LES ORIGINES PREMIÈRES ET MORALES. 18 J
un produit de sélection et d'élevage, du à l'art d'un ou de plusieurs êtres supérieurs. On ne saurait dire qu'une telle imagination ait passé sans aucun scandale, ou sans provoquer une sorte d'irritation chez des adeptes de l'évolution universelle et continue; mais on ne peut pas non plus prétendre qu'elle soit plus facile à réfuter qu'elle n'est facile à prouver, tant que les sélectionistes, auxquels on la propose, restent incapables d'expliquer par sélection graduelle et voie de continuité les facultés spéciales de l'homme, aussi bien, d'ailleurs, que de rendre un compte scientifique de la manière dont les intervalles de classes et d'embranchements ont été franchis, et enlin de l'origine même de la vie.
Pour juger que l'hypothèse de l'origine physique de Thomme la moins invraisemblable est celle qui place sa conception première dans la matrice d'un animal, il ne faut que la comparer froidement avec les autres manières possibles de se représenter l'entrée de cet être dans la nature. L'opinion d'Agassiz, suivant laquelle tous les êtres organisés, « loin de devoir leur origine à l'action continue de causes physiques, ont successivement foit apparition sur la terre e7i vertu de Vintervention miynédiate du Créateur (1) »,
(1) De Vespêce et de la classification en zooloffie, tradiiclion de langlais parFùlix Vogeli. Paris. 18H9, p. r218.
H. — Il
EXAMEN DE l'ORIGINE
cette opinion, en dehors de sa partie négative dont il n'y a rien à dire, a rirrémissible tort de n'indiquer en aucune façon les voies naturelles que le Créateur a pu suivre pour faire apparaître l'homme sur la terre, et, en général, produire matériellement ce ([ue le môme savant nomme des « pensées divines exprimées dans la nature parles réalités vivantes ». L'intervention immédiate de Dieu implique la négation d'un principe revendiqué par toute philosophie naturelle : à savoir que Faction de Dieu sur le monde physique s'exerce par des lois générales, originellement établies, et qu'ainsi des phénomènes produits dans la nature doivent aiïecter la forme de phénomènes naturels. La pensée d'Agassiz ne nous mène donc pas plus loin, seulement c'est en termes abstraits, que ne fait, en termes symboliques et langage d'ancien temps, le récit de la formation plastique des animaux par les mains de Dieu, et d'une insuftlation spéciale de sa bouche dans les narines de l'homme.
Cependant si nous excluons de nos hypothèses cette action immédiate de la divinité, sans nous résigner à faire sortir l'homme terrestre de l'animalité antérieure, nous n'avons plus le choix qu'entre des idées qui sont tout aussi peu scientifiques que la première : ou la suscitation sans précédents de l'homme adulte par l'action de causes naturelles dont rien au monde ne nous
TERRESTRE DE L HOMME
offre actuellement les analogues ; ou le développement dans un milieu convenable de certains germes spécifiques dont les parents n'étaient pas antérieurement donnés, dont l'origine, qui serait alors à rechercher, poserait le même problème en le reculant, et qui devraient, contrairement à ce que nous voyons de l'espèce humaine et chez tous les animaux supérieurs, donner naissance en se développant dans un milieu tout physique à des individus en état de se suffire.
Le grand naturaliste que nous nommions tout à l'heure a été, dans les lignes principales de sa doctrine, le représentant de l'opposition à la philosophie de l'évolution ; il en a combattu les deux principes essentiels : celui de l'unité comme celui de la continuité. Il devient tous les jours plus probable, dit-il, « que les espèces n'ont pas pris origine par couple unique, mais ont été créées avec un très grand nombre d'individus, dans les proportions numériques qui produisent l'harmonie naturelle entre les êtres organisés ». Les faits a nous obligent à écarter de la définition philosophique de l'espèce Pidée d'une communauté d'origine, et, conséquemment aussi, l'idée de la nécessité d'un lien généalogique... Ce qui en effet possède la réalité de l'existence, ce sont les individus, ce ne sont pas les espèces. Nous pouvons à la vigueur considérer les individus comme des représentants de l'espèce, mais ni un individu