nous ne sommes partisan ni de l'une ni de l'autre.

Le monopole n'a pas de raison d'être, et en cela, comme en tout, il est désastreux et injustifiable : il

fait supposer que le gouvernement a seul les lumières suffisantes pour régler les programmes , choisir les professeurs, etc.

La liberté absolue , qui repousse toute immixtion du gouvernement, qui lui enlève la faculté de contrôler les études, de délivrer des brevets de capacité, qui proclame que chaque individu a le droit de se dire avocat, médecin, ingénieur, etc., et d'exercer ces professions, — est une théorie absurde , funeste, et dont les conséquences sont fatales pour la société. Cette théorie est passée en loi dans la Confédération grenadine.

Comment distinguer qui est bon avocat, bon médecin, bon ingénieur? On répond : l'individu est le meilleur juge de ses intérêts, et il saura à qui il confie la défense de son honneur ou de ses intérêts, la santé de sa famille, la construction de sa maison, etc. De sorte que lorsque Jean aura vu sa cause perdue, son père ou son enfant morts, sa maison mal construite tombée en ruine , alors il saura que Pierre est mauvais avocat, mauvais médecin, mauvais architecte. En échange, il a eu le bonheur suprême de voir ce même Pierre se donner pour architecte, médecin, avocat, par la grâce de la liberté absolue d'enseignement.

En cette matière, comme en toute autre , ce n'est pas dans les extrêmes que se trouve la vérité. Il y a un système mixte , qui consiste à laisser à l'État la police des études, à conserver un centre de la science

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et de renseignement professionnel, en laissant à qui que ce soit le droit d'établir des collèges et des maisons d'éducation, où Ton pourra, moyennant certaines formalités, obtenir des brevets de capacité.

En matière d'enseignement, le droit social est aussi gacré que le droit individuel, ou, pour mieux dire, run se complète par l'autre.

Nous n'admettons eu rien la tutelle de VEtat ; mais, en matière d'enseignement, à côté du système de la liberté, toujours fécond, nous n'excluons pas la salutaire intervention de la société. Nous ne partageons pas les idées radicales que professe sur ce sujet Té-, minent M. Dunoyer, — et, bien que nous admettions un système plus libéral que celui de M. Wolowski, nous croyons très-justes les idées suivantes exprimées par ce membre de l'Institut , dans la session d'économie politique du 5 février 1861 :

a Le gouvernement est appelé à remplir, dans la « question de renseignement , le rôle d'un corps de réserve prêt à agir dès que l'action individuelle viendrait à manquer; ce rôle n'a rien d'absolu dans Tapplicatioiî. Partout où l'initiative individuelle se manifeste, le gouvernement doit laigser faire; partout où elle languit, il doit l'aider; pa^ tout où elle manque, il faut qu'il agisse par luimême. Sa mission peut se résumer m deux mots : Qu'il laissa faire, mais qu'il veille à ce que quelque çbp^e se faiii9@ ! »

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