‹ Les principes de l'honorable M. Mercier, remarques preliminairesChapitre 7 sur 8 · M. Mercier à Ontario · texte numérisé non relu

M. Mercier à Ontario

Ces dénonciations de l'ultramontanisme indiquent que M. Mercier était en communication d'idées avec le fameux L. S. Huntington, depuis décédé.

On se rappelle que cet homme politique, ministre dans le gouvernement libéral de M. McKenzie, avait prononcé à Lachute, dans le comté d'Argenteuil, le 13 décembre 1875, un discours dans lequel il s'écria ;

" Le temps est Tenu où les anglais protestants doivent s'allier avee les libéraux français du Bas Canada. C'est là la seule alliance possible dans l'intérêt de la libre pemée et de la parole libre. (Ecoutes, éooutez;. Vingt années de régime conservateur protestant en Bas Canada ont donné naissance à l'ultramontanisme qui menace de donner lieu a des troubles sérieux dans l'avenir. Quelles que puissent être les vues personnelles de M. White, (candidat alors) le parti avec lequel il marche et qui le contrôle est gouverné par un parti qui considère la libre pensée et le libre examen comme un crime

u Le moment de la grande bataille est proche. Cette bataille se livrera certainement et bientôt. Il suffit d'un» chose pour cria, que les anglais du Bas Canada fassent alliance avee les libéraux français oui ont toujours été et sont encore partisans des institutions libres. (Applaudissements).

" llire un homme comme M. White ce serait employer le meilleur mojen d'aider l'ultramontanisme qui a pour objet d'unir l'Eglise à l'Etat et de subordonner l'Etat à l'Eglise.

11 faut que la bataille soit livrée et la victoire ne stra pas difficile à obtenir

" J'en appelle au peuple à cette heure critique et je le supplie de suivre ses traditions et de renvoyer M. White à Montréal pour qu'il puisse se consulter de nouveau avec les hommes d Etat réactionnaires qui gouvernent à Québec et qui cherchent à replonger le Bas Canada dans les ténèbres dis Moyen Age

•• Pour ma part j'?i toujours prêcha ces doctrines et je suis prit à résigner comme ministre si je croyais que mon parti ne les partage pas aussi."

Ces paroles dans la bouche de M. Huntington étaient d'autant plus graves qu'il était ministre dans le cabinet du Dominion et représentait un des comtés de la province de Québec.

Quels étaient les réactionnaires qui gouvernaient alors à Québec ? M. de Boucherville et ses amis.

M. Huntington fut-il obligé de résigner comme ministre à cause de cette déclaration de guerre au catholicisme et au clergé bas canadien ? Non.

Les libéraux continuèrent à supporter le gouvernement McKenzie, et aux élections générales suivantes, M. Mercier brigua les suffrages des électeurs de St-Hyacinthe comme ami de ce gouvernement et avec l'appui de M. Huntington.

En 1884 on retrouve les deux mêmes hommes, MM. Mercier et Huntington, accolés l'un à l'autre et se rendant à Toronto pour assister à un grand banquet politique, en qualité de délégués des libéraux de la province de Québec.

A ce festin M. Huntington fit un discours rappelant sa harangue fanatique de 1875. Dans un langage mystérieux, mais assez clair pour être bien compris, il dénonça de nouveau ce qu'il appelait l'ignorance du peuple de Québec et la tyrannie du clergé.

" Je viens, dit M. Huntington aux libéraux anglais et protestants d'Ontario, en présence de son compère M. Mercier, d'une province où quelques uns d'entre nous ont de vives sympathies pour les opinions que vous exprimez et où quelques-uns croient qu'il n'est pas du tout à regretter quo Yohscurité d'Egypte rè^ne parfois. (Rires). L'opinion pu-

blique a dts intervalles lucides et il y a des temps où les rayons de V obscurité pénètrent plus avant qu'à l'heure ac« tuelle D'versss causes, des causes malheureuses contribuent à l'existence de cet état de chose ; heureusement vous êtes au-dessus de ces causas Nous sommes obligés de faire face à Venntmi, et parfois il est difficile d'entretenir le feu des autels. Pendant vingt ou trente années nous avons eu dans la province de Québec une poignée de braves qui ont accepté le pouvoir quand il leur a été donné constitutionnellement, mais lorsqu'ils travaillaient dans les froides régions de l'opposition, soumis à un tystèmc de persécution auquel vous êtes ici étrangirs se montrant toujours à la hauteur de leur tâche, ont entretenu le feu des autels et ont soutenu les principes qu'ils professaient Si ces hommes

se sont fait une grande réputation par leur désintéressement, par leurs sacrifices, par leur iévonement aux principes, nous avons aujourd'hui les Jo'y, les Langelier et mon ami MV Mercier qui tous travaillent à la lâche de pousser la province fœur au niveau élevé d'opinion qui semble prévaloir ici. ^Applaudissements).

" Ils réussiront f Enthousiasme] — Vous devrez peut-être attendre un peu. Vous ne devez pas en être surpris ; il n'est pas besoin d'expliquer nos difficultés. Files sont particulières à notre province. "

En rapprochant ces paroles de celles rapportées plus haut, il est évident que M. Huntington dénonçait à son auditoire l'influence du clergé sur le peuple canadien-français et la prétendue ignorance dans laquelle il le tient ; mais, plus prudent que dans son discours d'Argenteuil, il parla à mots couverts.

Du reste, peu de temps avant son discours de Toronto, il avait publié à New- York un livre plein de fiel intitulé le " Professor Connant", dans lequel il fait parler un de ses héros de la manière suivante :

— Si vous n'obéissez pas à ces ho.umea (les prêtre?) il y a un instrument de fer toujours p è pour vous broyor. Ils sont intolérants au possible en Cd qui concerne la hbertê

politique et d'action. Leur puitsauce est énorms *

cependant ils ne sont pas toujours les mtî. es absolus. Grâce à des influences qu'ils ne contiô ent pas, leur parti a

été quelquefois battu Lorsque les libéraux sont au

pouvoir il arrive naturellement que des canadiens français indépindants} qui refusent de les suivre, sont nommés à de s

charge*. Mais eela ne se produit que hialgré eux, (les prêtres). Quand leur parti règne, ils eontl ta dominateurs absolus du Bas Canada, et en fait de patronage et de tolérance ils ne connaissent que la règle de fer

M. Mercier connaissait le discours d'Argenteuil ; il entendit le discours de Toronto, puisqu'il y était. Protesta-t-il contre le langage déplacé et insultant de M. Huntington ? Sans protester, chercha-t-il au moins à atténuer la portée des paroles de ce dénonciateur du clergé catholique ? Oh non ; il parla, mais pour amoindrir sa province et la représenter aux yeux d'Ontario comme une appauvrit ; il sembla même corroborer les injustes paroles de son ami, en parlant de l'igftorance et de P aveuglement de ses compatriotes.

Ce que nous disons paraîtrait incroyable si le Globe du 18 septembre 1884 n'eut publié en entier le discours du député de Saint-Hyacinthe.

Mais il y a plus que cela. Pour s'attirer une sympathie de circonstance, M. Mercier tenta de soulever les préjugés de son auditoire en représentant les catholiques, là où ils sont en majorité, comme prêcltant Vécrasernsnt aes protestants.

. Lisons ce fameux passage.

H Les conservateurs ont créé des monopoles qui sont un fardeau pour le peuple. Ils ont soulevé lei préjugea de race et de croyance qui sont une malédiction pour le pay .-. Dms les provinces où les protestants gouvernent ils entretiennent la haine contre les catkoliques, et dans le 8 provinces ouïes catholiques sont en majorité, ils prêchsnt t 'écrasement des protestants Leur argument le meilleur est la passion, le

grand secret de leurs buccès eut Vignorance, et leur yrand outil la corrvption."

Voici un passage qui rappelle les perfides insinua* tions de M. Huntington.

" Il est difficile pour vou^messieurs de la province d'Oatario, de juger de notre position politique dans la province de Québec. Sans doute notre copulation est honnête et in. telligente, bien intentionnée et serait prête à rejeter les poli, ticiens conompus, si elle savait seulement ce qui se passe mais jusqu'à présent les électeurs de la province ont vu les

chotes à travers Us yeux des autres, comptant sur ceux en qui ils avaient mis leur confiance. Uns excessive bonne volonté et l'hoDDÔteté de motif les a rendus aveugles. "

Dans un endroit autre de son discours, ce charlatan politique ajoute :

" A foroe de persévérance noua avons réusai à secouer jusqu'à un certain point )a léthargie de notre population. Les libéraux (point de nationnaux alors) sont unis et pleins d'espoir. La partie honnête des conservateure semble disposée a favoriser un changement radical dans l'administration des affaires publiques. Les esprits éclairés admettent que des élections générales dans les circonstances présente* auraient pour effet de chasser du pouvoir l'armée de parasites et de spéculateurs qui depuis ei longtemps s'engraissent aux dépens d'une province appauvrie."

Pouvait-on être plus imprudent, plus injuste et plus faux que ne l'a été M. Mercier en cette circonstance ?

Ce discours fait la honte de celui qui l'a prononcé*.

Voilà pour le banquet de Toronto.

Rendons-nous maintenant à Woodstock où eut lieu, deux jours après, le 19 septembre, une grande démonstration politique en l'honneur de M. Mowat. M. Mercier y était et prononça un discours. Etant loin de Montréal, il en profita pour étaler son libéralisme.

Le Globe du 20 septembre ne contient qu'un résumé restreint du discours, mais suffisant pour démontrer qu'à Woodstock comme à Toronto M. Mercier voulut flatter les préjugés des assistants en représentant les catholiques conservateurs comme prêchant l'écrasement des protestants, là où ils sont en majorité.

"I know too well, dit le résumé du Globe, that my onpoaents and your opponents for they are ths same tried to reuse the préjudices of the mojoriiy in each loeality againt the minêrity."

Pour s'attirer davantage les applaudissements de la foule, M. Mercier cita le fait qu'à St Hyacinthe on

était si peu [fanatique que des catholiques avaient souscrit pour aider à bâtir une église protestante.

" He releted a oase, dit le Globe, in his owd city wîiere fonds had been oolleoted amoDg tbe Roraan Oatholioa to build a protestant chureh, which iras greeted with long eheers."

Cette souscription mentionnée par l'orateur comportait une violation de la doctrine de l'Eglise, car si un catholique peut faire la charité à un protestant ou l'aider dans le besoin, sa foi lui commande de ne pas coatribuer à l'érection d'un temple où l'erreur sera prêchée. Néanmoins, pour se faire applaudir, M. Mercier ne se fit pas scrupule de rapporter un fait qu'il aurait dû taire, n'aurait-ce été que par égard pour les croyances de ses compatriotes ; mais le libéralisme religieux l'emporta chez lui sur le sentiment des convenances et, ce qu'il y a de plus grave, sur l'enseignement du catholicisme.

• 6 M. Mercier et le club national

L'année qui suivit son voyage à Toronto en compagnie du dénonciateur de notre clergé, M. Mercier assista à un banquet du club national à Montréal. C'était en mai 1885. Il eut la satisfaction de s'entendre rappeler ses idées sur l'instruction obligatoire.

" Mes amis, s'éoria M. Raoul Danduraad, président da •lub, si noua roulons sauver le peuple d'une ruine certaine et l'arracher des mains des eormorans politiques qui le pillent et le volent, il faut d'abord l'instruire en lui imposant un système d'éducatiou compulsoïrc aussitôt qu'un accident nous ramener» au pouToir"

" Le §4ub natiodal réolamait dans le programme qu'il élaborait un système d'édwyttion compulsoïrc en faveur duquel nttre vaillant chef, l'Hea. M. Meroier, s'était déclaré en 1872"...

M. Dandurand alla plus loin. Se rappelant sans doute les discours antérieurs de son vaillant chef, en particulier celui du 17 juin 1881 dans lequel M. Mercier attribuait au défaut d'instruction du peuple " le maintien de vieilles institutions, " " la puissance ou

plutôt /# souveraineté de certaines influences qui paralysent, qui étouffent la véritable souveraineté, celle du peuple," se ressouvenant aussi des paroles de M.Huntington dans le comté d'Argenteuil, qui dénonçait l'influence du prêtre sur la population, le président du club national, s'écria :

" La majorité que Cartier s'était faite dans le pays et qu'il avaif, façonné lui-même, était «om posée des gem qui entendaient vivre du patronage du gouvernement, *e ceux aux yenx desquels le grand chef faisait briller l'or des contra cteurs, et surtout de la masse ignorante qui craignant Wenfer, votait comme monsieur le curé l'entendait."

M. Mercier ne protesta pas contre un langage aussi insultant ; la Patrie dit même que M. Dandurand fut applaudi.

Le premier ministre pourrait nous dire si c'est comme marque de sympathie pour les principes radicaux de son ami Dandurand qu'il s'est empressé, en arrivant au pouvoir, de le nommer magistrat intérimaire à Montréal et de lui glisser dans le gousset un joli magot.

C'est M. Mercier qui écrivit un jour à un de ses amis cette phrase où se révèle le radicalisme de son auteur.

11 M. Beaugrand aurait dû comprendra qu'il fallait marier la filie avant de faire la noce ; qu'il n'était pas bon d'effrayer le peuple avao des idées trop avancées. C'est pour cela que je me propose d'appeler mon nouveau journal Le Temps."

Ces paroles ont une grande signification, et lorsque nous voyons M. Mercier faire des efforts pour gagner le clergé à sa cause, sembler s'éloigner de la Patrie dans le moment, tout en conservant Y Electeur qui vaut moins, nous nous demandons si ce n'est pas dans le but de marier la fille avant de faire la noce ou en d'autres termes, tromper la bonne foi de notre population pour, lorsqu'il croira le temps arrivé, se dévouer à la diffusion des doctrines dangereuses que nous avons signalées.

Il n'y a pas très longtemps qu'il disait en plein banquet libéral :

" Je vois assis à mes côtés — et c'est ma f*veur pour laquelle ie remeroie la Prr/vidence — le Maire de Montréal [M. Beaugraod] et c'est une ciroaaUnoa heureuse qui4ne s'est pas rencontrée depuis un grand nombre d'armées."

Vraiment le passé de cet homme est ^trop compromis pour garantir l'avenir.

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