POUR LA VIK
à la iilioronomic, à la dynamique, à la onccanl' que et à l^pliénoménologie, sciences elles-mùmes tout abstraites et formelles suivant lui, et qui ne dépassent pas l'étude du mouvement. Si nous voulions démêler l'idée directrice de ce livre substantiel et profond, et faire la part de ce que nous avons pu apprendre en physique et en chimie depuis qu'il est écrit, nous trouverions sans peine que le fondateur du criticisme arrivait à une théorie de la matière fort peu différente de celle que nous avons esquissée, ainsi qu'à une façon toute semblable d'entendre la constitution des sciences. Malheureusement Kant a attaché sa classitication au système vicieux de ses catégories, ce (jui met du trouble et non pas de Tordre dans son ouvrage. Nulle part non plus, que je sache, il n'a abordé d'une manière systématique le problème de la nature vivante. Entre les questions de la physique brute et abstraite et celles de la morale, de l'histoire, et de la théologie qu'on pourrait appeler pratique, il n'a rien osé sonder des réalités de l'univers (1).
Je reviens à l'histoire naturelle et à l'origine des espèces vivantes. Les systèmes dont j'ai indiqué en dernier lieu la méthode et l'esprit pèchent par un vague irrémédiable, outre que leurs conclusions panthéistes, optimistes, nihilistes, n'of-
(1) Voyez ci-dessus, p. l'24 et 2r)L
frent guère l'intérêt d'une histoire réelle de la vie. On a pu voir ([ue les systèmes des naturalistes ont plus de prise sur la réalité que ceux des philosophes depuis Leibniz, quoique assurément leurs principes ne soient pas assez réfléchis et médités. La théorie dont il me reste à parler confirmera ce jugement. Elle est la plus récente et elle est rapidement devenue la plus illustre de celles qui sont nées d'une longue étude des faits. On remarque dans la doctrine de Darwin, au moins avant qu'il eût été gagné à l'entraînement de ses disciples, cet heureux mélange de la spéculation libre avec les faits respectés et inaltérés, cet usage de l'induction à la fois mesurée et hardie, qualités essentielles dont l'Angleterre a doté la science depuis Newton. Il est ensuite remarquable que l'idée peut être la plus radicale de la théorie nouvelle soit empruntée à celui des deux courants de la philosophie naturelle, le moins suivi, mais non le moins intéressant, depuis Leibniz et Bonnet. Darwin prend dans l'individualité le principe de la vie, en ce sens qu'il considère l'organisation et l'instinct comme donnés dans l'individu, pour ainsi dire libre de varier, puis transmis et accrus ou modifiés de génération en génération, de manière à présenter enfin les caractères appelés spécifitjues. Ce n'est donc pas du moins en suivant la voie commune, mais c'est en partant du fait des différences individuelles,