‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 197 sur 199 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

où il s'agit de théodicée, en môme temps que de cosmogonie et d'eschatologie, les conditions à remplir ajoutent leurs diflicultés à celles qui abondent dans Tordre matériel et sur le présent théâtre de la seule vie que nous connaissions.

Les points sur lesquels je me suis abstenu de chercher dans des hypothèses subsidiaires un éclaircissement de ma conception générale, regardent surtout l'état supposable de l'animalité au sein de Torganisme primitif de la création, l'explication de la condition actuelle des animaux, les vues à se former sur leurs destinées; puis la théorie de l'ordre terrestre des générations et des familles humaines, en tant qu'il y aurait à rendre compte de la place que peuvent y trouver successivement les personnes mêmes (jui faisaient partie du grand corps de la première humanité créée, aux(iuelles doivent être préi)arés, dans le monde présent, les moyens de se rendre moins indignes de devenir, à la lin de ce monde, des membres de l'humanité reconstituée. A cette dernièi-e question se joignent naturellement des aperçus, quelque modestes qu'ils puissent rester, sur le passage des individus de réconomie présente à l'économie future.

L'auteur du complément de la théorie de la préexistence du monde a pris ces derniers problèmes au point où je les ai laissés, et, sans quitter un seul instant le champ de la philoso-

phie , ni s'éloigner de la méthode de motivation rationnelle, telle (lu'on lentend dans Tusage des postulats de la raison pratique, dans l'investigation des conséquences inductives de la Loi morale, on trouvera, je pense, qu'il a accordé au sentiment religieux et chrétien une satisfaction

sérieuse.

Ce n'est pas que la préexistence de l'humanité, son existence avant la terre, se puisse lire dans les textes de la Genèse; mais l'écrivain sacré se montre bien certainement pénétré de deux sentiments religieux auxquels il ne peut être donné une application vraiment philosophique qu'à la condition de supposer pour le premier homme et le premier milieu physique , un autre homme et un autre milieu que ceux dont l'expérience et la science souffrent la supposition à l'origine de notre histoire : ces sentiments se rapportent, l'un •i la création instantanée , l'autre à la perfection initiale et de l'homme et de toutes choses autour de lui. Le mélange du symbole à ces deux grands principes, - mélange inévitable au temps de l'écrivain et mélange si manifeste : l'arbre de vie, la côte d'Adam, le Serpent qui n'était pas d'abord un reptile, etc. , - n'a point nui à l'expression de la pensée dogmatique réelle; il la permise, au contraire, tandis «lue la plus commune interprétation des théologiens l'a rendue impossible à défendre.

APPENDRÎK. — li.

La théorie radicale de la préexistence a donc servi les vues religieuses de l'auteur de ce travail, qui cependant, comme je Tai dit, s'est appliqué à ne faire ici qu'œuvre de philosophe. Il y a, je crois, réussi, mais je ne puis dire que je me sente aussi disposé qu'il Test sans doute à trouver les éclaircissements partout à la hauteur des difficultés, encore bien que les hypothèses ne me paraissent point impossibles. Lui-même en fait un peu l'aveu dans sa conclusion dernière, que je trouve de tout point excellente. Quoi qu'il en soit, l'élévation des sentiments et l'ingénieuse profondeur des aperçus donnent à ce travail assez de prix, à mes yeux, pour que je ne craigne pas d'appeler sur lui Tintérêt de mes lecteurs.

APPENDICE

L HYPOTHESE SUPREME EN THEODICEE

L'hypothèse qui place la chute dans une vie antérieure est la réponse la plus liardie, mais aussi la plus profonde, que Ton puisse faire à la grande question posée par la théodicéc. Soumise ù l'apphcation de la méthode criticiste, cette réponse devient particulièrement correcte. Sans doute le philosophe, après avoir tenté d'éclairer ainsi le mystère de la destinée humaine, s'arrête en présence des problèmes plus ténébreux encore de l'animalité et de la déper dition des germes. Mais ce qui l'arrête ce n'est point une impasse, c'est l'inconsistance d'un terrain de plus en plus mouvant. Il est dans son rôle en mar- ([uant une limite quelque part et en la marquant là. 11 ne l'est pas moins en autorisant les tentatives plus aléatoires, mais conformes à sa méthode, que l'on pourrait faire pour i)orlerplus loin l'hypothèse.

Ces tentatives sont aléatoires, disons-nous. Cependant, si l'on part de l'idée de chute comme d'une donnée qui s'impose au cœur; si Ton veut disculper non seulement la bonté mais l'amour même de Dieu ; si l'on tient davantage le sentiment pour pressentiment de vérité ; en un mot si l'on spécule en théologien (en théologien criticiste toujours), alors on sen-

APPENDICE. — B

tira jusque clans les hypothèses ultimes par lesquelles se peut a boucler » la (luestiou, (luchiue chose de la fermeté particulière à leur point de départ. Ce point de départ est pour nous dans la théorie de la chute qui est comme la conclusion du Troisième des Essais de Critique générale de M. Renouvier (seconde édition). Il sera utile de résumer à grands traits cette cosmogonie, sans revenir sur les inférences scientiliques qui la justihent, mais sans toutefois nous interdire, chemin faisant, quelques remarques philosophiques additionnelles. Après cet exposé des possibilités et même des vraisemblances physiques et métaphysiques de la chute anléaéhulaire, nous relèverons à son tour la probabilité morale de la préexistence humaine, et enlin nous verrons peutêtre quelque chose des lumières acquises dans cette sphère se projeter sur les deux questions de l'animalité et de ravortement des germes, q}x\ sont restées les plus embarrassantes de celles que soulève l'hypothèse générale (1).

Le milieu matériel dans lequel nous vivons est une sorte d'annexé de nos corps individuels, et qui nous est commune à tous, sans dépendre de nous, sauf en une très faible mesure. Il n'est pas pour nous un instrument (opyocvov) adéquat à nos besoins, à nos

(1) Voyez ci-dessus, | XII, p. 230.

l'hypothèse suprême en thkodtcée. 34y

désirs, à nos volontés. Aussi l'appelons-nous inorganique. Affirmer un monde parfait, absolument subordonné à des consciences moralement libres et en partie solidaires entre elles grâce à une communauté du matière, c'est dire que l'univers fut d'abord ,sous Ici forme d'un globe unique, immense) un véritable organe au service de ces consciences qui le gouvernaient et qui en constituaient, pour ainsi parler, Tùme collective. L'homme exerçait des pouvoirs en queb^ue sorte di\ ins sur la nature : par le seul fait de ses volitions il disposait dans une certaine mesure des vibrations moléculaires lumineuses, caloriliques, électriques, cause des phénomènes physiques et météorologiques. La loi du monde plaçait enlin l'état intime du milieu matériel sous la dépendance des passions, en le rendant altérable par les passions mauvaises, comme nos organes propres sont altérables par celles-ci. Ce lien des phénomènes physiques et moraux n'était pas plus merveilleux dans le macrocosme qu'il ne l'est à présent dans le microcosme.

Ce premier univers avait surgi instantanément, achevé de toutes pièces comme Minerve dans la fable. Car l'acte créateur étant l'avènement même de l'ordre intelligible, et, à vrai dire, de l'existence, n'est pas de nature à se scinder. Tous les individus ont jailli parfaits avec leurs rapports, 11 est vrai que Dieu aurait pu, tout en créant les êtres tous à la fois, laisser une partie d'entre eux seulement en germe. Mais pourquoi l'eùt-il fait ? Pourquoi eût-il laissé. pen<lant

APPENDICE. — P'

une certaine durée, un milieu sans ses habitants, des rtres sans l'extension qu'ils comportent, des animaux sans riiomme, des hommes sans le reste de l'humanité ? S'il était resté quelque chose à attendre après le jet créateur, la situation initiale n'eût pas été parfaite: et si elle était parfaite il ne lui manquait pins rien. De là cette importante conclusion : les individus qui furent créés avec le monde parfait devaient rester à jamais les seuls habitants de l'univers.

La même hypothèse de l'organisme universel, qui nous permet de concevoir un monde parfait, nous permet aussi de concevoir la chute cosmique. En effet, après que des frères ennemis eurent commencé à s'entre-détruire, dans la famille céleste, la désagrégation de leurs organismes particuliers entraîna la ruine des autres, et linalement celle du grand organisme, puisque tout l'univers n'était qu'un seul corps. La désagrégation du corps primitif de la nature rendit la matière à ses lois les plus élémentaires, de la môme manière que notre mort rend notre corps aux éléments et aux lois qui k-s régissent indépendamment de la vie. Ainsi se formèrent les nébuleuses (lui produisirent les masses sidérales incandescentes, et, se refroidissant, les masses planétaires des systèmes solaires. C'est par ces étoiles et par ces globes planétaires, isolés les uns des autres, très massifs, inhospitaliers, que le globe initial immense

a été remplacé.

Nous pouvons comprendre dans une certaine me-

l'HYPOTHÈSE suprême en THÉODIGÉE. 351

sure comment les êtres primitifs ont pu passer de l'ancien au nouvel habitat. Nous supposerons à cet effet que de chaque être détruit, dans le monde antérieur, était resté un résidu, un germe impérissable. Représentons-nous ces germes llottant dans une masse nébulaire : toujours soumis aux lois de la linaUté, ils ont formé là, selon leurs aflinités, des groupes innombrables, puis, au sein de chaque groupe, ils se sont enveloppés les uns dans les autres, selon un certain ordre. Après cela, on peut imaginer ces paquets de germes comme autant de spores semées dans chaque milieu planétaire, et prêts à se développer dès que celui-ci devient habitable. Ces corpuscules sont les ancêtres de tous les individus et de toutes les espèces que porte un globe donné.

De tels aperçus n'excèdent pas les analogies de la nature. Les organismes célestes ont pu devenir de simples corpuscules, tout comme de simples corpuscules deviennent des organismes terrestres (vésicule blastodermique). Une période de réunion et d'enroulement des g(îrmes au sein de la matière nébulaire est à son tour symétrique à la période actuelle de déroulement et de dispersion des germes par voie généalogique. (,)uant à la prodigieuse petitesse des germes enveloppés, elle ne saurait nous surprendre : l'extrèniement petit est partout, puisqu'il est le fond de toute particule visible, et les énormes dimensions des masses sidérales sont, en réalité, aussi inimaginables que lui. Du reste, c'est positivement dans son

APPENDICE. — B

domaine que sont établies les sources mystérieuses de la vie, comme la science en fait foi.

A la vérité, nous rencontrons au course de ces hypothèses subsidiaires une question qui demeure peut-être sans réponse : La vie s'est-elle réfugiée exclusivement sur notre globe, comme sur un mince débris qu'elle aurait accompagné dans l'elfondrement universel, ou faut-il croire à la pluralité des mondes habités? Dans ce dernier cas, la dispersion de la famille primitive répartie entre des milieux sans communication possible, serait tout à fait caractéristique d'un état de chute. Dans l'autre cas, le déchet de presque toute la matière, la prodipiouse petitesse de la Terre encombrée de créatures, la dyssymétrie architectonique du monde, ne représenteraient pas moins bien un état anormal des choses. Car la conséquence de la chute c'est aussi le dilïorme et le laid. Nos secrets instincts semblent nous le dire. Il est des aspects de la nature, en ses dilleronts règnes, si repoussants ou si bizarres, que nous nous demandons parfois : pouniuoi cela est-il ainsi? C'est que justement il n'y a là d'autre raison d'être ({ue le caprice du i)éché. Dans un même objet, tout ce (lu'il y a de mauvais ou de laid est un résultat de la chute ; tout ce qu'il y a de bon et de beau est un reste de l'œuvre divine.

Quoi qu'il en soit du problème de la ))luralité des mondes, l'apparition de la vie dans le cosmos actuel est toujours, à notre point dr vue, une véritable pa-

l'hypothèse suprême en théodigée. 353

lingénésie. Chaque ovule encore endormi dans son ovaire et tous les germes qu'il enveloppe lui-même, correspondent à autant d'êtres créés dans le monde antérieur. Il y a plus; dans la préordination concentrique des germes, ceux d'une espèce faisaient suite à ceux d'une autre, en allant des plus inilmes aux plus parfaites, avec des solutions de continuité spécifique aux points voulus, mais de telle sorte que le premier exemplaire de chaque espèce trouvât, en venant au monde, son berceau providentiellement préparé dans la précédente. Ainsi est venue sur ce globe l'heure où un premier adolescent, remplaçant par une première parole le cri de l'animal, s'est dégagé de la tribu d'anthropoïdes qui l'avait élevé.

Quand le délilé des êtres individuels sera eniin terminé, et que, suivant une idée sympathique à la science, les astres seront retombés les uns sur les autres, alors, l'épreuve actuelle étant finie, d'un nouveau chaos surgira une nouvelle palingènésie, sans que les êtres ressuscites aient seulement senti leur long sommeil; une palingènésie, non plus laborieuse comme celle qui nous a introduits dans la vie présente après avoir élaboré notre misérable habitat, mais peut-être instantanée comme le fut l'avènement du monde primordial. Ce sera en eltet le retour même de ce dernier. C'est à ce moment que les consciences retrouveront le souvenir de leur état primitif, en retrouvant cet état même, et auront l'explication de leur destinée.

APPENDICE. — B

iîl

Arrêtons-nous nn instant sur de curieuses analogies qui s'offrent ici à la pensée. Chacun sait que les formations astronomiques et géologiques répondent à d'incalculahles amas de siècles. Pourquoi donc cette grande nuit, cet univers livre sans partage à la matière? Tout s'explique dans notre hypothèse. La chute est un amoindrissement de Vêtre, un anéantissement relatif de l'œuvre divine (anéantissement qui sera d'ailleurs réel en ce qui concerne les méchants à l'heure mystérieuse où, l'épreuve morale étant Unie, leur vie s'éteindra à jamais par leur propre faute). Dès lors, tandis que la création i)rimitive s'en va en lamheaux, et que les espaces se remplissoit d'inhabitables fournaises, les consciences sont annihilées pendant des siècles; elle se réveillent un moment à la pâle lumière de ce monde, puis retombent dans leur sommeil en attendant le réveil définitif. INlais ce n'est pas tout. L'époque du réveil terrestre n'est même pas identique pour tous les êtres. Leurs phalanges, au lieu de s'avaticer toutes ensemble, comme i»rin]itivement, dans une marche de front à travers la durée, déhlent lentement à tour de rôle : la simultanéité des existences est remplacée par leur successivité. 11 est même intéressant de comparer le fait physiologique de la génération avec l'hypothèse de l'organisme universel. Par la génération, en effet, tous les êtres se tiemient littéralement, et forment aujourd'hui encore un curps unique et immense, qui se dissout sur un point à

l'hypothèse suprême ex théodicée. 355

mesure qu'il croit sur un autre, toujours obligé de rendre par un bout ce qu'il [.rend par l'autre bout au monde inorganique, sans retrouver jamais l'état de plénitude. L'univers est tombé de l'état statique dans l'état de division et d'écoulement, de l'intégralité dans la dissolution. Mais ces réffexions nous conduisent à celles qui concernent plus particulièrement la probabilité morale de la préexistence humaine.

Suivons pas à pas les phases de notre destinée présente et ultérieure. Pour chacune d'elles, mettons simplement notre hypothèse en regard des faits, si troublants pour quiconque ne veut attribuer la production d'aucun mal au Créateur. Nous allons voir s'établir entre ces faits et cette hypothèse une correspondance extrêmement frappante. Commençons par ce qui regarde l'économie actuelle.

On peut se demander pourquoi le monde renaissant n^i pas été immédiatement celui de la rétribution délinitive, puisque une éjireuve morale avait déjà eu lieu dans le paradis. C'est que les hommes devaient désormais, pour remonter la pente descendue, repartir du point même jusqu'auquel ils étaient tombés. Ils devaient aussi voir fonctionner régulièrement un univers tel qu'ils l'avaient voulu, afin d'apprendie à le réprouver éternellement. Il fallait donc un monde ayant les caractères de la dé-

uJjïifej^a'''i"Sip'i)ii"ii

APPENDICE. — B

chéance accomplie, et ce ne pouvait être la scène primitive, qui venait de s'elfondrer avec les acteurs. C'est à ces idées morales que doit se ramener la notion de châtiment. Avec quelle exactitude réconomie actuelle correspond à la violation de la justice et de l'amour dans le monde antérieur, c'est ce qu'on va

voir aisément.

Les êtres primitifs ont voulu rompre leurs rapports fraternels dans le grand corps qui leur était commun. Or, vouloir user pour soi tout seul de l'organisme qui appartenait à tous, c'était, dans la pensée de chaque agent moral, vouloir faire de cet organisme un milieu hostile à autrui, s'imposant à autrui : tout pécheur méritait donc qu'un milieu précisément tel lui fit sentir son oppression. C'est ce qui est arrivé. La plus grande partie de la matière cosmique, jadis adéquate aux êtres individuels, maintenant étrangère à la Grande Vie, est devenue cette masse inorganique dévorante qui excède les corps vivants et leur commande de tous côtés.

La transformation de l'organisme universel en un svstème de générations successives entraine une autre conséquence, cruelle non plus aux sens, mais au cœur. L'observation que nous avons faite ci-dessus aux points de vue métaphysique et esthétique nous revient au point de vue moral. Chaque génération voit disparaître sa devancière et disparaît à son tour devant une autre. Si le désir naturel de ceux qui aiment avait été respecté pour chacune, dans

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l'ordre actuel des choses, il s'ensuivrait que toutes vivraient à la fois. Mais les ancêtres ne voient pas les effets lointains de leurs œuvres, et les causes reculées échappent à leur tour aux descendants. Enfin la solidarité ne procède plus que de ceux-là à ceux-ci, au lieu de s'exercer comme autrefois dans un cercle refermé sur lui-même.

Non seulement chaque germe appelé à revivre dans le monde déchu y trouve le milieu extérieur qu'il a mérité, mais il apporte aussi dans sa constitution interne les inclinations qu'il s'était faites au cours de sa vie primitive. En outre, il a enregistré dans cette même constitution toutes les iniluences de la série ancestrale par laquelle il a été transmis d'une génération à l'autre jusqu'à l'heure de la naissance : car il a été précipité, tout passif, dans cette solidarité de hasard que la chute avait substituée à la solidarité normale. (Ce fonctionnement de la solidarité par voie héréditaire n'est-il pas trop ouldié de nos philosophes théistes?) Quand le phénomène de la naissance est accomidi, à peine peut-on dire que l'âge infantile change cette vie toute réceptive. Mais cette fois, pourtant, ce sont des iniluences d'agents conscients que reçoit l'individu, conscient lui-même : c'est la transition entre ?a vie latente et son réveil complet dans le milieu où il doit re])rendre son rôle actif.

Complet, le réveil ne Test pas cependant dans toute la rigueur du mot. Car voici une nouvelle altération de In conscience. Qu'ont voulu les hommes dans le

APPENDICE. — B

monde antérieur? Chasser de leur esprit comme de leur habitat la sublime vision de la cité divine. Eh bien encore, c'est fait. Les voici maintenant qui ont perdu jusqu'au souvenir du paradis. Ils sont devenus nous, par conséquent nous ne sommes plus eux. Nous leur sommes étrangers à tel point que l'idée de notre préexistence nous laisse froids. Et ce dédoublement de la personnalité s'est produit on ne peut plus simplement : la mémoire, qui tient à l'état physique des êtres, a sombré dans leur dépression organique. Ainsi l'homme initial a greffé sur lui-même l'homme selon le péché, mieux encore, s'est 7^6771placé par l'homme selon le péché.

Nous avons dans ce fait l'explication de notre sourde résistance à l'hypothèse d'une vie antérieure. Autrement d'où viendrait cette résistance, puisque, en soi, il n'est pas plus hardi de supposer un mystère divin avant la naissance qu'après la mort; et que le premier et le second de ces mystères ne sont pas plus prodigieux que deux journées de pleine veille encadrant les rêves d'une nuit? Mais notre défiance est inévitable, étant donné le sentiment si net que nous avons d'être des nouveaux-venus dans la vie. Or nous le sommes, par suite de l'abolition momentanée des souvenirs qui font l'identité personnelle. C'est à des profondeurs inconnues de nousmêmes que nous portons inscrites et les virtualités résultant de notre vie antérieure, et les empreintes que la palingénésie fera revivre pour produire la re-

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mémoration. Cette dernière seule soudera le moi primitif et le moi terrestre. Jusqu'à nouvel ordre il s'agit en apparence de deux personnes difl'érentes. La préexistence effective est, si l'on peut ainsi parler, un fait à venir, qui se réalisera au moment de la résurrection, et qui ne sera que l'un des faits merveilleux, le premier en date, de cette vie toute merveilleuse qui est notre postulat. Pour le moment tout se réduit à ceci : quand les êtres primordiaux ont été dissous, sur leurs ruines se sont respectivement élevés des êtres nouveaux.

{]ne fois qu'on s'est soustrait par cette considération à l'espèce de résistance que nous venons de mentionner, la pensée intime se fait sans peine à l'hypothèse d'une symétrie grandiose de la destinée : comme le monde futur restaurera les mômes personnes qui vivent aujourd'hui, pareillement le monde initial a vu tomber les mêmes êtres qui souffrent en celui-ci. Notre moi bienheureux, qui n'est pas encore, n'est pas plus à nous que notre moi passé qui n'est plus. Les ténèbres sont pour l'imagination aussi impénétrables en avant qu'en arrière. Et si en croyant à notre grand avenir nous nous réconfortons par l'espérance, nous pouvons, en croyant à notre grand passé, nous sentir un rôle mystérieux de condamnés tout ensemble et de martyrs, qui n est pas sans donner beaucoup à penser.

Des remarques analogues sont suggérées par l'idée de punition que nous avons envisagée. Peut-on bien

APPENDICE. — H

(lire que le triste état du monde soit vraiment pour nous une punition, alors que nous avons oublié la faute qui en lut la cause ? Il faut répondre à cela que nous sentirons le châtiment dans toute sa raison d'être et dans toute son étendue par le complet regard rétrospectif que permettra la paliuKénésie. C'est alors seulement <iue nous serons capables de regarder en face Tliorreur de la catastrophe, parce qu'à Tinstant même où la punition sera sentie comme telle, la délivrance aura lieu. Actuellement une telle vue, outre qu'elle rendrait l'épreuve impossible, ferait de la terre un réel enfer. Nous ne sentons apparemment (jue la mesure de soulirance qui est en rapport avec la somme de péché produite dans tout l'univers présent : et ce n'est pas la moindre amertume de cette douleur ^lue d'ignorer le pourquoi de la douleur !

Ne quittons pas l'idée de Tépreuve terrestre, sans relever un autre avantage de notre hypothèse. Si cette épreuve ne commençait que sur la terre, qu'y . viendraient faire les victimes innombrables de la mortalité infantile et de l'inûrmité d'esprit? Mais, dans notre doctrine, le monde édénique a constitué lui-même une première et probablement longue phase de répreuve de la liberté : à savoir celle qui s'est terminée par la dissolution de ce monde.

Passons à l'économie future : le fait de l'existence anté-terrestre va encore s'y adapter avec une précision parfaite. Et tout d'abord, quant au phénomène même du réveil individuel dans la vie future, les doc-

l'hvpothesk suprême ex théodtcée. 3G1

trines ordinaires ne nous disent pas comment l'àme pourra se rendre compte du fonctionnement, absolument inconnu pour elle, de ce milieu où elle se trouvera jetée. Illumination surnaturelle ou lente initiation, les deux alternatives laissent à désirer. Avec la préexistence, au contraire, tout se comprend; loin d'être dépaysés, nous reconnaîtrons au moins d'une manière générale la céleste maison paternelle et nous comprendrons instantanément notre situation. Tels nous retrouvons la réalité en nous dégageant d'un rêve. Ce retour de nos souvenirs originaires qui présentement nous semble étonnant, ne nous étonnera point alors, puisqu'il sera justement le recouvrement de nous-mêmes.

Mêmes ressources pour comprendre l'éducation des âmes dans l'ordre futur. Essayons d'entrevoir ce que sera cette dernière. 11 est improbable que le monde prochain débute par la sainteté absolue et la perfection définitive du milieu naturel. Car un tel état semble plutôt devoir être acquis par les agents moraux, et les meilleurs en sont encore bien loin sur la terre. Non moins improbable, par contre, est Tavènement d'un milieu physique encore réglé par la loi du (1 combat pour la vie », et où les justes pourraient perdre leur vertu et les méchants s'amender : ce serait l'inutile répétition de l'ordre actuel. Il faut donc conclure, d'une part, qu'il n'y aura jdIus dans le milieu futur ni besoins, ni instincts, ni organes prédateurs, et, quant à l'humanité rétablie dans un tel

APPENDICE. — lî.

milieu, que les justes y seront assurés d'atteindre la perfection morale grâce à l'impulsion déjà donnée à leur àme sur la terre; mais, d'autre part, que ces justes ne seront point tout d'abord impeccables, par suite des imperfections morales de ce même passé, et que le milieu cosmique ne sera pas dès le principe complètement adéquat à toutes les lins secondaires des êtres; les perfections physiques y seront plutôt en germe. L'organisme universel, en un mot, reviendrait d'abord à l'état d'ébauche seulement.

Les choses étant ainsi posées, suivons les destinées respectives des bons et des mauvais. Ces derniers se^ raient éliminés, excrétés comme des êtres inassimilables en vertu de leur constitution intime (laquelle résulterait de leur état moral) : de même à peu prés que nous voyons certains tempéraments inassimilables à certains climats. Mieux encore, la reviviscence même des méchants sera peut-être impossible, comme l'est la germination de certaines semences dans certains terrains. Ils resteront ensevelis dans le goaiïre du passé, avec l'ordre de choses périmé auquel ils auront voulu s'adapter et se borner. Inversement, touchant les justes, désormais seuls maîtres du monde, nous dirons qu'il leur appartiendra de développer, en se développant eux-mêmes, les virtualités du grand organisme : ce dernier se développerait comme Te fait pendant la jeunesse un corps individuel dont l'àme bien née n'entrave en rien l'évolution prospère. Peut-être aussi, pour travailler à la cité

l'hypothksk suphkmk en théodicék. 8t>>

divine, exercerons-nous une action démiurgique exigeant Tentente universelle. Le plan à poursuivre nous serait alors donné par notre ressouvenir de la cité primordiale : au cours de l'œuvre de restauiation, un souvenir en réveillerait un autre.

C'est ici que l'hypothèse de la préexistence nous apporte le plus de lumière. Pour être poussés toujours en avant, les honnnes auront par devers eux non seulement le souvenir de la douloureuse étape terrestre, mais celui du paradis perdu, et de leur contribution personnelle à la ruine de ce dernier. Ils sentiront ce ([ue valait le bien, ce que coûte le péché, ce ({ue peut le libre arbitre, ce que pèse la solidarité. Et en même temps ce sera une onivre librement accomplie, que de vouloir, de hâter, de déterminer l'état dèilnitif : celui des facultés morales et physiques de chacun comme celui de l'ensemble total. Mais en poursuivant cette œuvre, la liberté s'enchainera elle-même graduellement par l'habitude, et fera place à la fin au déterminisme moral, seule solution du problème de la vie dans un ordre de choses fini. Il y aura donc un paradis reconquis comme il y a eu un paradis perdu.

Chacun alors restera, quant à ses aptitudes personnelles, intellectuelles et physiques, quant à leur nature, à leur nombre, à leur degré de déveloplieinent, ce qu'il se sera fait. Il sentira sienne une telle œuvre, en embrassant son passé tout entier, en apercevant sa vie terrestre comme un épisode de sa

»ii^

■■:iana.

APPENDTCK. — B.

grande vie, et cette grande vie comme un élément de la vie collective, et tous les biens et tous les maux comme la sanction de la loi morale. Enlin notre mémoire se reportant jusqu'à Tinstant de l'acte créateur lui-même, et le Y^assé de l'univers s'éclairant pour chacun au moyen des souvenirs de tous, nous atteindrons, par une immortalité en ({uelque sorte régressive, toute Famplitude de conscience logiquement réalisable en dessous de Dieu. Ces idées répondent à ce qu'il y a de possible dans le rôve insensé des renanistes, qui imaginent l'humanité immortelle — ou Dieu lui-même ! non pas étant mais devenant, •— se faisant graduellement par la science et l'industrie. Elles y répondent d'un point de vue moral, comme on vient de l'exposer, et même d'un point de vue religieux, car il est loisible de croire que, dans ce rapprochement graduel des consciences créées et de la conscience créatrice, le divin démiurge lui-même, le « vieillard des mondes «, éclairera de ses révélations la construction du temple éternel.

Les consciences humaines ne sont pas les seules qui intéressent la théodicée. A côté d'elles existent des consciences inférieures en nombre incalculable, formant à vrai dire la presque totalité de l'univers vivant, réparties en^ rangs d'autant plus pressés qu'ils sont plus inférieurs, comme si de l'un à l'autre

L HYPOTHESE SUPREME EN THEODIGEK

il y avait compensation à la qualité par la quantité, et toutes, absolument toutes, atteintes par le mal.

En abordant ce nouveau problème commençons par définir l'être animal. Il ne possède ni la notion du devoir, ni la comparaison nette des futurs et des alternatives, ni la réllexion sur ses propres mobiles. Ses idées surgissent spontanément, appropriées à sa nature. Par exemple, à une même espèce d'oiseaux se présentera la vision d'un même type de nid, approprié à cette espèce par l'emplacement, les dimensions, les matériaux, etc. L'animal est ainsi emporté au cours de la vie, développant au fur et à mesure des occasions la nature qui est en lui. Si nous intervenons, il est exclusivement réceptif, et réagit selon sa nature encore, fatalement.

Si nous écartons provisoirement toute considération morale, nous comprendrons sans peine comment les consciences animales, dont nous admettons la préexistence dans le monde édénique, ont été à l'heure de la chute entraînées, solidairement avec l'homme, de l'état de paix dans l'état de guerre. Les hommes ont, d'un côté, détourné à leur propre usage les ressources qui appartenaient à ces êtres subordonnés; de l'autre côté, ils ont rendu celles-ci toujours plus insufiisantes dans la nature, par la dégénérescence du milieu consécutive au péché ; en sorte que chaque individu animal, frustré de ce qui lui revenait, s'est dédommagé en reprenant son bien où il le trouvait, c'est-à-dire en dépouillant un plus fai-

APPENDICE. — B

ble que lui ; et cela toujours par une réaction spontanée conforme à sa nature spécifique. Quant à la propagation de cet état de guerre, elle se conçoit

d'elle-même.

Dans cet ordre d'idées, l'apparition tant des organes que des instincts de combat peut être considérée comme l'œuvre directe des agents animaux. Et d'abord, de ce qui a été dit sur la réaction spontanée de l'auimal, il ressort (lue pour tous les individus d'une espèce donnée a surgi la même vision révélatrice de l'industrie meurtrière conforme à ses aptitudes. L'action rétlexe s'est ensuite fixée par riiabitude, habitude que nulle volonté morale ne pouvait combattre, et qu'au contraire l'altération croissante du milieu encourageait sans cesse. De là proviennent les instincts. Quant aux organes, on comprend <iue toutes ces modifications psychiques aient entraîné, par les voies profondes de l'organisme, des modifications physiologiques corrélatives. C'est ici le cas de rappeler la théorie éminemment idéaliste de Lamarck, d'après laquelle l'organe procéderait primitivement de la fonction, (ini procéderait du désir. Ajoutez à cela la réaction funeste du milieu qui lui-même se serait constitué à la suite de la corruption du plus grand nombre des appétits ou instincts et des organes individuels ; ajoutez peul-être une intervention de l'homme, analogue à celle cpii lui fait créer aujourd'hui les variétés qui lui sont utiles : c'en est assez pour comprendre comment les êtres

l'hypothèse suprême en théodicée. 367

animaux paradisiaques sont devenus des dévorateurs tout instruits et tout construits pour vivre

de proie.

La dévoration systématique qui est le scandale de la nature actuelle, n'est que la forme revêtue aujourd'hui parla guerre alors commencée. L'état édénique supposant l'entretien mutuel des êtres au moyen de leur commune substance, chacun, indépendamment de son organisme i)articulier, avait pour corps, en un sens, le corps d'autrui dans l'organisme universel. Pour la même raison l'état de guerre a dû équivaloir dans le monde antérieur à une dévoration mutuelle des vivants. Or, la solidarité qui unit tous les êtres a été établie d'une manière irrévocable. Aujourd'hui, que l'organisme universel a péri, la matière vivante est encore commune à tous les individus. Ils se tiennent tous par l'alimentation, comme nous avons vu qu'ils se tiennent par la génération. Seulement, cette matière organique, dont ils se composent, ils ne peuvent se la procurer (lue tour à tour, aux dépens les uns des autres, avec accompagnement de douleur, dans le « combat pour la vie » par lequel ils ont remplacé V « accord pour la vie ». Si nous connaissions la nature de l'organisme céleste, nous reconnaîtrions sans doute un rapport de dérivation entre le régime prédateur actuel, et le régime initial de sustentation mutuelle.

La partie physicpie du problême étant ainsi éclairée, arrivons à sa partie morale. On ne com-

APPENDICE. — 13

LHYPOTURSE SUPREME EN THEODICEK

md

prendrait pas que, dans le monde parfait, IJieu eût créé les animaux uniquement pour eux-mêmes; car en ce cas, pourquoi leur eût-il refusé, s'arrètant à moitié chemin, les fins les plus élevées, qui sont les fins morales ? On ne comprendrait pas davantage que Dieu eut fait ces mêmes animaux uniquement pour le service de Tliomme, car alors il leur eût donné des consciences sourdes incapables de souffrir en cas de chute, comme il l'a fait pour les êtres purement instrumentaux (végétaux et animalcules de Tordre des atomes). Mais on comprend que, daîis la nature servante de l'homme, il y ait eu, pour ainsi dire, une zone de vivants rouages, a^sez indépendants et assez complexes pour comporter une façon de vie morale et une réelle joie de se sentir vivre. En d'autres termes, les animaux viennent glaner après l'homme ce qui est encore disponible dans le champ de la vie supérieure. Là où la Raison et le Libre- Arbitre ne sont j^lus accessibles, ils trouvent du moins la Passion et la Spontanéité. Ils seront donc en partie enveloppés dans la solidarité de l'homme, puisqu'ils peuvent entrer dans sa compagnie. Mais ne pouvant être dans sa socictc^ ils échapperont aussi en partie à cette même solidarité, et dans leur souffrance ne seront pas proprement malheureux. Repi'enons et justilions Tune après l'autre toutes ces allirmations.

l^remièrement, (piani à ce (^ui concerne la passion, il est très remar([ua]>le et troj) [)eu remarqué dec(nix

qui parlent de l'animal comme irrationnel (terme négatif), (pie cet être est essentiellement passionnel (terme positif), et que la première et fondamentale passion est chez lui l'amour, comme cela se voit si bien chez les jeunes, dans les espèces voisines de nous. A cet égard nous pouvons concevoir l'état édéiiiqne des consciences animales comme aussi élevé que nous voudrons. L'amour qui chez ces êtres inférieurs s'éteint aujourd'hui dès qu'ils sont adultes, et ne reparait guère que sous la forme des passions sexuelles aux époques voulues, pour la conservation de l'espèce, pouvait alors se maintenir sans défaillance sous la forme de l'attachement — on en voit des cas même à présent qui rappellent l'amitié humaine. 11 nous est même permis de croire que les espèces étaient conformées, les unes par rapport aux autres, en vue d'un échange d'affection réglé par leurs aptitudes et industries respectives. L'amour était donc, dans Tordre animal, ce que la justice était dans Tordre

humain.

Après cela, nous remarquerons que l'action ou la réaction passionnelles opérées par la spontanéité de l'animal, quand il arrive qu'elles tendent au mal, ne permettent pas d'incriminer la volonté divine : car c'est bien la conscience de cet être (pii est le théâtre des passions dont il s'agit. Le désir de la bête, pour ne se point balancer par un désir concurrent, ne se suscite pas moins de lui-même. Elle obéit à des sentiments (jui sont les sieyis. Rien w la contraint.

Il — i\.

appendice:. — B.

A l'animal s'applirjue la théorie que les philosophes déteniiiriistes (jadis les stoïciens, et de notre temps Stiiart Mill) ont appliquée à l'homme. Ils insistent avec force sur le droit (lu'ils ont de dire, sans déroger à leur système, que l'homme déterminé par les antécédents et les circonstances ne laisse pas d'être Fauteur de ses actes et le modilicaleur propre de son caractère; tliéorie qui n'est que spécieuse, si l'on veut y asseoir la responsabilité humaine; i)rincipe juste, si, visant les brutes seulement, on veut par là non leur attribuer une responsabilité quelconque, mais dégager la responsabilité divine. Dans le cas qui nous occupe, Dieu ne serait res[)onsable que s'il avait voulu le mal. 11 n'est responsable (lue d'avoi)' voulu la [possibilité du mal. Et à cet égard le mystère ne change point, que le mal soit produit par voie de libre arbitre ou par voie de simple contingence, par la voie d'une chute (pii est le fait de l'homme sous la responsabilité de l'homme, ou par la voie d'une déchéance qui, sous la responsabilité de l'honnne, est le fait de

l'animal.

Ainsi muni de la passion et de la spontanéité, l'animal édéni(iue était <iualilié pour vivre dans la compagnie de l'homme. L'homme est animal aussi. Ces deux agents psycliiciues avaient en commun la vie passionnelle ; et l'échange qu'ils en faisaient primitivement, — et qu'ils eji feront de nouveau, — est un élément important de la béatitude céleste. Au srin du monde antérieur, l'homme, en dépassant d'une

L'hYPOTHRSE suprême en THÉODinÉE. 371

hauteur immense, par une partie de son àme, le milieu passionnel ambiant, était d'autant plus admirable en cette autre partie de lui-même qui plongeait dans ce milieu. Il était la clef de voûte de l'édilice. Vers lui convergeait l'amour de toutes les créatures, de lui l'amour rayonnait sur toutes. Ce qu'il y avait là d'attniits entre des êtres absolument beaux ne saurait s'imaginer. Le paradis n'était pas seulement justice, il était aussi amour, et l'amour n'atteignait sa plénitude que dans une mutualité universelle. C'est la déchéance de l'amour aussi bien que la chute de la justice qui a produit notre triste monde. Et les ravages causés par cette dérogation à Tamour, il faut les voir non seulement dans la haine ou dans l'indifférence des hommes les uns pour les autres, mais dans Taltération ou la suppression des rapports entre toutes les espèces vivantes. 11 en est de celles-ci comme des peuples humains. Elles sont les memhra cU.sJecla du sublime organisme détruit. Ne le sent-on pas en pensant à l'elVroyable quantité des êtres vivants que porte ou a portés la terre depuis l'époque paléozoïque ? Quoique la science leur entrevoie encore un rôle dans le grand fonctionnement de la nature, combien ce rôle est dilïérent du premier î Tels les systèmes sidéraux jetés à foison dans l'immensité sont les ruines éparses de la construction primitive.

Etant donnée l'hypothèse de la communauté fondamentale de vie entre l'homme et l'animal, comment serions-nous surpris maintenant de la solidarité (pii

O I rC

APi^EXDICE. — B.

les a liés dans la chute, alors que le même jeu d'action et de réaction spontanées dans la sphère passionnelle s'exerce si largement au sein môme de l'iiumanité ? Là un très petit nombre d'individus en entraînent constamment un nombre immense dans leurs remous. Chez la plupart des hommes — chez tous à certains égards — la pratique du bien et du mal n'est que de seconde main. La réaction passionnelle est la substance même de l'histoire comme de la vie individuelle. Elle distingue éminemment la femme. Elle avait enlln, bien certainement, son rôle dans Thumanité édénique. Et avec les passions elles-mêmes, leurs conséquences sont parmi nous réversibles d'une tête sur l'autre. Combien de justes et de saints n'ont sonffert qu'à cause du péché d'autrui ! Si donc la solidarité procède de certains hommes à certains autres, elle peut bien procéder aussi de tous les hommes ensemble aux animaux. Les martyrs sont, dans l'iiumanité, des êtres qui n'ont pas voulu pécher, et les victimes bont, dans l'animalité, des êtres qui ne l'ont pas pz^. En comprenant ces derniers dans le cercle de la solidarité, nous ne faisons qu'élargir ce cercle. Notre problème est ainsi ramené à une question de meure. Or, Dieu seul savait dans quelles proportions il fallait associer la force expansive de la volonté libre à la force d'inertie de la passion.

Enhn nous avons dit que l'animal échappe \K\r un coté à cette mémo solidarité humaine que par un autre coté il subit. En eU'et, non seulement il ne peut

l'hypothèse suprême en théodicée. 373

être ni proprement méchant, ni proprement puni, mais encore une énorme dilférence entre lui et nous, dans l'ordre même de la douleur, correspond à la différence énorme que constitue son irresponsabilité. Tout d'abord, quoique l'être irresponsable soulïre, il n'est pas, avons-nous dit, ce qu'on peut appeler malheureux, attendu qu'il se livre ahsohanent à ses passions. 11 ne connaît pas le remords : on ne saurait voir rien de tel dans le chien qui, ayant volé, fuit ou s'humilie sous la crainte du châtiment. L'animal ne connaît pas non plus, avant l'action, ces incertitudes, et après l'action ces regrets divers, qui nous rendent si cruelles certaines décisions. Sans doute, dans le domaine des alfections, chez quelques espèces ou individus, la douleur est parfois assez vive : ce qui n'est pas étonnant. ])uisque ce domaine est justement celui des lins animales. Mais l'oubli vient vite opérer la consolation, et en tous cas jamais la bête ne s'interroge, par exemi)le, sur le sort ultérieur des êtres enlevés à son attachement. Dans Thumanité, le même amorti^sement de la douleur existe pour l'innocent et pour l'idiot. Entre les irresponsables, le fou est le seul qui puisse être malheureux: mais il est né responsable, il l'a été longtemps : à cet égard, son lot de soulfrance ne se distingue pas du commun lot des hommes.

L'introduction de la douleur dans Tanimahté ne serait pourtant pas sufllsamment justiiiée si ces considérations étaient les seules à faire valoir. Car il est

APPENDICE. — B

bien clair que des souffrances morales ne pouvaient être intligées à un être cjui n'a pas de nature morale. Il faut donc ajouter que la douleur physique ellemême est atténuée chez cet être, puisque chez lui la sensation, vu l'absence d'attention volontaire, tend à s'échapper satis cesse de la conscience. Il faut ajouter encore la grossièreté plus grande de Forganisme. et la rudesse habituelle de la vie. La violence avec lacruelle les animaux se débattent ou ci'ient pour réagir physiquement contre la douleur ou la contrainte ne doit pas nous donner le change sur leur état psychologique. Ils ne veulent que se dégager, par des efforts qui, chez nous, traduisent en oulre la protestation. Enlin. à mesure qu'on descend l'échelle des êtres, la sensation et partant la douleur décroit avec la conscience. Au dernier degré il n'y a plus })roprement de soulfrance. Pour tout l'ésumer, nous pouvons conclure en disant : le scandale n'est pas que la bête souffre, il serait qu'elle souffrît comme nous.

(,Mie si des bêtes proprement dites nous descendons tiUK animaux les plus intimes, il est clair que la justice divine ne doit rien à des consciences qui se sentant à peine vivre ne peuvent se sentir souffrir : telles sont les monades organiques qui, sortant du rôle conservateur «qu'elles avaient dans le monde j)riniitif, ont formé ces microbes acharnés au travail de dégénération rt de destruction des tissus vivants. Mais il n'en reste pas moins à rendre compte de leur déchéance. Elle s'explicpie, rie même que celle des

LHYI'OIHESE SUPREME EX THEODICEE

bêtes, par ce fait que, frustrés, eux aussi, de leurs ressources normales, ces animalcules se sont fixés dans un mode de vie forcément prédateur. Une linalité aveugle a fait chez eux ce qu'un instinct plus clair a fait chez les autres. L'existence des poisons dans tous les régnes de la nature est également attribuable à la destruction de l'harmonie primitive : depuis que le milieu n'est plus adéquat aux organismes individuels, les propriétés d'une foule de substances se trouvent, ipso facto, plus ou moins en désaccord avec les lois qui régissent ces organismes.

Si on admet la solution proposée ci-dessus pour le l)roblème de la théodicée en ce qui touche les animaux. Tunivers parfait peut être couru, au point de vue idéaliste, comme un concert de consciences disl)Osées dans un ordre hiérarchique, de l'homme à l'atome, pour être, selon les degrés qu'elles occupent, les associées, les amies, les servantes, les esclaves les unes des autres. On peut remarquer en passant (^ue cela explique le nombre immense des êtres inférieurs à l'homme : au sein de l'ordre parfait, ils n'étaient pas simplement dans la nature, ils étaient la nature même. L'animalité primordiale, considérée dans ses couches psychiques supérieures, est un ensemble de consciences atmexes, en ({uehiue sorte supplémentaires do la conscience huujaine, et ({ui, des lins ultimes leur étant assurées à toutes, deviennent contingemment, par voie de remorque, quel- <|ue chose de ce que la conscience humaine est libre-

APPEXDICi:. — B.

ment. De là, pour elles, participation à une vertu d'emprunt, qu'accompagne un .paradis immérité, comme à un péché d'emprunt, qu'une souffrance imméritée suit également. Les animaux étant en partie faits pour eux-mêmes, et en partie faits pour riiomme, Dieu seul a pu établir une juste pondération entre ces deux sphères de finalité, mais nous pouvons être certains que dans chaque espèce, la faculté de souffrir est proportionnée, comme elle doit Tètre, aux degrés de la solidarité où elle fut instituée avec l'homme.

Non seulement la théodicée doit, après s'être occupée de rhomme, s'occuper des innombrables consciences d'ordre inférieur qui entourent ce dernier, mais elle doit porter son regard jusque sur des êtres, ])ien plus petits que des infusoires.et plus noml)reux à eux seuls que tous les êtres ensemble, — qui restent arrêtés au seuil même de la vie : nous voulons parler des germes perdus.

Le prodigieux avortement des germes qui a lieu dans la nature est un mystère très grand dans toute doctrine qui refuse, ainsi qu'on le doit, d'attribuer au Créateur le principe que la fin justifie les moyens : comme si Dieu avait voulu a priori créer plus de germes (prit ne s'en pourrait développer, pour mieux assurer la conservation des espèces, toujours me-

l'hypothèsk suprême ex théodicée. 377

nacées de succomber dans la lutte pour l'existence ! Le problème n'apparaît pas moins obscur dans notre doctrine, qui voit en chaque germe un être ayant déjà possédé ailleurs la plénitude delà vie. La question s'aggrave quand on envisage l'humanité. Là, qu'un seul individu femelle périsse, et avec lui disparaissent toutes les générations qu'il portait dans ses fiancs. Mais ce qui est le plus troublant, c'est que la qnantité d'ovules que l'on a constatée chez la femme dépasse, dans une disproportion énorme, le nombre de ceux qui peuvent être fécondés. Il suivrait de là et de notre liypothèse que l'immense majorité des personnes primitives ne reparaissent pas dans le monde actuel. Pourquoi ces êtres sont-ils absents? Pourquoi sont-ils soustraits à Tépreuve de notre monde moral ?

Absents? Mais regardons de plus près; au fond, ils sont là, au milieu de nous, en nous-mêmes, nous accompagnant partout, se mêlant à tout. Chaque germe, selon notre hypothèse fondamentale, reçoit dans son état organique minuscule le contre- coup de tout ce qui se passe dans l'organisme enveloppant : avec quelle précision, c'est ce que montrent assez les phénomènes bien connus de riiérédité. Si tout homme n'est pas le Sosie de ses parents immédiats, c'est qu'il porte l'empreinte de toute la série ascendante, plus celle de sa physionomie primitive : car il est surtout et par dessus tout solidaire de son état primitif, physique et moral. (Juand donc les

APPENDICE. — B

L HYPOTHESE SUPREME EN THEODICEE

êtres avortés, demeurés ici-bas à l'état de germe, prendront corps à la palingénésie, ils porteront les empreintes reçues au cours de leur pérégrination latente dans nos rangs. A part l'empreinte qu'ils auront gardée de leur moi primitif, ils ne diltereront en rien de nous. Ainsi, tandis que, de notre côté, nous ne croyons vivre que pour nous, nous façonnons pour le monde futur toute une humanité, os de nos os, chair de notre chair, image de ce que nous sommes à toute époque et en tout lieu : d'autres nous-mêmes, eri un mot, multipliés en nombre incalculable. On peut dire : 7iou.s façonnons, car si la vie se transmet [)ar la voie des individus femelles, ces germes n'en reçoivent pas moins Tempreinte des individus mâles transmise à tout ovule fécondé et à ceux qu'il renferme.

Mais entre cette humanité latente et nous-mêmes, il reste une différence considérable, et c'est ici qu'est le nœud de la difliciilté : nous, à la lin de notre vie terrestre, nous aurons réagi plus ou moins, par le libre arbitre, contre les elfets delà solidarité; tandis que les germes avortés auront subi passivement toutes les inlluence.s du dehors, pendant leur invisible traversée de ce monde. A cette question semblerait convenir une réponse analogue à celle qui concernait plus haut le mystère delà dévoration mutuelle. Dans l'assemblage primitif des agents moraux, chacun a voulu vivre en éliminant une foule <le ses semblables, ou plutôt r\i les contraignant à n'rtre (pie

des annexes de sa personne, dùt-il être lui-même supprimé en étant compris dans une élimination du même genre. Chacun visait ainsi à réduire autant que possible le nombre des « maîtres du lieu », et consentait à ce que le hasard de la lutte décidât qui aurait place ou non dans un monde supérieur. Ceci est incontestable dans notre hypothèse. Ce qui doit sembler maintenant presque aussi naturel, c'est que les hommes aient été punis par où ils avaient péché. En cet ordre d'idées, les êtres renaissants, au lieu d'avoir été disposés extérieurement les uns aux autres, auraient été répartis par groupes concentriques. Cet état d'involution actuelle répond fort bien au péché qui fut la violation de l'impératif catégorique pratique selon la formule de Kant. Pour des milliers d'êtres il n'y a, aujourd'hui comme dans le monde initial déjà corrompu, qu'un même corps. Pas un d'eux ne se développe snns entraîner l'étoulfement d'une multitude d'autres, et sans avoir couru la chance d'être lui-même étouffé de la même façon. C'est le hasard qui détermine la fécondation de tel ovule plutôt que de tel autre. Les hommes qui sont nés auraient pu, à un moment donné, ne point naître ; les ovules perdus auraient pu, à un moment donné, devenir des hommes.

La hardiesse serait-elle bien grande de supi)Oser que l'enveloppement actuel des germes en groupes de groupes, correspond à un mode de classement des êtres déjà établi dans le monde .•intérieur avant

APPENDICE. — B

même sa déchéance ? Où nous voyons des germes frères renfermés dans un seul ovule et formant un seul corps avec lui, il y avait peut-être toute une phalange incorporée à un seul chef, et tirant plus particulièrement de lui, physiologiquement, sa subsistance. Chacun aurait ainsi tenu d'autres êtres sous sa dépendance en se trouvant lui-même sous la dépendance de quelqu'un. Cette association était constituée pour toujours. 11 y aurait donc eu au ciel une famille de familles, avec la simultanéité de tous leurs membres, et quelque chose d'analogue à l'institution sacrée des liens illiaux et fraternels, bien dignes de figurer dans le paradis. Le pouvoir était donné à chacun de transmettre hiérarchiquement les bienfaits par lui reçus et de concourir ainsi au maintien de la vie universelle. Mais les créatures ont fait servir à leurs fins exclusives les moyens d'organisation qui avaient pour but d'assurer les uns propres de tous dans la lin universelle (Régne des fins, Kanl), et chacun a vu condamner sa lignée à l'effacement qu'il voulait imposer à celle d'au-

trui.

Si cette idée d'une hiérarchie primitive paraissait contraire à l'égalité des personnes, on pourrait la modifier en supposant que l'ordre de subordination devait se reproduire en sens contraire après un temps donné, comme par une alternance régulière. Mais ne serait-ce |kis vouloir regarder trop au fond du mvstère, et chorciier des secrets dont la connais-

LHYPOrUKSK SUPIU>\fE KX THKODrCF.E. :WI

sance ne nous est pas indispensable pour trouver le mot de l'énigme ?

Dans tous les cas, la solution proposée exige qu'on envisage, ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'épreuve des individus comme remplissant le monde antérieur ainsi que le monde présent, pour avoir sa conclusion dans le monde futur : chacun ne sentira l'elïacenient qu'il aura suln et les elîacements qu'il aura fait subir, qu'au moment où il se réveillera dans le dernier monde et retrouvera jus(pi'au souvenir du premier. Le problème de la déperdition des germes n'est insoluble que si l'on prétend borner l'épreuve morale au monde intermédiaire, qui est le monde actuel. Il semble, à la vérité, peu logique de dire, comme c'est l'usage, que l'épreuve morale est l'objet du monde présent, alors qu'elle est suspendue pour les innombrables êtres qui n'y llgurent qu'à l'état de germes. Mais l'épreuve ne peut s'exercer à travers une phase cosmique, que dans les limites déterminées à la suite de la phase précédente. Si le drame s'est engagé de telle façon qu'à un moment donné la scène soit presque vide d'acteurs, cela ne change rien à la marche de l'action. La suspension de l'épreuve était impli<iuée éventuellement par le fait même de l'épreuve. Au grand réveil, les avortons se trouveront, par le fait de la solidarité, dans l'état qu'ils auront, en partie, ac-iuis eu dormant, pendant -ine l'acte terrestre de la grande tragédie était joué par un petit nombre de personnages,

APPKXDICi:. — h.

L HYPOTHESE SUPREME EX THEODIGEE

leurs fondés de pouvoirs par la voie de la solidarité.

Une remarque achèvera de faire sentir l'iiomogénéité (lui existera entre les nieinbres de l'humanité quand la palingénésie leur rendra la vie à tous, y compris les avortés de notre monde. C'est qu'au fond la vie passive est celle de la plupart des hommes, prescpuî autant ([ue des simples germes. Pour s'en convaincre il sulUt de penser aux sauvages que la fatalité a comme pétrihés dans leurs idées, dans leurs coutumes: à cette foule d'hommes presque nuls qui, dans nos contrées mêmes, ne sont, en fait d'idées et de mœurs, que le rellet du milieu moral ambiant; aux infirmes d'esprit qui abondent sous tant de formes douloureuses; aux enfants morts en bas âge, plus nombreux que les adultes de la même génération; — à nous-mêmes enfui, qui sommes bien loin encore du complet affranchissement de la passion pure. En réalité, il n'y a partout que des avortés. Avortés, nous le sommes un peu moins que d'autres; autour de notre moi ils s'échelonnent et s'étendent, jusqu'à ces bas-fonds que nous portons dans nos entrailles. L'effet de la chute a été l'envahissement presque universel du monde par le déterminisme, par l'assoupissement, image de la mort qui est le fruit suprême du péché.

Il n'y a qu'une chose qui puisse, dans le monde futur, rompre l'homogénéité des agents moraux, établir une disparate irréductible entre les individus morts adultes et les individus morts en germe : c'est

(|ue ces derniers n'auront pas le souvenir de Téconomie terrestre. Mais chez combien d'autres ce souvenir sera lui-même confus ! A quoi, en effet, sera réduit le souvenir de la terre chez ceux qui auront à peine fait attention à leur })ropre vie dans le sens élevé du mot ? A ces impressions tout au plus qui sont inconsciemment enregistrées par l'organisme en ses profondeurs ! Des impressions tout aussi réelles auront pu s'inscrire par contre-coup dans les germes (pie les organismes terrestres enveloppaient. Il est vrai qu'en cette hypothèse un nombre d'hommes relativement petit doivent garder le riche et complet souvenir de la vie où nous sommes à présent : une telle prérogative ne fait-elle pas un contraste éclatant avec l'absence qu'il y aura de cette classe de souvenirs, pour tant d'avortons appelés à la résurrection ? Oui, sans doute : seulement cette fois la disparité est tout en faveur de nos thèses. Un a vu plus haut que le souvenir d'un douloureux passé doit être un puissant aiguillon pour favoriser la marche en avant dans réconomie future. Ceux d'entre les bienheureux qui posséderont cet élément de force le mettront au service de leurs frères. Il semble naturel, en effet, que, dans le monde à venir, de très grandes influences appartiennent aux justes et aux sages qui auront déjà entrepris, durant leur carrière terrestre, l'œuvre de relèvement de leurs semblables. Qui sait même si déjà leur supériorité actuelle ne provient pas en majeure partie de ce qu'ils ont su être dans la

APPENDini:.

vie antérieure? Quoi qu'il en soit, sous leur impulsion, dans notre hy[)othùse5 lu multitude re'gagnerait les hauteurs morales pour atteindre le paradis définitif, de même qu'elle les aurait descendues sous l'impulsion de ceux qui péchèrent et entraînèrent des premiers la perte du paradis primitif Telle serait l'd'uvre combinée de la liberté et de la solidarité.

Ce qui a été dit des impressions réviviscentes de la vie terrestre est applicable à la conscience animale. Ces impressions i)Ourront ne pas faire défaut même à ces êtres avortés qui n'auront pas derrière eux Texpérience individuelle du monde où nous sommes. Car elles se seront inscrites dans la constitution des moindres ovules qui auront sommeillé dans des entrailles vivantes. La science constate des transmissions analogues par voie généalogique.

Certes, l'avortement momentané de la plupart des créatures, sous la forme de cette immense déperdition de germes, est bien l'un des elFets les plus désastreux de la chute. Cet évanouissement des êtres concorde singulièrement avec toutes les autres déperditions supposées au début de notre étude, comme toutes ensemble concordent avec Teffacement de la justice primitive, auquel on pense le moins, et qui est pourtant le plus effroyable 1 Et cependant, derrière ces conséquences nécessaires du péché, se trouve j^eutêtre aussi une marque de la miséricorde divine : une dispense de douleur a été donnée à la très grande majorité des êtres, car les germes ne sentent rien. La

L HYPOTHESE SUPREME EN THEODICÉE

sagesse du Créateur a tout disposé à l'origine pour que le mal, s'il venait à se produire, fût combattu ou attéiuié par ses propres effets. C'est ici seulement que peut nous revenir, a posteriori, la théorie ordinaire qui rai)porte au but de la conservation des espèces la surabondance des germes vivants.

On peut encore étendre ces aperçus sur la pitié divine, en considérant qu'à part les mauvais instincts et la douleur, les ravages causés par la chute ont un caractère tout négatif. Ainsi notre évanouissement pendant les siècles passés que notre vie eût pu déjà renqDlir; ainsi encore l'abolition provisoire de tout souvenir relatif à notre première existence. En définitive, à ne considérer que ce seul point, le désastre se réduit à ceci : une partie des éléments d'un monde sublime détruit ne sont rentrés que latents dans le monde qui l'a remplacé.

Mais, à ce propos, sachons nous préserver de ce plat optimisme de convention selon lequel Dieu aurait attaché à la chute des biens en compensation, qui en surpassent le mal. Il est vrai que Dieu a fait, du sein du mal, sortir de grands biens. Le courage, la pitié, le dévouement, la magnanimité, la confiance, un grand nombre de mérites et de vertus ne sont possibles qu'après l'avènement du mal. Mais il est faux que l'existence devienne par là plus parfaite qu'elle ne l'eût été sans la chute. Il est inadmissible, en effet, que ce genre de bien puisse être supérieur aux biens primitifs qui a le caractère de remède nécessité par

APPENDICE

la perte de ces mêmes biens. Et si l'ordre déchu est le plus beau, pourquoi en rêver un autre? Mais surtout prenons garde que, si le mal était un ingrédient du bien suprême, conformément à la vue optimiste du monde prêscnl^ il faudrait regarder le mal comme nécessaire dans les vues de la Providence. Bornonsnous à une question, ({uoique sans y pouvoir trouver réponse en aucune langue humaine : Que devait être la beauté du monde perdu, pour que sa conservation exigeât une sainteté sans tache et universelle ?

Nous apprécierons plus justement notre situation cosmique si, jetant un regard sur le tourbillon d'astres et sur le tourbillon de consciences, pour ainsi dire, où nous sommes emportés, nous disons que, depuis les derniers jours du monde primitif, l'univers est entré et demeuré dans une sorte d'état chaotique, intermédiaire entre deux paradis. Tout à Theure (tout à l'heure à l'horloge de Dieu, la seule à consulter ici), il n'y avait sur le globe que la longue et affreuse mêlée des monstres paléozoïques : un peu avant, que les convulsions géologiques; un peu avant encore, que les immenses et silencieuses formations sidérales. Mais voilà que les germes humains se pressent au seuil de la vie. Nous sommes la première réapparition des personnes créées à l'image de Dieu. Les milliards de siècles qui peut-être nous séparent de la palingénésie future ne comptent pas pour nous qui demain — si le sommeil de la mort doit être retranché du con)pte de l'existence — nous réveillerons

l'hypothèse suprême en théodicée. 387

dans la lumière. Quelle ne sera pas la splendeur du monde prochain , pour qu'elle justilie cette longue agonie (àyojvi'a) qui s'appelle ici-bas la vie universelle ?

Si maintenant, arrivés au bout de notre enchaînement d'hypothèses, nous voulons en apprécier la solidité, nous ne pourrons nous défendre d'une déliance qui est, avouons-le. insurmontable. Mais, loin d'en souffrir et de nous sentir découragés, nous devons, la remarque est importante, faire bon accueil au trouble qui nous envahit. En cette vie, l'essentiel n'est pas de savoir complètement quel est le plan divin, mais de comprendre qu'il peut en exister un, même en ce qui touche les propriétés et circonstances de ce bas monde qui causent à notre conscience du bien et du mal le plus d'étonnement. Or, à cet égard, nous avons pleinement atteint notre but. Partis de l'idée générale de chute que le sentiment seul nous suggérait, nous l'avons trouvée justifiable après un sévère contrôle intellectuel. Ce contrôle peut se résumer en quelques mots : Nous avons vu l'idée de chute revêtir sa forme la plus nette, dans la plus radicale des hypothèses de la préexistence ; l'univers actuel nous est alors apparu comme l'univers céleste lui-même, en quelque sorte retourné, et, de ce point de vue, nous avons cru nous rendre compte des parties anormales de l'existence, pénétrer jusqu'aux mystères de l'animalité et de l'avortement de tant de germes

APPENDICE. — B

l'hypothèse SUl'RÊME EN THÉODICÉE. 389

en ce monde. Dussions-nous conserver des doutes sur les solutions relatives à ces deux derniers problèmes, malgré le rapport intime qu'elles soutiennent avec celle du problème principal; dussions-nous suspecter l'hypothèse même de la préexistence, embrassée sous tant de formes par d'illustres penseurs, nous n'en tenons pas moins désormais pour inébranlable cette conclusion générale : le monde n'est pas tel que Dieu l'a fait; le mal physique est la conséquence du mal moral, suite, à son tour, de la liberté de l'homme et de son action sur le vrai monde créé do Dieu. Mais cette conclusion fùt-elle fausse elle-même, notre grandeur morale se témoignerait encore à le regretter, car l'hypothèse ou postulat qui la dicte est le couronnement de la croyance à la souveraineté du bien. Heureusement nous n'en sommes pas là.

Quand nous laissons à nos résultats acquis un tel caractère de généralité, notre curiosité est déçue. Mais le coelïicient de doute dont nous devons affecter nos hypothèses les plus loin poussées n'est pas seulement propre à celles que nous avons exposées. Il accompagne forcément toutes celles qui visent les questions ultimes, en quelque domaine ({ue ce soit. Lorsqu'on vise si loin, l'humaine condition veut que, si l'on a touché juste, on ne puisse pourtant le savoir. Dans ses dernières profondeurs, la vérité est peutêtre tellement cachée que, nous fùt-elle révélée surnaturellement, sans justification, nos conjectures passées nous paraîtraient peut-être encore les plus vrai-

semblables. Une fois qu'il a trouvé de telles conjectures, notre esprit doit savoir s'arrêter et attendre do la vie future ou la confirmation de ses vues ou l'explication du mirage mental dont il n'a pu se dégager. Agir ainsi, c'est atteindre la vérité autant que faire se peut. Quant à nos besoins intellectuels inassouvis, nous les calmerons toujours, si nous sentons vivement par le cœur la part de vérité entrevue, et si nous y conformons notre conduite avec une ferme volonté. Il n'en faut pas plus pour se mettre l'esprit en repos.

INDEX ALPHABÉTIQUE

Accommodation au mal, I, '2']:>.

Action à distance, J, ÎH), V21i\ r'28.

— transitive; est un pliùnoniène d'imagination, I, 155. Adaptation (en histoire nafurcllo). 1, '2\^\: II, 28, iO, 62, 125.

— de l'esprit à la matière, 11, lo8, l^iO, 1 /i5. Affinités cliimiques ; leur élimination de la science, I, IW,

— Si elles peuvent produire la vie, 1, 2')8, 211. Agassiz: sa doctrine de l'espck'-e et des créations, II, 85 sq ,

55 sq., 63 sq., 181 sq., VM).

— Sur l'évolution embryonnaire, II, 46 sq. Ami:; l'hypothèse des âmes, lxxx, 11, 220, 241, 805.

— Sens de ce mot, I, 68, 60.

Ampère (A. -M.); ses idées sur ralomisme, I, 38, 84, 48, 148,

Anaxagore; son idée du chaos et de l'évolution, 1,264;

Animal ; fonctions mentales de 1' — xvii, xxx : 11, 865,

860 sq.

Animaux; éctielle animale, 1, 2^i(). 240.

— (Oriî^ine des), II, 280 sq., 864 S((. Antagonismj:; si la vie en est un, I, 211 s(|. Anthropomorphisme, xgv ; II, 812.

Approximation indétinie; sens de 1' — en mathématiques.

Aristote ; son linalisme universel et sa Pensée aJ)solue.

INDEX ALPHAliETlQUt:

Athéisme: à prendre en deux sens xgii.

Atome; notion de l'atome, 2îj sq.» 33, 38, 48, GG, l'i5, 148

Atomistique (Théorie); ses preuves, I, 140 sq.

— Son état actuel, I, 156 sq., 104.

Attraction ; sa nature, en physique, I, 93, 95, 138, 139.

— Au sens moral, II, 112.

Attractions et répulsions matérielles, I, 32, 38, 92, 98, 126. Autorité; (idée générale de 1'), lx.

Baer, II, 50.

Berkeley; son immatérialisme, II, 200, 202, 270, 295. Bernard (Claude); ses maximes sur l'usage des hypothèses, I, 164.

— Sa délinition de la vie, I, 218 sq., 224. Bertiielot (M.), I, 163, 200 sq.

Biciiat; sa délinition de la vie, I, 209. Biologie; son caractère et son ohjet, m; I, 172, 174 sq. BiRAx (Maine de), II, 334, 3Î-J5.

Bonnet (Charles), I, 249; II, 1, 3.

BosGOvicii; son hypothèse physico-malliémati(|ue, I, 30, 52. Bouddhisme, II, 81 sq.

Brahmanisme. II, 80, 275, 288.

Broussais (F.-J.-V.), I, 248.

BuFFON, I, 253 ; II, 6.

Cabanis, 1, 2^i8.

Catégories de la connaissance, ii, vi.

Cauchy; sa réfutation de la continuité matérielle, I, 34, 47.

Causalité, ni, xxv; I, 19, 21, 23, 78, 155, 194 sq„ 214, 313.

— transitive (Erreur de la), I, 155: II, 214, 302, 307. Causes occasionnelles, T, 46: II, 307.

Centrifuge (Force); ce qu'elle est, I, 239.

— Son usage cosmogonique, I, 255.

INDEX ALPHABÉTIQUE

Certitude (Théorie de la), xliv, lv; II, 310 sq.

Chaîne des êtres (Doctrine de la), II, 1. 4.

Chaleur; sa signification mécanique, I. 104 sq., 161, 162.

— n'est pas un lluide, I, 107, 108.

— produite dans les collisions; ses etïets cosmiques,

Chaleurs dites latentes, 1, 105, 16;Î.

Chaos (Le — originaire], 1, 252, 261, 26'», 288, 290, 292;

Chimie; bornée par la ])iologie, I, 201 sq.

— ramenée au mécanisme, I, 160 sq.

Chute (Hypothèse de la ■— primitive), 11, 218 sq., 226 s(i.,

239, 251, 265, 350 sq., 358, 379 sq.

Circonférence: rapport de la — au diamètre; ce qu'il est,

Combinaisons (La vertu des), 11, 278.

Commencement des phénomènes, lvii ; 1, 82, 83, 86, 296 sq.,

Communication des êtres, I, 21, 22, 78. Voyez Causalité.

— du mouvement, 1, 97.

Compénétration; comment possible, 1, 29.

Composition (Unité de), 1, 15, 17.

Comte (Auguste): sa hiérarchie des sciences, lxix.

— Son cours de philosophie positive, 1, 165.

— Son idée de la nature de la vie, 1, 222,

— Sa phase religieuse, I 248.

Concurrence vitale, II, 29 sq., 40 scf., ^8, 73, 3()7. Conditions d'existence (Théorie des), lxxvi. Conscience (Loi de — en psychologie), 11, 314, 315, 320, 32L Consentement universel (Critère du), xlix, lxil. Contact; le — en physique, 1, 97, 127.

Continu ; idée du — mathémati((ue, I, 63.

Continuité de la matière; son impossibilité, I, 30 Sfp,

47 sq.

— des êtres; II, 3, l'i, 18, 7L 72, 237. CoN'LRAi»iCTiON (l*rincii>e dn), 11, 313. Contrat personnel et contrat socinl, lix. (JlosMOGONiE de Kant, I, 238, 251 sq.

INDEX ALPHABÉTIQUE

Cosmogonie partielle, de Laplace, I^ 237, '21S sq.

— de ir. Spencer, 1, 297 sq.

— de Descartes, reprise par H. Faye, I, 277, 282, 287

(Voyez création).

CosMOGONiEs de raiUi(fuité, I, 242, 2D:3, 295. Courbure (définilion de la), I, 59.

Création (Doctrine de la), lyii, I, 282, 290 sq., 294; II, 54,

:)ô, r)8. 59, 94 sq., 150, 176, 181, 186 sq., 288, 291,

339, 349 sq.

— conçue comme progressive, I, 261, 266; II, 177. Créations (Doctrine des — successives). II, 13, 14, 53 sq.,

55 sq., 188.

Critique; plan de la Critique générale, lxx, lxxiii. Choyange: est un élément de la certitude, l, lui; II, 301),

Croyances (Le phénoménisme et les), 11, 309 sq. Cuyier: sa définition de la vie, I, 207, 222.

— Son débat avec GeollVoy-Saint-IIilaire, II, 16, 19.

— Son idée de la création, II, 54.

— Sa définition de l'espèce, II, 60, 62.

Darwin (Cli.), II, 27 sq., 68 sq., 73, 169, 190.

— Son opinion sur le progrés des espèces, II, 39 sq.,

— Sur le progrés eml)ryologique, II, 48 sq. Delbœuf (J.); ses vues sur la famille, II, 260. Déluge (Légende du), II, 197.

Descendance (Principe de la), II, 31, 32, 69, 70, 123 sq.,

251 sq.

Descartes, xlyiii, I, 40, 41, 43, 49, 50, 193, 277 sq.; II, 91). Déterminisme, II, 151, 179, 291, 299, 311, 313.

— Il est indémontrable, ainsi que son contradictoire,

XXXYJII.

Deville (IL-S.-C), I, 164.

Discontinuité des fonctions réelles, x>.viii: I, 8i) sq.

Divinité; notion la plus générale de la —, lxxxix.

TxNDEX ALPHABETIQUE

Divinité: en quel sens notion contradictoire, xc, xciv; II, 338.

— En soi incomprébensible, xci; II, 339.

— En quel sens anthropomorpbi([iie, xcv.

— Son unité et sa personnalité, xcvii ; II, 337 sq. Douleur, II, 201, 202, 211) s({., 373 s({.

Doute (rtililé d'un minimum de), uvi.

Droit et devoir: antérieurs aux conventions, lix.

Dualisme (du l)ien et du mal), II, 84 s(|. 110.

Dumas (J.-H,), I, l'i4.

Durée: La — en tant que perception, I, 71, 73.

Elasticité; sa définilion, son explication, I, 100.

Eléatisme (Sens général de l'), IL 284 sq.

Electricité: les théories de V — et du magnétisme, I, 117.

Emanation (Doctrine de 1'), II, 79, 80, 96, 275, 287, 288.

Embryogénie, II, 10, 46 sq.

^entendement, y, xyiii.

Enveloppement (Hypothèse de 1'— des germes), II, 259, 262.

Voyez germes (théorie des).

Epigknése Critique du système de 1'), 11, 7, 25»*) sq. Epreuve (morale), II, 218, 35f), 359, 360, 381. Equivalents chimiques: leur définition, I, 141. Espace ; I, 53, 8r», 87.

Espèce (L' — en cliimie), I, 147 sq,

— (En histoire naturelle), II, 13, 18, 20, 157, 158.

— (Définition de 1'), II, 60 sq.

— (Doctrine des variations de 1'), II, 28 sq., 127 (uote),

Espèces (Origine des), II, 31 sq., 35 sq., 64 sq., 70, 170, 250. Esprit et matière, chez H. Spencer, 11, 139, 140.

— absolu, chez Hegel, II, 144.

Esprits purs: sont improba])les; II, 201 sq., 305, 306, Essais de critique générale; idée sommaire des premier et deuxième Essais, I, 2-8.

— Objet du troisième Essai, I, 8-11.

INDEX ALPHABpyriQri:

Etats (Les — de la matière), I, 98, 108. Etendu?: ([/) on tant quo perception, I, 71 sq. Eternité; impossibilité d'une — accomplie, I, H2.

— simiillanée et successive, II, 838.

Ethkk: l'hypothèse de 1' — en physi({uc, I. 27, 80, 95, 110 sq. Etke ; r — dans le sens le plus général, I, V2, 10, 18, '20.

— en physi(|ue; sa délinition, 1, :24 s({.

Etres élémentaires, 1, 18, 70 sq.

— latents, en hiolooie, I, 1X5 S({.

Evolution d'un orî^anisme, lxxxii: I, 220.

— universelle (Doctrine de 1'), I, li;8: II, 121 sq., 22^i,

— au point de vue chrétien, II, 146 s([., 2^35, 286.

— comparée à la doctrine de la création, I, 201 sq., 204:

Existence ^L' — en général), I, 77.

Expy'iRiENCE et entendement, vi.

— dans les sciences, lxvi.

Famille (Loi de), II, 252, 260 sq., Soô sq., 880.

Paye (IL), I, 255, 287 S(i.

Fighte (J. g.), II, 208, 822.

Finalité (Loi de), m, xx, lxxvi; I, 204, 240, 241, 247, 2îK):

II, 10, 124 sq.

Fluides; l'ancienne liypothèse des — impondérables, I, 108. Fonctions de phénomènes, II, ii, 214, 308.

— intellectuelles; leurs conditions, xx; II, 308, 809. Force ; notion de la — en mécani({ue, I, 122.

— La force mécanique et les forces spécitiques, I, 152,

— La force réelle, I, 154.

— dans le système de IL Spencer, I, 298, 299; II, 188,

Forme et matière, I, 224 sq, FouiuER (Charles); sa doctrine cosmogonique, II, 112 sq.

1X1 )KX ALPHARKTIOT'I^

Geoffroy Saint-Hilaire, I, 249: II, 15, 1(), 19. Généalogique (Doctrine). Voyez descendance. Génération (univoque et équivoque), II, 126, 12/.

Voyez SPONTANÉE (génération).

Genèse (La création selon la), II, 17V), 180, 845. Germes (Délinition des), II, 245 sq., 257.

— Déperdition des — dans la nature, II, 242, 250, 260,

876 sq., 884 sq.

— (Théorie ancienne de l'emboîtement des). II, 8, 7,

— Théorie nouvelle de l'enveloppement des), II, 251 sq.,

256 sq., 261, 351, 357, 377 sq.

Gravitation; sa nature et sa loi, I, 02, 05, 188: II, 227 sq.

— Sa loi modifiée à l'intérieur de la masse des particules

attractives, I, 280; II, 228. Voyez pesanteur. Grove (W.-R.), sa théorie des forces physiques, I, 106, 111. Guerre (La — dans la nature), I, 230; II, 101.

Voyez concurrence.

— (Dans l'état social). II, 210.

Habitude (Loi de F), xxni.

ILeckel (E.) ; son opinion du progrès des espèces, II, 87, 88.

— Sa critique du système d'Agassiz, II, 4(), 56 sq.

— Sa critique du fînalisme Kantien, II, 125 sq. IIaller. Il, 6, 7.

Harmonie de causalité, I, 22: II, 214, 807.

— du monde, I, 260: II, 118.

Hartmann (Ed. de\ 207.

Hegfl, I, 4, 15, 168 : II, 28 sq., 100, 188 sq., 140 sq., 144, 208.

— Sa doctrine et son genre d'évolutionisme, II, 133 sq. Hérédité (Loi de V — physiologique), II, 27, 28, 61 sq., 67,

Hersciiell (W.j. I, 270.

INDFA Ai;rilAr>ÉTTQUE

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