LE PHENOMEXISME ET LES LOIS
mation de toute loi qui dépasse rexpéricnce et les constatations actuelles. Même dans la physique, dans l'astronomie, science qui, entre toutes, est le siège des déterminations générales et rigoureuses, on ne peut pas dire que les lois, si Ton prend ce mot avec sa valeur absolue et d'universalité et d'exactitude, soient affranchies de l'induction, par conséquent de rhypothèse,:par conséquent de la croyance. Il n'y a donc pas, au fond et pour une ferme logi(iue, tant de différence que l'on pense entre ces lois regardées comme universelles et infaillibles, et d^iutres qui, comme elles, ont dans l'observation, dans les faits constants, leurs premières applicatiohs, et qui anticipent l'expérience pour des motifs moraux, non plus simplement sous; l'impulsion des forces généralisatrices et uniiicatrices de Vesprit en matières moins importantes.
Prenons-les, ces lois, celles dont la généralisation part d'un intérêt moral, à leur plus grande profondeur, dans le sujet d'où tout émane : la Conscience. La première de toutes est cette conscience même, condition de toute représentation et par conséquent de tout représenté: mais non pas la conscience pure et simple qui, commençant et finissant à soi, dans l'instant, n'aurait, à vrai dire, aucun être parce qu'elle n'aurait aucune durée. C'est la Mémoire qui est la première loi et qui fait le premier être, parce qu'elle donne à la conscience l'identité
personnelle et la permanence. En méditant sur ce premier pas de la connaissance des lois, on se rendra compte de notre négation de la substance réaliste et de son remplacement par la loi; et on comprendra toute la valeur philosophique de cette méthode nouvelle, en cherchant, — car on cherchera vainement, — en quoi l'hypothèse d'un substratum quelconque peut aider à Tcxplication d'une conscience de soi, (jui, reproduite de moments en moments, forme par la mémoire un enchaînement d'états divers, à tout le moins répétés numériquement, et reliés en l'unité sut generis qui porte ce nom de conscience dans la plénitude du sens du mot. C'est cela qui est la loi, et c'est bien cela seul qui est la réalité, le fait unique observé et connu : et que fait à cela la fiction de l'inconnu appelé la substance de l'àme? Si vous ôtez la relation de sujet à objet, la représentation, qui exige une détermination de l'objet, et si vous ôtez la loi de reproduction, la loi de vie, la mémoire, il ne reste rien. Si vous ôtez la substance, il ne manque rien.
11 est étrange, à y bien penser, que David Hume ait sul)i, lui, le premier auteur consc»|uent des arguments contre la substance, le ])réjugé substantialiste, et qu'il se soit cru arrivé à une sorte de nihilisme (pli intimidait sa logique, et le portait à qualifier ses propres vues de sceptiques^ quand il se disait forcé de conclure <pie l'identité persoïinclle n'est qu'une composition inexplicable, un enchaînement mysté-
APPENDICE. — A