LE PHÉNOMÉNISME ET LES CROYAXCES. SU
lois dont la donnée hypothétique, inductive, apporte à nos connaissances positives le complément que réclame la moralité. Les postulats kantiens ne sont pas autre chose que des inductions de la loi^morale, et deux d'entre les trois posent des lois de l'univers. Le troisième est une condition nécessaire de la loi morale elle-même. Ce dernier, en effet, stipule que, de cela que la loi morale nous oblige, et que nous tenons que nous sommes obligés, nous devons nous estimer libres de nous conformer ou non à cette loi dans nos actes. Autrement, notre conduite étant, dans tous les cas, déterminée d'avance, il se trouverait que cette loi nous commande de faire ce qu'il est impossible que nous fassions, ou nous interdit de faire ce qu'il est iiuhitable que nous ferons ; et il y a contradiction entre la nécessité ainsi admise et la nature de Vohllgatlon ou commandement moral.
Jusque-là la loi est interne, ou de conscience, et c'est ce qui fait que le fondement profond des croyances est tout de raison pratique. Mais le postulat moral, une fois posé, projette sa loi en corollaires dans le monde externe. La vie libre, sous la loi du devoir, appelle la croyance en la vie future, suite et sanction de la vie présente, et accomplissement des fins dont colle-ci n'a que la perspective et le désir; et la croyance en la vie future implique le postulat de la divinité, tout au moins en ce sens général de la donnée d'un plan moral de l'univers, ou monde moral, lequel, en notre pensée, est difficilement sépa-
APPENDICE. — A
raljlede rexistenco d'une conscience universelle dirigeante.
Les postulats kantiens sont donc des lois : lois hypothétiques fondées sur des inductions morales. Mais la répulsion que Kant éprouvait pour Vanthropoynorpliisme^ — il prenait ce mot en un sens défavorable, comme c'est la coutume, — rempêchait de Yoir à quel point nos idées d'ordre et de lois sont liées à celle d'intelligence (entendement et raison) ; et celle-ci à celle de la conscience ou personnalité, qui, elle-même, ne nous est absolument connue que dans la nature humaine et par elle. Or une induction peut ampliiier, idéaliser l'objet d'où elle est tirée, mais elle ne saurait sans se détruire logiquement en changer la nature. Kant, exprimant les notions de la raison pratique, envisageait un dieu personnel et créateur; mais Kant substantialiste, avec son noumène en dehors du temps et de l'espace, c'est-à-dire étranger à toute pensée possible, Kant inllnitiste, — car on l'est, quoi qu'on dise, lorsqu'on refuse d'opter entre l'inlini et le lini, — ouvrait, nous l'avons vu, la carrière à des disciples que les croyants de la personnalité divine et de la création appelleraient à bon droit des atliées dans le sens où cette appellation était appliquée autrefois à Spinoza.
Sans toucher au point de départ des postulats, la méthode phénoméniste, maniant la notion de loi, peut parvenir à un système plus clair et plus complet du monde moral. Et, tout d'abord, cette méthode
LE PHÉxXOMÉNISME ET LES LOTS.
reconnaît, pour la première des lois objectives, le principe de contradiction et la rigoureuse application de ia logi(iue aux rapports aftirmés ou niés dans le monde extéiieur ; car ce principe est la condition de tout raisonnement, et il n'y a que le substantialisme qui [)uisse rêver l'union des attributs contradictoires en un même sujet. De là suit l'impossibilité du procès à rinûni des phénomènes, car une série ne saurait être à la fois, sans contradiction, totalisée, terminée et sans terme. De là, l'obhgation d'admettre ua premier commencement des phénomènes ; et de là, la réfutation de cet argument (lu'on a coutume d'opposer à la possibilité du libre arbitre humain, et à la possibilité de l'origine du monde par création, sans acte antécédent, et qui consiste à prétendre que tout phénomène, sans exception possible, est précédé par d'autres et contenu en d'autres qui le déterminent entièrement et rigoureusement. Le phénoménisme doit rejeter comme contradictoire, à raison de ses conséquences inlinitistes, cette thèse du déterniinisrae qu'on ap[)elle aussi, par une antiphrase inconsciente, principe de causalilé^ car son vrai sens est l'élimination de la Cause et des causes.
La liberté, origine de la morale, en spéculation ainsi qu'en pratique, est donc une limite aux lois, de même qu'elle est un obstacle au substantialisme; et rien ne s'accorde mieux que cette proposition avec le caractère de croyance qu'un bon et sincère examen des choses nous oblige à reconnaître à l'aflir-
APPENDICE. — A