CONCLUSION
Telle est notre profession de foi à Tégard des principes de 89. Nous croyons qu'elle ne contredit il ncune décision de l'Église catholique, apostolique et romaine, au jugement de laquelle nous la soumellons sans réserve; et nous sommes convaincu qu'elle esl en harmonie, sous le rapport des opinions, avec le sentiment des docteurs les plus accrédilés dans l'Église et dans T École. Nous l'avons exposée sans fiel, malgré les cruelles injures faites par la presse révolutionnaire à nos croyances religieuses et à nos sentiments les plus chers. Nous Tavons fait sans artifices de langage, parce que, si la loyauté condamne ces artifices, la vérité n'en a pas besoin.
Il nous aurait été facile d'ajouter d'autres citations non moins péremploires et d'autres noms
LES PRINCIPES DE 89 ET LA l)0CTRl>5E CATHOLIQUE. 155 (rès-graves à ceux du dominicain saint Thomas, du cardinal Bellarmin, du jésuite Suarez. Mais les catholiques instruits savent que, si Ton ne risque guère de se tromper en matière d'opinions religieuses quand on est d'accord avec ces illustres docteurs, on ne risque pas du tout de blesser Torthôdoxie en pensant comme eux.
Nous ne sommes pas sans avoir médité, dans un esprit de parfaite soumission, outre les encycliques de Grégoire XVI, que nous avons citées, Tallocution consistoriale de Pie VI, du 29 mars 1790, sa Içltre au cardinal delaRochefoucîiuld, du 10 mars 1 791, et plusieurs autres pièces émanant des Souverains Pontifes^ dans lesquelles les principes révolutionnaires sont relevés, flétris et conclamnés, et leurs funestes conséquences signalées et déplorées. Mais ces principes sont-ils ceux de 89 que nous venons d'examiner d'après leurs formules authentiques? Nous ne le croyons pas ; et, en effet, nous ne voyons ces formules reproduites textuellement, ni en termes équivalents, dans aucun des documents indiqués tout à Theure. Sans doute le mot liberté se retrouve de part et d'autre ; mais il est facile de consttiter qu'il n'y est pas pris dans le même sens, ou avec la même extension. Cii que les papes condamnent, ce sont les interprétations abusives, révolutionnaires des principes de 89; et il faut convenir que ces interprétations étaient alors comme aujourd'hui les pins répandues. Voilà pourquoi la pro-
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clamalion de ces principes a causé tant de mal; et
pourquoi encore elle est pleine de péril.
Mais enfin, il n est au pouvoir de personne peutêtre^ de faire oublier en France ce mol prestigieux : Principes de 89. Le plus sage parti n'esl-il pas d'amoindrir le péril en restituant à ce mot sa véritable signification? En préciser le sens et la portée, n'est-ce pas dissiper de funestes malentendus, ôter un masque et une arme à la Révolution, et travailler à réunir contre elle les forces, hélas ! trop divisées des amis de Tordre et de la liberté?
Le jour viendra, nous aimons à Tespérer, où les préjugés s'évanouiront, où le peuple français distinguera clairement le sophisme et la vérité. Il verra que la Révolution est la plus redoutable ennemie de 89, de Tépoque où la Constituante, appliquée à la Déclaration des droits, n'était pas encore débordée par l'esprit qui devait régner en 95. Cet esprit malfaisant ne réussit pas à dicter les principes sur lesquels nous voulons vivre; il perça, mais quelque temps après et seulement dans des dispositions législatives, qu'on n'a pas le droit de confondre avec les grands principes de 89. Ah ! les révolutionnaires, ceux du moins qui mènent lesaulres, lesaventbien; ilssaventce qu'ilfaut dissimuler pour faire passer sous le nom de 89 les maximes antichrétiennes et subversives de la société, que la Constituante repoussa de la Déclaration.
ET LV KCTRÏNE CVTIK^LIQLE. !55
Ce n'est pas sans une douleur extrême que nous voyons dlionnètes gens, d honnêtes artisans, trompés par ces manœuvres, se laisser improssionner par les déclamations violentes ou tromper par les insinuations perfides dont elles sont d'ordinaire accompagnées contre l'Église catholique et ses ministres. Mère de la civilisation, rÉglise n'impose rien, n'enseigne rien qui soit contraire au bien des peuples, à la saine liberté politique. Sur cinquante mille prêtres français, nous sommes quarante-cinq mille enfants de laboureurs et d'ouvriers. Certes, nous n'avons pas besoin des publicistes de la Révolution pour connaître Dieu, Thommeet la société; mais ce n'est pas d'eux surtout que nous apprendrons à connaître le peuple, à l'aimer, à vivre au milieu de lui et à nous dévouer pour lui.