‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 15 sur 199 · LXX I X · texte numérisé non relu

LXX I X

La légitimité de riiidiiction serait avant tout morale, ou de raison pratique. A l'égard de l'ordre rationnel et de Tordre physique, la pure possibilité suflirait.

L'adage que In naiuve jait tout pour r^spècc est une aflirmation toute relative à Tapparence et, au surplus, gratuite. Rien ne prouve que les espèces ne sont pas périssables, et rien ne prouve (jue \id<^ iudividus n'ont ])as une palin-

genesie.

Pour prendre^ la ([uestion de liant el dans toute sa généralité, on doit choisir entre deux opinions : Tune dirige la linalité naturelle des êtres vers le Tout et sacrifie à ce Tout les individus (juclcoiiques des temps passés et futurs, sans pouvoir reconnaître* à aucun d'eux la vertu (Vélre j)Our soi un but el une permanence. L'autre opinion ne trouve que dans l'individu la qualité d(* pouvoir élre un but, et, en consé(}uence, croit la linalité naturelle ap{)iiquée à produire des individus de plus en plus conscients, |)erpétués par la mémoire et permanents dans le changement même.

Le Tout sans conscience est cette* substance où Tabslraction idenliiie Tètre et le non-ètre, et qui ne* [)eut se conc(*voir comme une lin morale. Les louts partiels, les espèces, les con-

sciences mêmes dont on le composerait, mais dont aucune n'aurait de permanence, ne peuvent être des fins les unes pour les autres, n'en étant point pour elles-mêmes, sans que l'idée propre du but ne s\*vanouisse en résultat par l'inconsistance universelle. Donc le problème de la généralisation de la loi téléologique se résout ainsi par une négation, et la conscience humaine n'est pas satisfaite.

C'est dans l'autre hypothèse seulement que la conscience parvient à donner à la loi téléologique dans le monde une valeur comparable, une existence analogue à celles que comporte sa propre constitution.

11 reste à savoir si cette extension de la linalité est .possible, c'est-à-dire compatible avec les notions de l'entendement et avec les lois que l'expérience constate.

L'argument usité pour exempter la personne de la décomposition et de la mort, terme de tout organisme, se fonde sur une distinction de nature entre la conscience, une, sim|de et inaltérable, dit-on, et les organes composés, dissolubles, mortels. De là les ancienniîs DénionS' tratlons de Vlunnortaiité de rdnte,

11 suffit de signaler les systèmes et les débats sur l'unité ou pluralité de la substance,

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et sur la signification môme de ce mol su/j- Uancpy pour réduire ces démonstrations à leur valeur.

Peut-on par hypothèse, faute de mieux, admettre sous le nom ^'àme^, des êtres permanents, intellectuels et volontaires sans organismes, et qui seraient liés seulement par le fait et passagèrement à des fonctions organiques et physiijues? On le peut à la rigueur ; on peul même supposer d'autres entend(mients, d'autres catégories, une autre expérience. Mais k^s seules hypothèses susceptibles d'une probabilité quelconque sont celles (|ui étendent les lois connues et vérifiées, au lieu d'en poser de radicalement différentes.

La supposition des âmes séparées ne sulht pas plus (ju'ell(' n'est nécessaire pour la thèse de l'immortalité. En effet, Tunité et l'indivisibilité (ju'on leur attribue dépendent de ce qu'on leur refuse les propriétés extemives qui rendraient leur décomposition possible. IMais nous conc(^vons, au défaut de celles-ci, des propriétés intrnsirp^^ une composition intensive de la conscience, et une ph^ralité des fonctions plus ou moins intenses (jui la constituent. Donc les Ames séparées pourraient encore être périssables par la division de leurs facultés et par

LES PROBABILITES MORALES

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l'affaiblissement^ par Vextinction de chacune de ces dernières ou de toutes ensemble.

Ne sortons pas des lois empiriques, généralisons-les au lieu de nous y soustraire^ laissons les substances et les composés fictifs. Au point de vue des purs phénomènes^ la thèse de Timmortalité reçoit aisément cet énoncé scienti-

lique :

L'expérience actuelle montre des phénomènes associés de dillerentes espèces, se liant à l'existence et au développement d'une conscience dont la mémoire, la volonté, la responsabilité fondent la permanence intellectuelle et morale à travers tous les changements. L'expérience future, en disposant du temps et de l'espace, peut montrer une série de phénomènes analogues se liant également à une conscience, et cela de telle manière que celle-ci se rapporte à la précédente, la comprenne et la développe à nouveau, et ne forme enfin avec elle qu'une seule mémoire, une seule volonté, une personne unique.

Cette loi est hypothétique sans doute, mais n'a rien de contradictoire :

Elle admet le rapport constant d'un orga-

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INTHODrCTlON.

uismc h une personnalité, et s'y appuie pour baser une induction.

l^]lle admet une adajdation mutuelle très expresse du développement des fonctions de dillérents ordres, en faveur du retour de la personne : ce n'est <]ue Textension de cette même finalité à laquelle celte personne a déjà dii son avènement antérieur.

Elle admet que deux organismes dilTérenls peuvent se lier en divers temps à une même personnalité. Or ceci n'est pas absurde suivant Texpérience et l'analogie, car nous voyons, sous le rap|)oi't de la niatirre, les éléments composants des coi'ps, emportés dans un tlux continuel (|ui n'empêche pas une autre permanence, celle de la forme nuitérielle ; et nous voyons, sous le rapport d(^ la forme y chaque organisme (|ui doit être corrélatif d'une certaine conscience, se délinir depuis son origine jusqu'à sa lin par une loi d'évolution beaucoup plus (jue comme une essence fixe.

Toute la difliculté consiste en ce que révolution (jui embrasserait dans une loi uni(}ue l'organisme actuel el Torganisme futur échaj)pe entièrement à Ti^xpérience actu<dle. ]\Iais si la transition (h^ V\m à Tauti'e était connue ou prévue scientiliquement, rimmortalité aurait la

LES PROl^AUlLITES MOUALKS.

valeur d'un fait et non plus d'un postulat de la raison morale. 11 suffit donc qu'il n'y ait pas, et il n'y a pas en etfet d'impossibilité à opposer à ce postulat. On j)eut seulement préférer cet autre : que les lois du monde ne s'étendent pas au delà de ce ({u'il nous est donné d'en savoir. C'est ce que ne craignent pas de professer les doctrines qui ont la prétention d'épuiser l'es- ])rit humain et Tunivers. C'est ce que pensent plus banalement de nombreux savants spéciaux (jui confondent l'idée de Yincomiu avec celle de Vùiexistant ou même dtî ïhnpossiùle. Ayant à prouvei* (]ue la loi de personnalité s'arrête aux phénomènes présents, ce (jui est un fait /fef/atify ils ne peuvent invo([uer logiquement (jue l'ignorance. Mais l'ignorance des lois physiiiues sur ce sujet est i^récisément le premier moment d'une argumentation invoquant des motifs d'ordre moral.

Si on ne demande au défenseur de l'immortalité (jue des hypothèses, pour combler le vide laissé dans l'esprit par cette ignorance, il a le choix entre plusieurs. lA plus ces liypothèses paraîtront en elles-mêmes gratuites, si d'ailleurs elles ne sont j)as plus réfutables cpie démontrables^ mieux sera atteint le seul but possible

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