‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 106 sur 199 · P(3UU LA VIE · texte numérisé non relu

P(3UU LA VIE

Une espèce s'établit plutôt qu'une autre, ou plus nombreuse, et se divise d'autant; les races intermédiaires s'éteignent; on voit enfin de grandes familles s'universaliser, séparées beaucoup moins par les climats que par la barrière des grandes mers, quand l'homme ne vient pas la leur faire franchir.

Cette hypothèse, plus spécieuse que bien d'autres, renferme une part de vérités observées et reconnues qui restera. Mais en elle-mùme estelle de nature à se confirmer, ou du moins à devenir l'objet d'une forte induction, comme l'espère l'auteur? De ce que les espèces peuvent se considérer comme théoriquement variables, et en ajoutant que les naturalistes out une peine extrême à former une classification stable d'espèces, toutes suffisamment caractérisées et vraiment fixes, en botanique surtout, sommes-nous forcés de conclure que le possible est aussi le réel, et qu'il n'y a point eu de bornes dans le passé à cette variabilité, si restreinte dans le présent, et dont la paléontologie n'apporte pas encore plus de preuves que l'histoire ? La concurrence pour la vie et la sélection naturelle n'obligent pas le philosophe qui les admettra à nier l'existence d'une autre loi propre à en limiter les effets. Cette autre loi serait celle de la spécificité naturelle et primitive, c'est-à-dire inhérente à des germes diUérents, et eux-mêmes antérieurs

aux conditions terrestres sous lesquelles ils sont développables ; puis celle de la conservation des types, quels que soient d'ailleurs le nombre véritable et la définition plus ou moins large de ces derniers.

Le savant observateur accumule ingénieusement une masse de possibilités induites des faits. De plus il les rattache à des principes réels et profonds. Et cependant il ne saurait prouver que les espèces, toutes changeantes qu'on les supposerait, ou même toutes changées depuis l'origine, n'ont pas été, à l'origine, autant ou plus nombreuses et variées ([u'elles sont aujourd'hui. 11 croit toutes les formes descendues d'un jn^ototype unique, ou tout au plus de quatre ou cinq types primitifs, ])o\\r\eY('^neammn\.etd\mnombre égal ou^moin-

dre iiour le végétal. Mais ce n'est pas même par Yanalogie, comme il le pense, qu'il est conduit à cette hypothèse. Il y est directement porté par la tendance illusoire de l'esprit humain à tout réduire à la simple unité et à tenir pour expliqué l'inexplicable réduit au minimum. L'analogie peut bien appuyer la thèse de l'altération des formes à travers la longue série des générations passées, sans toutefois nous éclairer beaucoup sur la limite de ces altérations; mais en creusant tant qu'on voudra la difierence possible des descendants et des ancêti'es, l'analogie ne nous apprend pas si ceux-ci déjà ne dilleraient pas en-

THEORIK DE LA COXCUUKEXCE

tre eux, et peut-être môme sur des points où ceux-là sont airivés à se ressembler. Je raisonne ici dans la logique du système.

La véritable classification naturelle, selon Darwin, serait celle qui se référerait exclusivement aux généalogies, et déterminerait des espèces, des genres, des ordres, en fixant les points d'embranchement d une famille aussi vaste que possible. Mais en suivant cette idée spécieuse, on fonderait la classification des êtres sur l'histoire des êtres, qui est à peu près inconnue, et, en attendant, sur des hypothèses, et sur une très grande et très suspecte. Les naturalistes, qui ne trouvent pas assez d'éléments rassemblés de cette histoire, forment, d'après l'organisation, les classes et jusqu'aux espèces, et croient avec assez de probabilité à l'accord de la loi des générations et de celle des ressemblances, tout le long des séries dont les origines sont ignorées. Darwin lui-même se base apparemment sur les types pris en eux-mêmes, et non sur la paléontologie, quand il admet peid-ètre quatre ou cinq exemplaires primitifs de l'existence animale. Mais ce nombre est trop faible pour qui a égard aux faits et pour (|ui modère ses inductions; trop fort de trois ou quatre, et Darwin l'a bien senti, lorsque l'on obéit au penchant des théories unitaires, et ([ue, au fond, Ton subit la crovance au développemeut d'une substance unique de la vie ;

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