‹ LES PRINCIPES DE 1789 EN AMERIQUEChapitre 20 sur 40 · SÉPARATION DE UÉGLI8E ET DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

SÉPARATION DE UÉGLI8E ET DE L'ÉTAT

Un des grands principes qui ont triomphé dans les sociétés modernes est celui de la liberté de conscience et de la tolérance des cultes.

Mais ce principe ne peut avoir d'application pratique qu'à la condition que l'Église et l'État vivent en parfaite indépendance.

Les gouvernements, qui sont, avant tout, producteurs de sécurité, ont pour mission de veiller à ce que les gouvernés soient justes, qu'il» respectent le droit d'autrui, qu'ils n'empêchent pas le légitime exercice de la liberté des autres.

Quant à la religion, il n^appartient pas à TÉtat de montrer à l'homme la voie qui conduit les âmes au salut éternel. Cette mission est réservée à l'Église*

L'Etat ne doit donc pas avoir de religion.

Un gouvernement qui professe une religion , qui aJmet et prolége une croyance, a besoin d'être plus ou moins intolérant, plus ou moins injuste* S'il admet une seule religion, à Texclusion des autres, il

agit ouvertement contre le principe de tolérance

universelle ; s'il admet la pratique de tous les rites

et subventionne toutes les Eglises, il lui sera difficile de percevoir dans une juste proportion et de répartir d'une manière équitable les contributions imposées pour le service du culte.

L'Etat qui admet une religion nationale, surtout la religion catholique, apostolique, romaine, doit vivre sous le régime des concordats, qui tend à mettre l'État sous la tutelle de l'Eglise ou vice versa. Les concordats sont des traités qui se violent fréquemment,

le plus souvent au détriment de l'Eglise comme en Bavière, en Prusse, en Autriche , etc., et sont une source éternelle de conflits entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique.

Il y a deux pouvoirs essentiellementdistincts, ayant des attributions diverses, un but différent : le pouvoir civil et politique, et le pouvoir ecclésiastique; ce qu'il y a de plus logique est que chacun d'eux ait sa sphère naturelle d'action. Le temps est venu où il Wt que l'Église catholique célèbre le grand concordat entre la religion et la liberté, entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique : — la séparatioD absolue des deux pouvoirs.

L'Église a besoin de liberté absolue pour la prédication, renseignement, Tadministration des sacrements, etc.; mais cette liberté, qui constitue sa vie, elle ne peut l'obtenir pleine et entière qu'à la condition de se séparer de TE: a t.

II y a vingt ans, la question d'en?eignemonl élait chaudement agitée entre le clergé et l'Université en France. Dans cette question, les deux parties avaient raison et toutes deux avaient tort. Voici pourquoi : l'Université niait à l'Eglise le droit qu'elle demandait, parce que TÉglise avait beaucoup de privilèges; l'Église combattait l'Université en se fondant sur ce que tout monopole est injuste et nuisible.

Mais ce que les deux parties auraient dû demander, c'était la liberté complète. Si l'Église voulait exercer le droit d'enseigner, elle ne devait pas le demander comme la substitution d'un monopole à un autre, mais comme une institution favorable à tous. En réclamant ce droit, TÉglise devait être dans la sphère du droit commun , renoncer à ses privilèges exclusifs, entrer pleinement sous l'action de la loi générale.

Les pseudo-libéraux veulent la liberté civile, mais non Tindépendance de l'Eglise. C'est là une aberration , un renoncement aux principes. Un auteur très-connu, dont Tintelligence est vive, mais dont les passions sont ardentes, ne veut pas la liberté pour l'Église catholique, parce que, dit-il, celle-ci est opposée aux principes de 89; en conséquence, tant que les défenseurs de ces principes seront au pouvoir, ils doivent restreindre Tindépendance de cette Église. Tel est l'argument principal de tous les partis -exclusifs. Aujourd'hui, ce sont les libéraux qui l'émettent : que demain les conservateurs soient au pou-

voir, ils diront : les partisans des principes de 89 sont ennemis du catholicisme ; nous devons donc restreindre leur liberté qui menace noire existence.

Mais de cette lutte constante, de ces réactions sans fin, naissent les combats acharnés, les haines invétérées, le régime de Tarbi traire. Les Vrais principes consistent à proclamer la liberté pour tous, la liberté constituée par l'exercice du droit de chacun, ayaht pour limite Texercice du droit d'autrui.

La séparation de l'Eglise et de VÉtat produit d'heureux résultats dans Tordre politique, social et économique. Cette séparation rend impossibles, par soustraction de matière, les conflits religieux, toujours si désastreux , et coupé â leur racine ces énormes abus dénommés contributions de dîmes, de prémices, etc.

L'Église indépendante n'a pas à soumettre à là volonté du pouvoir là nomination de ses pasteurs de premier et de deuxième ordre; les curés ne sont plus alors autant de serviteurs des hauts fonctionnaires. En échange, le pouvoir civil ne voit dans les divers' membres de la hiérarchie ecclésiastique que des gouvernés ordinaires, tous soumis à la loi commune, égaux en droits el en devoirs.

Le meilleur nioyen d'éloigner tout conflit entre les deux pouvoir^ est dé déflhir radicalement leurs relations, il est une série de gravés questions dont la réalisation sera retardée ou qui produira des luttes entre l'Église et l'État, tant qu'ils vivront sous ce

fatal régime : parmi ces questions se trouvent , par exemple, la tolérance des cultes, le mariage civil.

Dans les États-Unis d'Amérique, il n'y a pas eu de luttes entre TÉglise et TÉtat, parce que celui-ci n'a rien à faire avec les diverses communions. Toutes peuvent exister; mais aucune n'a de caractère officiel. Toutes ont leur vie propre et jouissent d'une indépendance absolue, parce qu'aucune d'elles n'a plus de droits qu^une autre.

A la Nouvelle-Grenade, ce système d'indépendance absolue fut adopté dès 1853; et tout marchait à la satisfaction universelle, jusqu'au moment où la barbare dictature de Mosquera et de ses amis vint fouler aux pieds les droits des catholiques, violant ainsi les principes de tolérance universelle et annulant le sage système de la séparation des deux pouvoirs.

Voilà la question présentée dans ce qu'elle a de plus important. Nous sommes déjà entré autre part dans quelques développements à ce sujet.

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