LE PHÉXOMÉXTSME ET LES CROYANCES
mnnication ou transitivitô quelconque, ou du moins ne le peut qu'en guise de symbole. Il faut donc recourir à l'idée d'un ordre établi, c'est-à-dire d'une loi. La loi, dans ce cas, consiste dans une relation générale en vertu de laquelle, à de certains phénomènes, dès qu'ils se produisent, répond ipso facto la production de certains autres phénomènes; et ce lien est ce qu'on appelle en style de mathématiques fonction de variables. Les variables sont les phénomènes; nous apprenons de l'expérience quels sont parmi eux ceux dont les variations dépendent des variations de tels autres, et dans quel ordre, et en quelles quantités, là où les questions comportent la mesure. Les dépendaiices étant mutuelles, ce qui est le cas général, nous pouvons regarder comme des variables indépendantes tous les phénomènes dont nous disposons, ou que fournit le cours de la nature , quelque dépendants qu'ils puissent être en eux-mêmes, hormis ceux que nous séparons pour les soumettre à une étude spéciale et constater ou découvrir leurs valeurs relatives comme variables dépendantes^ ou fonctions des autres phénomènes.
A la mesure près, aux équations près, dont les fonctions mathématiques seules sont susceptibles de prendre la forme, parce que leurs variables subissent la loi du nombre, cette signilication de la causalité selon la méthode phénoméniste est la même dans l'ordre psychologique que dans celui dos fonctions physiques. Nous ne connaissons pas, en effet, les
« facultés de Tâme », leurs rapports de distinction et d'union, leurs dépendances mutuelles et leur dépendance de la conscience ou personnalité, quoique ces choses nous aient pour théâtre, autrement que nous ne connaissons les liaisons des faits de la nature, selon que l'observation et l'analyse expérimentale des antécédents et des conséquents nous les découvrent. Nous ne savons que par expérience dans quelles circonstances il arrive que des phénomènes extérieurs, retentissant dans notre corps, qui lui-même en est un assemblage, sont accompagnés ou suivis de nos sensations et de nos émotions ; et, par dessus tout, cette volonté ou ces désirs qui sont éminemment nous, ce n'est que de cette manière que nous avons appris comment et dans quels cas il se fait ou non qu'ils soient suivis d'effets dans le monde externe.
Avant le criticisme, à l'époque où de grands partisans des théories substantialistes passaient pour les auteurs définitifs d'arguments apodictiques à l'épreuve des (( subtilités du scepticisme » et capables de mettre hors de doute les propositions fondamentales que Kant a recueillies sous une autre forme comme 2)05^(^^/5 de la raison pjraticiue, il était naturel que les disciples de ces philosophes invoquassent en leur faveur l'accord de leurs doctrines avec la croyance religieuse en Dieu et l'immortalité de l'àme. Toutefois, même alors, ils étaient infiniment loin de pouvoir se vanter que la thèse des substances mit
APPENDICE
d'accord tous les substantialistes entre eux et les portât nécessairement à cette croyance. Mais depuis que le sophisme des démonstrations est devenu patent pour tout esprit logique, la prétention de démontrer les croyances a cessé d'être un appui pour le spiritualisme. Les derniers partisans des substances spirituelles, outre la tâche difllcile qui leur incombe de défendre une hypothèse en dehors des inductions de l'ordre naturel (1), sont, à l'égard des croyances morales, dans la même situation que les phénoménistes qui admettent les postulats moraux; c'està-dire qu'ils doivent simplement recevoir et soutenir ces croyances comme telles. Ils n'ont donc plus aucun avantage sur ceux-ci. C'est le contraire; ils sont dans cette condition d'infériorité, que, leurs propres et anciennes preuves demeurant sans valeur, ils n'ont rien qui les remplace, aucune méthode pour justifier les croyances.
Cette méthode est, pour le phénoménisme,la théorie des lois. Il est remarquable que Kant, qui n'avait pas renoncé aux substances, ait été, par ce seul fait qu'il déclarait inconnu le nouméne, conduit nécessairement à fonder les arguments de la raison pratique sur l'existence des lois, sur la croyance en celles des
(1) On peut ajouter que le spiritualisme, se rattachant f^n philosophie à la méthode qui réalise les idées abstraites (il fait de Tabstraction du pe)}ser une chose, ras cor/itans) n'est pas, comme il s'en est longtemps llatté, d'accord avec une grande tradition religieuse. Celle-ci pose la résurrection du corps, non l'essence inunortelle de Tàme.