‹ Les principes de L'Enseignement libéral dans leur application à la question de l'Enseignement secondaireChapitre 64 sur 73 · Comte, Cours de philosophie positive · texte numérisé non relu

Comte, Cours de philosophie positive

d'étude vraiment libérale. Il est inutile d’insister sur ce point. On ne conçoit pas qu'un esprit puisse jamais s'élever à une vue philosophique du monde et de soimême s'il ignore tout des « espaces infinis » qui l’entourent, des mondes qui les peuplent, des lois qui les régissent, sil ne sait pas la place qu'occupe dans l'univers ce « canton détourné », ce « cachot » qu'il habite, et qui ne serait en effet qu'un cachot, si jamais par la pensée il ne s'en évadait.

Les sciences physiques ont, au point de vue de la discipline intellectuelle, une importance presque aussi considérable que les mathématiques, parce qu'elles présentent, dans toute leur pureté, la méthode expérimentale et la méthode inductive, qui forment le contrepoids naturel à la discipline mathématique.

La physique a particulièrement cet avantage d'user encore largement de la méthode mathématique, et d'être à la fois science déductive, science expérimentale et science Inductive. C'est dire quelles ressources elle offre pour habituer les intelligences à la recherche méthodique de la vérité. Car, non seulement elle perfectionne en l’exerçant l'esprit mathématique, mais encore elle initie les jeunes gens à cet art d'observer et d’induire si aisément transportable de la science à la vie et à la morale; elle leur donne des habitudes d'attention, de prudence et d’exactitude qui leur serviront aussi bien dans leurs études littéraires que dans la conduite de

leur vie.

4. Voir les belles pages de M. Fouillée sur l’enseignement de la cosmographie. L'Enseignement au point de vue nalional, p. 87 et suiv.

Pour ce qui est.de la chimie, elle n'apporte aucune méthode nouvelle et ne constitue pas une discipline intellectuelle différente de celle de la physique. Et sans doute nous l'exclurions des programmes libéraux si elle ne contenait certaines « connaissances » utiles à la moralité. Mais la connaissance des lois de la combinaison des corps est aussi nécessaire que celle des grandes loi de la physique à qui veut, sous l’apparente incohérence des phénomènes, découvrir l'ordre caché et s'élever à une vue synthétique de l'univers. Et c'est pourquoi nous faisons à la chimie une place dans nos programmes, place beaucoup moins considérable tou-

tefois que celle de la physique.

Mais les grandes théories de la physique et de la chimie ne présentent qu'un aspect du monde; elles n'en montrent que la face inerte. Elles laissent de côté le phénomène supérieur, irréductible, la vie. La biologie, l'étude des formes de la vie, de ses lois, de son évolution, aussi bien chez les végétaux que chez les animaux, est une science libérale. Mais elle l'est par son objet plus que par sa méthode.

Dans la méthode de la biologie, c'est l'observation qui triomphe, mais si péniblement, à travers une telle complexité de faits, qu'un esprit déjà formé par les sciences expérimentales peut seul s'y exercer avec fruit. C'est par ces dernières, par la physique surtout, nous venons de le voir, qu'on doit initier les élèves à l'art d'observer et de généraliser. La méthode biologique offre cependant un procédé original dont il est nécessaire que les jeunes gens aient au moins une claire notion. La théorie des classifications scientifiques, qui

trouve sa plus importante application dans les sciences biologiques, doit leur être exposée comme un des grands moyens d'organisation logique des faits. Il faut qu'ils conçoivent les classifications botanique et zoologique, non comme un ordre arbitrairement établi, mais comme la reproduction, aussi exacte que possible, de la hiérarchie naturelle, qu'ils sachent par quels moyens logiques cette hiérarchie peut être reconnue à travers l'immense variété des individus, et enfin quelles conditions sont nécessaires pour que cette classification reflète vraiment l'ordre de la nature. Tel est sans doute le seul résultat nouveau que l'on peut attendre, pour l'éducation intellectuelle, de la méthode des sciences biologiques.

En revanche, les « connaissances » biologiques ont une valeur éducative de premier ordre. La définition de l'état de vie, les lois de l'existence végétale et de l'existence animale, leur rapport avec les autres grandes lois du monde physique, font nécessairement partie d'une connaissance philosophique de l'univers, etrentrent donc nécessairement dans un enseignement libéral.

Dans ce cycle des études où la méthode a une importance moindre que l’objet même de la science et qui s'ouvre avec la chimie, il faut ranger la géologie et la géographie, sans lesquelles la connaissance du monde physique et de ses lois serait incomplète et demeurerait pour ainsi dire suspendue dans le vide. Il serait excellent de faire de ces sciences, comme le demande M. A. Bertrand, une suite et une extension de l’astronomie. Ce serait les situer, pour ainsi dire, dans leur

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