LE PHENOMENISME DANS LES SCIENCES
échecs des investigateurs. On se ilattait de mettre eniin la main, du moins par hypothèse, sur des essences réelles, sur dessîihstances,ei, du même couj), de trouver de vraies causes pour les phénomènes. Au fond, c'est encore dans l'esprit substantialiste qu'était lu source de Torreur, dans une opinion métaphysique, et non dans l'esprit naturel, qui voit les causes où elles sont réellement et exclusivement, à savoir chez les êtres vivants, et qui, de lui-même, serait bien plutôt porté à prêter la vie aux corps inorganisés qu'à leur attribuer les propriétés de la vie sans laisser de les tenir pour insensibles. La méthode scientifique a dû finalement renoncer, de même qu'à la poursuite des substances, à celle des causes propres des phénomènes i)hysiques. On a du reconnaître que, dans Tordre matériel des choses, toute qualité psychique écartée (telle que désir ou volonté), on ne pouvait arriver, pour la production d'un phénomène donné, à aucune autre explication que le fait de la réunion des concluions <pie Tobservation et l'expérience ont montré être à la fois nécessaires et suffisantes pour qu'il se produise. On est libre et il est naturel, selon ({ue changent les points de vue, d'appliquer spécialement, dans l'usage, le nom de cause à telle des conditions nécessaires qui, toutes les autres étant réunies, se trouve, dès qu'elle intervient, sulïisante pour le résultat, et se trouve en cela toute semblable à un acte de volonté, qui suflit pour déterminer un mouvement dans le corps d'un homme
dont les organes en bon état réunissent déjà toutes les autres conditions voulues. Mais, dans l'ordre physique pur, aucune condition nécessaire n'est au fond plus cause qu'une autre, parce qu'aucune n'est réellement cause : pas plus l'étincelle qui détermine l'explosion d'un amas de poudre de guerre, que l'état de siccité de cette composition. La volonté du canonnier en est une réelle, tout autant qu'on peut supposer que son acte est libre ; pas autrement.
La physique arrive ainsi, sur ce chef, comme sur le précédent, à subir et à reconnaître la réduction de la connaissance possible aux lois des phénomènes. C'est dans leur succession et dans leurs modes d'enchaînement réglé, que nous considérons ici les phénomènes soumis à l'empire des lois, de même que c'était tout à l'heure dans leurs assemblages et dans les rapports généraux* (pii les lient. Cette expression : l'empire des lois, nous est d'ailleurs suggérée par une rhétorique usuelle : mais il n'est besoin que de peu de réflexion pour comprendre que l'idée du phénomène ne saurait dans la science se séparer de l'idée de loi ; car il n'est pas de phénomène qui puisse être donné en dehors de sa relation à d'autres phénomènes, — c'est le principe de la relativité, applicable à toute observation et à toute pensée ; — et comme les relations se trouvent, quand on les étudie, réductibles à des modes constants, ou constamment reproduits dans les mêmes circonstances, dire que tout phénomène est relatif, c'est dire aussi
APPENDICE. — A
VANITE DU SUBSTANTIALISME.
qu'il n'est point séparé de sa loi. S'il paraît l'être, c'est grâce à l'inattention, on parce qne nous pouvons détaclier nos représentations les unes des autres, là même où elles se tiennent étroitement. Est-il besoin d'ajouter que nos actes libres, si nous en admettons de tels, ne sont nnlloment exempts de lois dans leurs antécédents et leurs circonstances ; ils ne le sont que de la nécessité de leur production, et de l'enchaînement particulier où ils ont place, au lieu d'un autre enchaînement qui serait également possible.
Les phénomènes ne sont donc plus ce que nous avons vu que le substantialisme les pouvait faire ; ils sont essentiellement 7'écls, et leurs lois élèvent à la permanence et à la stabilité la réalité qui leur appartient. Cette stabilité, la doctrine des substances et des causes substantielles ne peut en aucune façon la donner meilleure ou mieux garantie. En effet, ce n'est pas le phénoménisme qui est responsable, c'est Texpérience qui nous instruit de ce qu'il y a d'instable dans les phénomènes. La méthode phônoméniste nons met, par la théorie des lois, sur la voie de ce que nous pouvons apprendre, ou supposer et croire de ce qu'ils ont et de ce qu'ils promettent d'assuré pour l'avenir. La doctrine de la substance ne peut par ellemême nous mener à rien de pareil ; car, d'une part, la substance, quelle qu'on la pose, a du comporter toute cette instalûlité et ces perturl)ations dont témoigne riiistoire de Tunivers physique et moral; de l'autre, l'unique idée que nous nous formons d'elle,
idée d'inhérence et de développement, ne nous apporte aucune assurance sur ce qui peut ou non entrer dans ses déterminations profondes et sortir de la suite de son évolution.
Pourquoi la méthode de l'étude des phénomènes intellectuels et moraux devrait-elle différer de celle des phénomènes physi([ues, en ce qui concerne ces questions ? A-t-on vu que l'hypothèse des substances ait jamais permis aux philosophes de s'accorder sur la définition des attributs essentiels qui leur servaient à se faire une idée de ces inconnues, et des- (piels dépendait tout ce qu'ils pouvaient attendre du développement de leur nature? N'est-il pas arrivé, au contraire, que les uns ont embrassé des définitions excluant toutes les espérances spiritualistes et les croyances religieuses? que d'autres, encore bien (ju'éloignés du matérialisme, ont repoussé, par leur manière d'entendre le sujet des phénomènes, toute possilnlité de donner, dans les croyances morales, aucune satisfaction à ce qui se produit d'individuel au cours de la nature ? et que ceux-là mêmes qui ont accordé aux substances la réalisation la plus individualiste et la plus conforme au penchant naturel des imaginations, en multipliant les essences permanentes, âmes diversement incorporées, ont fait de l'origine et de la destinée de ces âmes un tableau, le plus souvent répugnant, quelquefois, de nos jours, infiniment trop flatteur et visiblement chimérique? Reste la supposition des esprits purs, immortels par
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VANITE DU SUBSTANTIALISME.
qu'il n'est point séparé de sa loi. S'il paraît l'être, c'est grâce à l'inattention, ou parce qne nous pouvons détacher nos représentations les unes des autres, là môme où elles se tiennent étroitement. Est-il besoin d'ajouter que nos actes libres, si nous en admettons de tels, ne sont nullement exempts de lois dans leurs antécédents et leurs circonstances ; ils ne le sont que de la nécessité de leur production, et de rencliainement particulier où ils ont place, au lieu d'un autre enchaînement qui serait également possible.
Les phénomènes ne sont donc plus ce que nous avons vu que le substantialisme les pouvait faire; ils sont essentiellement réels^ et leurs lois élèvent à la permanence et à la stabilité la réalité qui leur appartient. Cette stabilité, la doctrine des substances et des causes substantielles ne peut en aucune façon la donner meilleure ou mieux garantie. En effet, ce n'est pas le phénoménisme qui est responsable, c'est Texpérience qui nous instruit de ce qu'il y a d'instable dans les phénomènes. La méthode phénoméniste nous met, par la théorie des lois, sur la voie de ce que nous pouvons apprendre, ou supposer et croire de ce qu'ils ont et de ce qu'ils promettent d'assuré pour l'avenir. La doctrine de la substance ne peut par ellemême nous mener à rien de pareil ; car, d'une part, la substance, quelle qu'on la pose, a dû comporter toute cette instabilité et ces pertur1)ations dont témoigne riiistoire de l'univers physique et moral; de l'autre, l'unique idée que nous nous formons d'elle,
idée d'inhérence et de développement, ne nous apporte aucune assurance sur ce qui peut ou non entrer dans ses déterminations profondes et sortir de la suite de son évolution.
Pourquoi la méthode de l'étude des phénomènes intellectuels et moraux devrait-elle différer de celle des phénomènes physi([ues, en ce qui concerne ces (juestions ? Â-t-on vu qucriiypothèsc des substances ait jamais permis aux philosoplies de s'accorder sur la définition des attributs essentiels qui leur servaient à se faire une idée de ces inconnues, et des- (piels dépendait tout ce qu'ils pouvaient attendre du développement de leur nature? N'est-il pas arrivé, au contraire, que les uns ont embrassé des définitions excluant toutes les espérances spiritualistes et les croyances religieuses? (pie d'autres, encore bien (préloignés du matérialisme, ont repoussé, par leur manière d'entendre le sujet des [)hénomènes, toute possibilité de donner, dans les croyances morales, aucune satisfaction à ce qui se produit d'individuel au cours de la nature ? et que ceux-là mêmes qui ont accordé aux substances la réalisation la plus individualiste et la plus conforme au penchant naturel des imaginations, en multipliant les essences permanrntes, âmes diversement incorporées, ont fait de l'origine et de la destinée de ces âmes un tableau, le plus souvent répugnant, quelquefois, de nos jours, inilnimont trop flatteur et visiblement chimérique? Reste la supposition des esprits purs, immortels par
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nature; il n'en est pas de plus arbitraire, de plus opposée cà l'expérience et aux lois constantes de l'existence à nous connue ; et la critique de la raison pure a mis d'ailleurs en évidence le point faible des démonstrations à priori fondées sur les idées abstraites des choses. Mais nous pouvons bien concéder aux théories spiritualistes le droit de concourir avec les autres hypothèses pour déiinir les substances, et de nous les représenter, ici, comme des étendues solidiliées, là comme des essences de pensée, ou peutêtre de volonté, de force, etc.; car tout ce que nous prétendons conclure de ce rappel des opinions et des définitions, c'est que les métaphysiciens n'ont pas été plus heureux que les physiciens en donnant pour but à leurs recherches des déterminations de substances. Ils devraient donc tirer de leurs continuels échecs, et de leur impuissance à former entre eux cet accord qui connote pratiquement la science, la même conclusion.
Cette conclusion, (jui borne Fesprit à la connaissance des lois des phénomènes, n'a pas un sens moins clair pour la psychologie que pour la physico-chimie. Ce ne sont pas moins des lois, en etfet, celles qui réunissent des faits de représentation sous diverses catégories, — perceptions dans l'espace et le temps, sensations, iniaginations, rappels de mémoire, idées de quantité et de qualité, idées de cause et de lin,— à la conscience d'une personne, que celles qui font apparaître, en cette même conscience, des corps sièges