mercier et l'Oraiigisuie
M. Mercier, afin d'apparaître aux yeux de ses compatriotes canadiens-français comme un ami extraordinaire de sa nationalité et de sa religion, a dénoncé l'orangisme à plusieurs reprises et représenté Sir John McDonald comme le pire adversaire du peuple de la province de Québec.
Nous ne ferons pas reproche au Premier ministre de réprouver l'orangisme qui n'a pas sa raison d'être au Canada, pas plus qu'ailleurs, mais il nous sera permis de faire voir à ce sujet sa duplicité et son hypocrisie.
Il accuse sans cesse les conservateurs de marcher sous la houlette de Sir John McDonald qu'il surnomme " le vieil orangîste. "
Nous pouvons rétorquer l'argument et accuser tout aussi bien M. Mercier de pactiser avec M. Mowat, le chef libéral d'Ontario, qui, en 1874, a favorisé dans la législature de sa province la passation de deux bills, l'un ponr constituer légalement ^association orangiste de l'Est d'Ontario, et l'autre, Xassociatiou orangiste de l'Ouest.
Ces bills furent réservés par le Lieut -Gouverneur pour le bon plaisir.de Son Excellence le Gouverneur Général.
Citons le Globe, l'organe de M. Laurier à Toronto, dénonçant à ce sujet sir John McDonald à la vindicte des orangistes et défendant son chef, M. Mowat.
C'est le Globe du 15 avril 1889.
En réservant, dit-il, ces bills à la sanction du Gouverneur. Général, M. Mowat n'opposa p is son veto à l'action de l'Assemblée, il donna tout simplement au Gouverneur-Ginéral le droit de dire si ces bills deviendraient en vigueur. Ea vertu de l'acte de l'Amérique Britannique du Nord, tout acte qui n'est pas confirmé dans l'année suivant son adoption devient lettre morte. La question est de savoir en quelles
maiîis se trouvait h bill des orangistts au moment de sa mort.. Assurément M. Mowat ne V avait pas. Dans une dépêch* signée par Sir John McDonald en qualité de ministre de la Justice, ce dernier déclare qu'il a examiné ces deux bille. Et dans la même dépêche Sir J. A. McDonald avise comme suit le Gouverneur-Général : " Le soussigné recommande que le Lieut.-Gouverneur d'Ontario soit informé que votre Excellence ne se propose pas de faire connaître ses intentions a*, sujet ce ces actes réservés (les bills des orangistes}, ni ne prendre aucun parti sur iceux." Ainsi il est clair que les bills des orangistes passèrent à rAs6emb.ee Législative, qu'ils reçurent le vote individuel au moins du procureur-général [M, Mowat] ; qu'ils allèrent naturellement et suivant la. constitution à Ottawa comme bills réservés ; qu'ils auraient
pu recevoir l'approbation du Gouverneur-Général, si Sir Joha McDonald, en qualité de ministre de la Justice l'en avait avisé ; que Sir John McDonald ne l'en avisa pas et que par conséquent les bills furent perdus. Ce ne fut certainement
pas M. Mowat qui donna le coup de mort aux bills des oran~
cistes. "
D'après l'aveu du Globe, Sir John McDonald que M. Mercier dénonce comme un fanatique de la. pire espèce, serait donc cause que les orangistes n'ont pas été incorporés dans Ontario, pendant qu'ils ont em le vote de M. Mowat.
Nonobstant cela, celui-ci n'en continue pas moins à être l'ami intime de M. Mercier, tous deux marchant de concert pour la plus grande gloire libérale. L'un exploite le sentiment orangiste à son profit;, l'autre l'exploite en sens contraire ; mais ils s'entendent comme larrons en foire.
Du reste, en dépit de ses attaques farouches contre les orangistes, M. Mercier a su les courtiser à son* heure et s'en servit comme de marchepied pour arriver au pouvoir.
C'était en 1877. La procession des orangistes avait donné lieu à des troubles à Montréal.
Quel remède proposa l'Hon. M. Joly, alors chefdvt. parti libéral, pour apaiser ces troubles ?
De supprimer les processions nationales* celles ctela S t- Jean-Baptiste, de la Saint Patrice, cte, comme-
3?H eut pu y avoir la moindre similitude entre ces so- <rie'tés et la secte des orangistes.
" Des désordres sérieux, ée rivait M. Joly, le 24 décembre 1877, ont éclaté à Montréal dans le mois de juillet dernier, pendant la procession des orangistes. Les esprits sont loin d'être calmés ; qu'il surgisse une nouvelle occasion du même genre et je crains que ees désordres ne ? e renouvellent avec «plus de violence.
" La meilleure manière de les éviter c'est de ne pas renouveler la procession qui les a causés. Si toutes les So- ■défés Nationales renonç lient volontairement à leurs processions actuelles, il me semble évident que les orangistes y remmneeraient aussi,
" En m'adressant à tous les membres de la chambre, qui représentent toutes les nuaaces d'opinions et de sentiments, je leur ai demandé s'ils ne croyaient pas que les Sociétés Nationales consentiraient pour assurer l'union et la paix, à re* cancer à leurs processions annuelles. (Lettre au rédacteur de V Evénement) .
Si un des chefs du parti conservateur venait à exprimer maintenant semblable opinion, vous verriez V Electeur chercher à soulever le sentiment national des Canadiens-français et représenter cet homme comme un ami de l'orangisme et un ennemi du catholicisme. M. Mercier lui-même monterait sur le kasting pour dénoncer ce conservateur et le traiter -de renégat.
Qui, au temps où M. Joly demandait aux canadiens français de renoncer à leur procession nationale, proposa et fit adopter une loi pour empêcher dans la cité de Montréal des processions semblables à celles des orangistes ? Ce fut Won. M. Taillont le chef ^actuel des conservateurs.
Cette loi est le chapitre 9 du statut 41-42. Victoria f 1878) et porte le titre de " Acte pour réprimer les processions de parti. "
Qui opposa le projet de loi de M. Taillon ?
M. Joly, comme de raison,puis XHon. François Langelier, alors député de la législature de Québec, et Commissaire des Terres de la Couronne.
Voici en quels .termes, Y Evénement, organe du gou^
vernement libéral, rendait compte du discours de M. Langelier.
" Le dépoté de Portneuf a été à la fois mordant et éloquent. Il a protesté au nom de la liberté, au nom aussi de» enseignements et de l'hi6toire coritre Us mesures d'exception comme celle proposée par M. Taillon, et il a montré qu'elles avaient produits de plus grands maux que ceux que l'on cherchait à éviter. Si vous interdisez une manifestation , d'autres voudront en interdire aussi, et d'exception en exception vous arriverez à la suppression du droit général. C'est la démonstrat;on déplorable du 12 juillet qui est frappée aujourd'hui, ce sera la fête glorieuse du 24 juin qui sera atteinte demain. "
A voir aujourd'hui M. Mercier lancer ses foudres contre l'orangisme, on pourrait croire qu'alors il accepta le bill de M. Taillon pour supprimer les processions orangistes à Montréal.
Pas du tout ; il accepta de M. Joly un portefeuille de ministre, profitant en même temps des sympathies des sectes orangistes pour le cabinet libéral.
Opportunisme et politique payante !
En effet on trouve la preuve de cette sympathie dans un banquet offert par les orangistes de Toronto à leurs confrères de Montréal en août 1878. Une adresse fut présentée à cette occasion au frère David Grant, Maître de l'Association Loyale Orangiste de la cité de Montréal.
Nous empruntons le compte-rendu suivant au journal libéral le Witness.
Au frère David Grant, Maître de V Association Loyale Orari-
gùte de la Cité de Montréal.
Cher Monsieur et Frère,
Au nom des orargistes de Toronto, nous vous souhaitons de tout notre cœur à vous et à vos frères de Montréal U bienvenue dans cette " Cité Reine" de l'ouest— une cité où voua pouvez paraître vêtu de votre régalia orange et où les mignons de Rome n'oseront pas vous arrêter ni vous insulter, mais où nos institutions protestantes respirent le véritable esprit de la liberté civile et religieuse, qui a été conquise par nos ancêtres à Derry, à Aughrim et à la Bôyne. JNous espérons sincèrement que, dans un avenir peu éloigné, les té-
nèbres de la papauté seront dissipés de la Province de Qjrê» bee par les tribunaux de l'équité et de la justice anglaise, que les descendants de ceux qui ont vaincu si bravement *ar les plaines d'Abraham, affirmeront de nouveau leurs droits comme sujets britanniques, et que le Maire Beaudry et «a brigade papiste devront trembler devant la marche des ho*mes libres , .....«..—
Au nom des orangistes du comité de Toronto. Nous demeurons,
Cher Monsieur et Frère, ,
Les Vôtres avec fraternité,
W. Adamson, C. Jf »
Toronto, 13 août 1878. E. F. Carke,
Sec. du Comité.
M. Grant, en réponse, offrit des remerciements au nom des orangistes de Montréal, pour l'honneur qu'on leur faisait. Il expliqua la position des affaires à Montréal et dit Sue, nou-seuleraent tous les orangistes de cette ville passé* aient une instruction passable, mais que quelques-uns d'entre sux possédaient une éducation plus qu'ordinaire. Q l'it n'était pas vrai que les orangistes de Montréal ne fréquentaient aucune église, mais que le contraire était la vérité. Qu'il avait toujours fait tout en son pouvoir pour persuader à ses frères de Montréal qu'ils devraient être chrétiens d'abord et orangistes ensuite. Qu'autrefois, à Montréal, cela, ne payait pas un homme, financièrement pariant, que d'être orangiste et qu'il avait souffert dans soi commerce, il ja einq ans, pour avoir pris une part active dans les démonstrations orangistes, mais que les choses ont changé depuis. Il recommanda aux marchands de s'abstenir de faire affaires avea les maisons catholiques de Montréal. La politique future d<) l'Association à Montréal sera d'avoir une procession le 12 juillet prochain- Le pouvoir de la presse doit à ■ l'avenir être employé de préférence aux armes charnelles (sic) et il serait à désirer qu'il y eut un journal orangiste publié à Montréal pour l'avancement de leur cause. Rèfi-+ rant à la politique il dit qu'il était à Québec ce qui était am~nu en Haut-Canada sous le nom de rougt et qu}il espérait qw personne ne s'oftnserait de cette admission. Les orangiste» de Québec et de Montréal sont liés à voter dans la province de Québec pour le gouvernement de la Réforme, car s'ils ne votaient pas ainsi ils ne pourraient exister, puisque les ultramont ai ns sont en réalité le parti conservateur de cette
xxovince. Il les aetura que chaque orangiste de la province de Québec avait voté pour soutenir le gouvernement Joly et dit qu'il était oer tain que personne d'entre ses auditeurs ne srrait fâché de oe qu'ils avaient voté pour chasser un kom me tel que DeBoucher ville. Il termina en remerciant ses hôtes pour la réception dont lui et ses frères de Montréal avaient été l'objet. "
Il s'en suit donc que l'Hon. M. Mercier, ayant ac*
<:epté un portefeuille de M. Joly, éprouva une douce
jouissance à la pensée que chaque orangiste avait voté
pour chasser du pouvoir un homme tel que M, de Bou-
rcherville.
La conduite tenue, l'an passé, par Sir John McDonald en ne désavouant pas la loi concernant les biens des Jésuites et le remarquable discours qu'il prononça sur la question dans la Chambre des Communes, où il rallia 188 députés sur 201 en faveur de sa politique, devraient, il nous semble, refroidir le zèle de M. Mercier à l'attaquer sans cesse, surtout en jetant un regard sur la conduite des orangistes en 1878.
Tout homme sincère admettra que M. Taillon par sa loi pour réprimer les processions de parti à Montréal, eut le plus beau rôle à cette époque, et M. -Mercier le rôle le plus hypocrite.
Opportunisme et politique payante 1
*«\<gap^
Les Asiles d'Aliénés
Il s'est fait un grand bruit dans la province au sujet de la loi de 1885 concernant les asiles d'aliénés. Les passions politiques aidant, les choses ont été grossies outre mesure, et, dans les élections générales de 1886, les adversaires du gouvernement Ross ont exploité cette loi avec une ardeur et une audace incroyables.
Nous ne voulons pas entreprendre, dans ce chapitre, de discuter les clauses de cette loi.
Ce que nous désirons c'est de démontrer la mauvaise foi et la duplicité de M. Mercier, le rôle hypocrite qu'il a joué dans cette question des asiles.
Si les adversaires de la loi ont pu croire qu'elle violait la justice et qu'elle avait pour origine un fonds de libéralisme trop accentué, M. Mercier a été tout aussi fautif que les promoteurs de cette législation,—car il a favorisé son adoption et poussé le gouvernement d'alors à persévérer dans la voie qu'il avait prise d'assumer le contrôle médical dans les asiles.
M. Mercier n'a pas changé d'opinion depuis. Il-a nommé, il est vrai, une commission pour apaiser les exigences de ses alliés politiques, et gagner du temps, mais comme d'habitude, il a joué double. La fin de tout le tapage se résume en définitive à conserver intacte la loi du cabinet Ross, sauf, en ce qui concerne l'asile St-Jean de Dieu, à qui on a laissé le contrôle médical jusqu'à l'expiration de son contrat, mais pas plus longtemps.
Quant à l'asile de Beauport, il n'en a pas été question dans la loi de 1889, M. Mercier n'ayant/^j d'intérêt à pousser jusque là l'opportunisme.
Voyons quelles étaient les idées du Premier ministre actuel, lorsque fut discuté le projet de loi des asiles e? 1885.
Nous lisons aux pages 1236, 1237 et 1247 des dé. bats de 1885 ce qui suit.
11 Après la discussion sur le projet do loi concernant les asileB, dit M. Mercier, on a vu deux organes de nos adversaires, l'Etendard et la Vérité, proclamer que cette loi était impie. On a pu lire dans oes journaux des injures telles à l'adresse de l'Honorable Secrétaire de la province que je ne voudrais pas, moi son adversaire, lui en dire autant.
" L'honorable Secrétaire provincial a paru vouloir procéder avec Fa mesure, mais devant l'attitude hostile du député d'Hochelaga, il a annoncé qu'il allait retraiter
" Hier, M. le Président, on a vu sur nos pupitres un document manquant absolument de courtoisie. Pourquoi ces Messieurs de l'asile de Beauport n'ont-ils pas promis en la. manière régulière pour exposer leur grief. c'es*.-à dVré parU voie de la pétition ? Eax qui sont des entrepreneurs publies, qui se gorgent aux dépens du trésor public, de quel droit peuvent-ils chercher à nous imposer leur volonté ? £ " Dans ce document on accuse le gouvernement de manquer à la parole donnée et au contrat existant cependant
vous verrez encore le gouvernement se croire obligé décéder devant ceux qui te plaignent.
" Le rapport de M. Smith qui nous dénonce le système qui prévaut dans un certain asile est connu. Nous trouvons des dénonciations du même genre dans la presse anglaise et dan s la presse française. Le Canadien do Québec et la Gazette de Montréal ont dénoncé ces abuts criants. Tous les journaux, à part deux ou trois qui représentent les idées du Moyen Age se sont prononcés dans le même sens.
" Néanmoins en face de tels témoignages le gouvernement qui est menacé par ces feuille a peur et il va céder,11
Ces paroles de M. Mercier indiquent la crainte qu'il avait que le gouvernement ne fit pas adopter la loi Continuuant à parler de l' Etendard et de la Vérité, M. Mercier ajouta :
J'avoue que toutes les foudres dont ces deux journaux menacent le gouvernement ne nous sont pas inconnues. Nous les avons subies bravement. Dans le temps les journaux qui nous faisaient la guerre sur le même terrain, étaient soutenus par des hommes plus respectables que ceux qui sont à la tête des gens qui insultent le gouvernement aujourd'hui. Nous avons demandé que la religion ne vint pas à être mêlée dans nos luttes politiques. Nos adversaires ont cependant
profité de la guerre injuste que Von nous faisait pou r se rendre le peuple favorable. Aussi ee qui m'amuse maintenant c'est de voir ces mêmes hommes, victimes du même
système, meoaoés des mêmes foudres La presse uU
tramontaine étouffe ses amis, c'est son dernier rôle. C'est elle qui a souillé toutes les causes en voulant défendre les hommes."
Ce langage est assez clair pour être compris par qui veut comprendre. Cependant M. Mercier qui, comme l'a dit un jour V Etendard, hait V ultramontanisme dune haine de sectaire, crut devoir à une séance subséquente de la chambre, tomber de nouveau sur le dos de MM. Trudel et Tardivel et leur faire sentir davantage, si possible, l'énergie qu'il mettait à supporter la loi des asiles du gouvernement Ross et la défendre contre leurs assauts.
Ecoutons ce que dit de nouveau le député de St- Hyacinthe sur la question.
" M. le Président, dans les remarques que j'ai faites avant la suspension de la séance, j'ai dit comment je comprenais le devoir du gouvernement et combien je trouvais sa conduite illogique sur certaines questions devant VinfluencQ néfaste de certaine école sur le projet de loi des aliénés.
11 Tout le monde a compris que je parlais de cette école des ultramontés, toujours à cheval sur les principes, voyant des questions religieuses là où il n'y a que des questions politiques
" Le mouvement qui se fait contre le projet de loi des asiles est parti de cette école. Le gouvernement a commenoé par retraiter, et à l'heure qu'il est nous sommes menacés d'une capitulation en règle .
'• M. le Président, quels sont ceux qui se sont donné pour mission d'exploiter la sensibilité des bonnes sœurs de St-Jean cfe Dieu t Ce sont les adeptes de cette école."
Le bill des asiles ayant subi certaines modifications au Conseil législatif, M. Mercier prit prétexte de cela pour protester contre l'attitude du gouvernement, en disant :
" Je oonsidôre que le Conseil a détruit l'œuvre de cette thfcuibre. Le gouvernement a cédé, comme je l'avais prédit, mais je proteste de toutes mes1 forces contre une telle conduite." (Débats de 1885 p. 1491.)
Tel fut le rôle joué par M. Mercier en 1885. Il accusait le gouvernement Ross de capituler devant les propriétaires d'asile, tandis que Y Etendard accusait ce ■aêrne gouvernement de spoliation.
M. Mercier étant monté au pouvoir en 1887, commença à parlementer avec ses nouveaux alliés, ceuxlà même qu'il avait représentés, deux ans auparavant, comme ayant exploité la sensibilité des sœurs de Stjean de Dieu et souillé toutes les causes.
Le nouveau chef du gouvernement se rappelait trop bien ses discours de 1885 pour abandonner le contrôle médical qu'il désirait avoir sur les asiles. Mais comment faire ? Ne pas céder aux demandes des propriétaires d'asile, c'était, avec la petite majorité* qu'il avait en parlement, s'exposer à tomber du pouvoir, cette proie qu'il avait tant convoitée et qu'il exploite avec tant de profits pour lui-même et ses mignons.
Il nomma une commission au prix de $16,000, ^uand il appartenait au Procureur-Général de donner sa décision sur l'interprétation des contrats, car tout se résumait là. Mais M. Mercier désirait gagner du temps, laisser refroidir les têtes, et si on en juge par ses paroles, il entretenait bien l'espoir qu'il y aurait divergence d'opinion entre les membres de la commksbm.
" Si, disait-il, tous prenez deux mSdesios également distingués et si vous les consultez sur un sujet comme celui-ci, -fl$aa pouvez tenir pour certain qu'ils ne s'acoorderont pa*. H y a presqu'autaot d'opinions en ces matières qu'il y a dt
teltes." .
Dans» un autre endroit de son discours, M. Mercier «lisait t
" Si le gouvernement croit que les contrats doivent être dlattgta et si les parties ne peuvent s'entendre, la province dewa accorder une ctmpeniation"
C'est ce qu'avait dit le gouvernement Ross en 1885. Toici les paroles de l'Hon. M. Ross au Conseil législatif :
° Je le répète Pintentioa du gouvernement est de rendre justice aux propriétaires et de ne leur causer aucun tort M le traitement médical entraine des dépenses nonmentionn%m dans les contrats arec les asiles, le gouvernement a introduit «ne clause permettant aux propriétaires de porter leurs réclamations devant des arbitres ou un tribunal/ — Débats de 1885. p. 149.
Du reste le gouvernement actuel a reconnu queie cabinet Ross n'avait point eu l'intention de violer les contrats. L'hon. M. Gagnon l'a avoué en pleine chambre, en présence des ministres, dans la session de 1889.
" Je suis prêt, dit-il, à admettre que la loi de 1885 a fait faire un grand pas à la bonne administration de nos asiles^
Et plus loin :
" Il n'était prs dans l'idée de l'Honorable député ém Beauoe de violer les contrats. Le chef du gouvernement? d'alors, M. Ross, n'avait pas davantage Vintention de vwhsr les contrats.
La question de la loi des asiles peut se circonscrire dans les limites suivantes.
Le gouvernement Ross prétendit que par sa loiiâe 1885 il ne portait pas atteinte aux contrats existant et qu'en vertu de ces derniers il possédait le contrôle médical des asiles. Il s'appuyait, entre autres saisons, sur cette clause du contrat de l'asile de la Longue Pointe :
" Les personnes ainsi confiées aux dfces Smnm
seront soumises à la surveillance, inspection et direction de* médecins et inspecteurs de prisons que le dit gouvernemao? pourra nommer à oette fin, etc."
Mais afin, disait le Dr Ross dans son discernas déjà cité, de ne causer aucun tort aux propriétaires d'asiles, dans le cas où le traitement médical, entrainerait des dépenses non mentionnées aux contra^ la loi de 1885 contenait, entre autres dispositions, fa. clause suivante ;
Clause 55 — " Toute réclamation pouvant résulter <de l'exécution de la présente loi de la part des propriétaire*-
d'un asile, peut être déterminée, si les parties y consentent, par des arbitres nommés conformément aux dispositions du eode de procédure civile, et à défaut de consentement, elles peuvent recourir à la pétition de droit "
Les propriétaires d'asiles ne partageant point l'opinion du [gouvernement ni celle de M. Mercier, prétendirent qu'on voulait violer les contrats. Ainsi qu'il le fut admis plus tard de part et d'autre, la dispute n'était au fonds qu'une question d'interprétation des contrats.
Laissant de coté la question de savoir si le gouvernement se trompait dans son interprétation, ou si c'était les propriétaires d'asiles, venons au fait de connaître à quoi, en définitive, aboutit la législation du gouvernement Mercier.
T. Les propriétaires d'asiles et leurs partisans demandaient avec force que la loi de 1885 fut amendée de manière à leur laisser le contrôle médical.
M. Mercier a-t-il amendé ce principe de la loi de 1885 ?
Non. La loi de 1889 le réaffirme au contraire.
" Pour éviter tout malentendu, dit l'article 3226a, l'entrée, la mise en liberté sur essai et la décharge des patients, leur visite et examen, leur transfert d'un asile à un autre quand tel transfert n'est pas défendu par le contrat, le contrôle du service médical, lorsque tel contrôle n'est pas refusé au gouvernement par le contrat, restent attribués au gouvernement et à ses officiers."
Il n'y a eu qu'une exception, la voici :
" Les propriétaires de l'asile St-Jean de Dieu qui, d'après leur coDtrat, ont le contrôle du service médioal, conservent «e eontrôie."
Remarquons que l'exception n'existe~; qu'en faveur de St-Jean de Dieu, et non en faveur de Beauport. M. Mercier n'a jugé utile d'en agir ainsi que pour satisfaire les quelques députés qui, en parlement, pouvaient mettre en danger l'existence du cabinet.
Question d'opportunisme !
Une fois donc le contrat avec l'asile St-Jean de
Dieu expiré, le gouvernement prendra le contrôle médical que M. Mercier s'est réservé d'après la loi.
C'est du reste ce qu'il a dit lui-même en Chambre, ainsi que l'a constaté son organe, X Electeur du 23 janvier 1889, dans son compte-rendu des débats sur la loi des asiles.
" Je suis d'opinion, a dit M. Mercier, que le gouvernement doit avoir le contrôle médical absolu dans ers institutions-
* Comment se fait-il que nous ne l'ay ns pas eu ? C'est que le gouvernement est décidé de respecter les contrats existants. C'est une partie de son programme. Nous n'aurons pas ce contrôle tant que ces contrats existeront. Le principe du contrôle absolu sera appliqué, mais seulement lorsque ce contrôle sera légal.
" Le gouvernement retient le contrôle médical dans tous les nouveaux contrats. Il ne s'agit donc pas de violer un principe, mais de respecter des droits acquis."
2. Une autre objection à la loi de 1885 était le choix ou le contrôle des médecins internes par le gouvernement.
La clause 2 de la loi disait que le surintendant médical et le médecin interne seraient nommés par le gouvernement, mais que l'assistant-médecin interne pourrait être nommé par les asiles, sujet à l'approbation du Lieutenant-Gouverneur en conseil.
Dans une brochure renfermant les prétentions des propriétaires d'asiles, il est dit à la page 5 :
*' Les propriétaires s'appuyant sur la lettre claire et précise de leurs contrats veulent continuer à choisir eux-mêmes leurs médecins. internes, c'est-à-dire ceux qui donnent les
«oins médicaux aux malades Que le gouvernement
choisisse ses médecins visiteurs comme il l'entendra.....
Mais le choix des médecins internes n'est pas son affaire."
M. Mercier a-t-il changé sur ce point la loi de 1885 et laissé aux propriétaires d'asiles le choix des médecins internes ?
Non ; la loi est restée la même.
Il est donc acquis qu'après beaucoup de faux fuyants, M. Mercier a conservé le principe du contrôle médical et la nomination des médecins internes par le
gouvernement et, partant, son attitude n'est pas celle que réclamaient les sœurs de St-Jean de Dieu.
\J Etendard, du reste, à protesté contre la conduite du gouvernement actuel au sujet du contrôle médical.
" Par qui pratiquement, disait ce journal, MM. du gouvernement entendent-ils f aire exercer ce contrôle ? Nom pouvons supposer que c'est par ctrta ins ineffables sires qui viennent de s'illustrer dans certains travaux de la commission des asiles, surtout par certaines bévues monumentale* dont fourmille le rapport de la majorité des commissaires,
" Puisque le gouvernement les a choisis comme commissaires, pourquoi ne les choisirait-il pas comme ses -inspecteurs ? .
" Et voilà, ajoutait Y Etendard, Vespèce de contrôle que Ton veut substituer à celui d'un ordre religieux qu'on n'a pu prendre en défaut une seule fois depuis quinze ans. Tandis qu'il n'a fallu que trois mois à ces mirobolants contrôleurs laïques pour entasser par dêueaincs les erreurs les plus monstrueuses à oe point qu'il faut à leurs amis plaider pour euœ ignorance et ineptie pour sauver leur réputation d'honnêtes gens."
D'après ces remarques, M. Mercier aurait tort de croire qu'il a réussi à tromper son monde.
En voulant profiter, pour se jucher au pouvoir, des mécontentements produits par loi des asiles, le Premier ministre a donc joué le rôle d'hypocrite. Il a d'abord injurié le gouvernement Ross parce qu'il n'allait pas assez loin et semblait reculer devant les propriétaires d'asiles. Une fois au pouvoir il s'est efforcé d'éluder les difficultés, en nommant une commission dont le fiasco a coûté $16000 au trésor public ; finalement iï a proclamé, comme d'absolue nécessité le contrôle médical du gouvernement sur les asiles et n'a accordé à l'asile St Jean de Dieu qu'un contrôle médical temporaire, en le refusant à l'asile de Beauport.
L'on peut juger par de telles tergiversations et par en manque aussi évident de sincérité quelle confiance mérite ce saltimbanque politique.
lie Libéralisme de 91. Mercier
" En politique il n'y a pas de principes, " disait un jour M. Mercier à M. Calixte Lebœuf, son ami.
Rien d'étonnant qu'il ait été tour-à-tour libéral,, conservateur, de nouveau libéral, chaud partisan, ad* versaire bénin et neutre même.
Aujourd'hui il est national ; demain Dieu sait quel drapeau il arborera, mais non les hommes. " En politique, il n'y a pas de principes ", voyez-vous.
En arrivant au pouvoir, M. Mercier trouva dans les archives du gouvernement que la question des biens des Jésuites était sur le point; d'être réglée. Ces religieux ayant la sympathie du clergé et des laïques en général, il crut de bonne tactique de mettre le sceau au règlement de cette épineuse difficulté, et posa aux yeux des catholiques comme le champion des Jésuites.
Il n'en fut pas de même devant les protestants. Parlant un jour à Coaticook, il n'osa, en présence d'un auditoire anglais, réclamer pour lui-même le mérite d'avoir mis fin à la question. Il s'excusa auprès d'eux de l'avoir réglée, en disant qu'il avait agi de la sorte pour dégager la parole de ses prédécesseurs en office.
Quelques passages de ce discours dévoilent son double jeu.
" Que voyons nous, dit- il, en 1876 ? Une promesse formelle du gouvernement à cette époque de régler la question. La promesse est enregistrée à Rome, elle est aussi enregistrée ioi, et quand j'arrivai au pouvoir je me trouvai faoe à faoe avec la difficulté et dans une position telle qu'il mt fallait eu refuser de rtmplir la promesse ou oVy manquer. J'ai cru que l'honneur était la meilleure politique et que même en une matière aussi délicate j'étais obligé d'effectuer un règlement, afin de racheter la provinoe d'une si grande difiv, tulté.
Le bill déposé par moi à l'Assemblée législative reçut l'adhésion unanime de la chambre. Les deux partis témoin
puèrent leur satisfaction du règlement et si je suit coupable ■tous les conservateurs le sont autant que moi.1'
Quoique M. Mercier prétende qu'en politique il Ti'y ait pas de principe, les siens sont libéraux.
Parce qu'il a réglé la question des biens des Jésuites, a-t-il pour cela renoncé à ses doctrines libérales ? jNbn, car il ne les a jamais répudiées, et son passé Teste ce qu'il est.
Alors examinons son libéralisme ; nous pourrions ^dire tout aussi bien son radicalisme.