‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 143 sur 199 · EXAMEN DE L ORIGINE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE L ORIGINE

ni un nombre quelconque d'individus ne représente simplement l'espèce sans représenter aussi en même temps le genre, la famille, l'ordre, la classe et rembranchement.... L'espèce est une entité idéale aussi bien que le genre, que la famille, etc.,... ou tout aussi réelle » ; les individus représentent dans la nature à la fois, également et pleinement, les caractères de tous ces groupes, mais ils « existent véritablement d'une autre manière... ils sont les supports, pour le moment présent, non seulement des caractères spécifiques, mais encore de tous les traits naturels au moyen desquels la vie animale se déploie dans toute sa diversité (1) ».

L'apparition simultanée de l'espèce et du multiple des individus dans l'espèce, ïharmonie naturelle entre les êtres organisés, avec des proportions mmiériqiies données, et la non nécessité d'un lien généalogique entre les individus sont des idées qui n'ont peut-être pas encore été assez remarquées et qui sont dignes d'être méditées dans lerir rapport avec celle d'une création e nihilo, c'est-à-dire d'un premier commencement; mais on est surpris qu'un penseur ait pu s'y trouver conduit et ne pas se sentir obligé, pour les admettre, de se figurer, de pouvoir se figurer d'une manière ou d'une autre, la possibi-

(1) Agassiz, De Vespéce et de la classification, p. 265- 270. VovGZ ci-dessus, | IX, note G.

TERRESTRE DE L HOMME

lité d'une semblable production spontanée, au milieu d'un ordre de choses déjà établi, d'une nature déjà existante. Dans une création absolue ou d'origine première des phénomènes, l'incompréhensible est à sa place ; il n'est pas seulement })ermis , il est logique et forcé ; mais là où il s'agit de phénomènes dans un ordre de choses établi, on est tenu de supposer, dans ce qui est, des moyens pour ce qui devient. Ne pouvant s'en figurer aucun d'applicable au cas de l'origine de l'humanité, quand on la rapporte à une « intervention immédiate du Créateur », il conviendrait de renoncer à l'immédiateté, ce qui d'ailleurs n'est point renoncer à l'action divine exercée par l'intermédiaire des lois.

Agassiz s'exprime en ces termes, dans un passage où il argumente en faveur de la multiplicité des types à toute époque, ou de l'existence simultanée des types les plus diversifiés sous des conditions identiques (fait en désaccord avec la docti'ine des transmutations) : « Le terme de nos recherches quant à la reproduction et à la multiplication des animaux, c'est l'œuf, incontestablement. Nous savons que jamais il ne se forme d'œuf librement, mais que ce point de départ d'un être nouveau est le produit d'un organisme spécial ; c'est-à-dire qu'il suppose l'existence d'un parent. Notre science ne va pas au delà. Pour ce qui est du mode d'origine des êtres organisés.

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lors de leur apparition première, ... ilsemUe naturel que la condition préalable nécessaire à la reproduction d^un nouvel être soit envisagée comme une des conditions préalables nécessaires à sa première apparition. ., S'il est incontestable que, pour la reproduction, un parent soit nécessaire à la production d'un œuf, jusqu'à ce qu'il ait été démontré que l'être primitif s'est formé autrement, je ne puis m'empêcher de m'arrùter, dans l'état actuel de nos connaissances, à l'idée d'un œuf priynltif ayant ponr jiarent un acte de création (1). » Il faut se rappeler que cette explication d'Agassiz se rapporte à une époque de création partielle, non à l'acte créateur premier et absolu, et que ce savant n'admet point de dérivation, point de dépendance des êtres d'une époque de la nature par rapport à ceux de répoque précédente, non plus qu'aucune mutabilité des espèces, au cours de chaque période (2). Il n'a pas fait attention que son raisonnement, qui suppose des condition^ préalables à l'apparition première, comme il y en a à la reproduction, était un démenti donné implicitement à l'esprit de sa propre hypothèse. Les seules conditions préalables qu'il eût le droit d'envisager, c'était, non celles qui prêtent au créateur un mode plutôt qu'un autre de créer, —et un mode, remanjuons-

(1) De respèce de la classification, p. 10 (noie).

(2) IcL, ibid., p. 7G et suivantes.

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le, qui, suivant tout ce qu'on sait, implique relation à des pai'ents, dont l'existence, dans le cas de création, est exclue, — mais celles qui consistent dans la donnée antérieure des moyens de développement de l'œuf créé, et de la nourriture du jeune être sans parents. Or. précisément, il n'y a rien que nous puissions imaginer, à quelque époque que c'ait été de la nature, qui ait pu suppléer à des parents pour la formation ab ovo des êtres supérieurs.

Au lieu de cela, considérons l'hypothèse de la création partielle, du même œil que nous ferions celle d'un pur premier commencement, où nous n'avons pas à nous préoccuper de conditions préalables à l'apparition première, l'idée de l'origine ovoïde, prise au simple point de vue créationiste, n'a pas l'avantage de rendre l'acte créateur plus accessible à l'entendement, puisqu'il y est, de toutes manières, absolument inaccessible; mais, en revanche, elle a le plus d'affinité avec les anciennes cosmogonies panthéistes, avec les doctrines de développement spontané de la nature, et d'action universellement productive des forces physiques, qu'Agassiz avait le plus à cœur de combattre. Rien de plus conforme, au contraire, à l'idée créationiste forte, entière et sincère, que rhypothèsedu commencement simultané dans le parfait, l'harmonique et le complet; et rien de plus concordant avec la doctrine de l'es-

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sentielle multiplicité, défendue par Agassiz luimême, avec sa belle formule de l'indissolubilité de l'être et de ses rapports, en l'état primitif des choses : « Du jour même de leur apparition, les pins ont été des forêts; les bruyères, des landes; les abeilles, des essaims: les harengs, des bancs de harengs; les buftles, des troupeaux; les hommes^ des nations (1). ^)

J'ai l'intention de traiter, dans ce chapitre, de la création considérée comme origine morale du monde, et non pas seulement matérielle, et il peut sembler que je me sois éloigné de mon sujet dans les pages précédentes. Mais si je suis revenu pour les discuter, sur quelques points, bien intéi-essanls d'ailleurs, de la théorie d'Agassiz, c'est afin d'arriver à une conclusion générale sur l'inaptitude commune des hypothèses qui considèrent la nature. Tordre empirique actuel des phénomènes, comme aj^ant été l'objet véritable et le produit direct de la création, à justifier l'o.Hivre du Créateur. La théorie de la création évolutive et continue, qui fait d'un monde mauvais (siège de tout mal) la condition et le moyen des biens, ou moindres maux , qu'elle nous promet pour l'avenir , n'olïense pas plus nos sentiments de justice et de bonté, que ne fait la théorie des créations successives, puisque le monde ci'éé est

(1) là., il kl., i). "//).

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des deux parts le même en lésultat, l'homme se trouvant placé, quand il apparaît, dans un milieu brutal, en grande partie hostile, où la lutte pour la vie lui est imposée contre les animaux et contre ses semblables. La façon vulgaire d'entendre les récits de la Genèse pour les faire se prêter aux exigences de l'histoire naturelle, n'est pas plus satisfaisante pour nos sentiments moraux ; car en écartant simplement de ces récits ce qui est mythe ou symbole, on se met forcément en face de la même idée que dans les deux hypothèses scientifiques, c'est-à-dire qu'on suppose toujours la venue de rhomme sur la terre après qu'a été créée sans lui cette nature que nous connaissons, qui est un théâtre si mal piéparé pour son activité honnête et pacili(iue. Après cela vient le iic'ehé originel, selon la même interprétation, mais le \)qc\\q iJrécédé du règne moralement inexplicable du mal physique. Le récit mythique du séjour paradisiaque et de l'état d'innocence des premiers êtres avait du moins cette supériorité idéale, qu'il nous permettait de nous transporter en imagination, encore que sans nous rendre compte des conditions d'une telle possibilité, dans un état de choses où le mal n'avait place sous aucune forme dans le monde externe, parce qu'il n'en avait aucune encore dans la conscience.

Le naturaliste est par grâce d'état, comme Test

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aussi très généralement le poète, un admirateur du monde merveilleux qui lui est donné à contempler; le sentiment esthétique altère un peu chez lui le sentiment moral. Darwin, écrivant les dernières lignes de son ouvrage capital, exprime avec confiance l'idée que ce monde où règne la loi du slrugglc for lifc est, à cause du résultat, qui est la production d'une infinité de formes vivantes en partant d'une seule ou de quelquesunes seulement, la digne œuvre du Créateur. Agassiz, qui entend tout autrement que Darwin la méthode de la création, est en extase devant la conception des espèces, genres, familles, ordres, classes, embranchements, toutes coupes naturelles « instiluéespar l'Intelligence divine comme les catégories de sa pensée » ; il tient pour un « système parfait », et une « admirable harmonie » l'ensemble de ces « catégories d'existence », œuvre d'un esprit qui les institue « avec réilexion et de propos délibéré » ; il va enfin jusqu'à demander si nous ne devons pas « regarder ce concert spirituel, (juc forme la combinaison des mondes et de tous leurs habitants en présence du Créateur, comme la plus haute conception possible d'un paradis? » (1). Ce dernier trait est vraiment extraordinaire.

Le philosophe qui a pour idéal la justice et la bonté ne saurait accepter pour le vrai plan divin

(1) IcL, ibicL, pp. 8, :J0, 100.

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du monde un ordre des êtres et de leurs relations qui nous présente Dieu comme le créateur de la chose môme qui a été la divinité monstrueuse des pires des religions, la grande nature qui se dévore incessamment elle-même et, ne produisant que des êtres éphémères qu'elle dévore aussitôt, n'est, au fond, pour tous que l'illusion universelle, la grande Maïa de l'Inde. Agassiz, il est vrai, n'est point un panthéiste, mais bien un crovant déclaré de l'existence des essences individuelles, et de l'immortalité même des animaux (1); mais le plan du monde qu'il imagine ne laisse pas de comporter le renouvellement intégral et l'entière destruction des espèces existantes à chacune des révolutions du globe, et l'emploi du procédé, destructeur aussi, qui consiste à composer des espèces avec des individus destinés à périr (2). L'instabilité, la guerre, la douleur et la mort sont donc toujours la méthode de la création, si cela se peut réellement appeler création. Rien de semblable, on devrait en convenir, n'est idéalement admissible dans ce que le dieu de justice et de bonté, s'il en est un, a pu vouloir et faire.

Ne peut-on pas reprocher d'avoir entretenu des vues trop courtes sur les possibilités de l'uni-

(1) IcL, ibicL, p. 98-100.

(-2) IcL, ibid., p. 80 et 104-100.

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vers, — et je dis cVun univers moine pliysique, — aux philosophes qui n'ont pas osé sortir du monde des naturalistes pour se donner la contemplation idéale d'une autre nature que Dieu aurait im vouloir et faire, parce qu'elle était bonne, et que l'Homme, le véritable homme primilif, aurait changée, parce qu'elle était constituée pour lui et dans sa dépendance? Ce n'est pas qu'elles aient manqué, les doctrines qui ont, les unes, parlé vaguement d'une « corruption de la nature » par le péché de l'homme, les autres, demandé à la métaphysique de leur fournir une théorie de la déchéance avant la nature, une idée de la chute de « la Créature », sorte d'être indéterminé, considéré dans l'unité, hors de toutes conditions définies à l'aide desquelles sa vie morale et son exislence eile-môme pussent être conçues avec la moindre précision. Ces dernières doctrines, d'esprit moniste, reviennent toujours en réalité à définir le mal par la division de l'unité primitive, soit Dieu lui-même, soit un être qui ne s'en distinguait pas, et, allant encore plus à fond, par la vie et par l'existence, dont les idées impliquent pluralité, individualité. C'est, à vrai dire, une forme du bouddhisme. Quant à l'autre doctrine, à la doctrine courante, elle place plus intelligiblement, et, au point de vue religieux, plus pratiquement, le péché originel dans l'humanité et sur la terre, mais cette humanité

LA PLUS HAUTE OmOINE POSSU^LE.

est réduite à un couple, mais cette terre du paradis, cette nature environnante, ne sont que l'idéalisation naïve des choses de notre expérience ; on est en peine de savoir en quoi la violation de la loi morale a pu consister, et on n'imagine pas, avant le péché, un état du monde organi.que assez durèrent de ce qu'il a été après, pour attacher un sens déterminé et profond au changement survenu dans la loi physique. C'est qu'il est de l'essence du procédé mythique d'user des images que chacun a sous les yeux, et de ne pouvoir s'en écarter sous peine de ne pouvoir plus se faire entendre.

Il est temps de nous demander si l'application de la méthode criticiste ne pourrait pas introduire des conditions nouvelles dans ce problème, en exigeant, d'un coté, des termes nettement définis en ce qui concerne l'unique sujet de la loi morale, qui est l'homme, et la propre matière de la violation, qui ne peut être que l'injustice commise, et en n'interdisant pas, d'un autre coté, les hypothèses les plus aventurées sur un monde d'expérience possible qui ne serait pas le monde de notre expérience. De « nouveaux cieux » et une « nouvelle terre », ainsi ({ue parlaient jadis les prophètes, une terre et des cieux du premier jour de la création, comme la théodicée les réclame, conçus sur un plan qui exclue de la na-

LA PLUS HAUTE ORIGINE POSSIBLE

ture la douleur, ce sont là des idées où Ton ne peut rien reprendre de contradictoire, des hypothèses que Timagination peut atteindre par de certains côtés, et dont la hardiesse extrême et rimmensité trouvent une excuse dans cela même qui paraît les condamner, je veux dire dans ce fait, qu'elles nous donnent à contempler un monde entièrement différent du notre, en sorte qu'elles ne demandent rien de nouveau et d'extraordinaire à ce dernier, et n'en craignent aucune objection.

Les auteurs des cosmogonies modernes ont cru s'élever à la plus haute génénilité possible par l'hypothèse de la nébuleuse. Remarquons que, pour la commune expérience et pour les esprits auxquels les concepts de substance et de matière abstraite ne font pas l'illusion d'expli({uer quelque chose, il n'y a certainement jjas d'hypothèse plus inimaginable que celle qui leur présente les mondes, la vie et l'homme comme sortis d'un nuage de matière homogène. Nous n'avons pas à craindre, en prenant notre point de départ dans les idées de l'intelligence et du bien, de tomber sur une hypothèse plus étonnante pour le simple bon sens que ne font les partisans de l'origine de l'univers dans la matière pure, quand ils prétendent tirer l'immense variété des choses sensibles, et le sentiment lui-même, d'une première masse à parties indistinctes. Arrivons avec eux

LA PLUS HAUTE ORIGINE POSSIBLE

à cette nébuleuse, admettons que le système solaire et les autres systèmes analogues de l'univers, enfin le monde entier jusqu'où qu'il s'étende, se soient trouvés dans cet état nébuleux à une époque quelconque ; que les phénomènes terribles de la pesanteur, les collisions des corps célestes et les elfroyables chaleurs dégagées qui les réduisent en vapeurs nous offrent un moyen -de remonter à la cause de cet état. Mais alors nous ne faisons que reculer le problème de l'origine, puisque nous avons encore à trouver celle des mondes qui furent quelque chose sans doute avant d'arriver ainsi à leur destruction. Quel parti prendrons -nous sur la question des antécédents de ces derniers ?

Une autre nébuleuse ? Nous sommes alors jetés dans un procès indéfini; et l'idée de la nébuleuse ne portant rien en soi qui donne à cet état de la matière un titre à passer, de préférence à quelque autre état, pour un état premier et pour un commencement des phénomènes, nous sommes jetés dans un cercle vicieux quand, pour admettre une nébuleuse à l'origine, nous voyons qu'il a été nécessaire qu'il y en eût une autre avant celle-là, et une autre origine pareille avant cette origine.

Voulons -nous accepter pour solution de la difficulté le procès indéfini lui-même? C'est ce que faisaient ceux des philosophes de l'antiquité

ne

LA PLUS HAUTE OUIGLXE POSSIBLE

LA PLUS HAUTE ORIGINE POSSIBLE

qui composaient la vie du monde éternel d'une alternative sans fin de passages par l'unité et l'uniformité, et par la multiplicité et le développement d'une seule substance en laquelle toutes choses existent potentiellement et se produisent nécessairement aux temps voulus ; et c'est ce que fait aujourd'hui H. Spencer en donnant de nouveaux noms à des idées anciennes. Ici Thypothèse ne prend son ampleur et n'embrasse tout le problème qu'à la condition de remplacer un lirocès indéfini^ qui ne repose sur rien, par/'^*/ifini actuel^ qui seul répond à l'existence en soi du monde. Le monde serait ce qu'est et a toujours été cette substance, qui suit et a toujours suivi cette loi de développement. L'impossibilité logique, la contradiction du nombre actuellement infini des mondes phénoménaux qui se seraient accumulés dans le passé, en succession les uns des autres, est un motif absolu de rejeter cette hypothèse.

Encore une fois, admettons pour un ancien état de notre monde présent cet état nébuleux dans lequel certaines inductions de l'observation et des lois des corps célestes portent les astronomes à croire que ces grandes agglomérations de matière morte ont dû se trouver toutes, ensemble ou séparément, à une certaine époque; comme nous sommes arrêtés là. dans l'impuissance manifeste soit d'imaginer pourquoi cet état aurait

été un ciat initial réel (pétition de principe), soit de le classer dans une série d'états semblables séparés par des périodes d'évolution (procès à l'infini), nous demeurons libres de le regarder comme un état initial relatif, et de demander à des motifs d'un autre genre, à des motifs moraux, la détermination idéale d'un état antécédent et réellement premier dont il aurait été la dissolution. A ce compte le changement à apporter aux hypothèses anciennes de combustion initiale et finale du monde serait l'hypothèse d'une combustion unique succédant au monde normal de la création et aux conditions réellement premières de la vie des créatures. Et le changement introduit dans la doctrine mythique et traditionnelle du péché originel et de la corruption de la nature par le péché, serait la substitution de l'idée d'une nature pure et pacifique, entièrement bonne, à celle de la nature imparfaitement idéalisée, trop semblable encore à la nôtre, qui fut l'idéal naïf des auteurs de la légende du Paradis. La légende du déluge, en son concept moral, se confondrait avec l'hypothèse de cette révolution unique et totale que nous regarderions comme le point de départ du monde de notre expérience. Enfin l'hypothèse métaphysique de la division originelle de l'unité de la créature, en elle-même ou d'avec Dieu, sera remplacée de la manière qu'exigent la raison pratique et la méthode du criticisme, si nous

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