LA PLURALITÉ *. VRAISEMBLANCE LOGIQUE
et cela sans préjudice pour elle, un terrain de plus à la raison. C'est ainsi qu'elle a renoncé à un système astronomique qui lui était cher, et dont le fondement était le même à ses yeux, et non moins sacré, que celui de l'unité originaire de l'humanité. C'est ainsi qu'elle cesse de se croire tenue de regarder l'apparition des diverses espèces animales comme appartenant à une seule époque, et contemporaine de l'apparition de rhomme. Et s'il faut décidément reculer ce dernier événement au delà des limites permises par toutes les versions des textes révérés, comme cela paraît maintenant le cas, la foi devra se résigner encore, sauf à mettre l'interprétation en jeu, car cet instrument ne fait jamais défaut, ou à professer enfin avec Spinoza que l'essence de la révélation étant la morale, les révélateurs n'ont bien su ni la physique ni l'histoire, et en ont parlé comme tout le monde.
Dès à présent, différents motifs doivent incliner, ce semble, vers l'opinion de la multiplicité primitive des familles humaines une critique sans prévention et sans système.
D'abord, la thès^ de la pluralité a pour elle une probabilité logique très réelle. En effet, les mêmes causes et les mêmes conditions qui ont amené un premier couple humain ont pu également en amener plusieurs, et le choix que, à notre point de vue, nous voudrions faire de
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l'unité est tout gratuit. L'esprit de l'homme a manifesté de tout temps sa tendance à remonter à ïiai et à partir de 1'?^^ en toutes choses; mais ce n'est là qu'un instinct dont le but est de simplifier les problèmes, et il entre de Tillusion à croire ceux-ci plus simples quand ils ne sont que rapetisses, et demeurent d'ailleurs essentiellement les mûmes. La réflexion apprend à poser les questions indépendamment de la facilité que nous trouvons à les résoudre, surtout quand cette facilité n'est qu'apparente. Un narrateur de légendes a bien pu condenser l'Homme dans un homme premier et unique, et mieux réussir par ce moyen à se rendre compte des premiers mou- \'ements et des premiers eftets de la vie morale que s'il eût étendu sa vue sur l'ensemble des cas semblables; mais le philosophe doit savoir entendre généralement, et supposer vrai d'un nombre quelconque de sujets particuliers, ce que le naïf historien des temps primitifs ne s'est représenté qu'individûment. Par cette correction les vérités se conservent ou se retrouvent, comme nous le verrons ailleurs. Les erreurs seules ont disparu.
S'il s'ngissait d'un problème encore plus primitif que celui de Torigine de l'humanité, je rappellerais que la réflexion doit dissiper le prestige dont les rêveries dogmati(iues ont entouré l'idée de Tuiiité : au lieu de l'Un substantiel, simple et