‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 184 sur 199 · LE PHENOMENISME ET LES LOIS · texte numérisé non relu

LE PHENOMENISME ET LES LOIS

rieux de perceptions, opéré par la mémoire. C'était s'arrêter devant la loi, que la traiter de connexion incompréhensihle^ au lieu de voir en elle ce que l'analyse montre qu'elle est, le principe premier de la connaissance et de l'existence, dont, pour cette raison, il est vain de demander une explication qui supposerait ({uelque chose d'antérieur, et jetterait l'esprit dans un cercle vicieux. Il n'est, en effet, point d'explication au monde qui n'implique la conscience avec la mémoire, ni d'autre loi qui explique celle-là. La perception elle-même sans la mémoire est un phénomène mort-né.

La méconnaissance de l'idée de loi éclate, lorsque Hume, après avoir constaté tout ce qui échappe de perceptions à la mémoire, ou qu'envahit l'oubli, demande « comment nous pouvons étendre notre identité au delà de notre mémoire (1) ». Cet empiriste résolu ne manque certainement pas, au fond, de voir que l'induction et la croyance opèrent Textension dont il s'étonne, et comblent les intervalles inoccupés de la conscience. Mais ne pouvant, à la suite de ses analyses, employer la substance (dont il voit bien qu'il n'a point l'idée en tant que réalité) pour remplir cette fonction, il reste court : il croit que quelque chose manque à la science; il ne réiléchit pas que, sans cette induction et cette croyance naturelles,

(1) Voir lo Traite de 2a nahire humaine de Tliune, 4** partie, secti<jn 0, et l'Appoiidico i dans la traduction lienouvier et Pillon.

l'esprit, ni dans les théories ni dans la vie pratique, ne saurait faire un pas au delà de chacune de ses impressions immédiates : que tous les pas que l'esprit fait, puisque la substance n'est qu'une image, sont pour reconnaître des lois, les affirmer et les étendre ; qu'il n'y a point de science qui établisse rien de plus, ou qui soit capable de rendre expérimentales just^u'au bout les généralisations de l'expérience; que l'étude de l'esprit par lui-même est logé à la môme enseigne que ses autres études, et qu'enfin c'est une illusion grossière, une duperie des sens, que de chercher, pour les réalités de la pensée et du monde, quelque chose de plus substantiel et de plus assuré que la constance et l'uniformité des rapports de coordination et d'enchaînement des idées et des phénomènes. Ces rapports généraux, étendus par la croyance au delà de ce que Pexpérience fait connaître, ce sont les lois.

Si les défenseurs des « intérêts moraux », ou des doctrines réputées les plus propres à les sauvegarder, consentaient à se placer au point de vue de la croyance et des lois, ils ne pourraient n'être pas frappés d'un résultat de la méthode phénoméniste : à savoir que la thèse de l'identité personnelle, ou permanence de la personne, dans le sens où, selon cette méthode, on doit la comprendre, n'est pas obtenue par un [)rocédé autre, et en lui-même plus rigoureux, ({ue i)eut l'être la thèse de la vie future, ou de Tidentité et de la permanence prolongées par l'induction et la

Page 1