CJ
Il -I
Lxxn
rNTIlODTX.TlOX.
LES PHOBAFîTTJTKS MORALES.
LXXTTT
D. Li:s imu)I?aiulttl:s moualks.
La croyance, plus ou moins généralisée parmi les hommes, reste en possession de tout le domaine des jugements qui ne sont pas compris dans c(^ premier ordre de la cerlilude dont on a vu les bornes, ou qui ne s'y ramènent pas progressivement par la voie des sciences.
Cetl(^ croyance a des motifs tenant lieu de preuves à ceux qui la partagent, et ces motifs, jugés suffisants, donnent à son objet le caractère Ai^ prohabilité morale : probabilité ou crédibilité dont les éléments échappent, en très grande partie, au calcul des chances, et que ce défaut d'évaluation mathématique ne rend souvent que plus propres à s'imprimer dans la conscience en manière de certitude.
Les sciences elles-mêmes ne dépasseraient pas la probabilité morale, si on ne pensait qu'à la part prise par le témoignage et l'autorité dans leur mouvement et leur établissement. L histoire la plus avérée ne la dépasse pas, non plus que la constatation de faits particuliers actuels, sur indices et témoignages, quoique
pour un très grand nombre de cas historiques ou moraax la conviction obtenue l'emporte sur celle que donnerait une probabilité calculée, si élevée qu'elle fut.
Enfin la critique entière, et éminemment les affirmations de Tordre appelé philosophique, sont du ressort de la probabilité morale. La direction volontaire de l'esprit y a même tant de part, ainsi que la passion de savoir ou de croire, que les hypothèses, les notions vagues ou fictives, et beaucoup de sophismes habituels en écartent souvent toute bonne méthode, et s'opposent à l'établissement régulier de la recherche. D'autres fois, la contradiction n'arrête seulement pas les systèmes. Avec de prétendues définitions et de prétendus raisonnements, on assigne l'origine première et la fin dernière, on construit la synthèse universelle des phénomènes; et devant l'illusion des écoles, érigée en autorité, le critique, pour tenir ferme dans la raison, est obligé de faire de son arbitre un usage plus violent que n'y paraissent condamnés ceux qui la renversent.
Trois grandes questions restent posées dans l'ordre pratique et moral, et dans Tordre théorétique aussi, entre certaines limites, pour celui
H ri
tri
J^;^;ïV INTRODUCTION.
qui rejelle les spùculalions iniiiiitisles. Ce sont les questions liées de la liberté humaine, de rimmorlalilé personnelle, et de la divinité comme -arantie du bien dans le monde.
Les Uiî'ses de la raison pratique de Kanl, faisant suite à la critique de la raison pure, après Fabandon des pliilosophèmes de l'ancienne métapliysi(iue, devaient porter naturellement sur des affirmations autres que celles qui venaient d'être jngées contradictoires; autres, et cependant proprets à donner à la morale un fomb^nent externe et à satisfaire la conscience. Kant a posé ce problème et a voulu le résoudre; mais sa solution est fausse.
Kant a mis la loi morale dans Tabstraction et dans Tabsolu, en la déclarant indépendante de tout ()l)jet de Texpérience et de toute affection humaine.
l^irlant d(^ la loi morale ponr établir la liberté,
([ue, en elfet, elle suppose, il s'est vu conduit îi rt'^'arder C(,4te liberté aussi comme absolue et rntièremeut iudépf'udaute des phénomèrws. Par là il a rétabli un être ni s(u\ cause intellif/ihle pure, aouiurue abstrait, destiné à servir de support à la liberté, (4 qui est une de ces notions vides dont il semblait avoir voulu délivier l'espril hnmain. Mi ce n'est pas loul. mais la liberté
LKS IMU)1^\B1TJTKS ^^0RALKS.
même, attribuée au noumène qui nVst ritni, disparaît d'entre les phénomènes et laisse à sa place Je déterminisme, la nécessité.
Kant a soumis au même procédé la thèse di» Timmortalité personnelle. J^ourdonner un objet au sourerai/i bir/i, c'est-à-dire à V accord du bonlu^ur et de la vertu réclamé par la consciimce morale, il est sorti du monde sensible et })hénoménal ; il ne s'est pas demandé si la notion de ce monde était ou non susceptible de généralisation j)our répondre à ses vues ; mais il a supposé, au lieu de la personne et de ses conditions empiriques, une abstraction, et au lieu de la nature un ordre de choses différent, inconcevable en lui-même, inconcevable encore dans son rap})ort avec la nature.
h]nhn, il a cherché Tharmonie de la nature et de la moralité dans Thypothèse d'une existence étrangère, selon la raison, à la moralité et à la nature : dans le sein d'un Créateur qu'il a bien qualifié de volonté, à'intelli(jence et de bonté, mais qu'en même temps il a voulu être absolu, n'être pas antlnoponiorphc ; dans une essence intellifjible , tout autre que phénoménale, dénuée par conséquent de tout rapport intelligible avec les [)hénonù'nes, avec la pensée elle-même.
IXTUODUCTIOX.
LES 1»K0BAB1LITÉS MOUALES.
Sans sortir des pliénomènes, on peut comprendre l'immortalité des personnes et, plus généralement, la perpétuité des êtres vivants imlividuels, en tant que loi possible de la nature, et appuyer la croyance en un(^ telle loi sur de solides motifs.
La loi de finalité est la forme essentielle de Torganisme et du l'égne entier des instincts et des passions su})erposé à Forganisation. Dans Tordre de la vie, tout changement implique une lin dont les moyens sont donnés. L'expérience en révélant les rapports des organes aux fonctions, et de celles-ci entre elles pour converger à la génération et au développement d'un être individuel, Texpérience montre la nature comme un système de moyens et de fins, lesquels prennent enfin connaissance d'euxmêmes, comme tels, dans la conscience.
La théorie dite des conditions cV existence ^ quand on en retranche les prétendues explications de la vie tirées d'une causalité physique, ou fortuite ou nécessaire, ne peut que confirmer le grand fait de Tharmonie de finalité : car tout son esprit consiste alors en celte remarque : que rien ne se produit dont les comUtiiHis naient été données préalable-
ment. Or, que se produit-il en suite de ces conditions? \\ se produit, entre autres phénomènes, des instincts et des mouvements instinctifs, des images prédisposantes, des sentiments de futurition confus, des passions obscures portant sur l'avenir, finalement une conscience réfléchie du bien, tous faits naturels à leur manière, et qui aboutissent à poser dans les conditions donnéeSy outre ces conditions, des moyens vivants pour atteindre des fins.
La loi téléologique naturelle a en somme un sens et des applications palpables, et ne doit pas être rendue solidaire de la méthode vicieuse qui procède à la construction de théories physiques à l'aide de Thypothèse de causes finales particulières.
La loi téléologique naturelle a pour signification, en termes communs, Texistence d'une destinée des êtres vivants. Cette destinée est visiblement conditionnée et limitée, quand il s'agit des individus. Jusqu'à quel point limitée? là commence la question, et on peut la poser ainsi :
Y a-t-il une induction légitime à tirer, de la destinée connue et partielle des êtres individuels, à une destinée générale et indéfiniment prolongée de ces êtres, comme tels, dans la nature ?