Les principes de l'honorable M. Mercier, remarques preliminaires
La carrière politique de l'Hon. M. Honoré Mer- •cier est avancée suffisamment aujourd'hui, pour qu'il puisse adopter la devise suivante et l'insérer sur son blason : " Opportunisme et politique payante. "
Dans ces deux mots se résume sa vie publique.
Il débuta comme libéral en quittant les bancs du •collège des Jésuites, en 1862, et son premier acte fut de solliciter la rédaction du Journal de St-Hyacintkt, l'un des organes des Dorion et des Dessaulles, les adversaires innés du clergé canadien.
N'ayant pu obtenir la situation qu'il convoitait, M. Mercier obtint, en 1863, la charge de rédacteur du Courrier de St-Hyacinthe, journal conservateur.
Pourquoi ? Par intérêt, dirent les libéraux du temps.
Un libéral, M. Benjamin Ouimet, d'Upton, écrivit un jour à M. Guitté, propriétaire du Journal de St- Hyacinthe :
M M. Meroier doit se rappeler qu'à sa prière, je vou* ai " demandé pour lui la plaoe de rédacteur de votre journal " et qu'il n'a pris la rédaction du Courrier longtemps après, 11 que parée qu'il y trouvait de meilleurs avantages, et cela " après m'avoir remercié en termes les plus polis de la bonté i( que j'avais eue de m'intéresser à lui. "
Cette lettre, publiée dans les journaux, faisait faire à M. R. E. Fontaine, rédacteur de la feuille libérale de St-Hyacinthe, la réflexion suivante :
" M. Meroier a la mine d'un homme prêt à réii-
" ger indifféremment un journal bien on un journal rouge, u pourvu que son intérêt y trouve son compte. M
Opportunisme et politique payante î Pendant son passage au Courrier de St-Hyacinthe M. Mercier fut conservateur et il put écrire un jour :
" Les principes conservateurs ont subi l'épreuve et la " sanction des siècles ; ils sont à la fois la garantie du pou- " voir et la sauvegarde des libertés ; la force de la loi et la " protection des nationalités. Leur drapeau est celui de la " coDfcienie et du devoir, leur école celle du patriotisme et
* de la religion Quant à nous, quoi qu'il arrive, nous
" serons tovjours fidèle à ces principes. "
M. Mercier publia cette profession de foi le 26 avril 1866, et, à quatre semaines d'intervalle, le 24 mai, il abandonna, sans motif apparent, le parti conservateur pour se jeter dans le camp libéral.
Opportunisme sans doute et politique payante !
Ce fut donc en 1866 que M. Mercier, secouant les pifncipes conservateurs auxquels il devait toujours être fidèle, revint à son point de départ et continua son chemin dans le monde en se faisant l'adepte du libéralisme.
Il n'est pas sans intérêt de suivre la carrière de ce monsieur et de se bien renseigner sur les idées qu'il a émises.
Puisqu'il cherche, depuis son arrivée au pouvoir, à se concilier le clergé en faisant miroiter à ses yeux I une orthodoxie d'occasion et en se posant, par opportunisme, comme le champion de principes sociaux \ qu'il a .combattus dans le passé, examinons ses anté- L.cédents.
— La persistance dans les idées émises aux différentes époques de la vie d'un homme peut aider beaucoup à juger de sa sincérité, de même qu'à démontrer quel degré de confiance on doit lui accorder.
L'opportunisme est quelque fois cause aussi qu'un hâbleur parle contre ses convictions et cache les couleurs de son drapeau.
Ses paroles mielleuses sont le bouclier de son hypocrisie.
M. Mercier et l'instruction obligatoire.
Tout homme qui dévie des principes sains en matière d'éducation tombe dans le libéralisme réprouvé par le Souverain Pontife.
A l'église et à la famille appartiennent le droit et le devoir d'enseigner.
L'Etat n'étant l'auteur ni de la vie surnaturelle ni de la vie naturelle de l'enfant, n'a pas, originairement, comme l'Eglise et la famille le droit d'enseigner.
Cependant le rationalisme prétend que l'école doit être soustraite à la direction de l'Eglise et que l'enseignement doit être purement naturel ; d'où il conclut au monopole de l'Etat, à l'enseignement gratuit, obligatoire et laïque.
Il y a quatorze ans, le 2ï avril 1876, M. Mercier prononça devant le Club national de Montréal, un discours sur " l'instruction obligatoire. "
Tel était le titre de son travail.
Parlant de l'importance de l'éducation que personne ne conteste, il s'aventura sur un terrain fort glissant, et glanant ici et là, dans des auteurs suspects, divers renseignements sur l'instruction compulsoire. il en conclut que l'Etat devrait forcer le père de famille à envoyer son enfant à l'école, sous peine d'amende ou de confiscation de ses droits, politiques.
Comme on le voit, c'était chercher à faire prévaloir des opinions que l'Eglise repousse et qui répugnent* au droit naturel.
Citons quelques passages de cette conférence pour ne pas être taxé de parler à la légère et sans preuve.
Parlant de l'obligation du père de famille de faire instruire son enfant, obligation dont il ne peut se dispenser, observa M. Mercier sans perdre les droits quil a à la garde naturelle de son enfant, il ajouta ;
11 L'Etat peut et doit intervenir pour faire remplir cette " obligation .
" Je crois avoir démontré l'existence de l'obligation ; si u j'ai réussi, j'ai prouvé par là même le pouvoir de VEtat da
* la faire exécuter.
11 II serai! étrange en effet de prétendre que l'Etat peut 11 forcer un père à nourrir son enfant et qu'il ne pourrait pas " le forcer à l'instruire
" La seule question pour nous, dans l'état que nous fait
* notre loi scolaire, n'est pas de savoir si la société peut li édzcter des règlements pour punir les parents négligent*, " mais bien si cette société doit se contenter de la pénalité " actuelle ou si elle ne doit pas aller plus loin, faire un pas " de plus et punir par une amende ou la privation des droite "politiques ceux qui, sans excuse, négligent de donner à " leurs enfants les bienfaits de l'instruction élémentaire. "
Voilà bien l'instruction obligatoire avec son cortège de vexations qui ne seraient ni plus ni moins que de véritables empiétements sur les droits du père de famille.
Pour bien convaincre ses auditeurs, M. Mercier énuméra les résultats que certains peuples obtinrent par une loi pénale sur la matière qui nous occupe. Il cita l'Ecosse, quelques états de la république amécaine, la Prusse, etc.
" C'est en Prusse, dit-il, que l'instruction obligatoire pa- " rait avoir produit des résultats plus tangibles, et c'est là " aussi qu'on trouve son application mieux réglée et sa via- " lation mieux punie par la loi. "
Mais avant de citer la Prusse comme exemple, M. Mercier avait parlé de la France. C'est en cette occasion qu'il préconisa les bienfaits de la révolution de 1789, oubliant ou ignorant ce que l'Eglise avait fait, durant le Moyen Age, pour répandre les lumières de l'instruction parmi les peuples de l'Europe.
" La révolution de 1789 qui a fait tant de grandes cho- " ses. s'écria M. Mercier, que les horreurs de 93 n'ont pt u faire oublier, a cru nécessaire pour relever l'homme de la " dégradation dans laquelle une tyrannie onze fois séculaire " t avait plongé, de lui ouvrir à deux battants les portes du '* temple de l'instruction et ne manqua pas pour mieux y
" parvenir à? obliger les père et mère d'envoyer les en- " fants aux écoles élémentaires ; une amende était imposée à " tenz qui négligeaient de faire inscrire les enfants sur le " registre de l'école ; les récidivistes étaient punis par la " privation durant dix ans de leurs droits civiques. Jj% " même pénalité frappait les jeunes gens qui à l'âge de
. " vingt ans n'avaient pas appris une science, un état eu un
t u métier utile à la société.
Poursuivant son idée, le conférencier fit part ensuite à son auditoire des pénalités que propose M. de Girardin dans son livre sur l'Instruction publique en France.
" Cet écrivain distingué, dit-il, croit que le meilleur " moyen d'engager les parents à faire instruire leurs en- " fants serait de priver de leurs droits politiques loua ceux " qni avant vingt ans ne sauraient ni lire ni écrire et ce à " partir d'une époque définie
Mais M. Mercier renchérit sur M. de Girardin.
" Toutefois, ajoute-t-il, il me paraîtrait rationel de l'ae- " eompagner d'une autre pénalité de même genre contre les " pères qui, à partir de telle époque, ne rempliraient pas les " conditions voulues par la loi en envoyant à l'école pen- 11 dant un oertain nombre de semaines chaque année ou en " faisant instruire autrement leurs enfants.
*' De cette manière on atteindrait le véritable coupable ; " car punir le fils seulement c'est de rejeter sur lui la faute . M à laquelle il n'a point participé ; mais frapper le père et " Je fils c'est provoquer leur attention et stimuler leur zèle à " l'égard d'une obligation qu'ils auront un intérêt égal et " réciproque à remplir. "
Telles étaient les doctrines qui tombaient de la* bouche de M. Mercier en 1876, et qu'il désirait inculquer à la jeunesse de Montréal.
L'année d'auparavant, en 1875, dans un discours prononcé durant l'élection de M. Workman, à Montréal, et publié dans le National, M. Mercier, avait déjà fait connaître qu'il était en faveur de l'instruction obligatoire. Il n'avait qu'effleuré le sujet en disant :
" J'aurais voulu parler des réformes qu'il y a à faire dans
u notre système d'éducation, des mesures qu'il importe d'a- 41 dopter pour le rendre plus pratique et par conséquent plus " profitable, pour obliger les parents à envoyer leurs enfants 11 avx écoles élémentaires, examiner avec tous, si le temps " n'est pas arrivé ou si le temps ne viendra pas bientôt où il " faudra punir le gardien de V enfance qui se montre ind^ffé- 4( fent à son instruction
Les idées exprimées en 1875 et en 1876 sur l'instruction compulsoire, M. Mercier les répéta cinq ans après, dans un discours prononcé le 17 juin 1881. , Cette harangue fourmille d'énormités.
" Ne l'oublions pas, a dît l'orateur, nos défaillances, noB " erreurs, nos écarte, nos bouleversements électoraux, l'im- " punité des fautes politiques, les dangers des monopoles " dont nous sommes menacés, le maintien de vieilles institu- " tions dont nous voudrions débarrasser le pays, et enfin la " puissance ou p'utôt la souvercin*té de certaines influences 11 qui paralysent, qui étouffent la véritable souveraineté, celle " du peuple, tout cela nous lo devons au défaut d'iostruc- " tion, au manque de connaissance et non d'intelligence de 11 ceux qui composent le corns électoral, à l'absence d'une " instruction primaire et secondaire suffisamment subvenu tionnée.
" Comme le dit Emile de Girardin : L'expérience démon- " tre qae lorsque l'instruction élémentaire est le privilège tl de quelques uns et non l'obligation de tous, elle ne fait •' que des victimes
M. Mercier poursuivant son idée, dit encore :
" RépaDdre l'instruction primaire, la faire pénétrer dans
" dos campagnes les plus reculée^ vaincre la résistance ou
" l'indifférence des parents à pr< c «mer Y obligation de la
„l< fréquentation des écoles dans c'm aines conditions voilà
" quel est le premier devoir de »:os .'gislateurp.
Puis, après avoir invoqué à l'appui de sa thèse un libre-penseur, M. Prévost Paradol, celui-là même qui s'est suicidé à Washington, M. Mercier l'appelle une des gloires vivantes de la Fra?ice et termine par une •tirade qui sent le démagogue en s'écriant :
'■ Laissez-moi donc vous dire avec l'auteur des Paroles,, "d'un Croyant : 44 Vous êtes peuple, eachez d'abord ce que M c'est que ie peuple. "
Le sophiste Emile de Girardin, le libre-penseur Prévost Paradol et l'impie Lamennais, voilà donc les auteurs où M. Mercier était allé puiser ses idées en matière d'instruction et avait appris à se méfier de certaines influences " qui paralysent, qui étouffent la véritable souveraineté, celle du peuple. "
Cette mauvaise semence jetée en terre vierge, porta ses fruits. Les jeunes membres du Club National recueillirent avec avidité les paroles tombées des lèvres d'un de leurs aines et s'abreuvèrent à la source empoisonnée du rationalisme.
Témoin, M. Paul G. Martineau, qui écrivait dans la Patrie du 26 novembre 1883 :
" L'instruction est néeefisaire pour le bon fonctionnement u de nos institutions constitutionnelles, nécessaire pour ren- " dre le peuple heareux et lui permettre de marcher dans la " voie du pregrèp. Quelques-uns, et je suis de ceux-ià, vou- " draient que l'Etat oroie'geat l'enfant que les parents veu- " lent laisser dans l'ignorance. Ce ne serait là empiéter sur " le d? oit de personne, parce qu'on ne saurait soutenir eéri- " euseiceot que le père de famille a le droit de laisser son " eifant dans l'ignorance
C'est bien la même doctrine que celle prêchée par M. Mercier.
Voici ce que dit un autre adepte, en mai 1885, à un banquet donné à Montréal, auquel assistait M, Mercier lui-même. Ces paroles sont de M. Raoul Dandurand, alors président du club libéral.
" Mes amis, s'écria- fc-il, si nous voulons sauver le peuple " d'une ruine certaine et i'arracher des mains des cormorans *' politiques qui le pilîent et le. volent, ii faut d'abord Vins- *4 truire <n lui imposant un aystèine d'éducation compulsoire " oussitôt qu'an accident cous ramener.* au pouvoir."
Puis il dit encore!
" Le club national réclamait dans le programme qu'il élau borait un f-ystème d'éducation compulsoire en faveur dult quel notre vaillant chef V Non. Ai. Mercier s était déclaré < m 1876."
Au même banquet M. Mercier applaudit aux paroles suivantes du même M. Dandurand.
" La majorité que t'était faite sir George Cartier dans le '• paye et qu'il arait façonnée lui-même était eompoaée des
jfu gens qui. et surtout de la masse ignorante quiy crai-
11 gnant V en fer, votait comme moniteur le curé l'entendait."
On ne pouvait être plus explicite et dire plus carrément qu'on adoptait le programme de M. Mercier, l'instruction obligatoire.
Il n'y a que cinq ans de cela, et dans aucun de ses discours depuis qu'il est au pouvoir le Premier ministre de la province de Québec n'a répudié ses paroles de 1876. ; Lorsqu'il a fait allusion à la question scolaire, il a parlé en termes généraux, mais, par opportunisme, il n'a pas attaqué de front la question de principes, car il sait bien que le clergé est opposé à l'empiétement de l'Etat sur les droits du père de famille, et que l'opinion publique n'est pas prête à accepter l'instruction compulsqire.
Même dans le discours qu'il prononça devant le club National de Montréal, . en novembre dernier (1889) il fut si peu explicite qu'un de ses organes, X Etendard, pourtant fort bien disposé pour lui, ne put s'empêcher de dire :
11 Nous aurions voulu plus de elarté daos l'exposé des in- 11 tentions du cabinet sur l'importante question de l'éducation."
** M. Mercier s'en est tenu à des généralités qui peuvent 11 prendre toutes les /ormes désirabhs et non désirables. On " ne manquera pas d'en tirer des conclusious jacheuses pour u te gouvernement. Nous regrettons que le Premier Ministre u 1 'ait pas choisi cette circonstance pour définir d'une façon " plus explicite ses sentiments sur oe point de la politique " future, comme il l'a fait pour les autres. Ce n'ert sans dou- " te que partie remise."
Nous ne saurions terminer nos remarques sur ce sujet, sans rappeler le fait que l'Hon. M. Mercier s'est -efforcé d'éliminer du Conseil de l'Instruction publique, composé des évêques de la province et d'autant de laïques, ceux des membres qui étaient reconnus comme étant plus fortement attachés aux idées conservatrices,
A la demande du gouvernement l'Hon. M. Chs. de Boucherville, ultramontain reconnu, et THon Juge Routhier ont résigné leur charge, et ont été remplacés par l'Hon. M. Mercier lui-même, le partisan de l'instruction obligatoire, et par l'Hon. M. Frs. Langelier, le premier avocat qui ait soulevé devant les tribunaux du pays la question de l'influence indue J du prêtre dans les élections, et le même qui, lorsqu'il ' avait un siège à l'Assemblée législative, se plaignait < du manque de contrôle du gouvernement sur le mij nistère de l'Instruction publique.
Qn a cherché aussi à éliminer du conseil, maïs s.ans succès, des juges distingués comme les Honorables MM. Bossé et Jette, Sir N. F. Belleau, ancien lieut.gouverneur de la Province, M. E. Crépeau, avocat. Pour les remplacer par qui ? Nous ne savons, mais il n'y a pas à se dissimuler que ces tentatives déplacées de la part du cabinet Mercier n'ont été faites qu'en vertu d'un plan concerté à l'avance et dont on n'a pu pénétrer le mystère.
Les lettres adressées par le Secrétaire de la province, au nom de ses collègues, aux honorables membres du Conseil de l'Instruction publique, sont identiques dans les termes et leur ton révèle une effronterie et une absence de tact peu ordinaires, surtout de la part d'un gouvernement.
Heureusement que la tactique de M. Mercier échoua, et, à l'exception de MM. de Boucherville et Routhier, les membres du Conseil refusèrent de résigner.
Citons la réponse de l'Hon. Juge Jette à la lettre de l'Hon. M. Gagnon qui lui demandait si, vu quelques absences des séances du conseil, il croyait rem* plir à sa satisfaction et à celle du public les devoirs de la charge qu'il occupait comme membre du Conseil de F Instruction publique.
Montréal, 19 décembre 1838.
L'Hon.C. Ah 1. Gigcoa,
Ê'tcréta'ra de la Province.
Monsieur,
Votre lettre du 6 courant ne m'est parvenue que le 17.
Je vous avoue que je suis fort surpris de votre demande et je ne vous cache pas qne je la considère comme une injure que je ne croyais pas avoir méritée.
Je orois devoir vous informer cependant que depuis que j'ai en l'honneur d'être appelé au Conseil de l'Instructioi publique par l'administration présidée par l'hon. M. Joly,ea 1878, j'ai assisté à presque toutes les sessions du comité catholique de ce conseil, et que si j'ai été absent de quelquesunes des séances de ces sessions, c'est parce que les affaires importantes ayant été expédiées, je considérais que ma présence n'était pas nécessaire pour les matières de routine réservées pour les séances complémentaires.
Je n'hésite donc pas à dire que la statistique que l'on a bien voulu faire de mes absences ne m'a pas convaincu que l'intérêt public en ait souflert.
En conséquence jo me permets de ne pas partager votre opinion ni celles de vos collègues à ce sujet, et sans avoir UDe idée exagérée de mon utilité, je crois devoir refuser ia démission que vous semblez me demander.
J'f i l'honneur, etc.
(Signé) L. A. JETTE.
l.e Tote Obligatoire
Ce n'est pas seulement en matière d'éducation que M. Mercier a émis des principes avancés. Dans son discours du 25 octobre 1875, emboitant le pas derrière l'Hon. M. Blake, il se prononça en faveur du vote êbligatoire dans les élections.
<< La franchise électorale, dit-il, n'est pas seulement un 11 droit, mais encore un devoir ; cette franchise, d'après l'éco- " nomie de notre aystème constitutionnel, appartient plutôt 41 au pays qu'à V électeur. En effet d'après ce système, c'est " la majorité qui doit diriger 1» chose publique , or pour que " eette majorité dirige, il faut qu'elle parle par son vote. Si
0 elle Fe tait c'est la minorité qui parle De là la né-
44 cessité d'obliger tout électeur, à moins d'excuses légales, à " se rendre au poil pour remplir ce devoir sacré envers son 44 pays et le forcer à dire par qui et comment il veut être " gouverné."
Il est faux de dire, comme M. Mercier, que la franchise électorale appartient à l'Etat plutôt qu'à l'électeur. Le vote obligatoire serait une atteinte très grave à la liberté individuelle.
L'électeur, dans les franchises qu'il a à exercer, agit comme le représentant de sa famille ; il lui faut sauvegarder les intérêts et l'honneur de cette famille visà-vis les autres familles ou la société civile, et ce droit qu'il possède comme chef est un droit naturel que l'Etat ne saurait fouler aux pieds. Lorsqu'il nomme telle ou telle personne aux emplois civils, il use du droit qu'il a de se faire représenter, droit qui lui appartient en propre et que l'état ne peut entraver sans user de tyrannie. S'il en était autrement rien n'empêcherait l'Etat de s'arroger également le droit de dicter à l'électeur le nom de celui qui serait appelé à remplir les fonctions de législateur.
Il peut arriver des circonstances où l'électeur ne voudrait donner sa voix ni pour un candidat ni pour l'autre ; que l'abstention serait pour lui un devoir.
Seraït-iî juste de le forcer à voter en faveur de person* nés en qui il ne reposerait aucune confiance ? La loi civi» le dans ce cas empiéterait sur le domaine de la cons~ dence ; elle mettrait ce citoyen dans la nécessité de désobéir à l'état et le forcerait à payer une amende pour avoir refusé d'obéir aux hommes plutôt qu'à Dieu,
WL Mercier a donc proclamé un mauvais principe- «n se prononçant pour le vote obligatoire.
Il est singulier que ceux qui se disent le plus favo* râbles à la liberté et pour cela prennent le titre de libéral, soient les premiers à vouloir gêner cet* te liberté et l'étouffer même sous l'omnipotence de l'Etat.
JLe» Bég Istre» de l'État Civil
A propos des registres dits " de l'Etat Civil ", le Journal des Trois-Rivières publiait le 22 décembre 1887 un article remarquable dans lequel on reconnaît une plume familière avec la matière importante dont il s'agit. Nous y lisons que dans la tenue des» registres de baptêmes, mariages et iépultures, c'est comme curé ayant charge d'âmes que le prêtre agit, c'est à l'autorité de l'Eglise qu'il obéit.
Non seulement l'Eglise ordonne aux curés d'enregistrer soigneusement ces actes importants de leur saint ministère, mais Elle précise avec soin tout ce qui doit y rentrer.
L'Eglise et l'Etat ayant un grand intérêt à s'entendre sur les matières mixtes et d'une utilité commune, l'autorité religieuse n'a point d'objection à obliger ses curés à tenir ces registres en double à la demande de l'autorité civile et à lui en faire remettre une copie pour ses greffes, gardant l'autre pour ses propres archives.
En agissant ainsi l'Eglise n'entend pas soumettre ses prêtres à l'autorité civile ni en faire des fonction* naires publics y et c'est une erreur de croire et de dire que le prêtre tombe sous la juridiction de l'autorité civile qui peut l'admonester et le punir, s'il vient à négliger quelque chose de ce devoir.
Ces réflexions étaient faites à l'occasion d'une cïr-» culaire envoyée par M. Mercier, comme Procureur Général, en décembre 1887, aux Protonotaires de la province, se plaignant de la «lanière irrégulière dont les registres de l'Etat civil étaient tenus, et assimilant les curés à des fonctionnaires publics. Il employait même l'épithète de " délinquant " à leur égard.
Les idées gallicanes et partant libérales du Premier-ministre ne devaient point se borner à cette circulaire. Durant la session de 1888, le gouverne-
ment présenta un projet de loi qui fut considéré comme contraire au droit canonique et au droit na>turel, de même qu'injuste et insultant pour l'Eglise et ses ministres.
Ce bill avait pour objet de séculariser les registres des baptêmes, mariages et sépultures, de mettre le clergé sous la férule de l'Etat, et d'infliger, au mépris des lois de l'Eglise, des pénalités aux curés transformés en fonctionnaires publics.
La clause 4 de ce projet de loi statuait :
11 Toute personne autorisée à tenir registre des aetes de " l'Etat civil et tout propriétaire ou administrateur de ci- " metière doivent remplir et compléter les blancs ou formes " d'informations qui leur ont été transmises et les remettre " dans les premiers huit jours de chaque mois au secrétaire M du conseil provincial d'hygiène, lequel est tenu de les ex- " pédier dans les coure des mois de Janvier et de juillet de " chaque année au régistrateur général. '
Il était donc ordonne aux curés de faire un rapport mensuel an Conseil provincial d'hygiène. Eux qui tiennent ces registres gratuitement, on leur imposait cette obligation, les traitant par là comme employés du gouvernement.
De plus ces rapports devaient être faits sous peine d'amende.
La clause 17 disait :
" Lorsqu'un chef de maison ou de famille, un ministre d» " culte, un médecin ou une persoane qui doit eu vertu du " présent aote faire rapport des naissances, mariages et dé- " ces, refuse ou néglige volontairement de le faire au tem h " fixé, cette personne, pour chique offense, doit piyer une " somme de pas moins d'une piastre, ni de plus de vingt "piastres, à la discrétion du juge, et il est du dsvoir de ce- " lui préposé à l'enregistrement dans ohaque district de " poursuivre telles personnes négligeant ou refusant da faire " les rapports requis. "
Tel était le fonds de la loi du cabinet Mercier — amendes, poursuites etc.
C'était renchérir sur les principes radicaux procla-
mes par le Premier ministre au sujet du vote et de l'instruction obligatoire.
Ce qui ajouta de l'odieux à la mesure, ce fut pour le cabinet de vouloir la faire adopter sous le prétexte mensonger que Son Eminence le cardinal Tasche* reau y avait donné son assentiment.
L'hon. M. Flynn s'étant objecté dans l'Assemblée législative aux clauses du bill, l'honorable M. Gagnon lui répondit qu'il l'avait soumis au cardinal et que celui-ci l'avait approuvé.
" Cela me surprend, " répondit le député de Gaspé.
Lorsque plus tard le bill fut présenté au Conseit législatif, l'hon. M. L. P. Pelletier, parlant au nom du gouvernement, dit : " Cette mesure a reçu Fap- " probation des évêques catholiques et des ministres " protestants. "
" L'HON. M. Larue — Par tous les Evêques ?
'/ L'HON. M. PELLETIER—Le projet de loi a été • " approuvé à une réunion cTévêques, mais je ne sais ** pas si tous les évêques étaient présents. M
L'hon. M. DE Boucherville se levant dît :
" Vous voulez imposer une amende aux membres " du clergé — je parle ici des catholiques, — mais vous " oubliez que le clergé tient ces registres volontairc- " ment et sans rémunération, et vous venez lui dire : " Si vous ne faites pas cela, vous serez puni Est-ce " juste d'imposer une pénalité à des personnes qui " vous rendent des services gratuitement et qui ne " sont pas du tout vos serviteurs ? C'est là un acte - " arbitraire. On dit que les autorités religieuses ont " été consultées sur cette mesure. Je ne le nie pas, " mais il peut fort bien arriver que les autorités relî— " gieuses n'aient pas examiné suffisamment ce projet " de loi et que cette disposition soit passée pour " ainsi dire inaperçue. Si cette clause n'est pas mo* * difiée, je serai forcé de voter contre la mesure. w \
L'hon. M. Pelletier répliqua : ~
'* Le gouvernement a déposé cette mesure après avriih- " pris ? opinion des évêques. "
I/hON. M. Ross, ex-premier ministre, fit, à son tour la remarque suivante :
" Quand un membre du clergé est en défaut, on le " cite devant un tribunal ecclésiastique, et aujour- * dTiui les évêques consentiraient à donner à l'Etat " le droit de punir le clergé sans recourir à ce tribua nal ? Je ne crois pas que les évêques aient parfaite- 41 ment compris toute la portée de cette mesure ; au- J* trement ils n'auraient point accepté ce principe. " (Débats du Conseil, page 224.)
Eh bien cette prétendue approbation du projet de loi par l'épiscopat était un subterftige. Il n'y avait point eu réunion d évêques ; au contraire, plusieurs membres de l'épiscopat protestèrent contre cet odieux projet de loi qui expira au Conseil législatif.
Cependant M. Mercier, malgré ces échecs et ces protestations, ne se tint pas pour battu. Un nouveau bill fut présenté dans la session de 1889.
Il parait qu'on y tenait beaucoup.
Ce bill portant le No 19 imposait les mêmes obligations aux membres du clergé, et les mêmes pénalités contre eux.
Ayant été sévèrement dénoncé, les membres du gouvernement prétendirent qu'ils avaient été trompés par certains employés publics et que le bill présentera la Chambre n'était pas celui qui devait l'être.
L'hon. M. Taillon suggéra aux ministres de faire écrire une lettre à tous les évêques et aux autres personnes intéressées, leur expliquant ce qui était arrive. (Débats de 1889, p. 1224.)
M. Mercier refusa cette suggestion et le bill fut < jretîré.
- Les principes de M. Mercier en semblable matière Jaiéritent-ils l'approbation du clergé ?