RATIONNELLE
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L ANALYSE DKS FONCTIONS HUMAINES
Lliommo est une fonction parliciilière de toutes les fonctions données dans le monde, et qui tombent sous la connaissance : toutes les catégories sont impliquées dans la représentation de riiomme pour l'homme, aussi bien
• Ce résumé, qui a d'abord paru eu tête du livre dont je publie aujourd'hui la secojide édition, a été reproduit plus tard à la place cpii semble la plus naturelle, c'est-à-dire à la lin de celui de mes Essais de critique gcnércae qui traite delà Psycholoyie raiionneUc (seconde édition). Mais il forme une transition utile à 1 étude des Principes de la nature, selon mes vues, et indispensable pour montrer la suite et Fenchaînement des idées dans l'ensemble de l'ouvrage. C'est la raison pour laquelle je crois devoir le placer encore ici, corrigé de mon mieux, les deux livres dans lesquels il a paru se trouvant l'un et l'autre épuisés.
INTRODUCTION
que dans la représentation du monde pour l'homme.
Les fonctions mécaniques, c'est-à-dire impliquant exclusivement ISlombre ^ Position,, Succession et JJevenir^ dans la lîelation^ sont fondamentales entre toutes : elles ne supposent point dans le représenté les autres fonctions, au lieu que ces dernières y supposent toujours directement ou indirectement les premières.
On ne veut pas dire que ce représenté des fonctions mécaniques seules existe autrement que abstrait pour la connaissance ; mais il existe de cette manière.
Les fonctions chimiques et physiques amènent dans le représenté la Qualité^ avec de nombreuses séries de propriétés et d'espèces. Ces nouveaux faits, du point de vue du connaître, exigent, au delà de ce que font les catégories précédentes, des formes particulières de la sensibilité et de Texpérience. Ce qu'ils sont à Tètre, au représenté pour lui-même, on rignore. D\me part, les théories scientifiques éliminent tant qu'elles peuvent la qualité proprement dite et, à plus forle raison, les catégories supérieures, pour envisager exclusive-
ji 1^
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES. Ht
ment le mécanisme qui porte et accompagne les autres fonctions. D\ine autre part, on ne forme Tidée d'une existence propre et concrète du représenté qu'en lui appliquant toutes les catégories, et les plus élevées.
Ainsi, la physico-chimie a pour objet des fonctions abstraites. Celles-ci vont se réduisant aux fonctions mécaniques, les mieux définies de toutes. La Qualité sert à classer les phénomènes et à appliquer les théories, non à constituer des sujets réels et complets.
Les fonctions biologiques se distinguent d'une manière définitivement tranchée de toutes les précédentes, qu'elles supposent. Elles apportent le sujet complet de toutes les catégories, celui en qui s'exerce et en qui nous comprenons la Camalité, celui dont la Finalité enveloppe les actes, et dont la conscience arrive à exprimer pour soi les rapports.
Quand la perception et la force n'ont pas encore atteint une représentation distincte pour soi, appréciable pour nous, un système de moyens et de fins embrasse d'autant plus étroitement les séries de faits et coexistants et successifs. Cette finalité suffit pour caractériser la vie à l'égard des fonctions non vitales ; il s'y
INTRODUCTION
joint un mode particulier de composition physique, l'organisation, dont les propriétés ne rentrent point dans les propriétés plus simples sur lesquelles elles s'élèvent (1).
La sensibilité, en tant qu'appréciable pour nous, reconnaît en fait la condition préalable de Torganisation, et même, semble-t-il, portée jusqu'au système nerveux. Mais la sensibilité n'est pour cela réductible à l'organisation ni sous la catégorie de l'espèce, ni par l'hypothèse vaine d'ime cause donnée dans une substanee.
Avec la sensibilité paraît la conscience à un degré quelconque , et tous les rapports possibles, antérieurs comme postérieurs, viennent dès lors se centraliser, au plus haut degré que nous connaissions, sous la catégorie de Personnalité.
La sensibilité est aussi expérience, expérience de soi et de no)i-soi en corrélation mutuelle. Les espèces et qualités sous lesquelles cette expérience a lieu sont irréductibles les unes aux autres représentativement. Les scien-
(1) Plusieurs questions qui n'ont été qu'indiquées dans le Deiixicme Essai, seront développées dans le présent ou-
vrage.
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ces tendent à en réduire les conditions dans le représenté, mais abstrait, extérieur, rapporté à l'expérience de l'homme, et non point considéré pour soi.
Le système nerveux est Fintermédiaire constant, chez l'homme, entre les sensations et les fonctions physiques qui s'y rapportent ordinairement. Ces dernières peuvent varier sans que les sensations varient, et vice versà^ l'irritation quelconque d'un nerf donné se trouvant liée à une certaine sensation spécifique. De là vient que l'existence de la sensation ne suppose pas nécessairement celle de son objet ordinaire.
11 n'existe pas de sensorium, ou sens commun, autre que la conscience elle-même, et la conscience n'a pas d'autre siè(je, dans la sensation, que le lieu oii celle-ci est rapportée. Mais la biologie peut rechercher quels organes sont par le fait des conditions indispensables de cbaque sensation ou de toutes.
L'entendement ne naît pas et ne se développe pas sous la condition de la sensibilité préalablement donnée, à l'instar de ce qui a lieu dans le passage des fonctions physiques aux fonctions organiques, et de celles-ci à la sensibilité;
INTRODUCTION
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES
car la sensibilité est représentative de sa nature , et par conséquent implique , dans la mesure d'une conscience plus ou moins nette^ un développement quelconque de ce qu'on nomme l'entendement.
L'expérience et les sensations ne sont pas sans Tentendement, puisque ce dernier leur fournit des formes générales et régulatrices indispensables, qui sont les catégories ; et l'entendement n'est pas sans Texpérience et les sensations, puisqu'il faut h l'animal, tel que nous le connaissons, des données sensibles particulières pour matière de ses représentations.
Les fonctions de l'entendement oflVent autant de grandes divisions qu'il y a de catégories (sauf que les trois dernières catégories dépassent la sphère de la représentation intellectuelle pure) :
1. Relation : Comparaison^ Attention ^ Réflexion, — La conscience qui compare les phénomènes est un acte représentatif de la relation donnée entre eux. Ainsi, la Comparaison est une fonction aussi générale que la catégorie à laquelle elle correspond, et qui est une forme universelle de toutes les autres.
La Comparaison se retrouve dans les fonctions plus particulières, et suit ainsi la Relation dans les modes plus définis de distinguer, d'identifier et de déterminer les phénomènes.
La Comparaison élémentaire appartient à l'animal. L'homme seul, en comparant, se représente la comparaison même. L'homme prend pour des représentés ses propres actes, ses opérations comme telles. Cette conscience de la conscience est \di Réflexion. (LaRéfiexion, comme l'Attention , qui fournit en quelque sorte ses éléments composants , a sa principale racine dans la Volonté.
2. Quantité : Numération. — La conscience qui compare les phénomènes pour les décomposer, composer et déterminer sous les rapports d'unité, de pluralité et de totalité, est la Numération.
Cette fonction est engagée dans toutes les autres. Ses objets, quand la Réllexion et la Raison les séparent, deviennent la matière d'une science. Il en est de même des deux fonctions suivantes.
3. Position : Imagination. — La conscience des phénomènes comme limités, séparés d'es-
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pacG et déterminés d'étendue, est V Imagina tion.
Cette fonction s'étend beaucoup par l'union de ses représentés avec les données de la sensibilité et de Texpérience. Elle soumet à la conscience, sans la sensation, ce qui lui est soumis aussi dans la sensation, les images, dont la loi de position est le premier caractère, puis toutes sortes d'autres qualités.
L'Imagination ainsi généralisée , donnant l'objet sensible non senti, est la Production ou Fantaisie,
La Production est par elle-même identique avec la sensation, quand aucune réllexion ne corrige le premier jugement qui accompagne les produits quelconques soumis à la conscience.
4. Succession : Mémoire. — La conscience des phénomènes comme limités, séparés de temps et déterminés de durée, est une fonction dont les noms particularisent l'idée : Mémoire ou Prévision^ selon qu'un objet se pose, par ses rapports de succession, dans le passé ou dans Varenir.
La fonction générale de détermination, sous la loi de succession, est en quelque sorte plus
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES
immédiate et plus interne à la conscience que les autres, aucun phénomène ne pouvant y entrer comme lui étant propre et ne pas y prendre, relativement à d'autres phénomènes semblables, une position dans le temps.
La Mémoire^ sous cette acception générale, se confond avec la conscience môme ; aussi donne-t-elle le sens logique et psychologique de Videntité personnelle ou de la permanence dit moi. Cette dernière loi est la représentation même en tant que divisée, unie et ordonnée selon la loi de succession.
La conscience de la mémoire comme telle et de l'imagination comme telle résulte de la réllexion, et de là vient aussi la possibilité d'une mémoire volontaire ou Remémoration et d'une imagination volontaire à laquelle pourrait être réservé le nom de Reproduction.
La mémoire a ses illusions, ainsi que l'imagination, en ce qu'il peut y avoir doute pour la réflexion sur la nature d'un phénomène représenté et de ses rapports avec d'autres dans le temps ou dans l'espace.
o. Devenir : Pensée, Séries de la pensée. — La fonction de conscience liée à la catégorie du changement s'applique, non pas à la suc-
INTRODUCTION
■il
cession simplement, mais à la représentation expresse d'un phénomène comme même et autre à dilTérents moments.
La Pensée ou fonction du devenir de conscience, à Fégard des représentés externes, gouverne la perception des changements de lieu et des variations des qualités sensibles. A regard des phénomènes proprement représentatifs, elle les distribue comme différents et toutefois liés les uns aux autres dans le temps.
Les phénomènes de conscience, caractérisés par les diverses catégories, admettent autant de modes de liaison et de transition dans le devenir qu'il y a de rapports et de lois pouvant les enchaîner mutuellement à l'état de repos. Cette loi générale et irréductible est l'unique explication des Séries de la pensée ou de \ Association des idées.
On peut se demander seulement comment telle série est donnée de fait à la conscience, entre tant d'autres séries également possibles selon la loi générale. La réponse à cette question dépend de Tanalyse de l'Instinct, de la Passion, de l'Habitude et de la Volonté.
Les illusions de la Pensée sont celles des fonctions précédentes développées en séries, et tout autant que la rétlexion ne s'aiq)lique pas
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES
assez aux premiers jugements qui les accompagnent.
G. Qualité : Raison^ Sig ni fi cation y Jugementy Raisonnement, — La fonction qui distribue les phénomènes selon la qualité, et les différencie, généralise et spécifie, est la Raison.
La Raison, étudiée comme toute autre fonction, ne dépasse pas les concepts de l'entendement, non plus que ne les dépassent la Nnmération^ Vlmagination^ ou la Mémoire^ lesquelles se prêtent aussi à l'illusion de l'infini. L'inconditionné et l'absolu, de même que l'infini du nombre, de l'espace et du temps, ne semblent se poser en soi pour la Raison que parce qu'on viole la loi fondamentale de la catégorie, qui ne permet de détermination ou de synthèse qu'avec apposition de limites. Or, nulle représentation n'est possible que selon cette loi. Cette loi elle-même donne le seul sens possible, intelligible, aux éléments les plus universels et les plus abstraits de la représentation soumise à sa propre analyse.
La Raison est propre à l'homme^ parce que seul il unit et sépare avec réflexion (et volonté) l'attribnt et le sujet, et par là spécifie proprement et classe. C^cst tout autre chose que la
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distinction, Tidentification et la détermination dont ranimai est capable, avec son mode irréfléchi de comparer. Aussi, la claire conscience de l'acte de la raison fait que lliomme clierclie dans rimaginalion, dans la mémoire, dans la sensation artificielle, des moyens de fixer des déterminations auxquelles la sensation naturelle est impropre, parce qu'elles ne sont pas individuelles.
Ce secours de la Raison est la Signification. Le signe représente Tespèce. 11 est pris de la sensation et s'adresse à la sensation et aux fonctions reproductives (Imagination et Mémoire), pour servir à nommer Tuniversel d'un degré quelconque et , par suite , l'individuel luimême.
Le signe est adopté par les hommes en commun et par TelYet d'une convention naturelle, dont les éléments appartiennent à des impressions communes, à des associations communes de phénomènes externes et d'idées, grâce à la disposition imitative des organes et des fonctions de la conscience. C'est ainsi qu'il peut s'employer à la communication des pensées entre les hommes, et il s'y emploie notamment par le langage et par l'écriture.
Un système de iigures, un système de sons
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résolvent également les problèmes de la signification et de la communication, et d'autres systèmes seraient à la rigueur possibles. Employés concurremment, ces deux modes ont pu trouver ensuite une certaine unité dans Tinvention de l'alphabet.
Les signes sont d'abord symboliques, c'està-dire aussi voisins qu'il se peut de la sensation, et choisis pour suggérer l'idée de l'universel au moyen d'un individuel représenté ou rappelé ; puis ils deviennent, à leur manière, aussi abstraits que les signifiés, et presque tout artificiellement conventionnels, sauf que l'habitude y a plus de part que la volonté.
Il existe plusieurs systèmes de langage, irréductibles les uns aux autres, c'est-à-dire pour lesquels diffèrent, non seulement la première convention des noms, mais surtout le procédé employé pour les lier, en vue d'exprimer leurs rapports dans la pensée, et qui est la grammaire.
La question de la langae nniverselle est relative à l'établissement d'une convention pure et uniforme, à coté des produits variés des instincts et des babitudes : établissement aisé en luimême et désirable, s'il s'agit, non de remplacer les langues, mais de donner ce qu'elles
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llo
ne donnent point, un instrument simple de communication générale.
La question moins facile de la langue philosophique (et , par suite , de la langue universelle logique ou rationnelle) comprend deux problèmes. Le premier, plus formel que matériel, se résoudrait par une classification des notions grammaticales, rapportées aux catégories, et par radoption d'un système de signification des relations, entre un grand nombre de proposables. Le second, celui du vocabulaire, suppose une classification des phénomènes euxmêmes, et n'admet de solution définitive pour chaque partie de la connaissance qu'autant que cette partie est regardée comme parvenue à l'état scientifique.
La Signification est nécessaire à la Raison^ c'est-à-dire à son exercice, et au jeu même de la pensée réiléchie chez l'homme. Toutefois, la Raison est encore plus nécessaire à la Signification. Aussi, ces deux puissances se développent ensemble, Tune devenant plus nette et plus fixée à mesure qu'elle se donne le secours de l'autre pour ses actes.
11 résulte de là que l'homme a pu et du apprendre d'abord h parler^ autrement que par tradi-
L'ANALYSE des fonctions humaines. XV
tion, savoir, par le fait de la subordination logique de la Signification à la Raison. Ensuite, la Raiso7i en ses applications s'est assujettie à la Signification.
La Raison est toujours proposition ou Jugement y puisqu'elle implique la distinction et l'union d'un sujet et d'un attribut. Donc, le plus élémentaire de ses actes comprend la position d'un substantif, d'un adjectif qï à'wnvei^be, qui est la copule ; donc aussi, la Signif cation et la parole supposent toujours ces trois éléments, el il est ridicule de se demander par lequel des trois ont du commencer les hommes.
Le Jugement appartient essentiellement à la Raison, ou fonction de spécification, puisque les quantités, les causes, les termes tirés de catégories quelconques prennent constamment la forme du rapport d'espèce pour entrer dans la pensée rétléchie et dans le discours , soit exprimé, soit mental.
Quand les jugements sont rapportés les uns aux autres et liés par le moyen d'espèces communes, de manière à donner des propositions résultantes ou conclusives, la Raison se développe en Raisonnement.
Ce procédé d'enchaînement des termes con-
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duit à reconnaître des jugements originels ou irréductibles, qui sont des Principes. La Raison est donc aussi la fonction qui pose et constate les principes, à condition de ne pas enfreindre la loi des catégories, qui est le premier de tous, ou sans lequel les termes n'ont plus ni fondement ni sens.
Les termes généraux, ou nnicersanx, sont des concepts o\\ faits propres de conscience, puisque Tespèce (généralement parlant) est constituée par la Raison, dans le 'jugement, et mobile au gré de ses mouvements, dans le Raisonnement. C'est la vérité du point de vue conceptualiste.
Les universaux sont réels, en ce que non seulement certains d'entre eux doivent une sorte d'existence naturelle externe à la multiplication coordonnée d'individus conformes au concept, mais encore en ce que tous expriment des relations aussi réelles que les individus eux-mêmes sont réels. C/est la vérité de la tbèse réaliste, dont le seul vice est d'attribuer à l'universel une espèce d'existence qui n'est représentable que par l'individuel.
Les universaux sont des mots, c'est-à-dire des signes affectés à ce qu'il y a de commun ou ({'identique dans les différents. De tels signes sont indispensables à Tusage reliée bi des con-
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cepts spécifiques, et en même temps n'ont rien de la réalité des individus réunis dans ces concepts. C'est la vérité du nojninalisme . Mais ces mêmes concepts et leurs objets sont autre chose que leurs signes, étant ce que leurs signes signifient.
Le Jugement, avec la conscience et la fixité qu'il tient de V Attention et de la Réflexion; la Raison et le Raisonnement , avec les développements que permet la Signification systématique, sont des fonctions propres à Thomme et essentielles à sa constitution interne. L'enfant les possède en puissance, et. doit déjà lui-même les mettre en acte pour parvenir, soit à les exprimer spontanément, soit à les recevoir quand elles lui sont enseignées.
L'animal a des mêmes fonctions tout ce qu'il en peut subsister lorsque, la réflexion ôtée, la Comparaison, la Numération, X Imagination, et la Mémoire portent sur les sensations seulement, et que les Séries de la pensée ne dépendent que de la nature ou de l'habitude. Alors, le Jugement et le Raisomiemoit sont tout intuitifs, rabstraction et la généralisation ne posent pas de termes distingués des sujets })articuliers, et les signes, encore que constants pour les
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mêmes circonstances , et pouvant servir aux communications, n'expriment rien au delà des états et affections des individus.
Les fonctions de Y Entendement et de la Raison se rattachent donc aux six premières catégories, qui sont elles-mêmes des développements de la première de toutes. Leur caractère commun est de subordonner le représentatif au représenté dans la représentation , quoique ne pouvant l'en séparer. Réunies sous le nom à' Intelligence {{), elles doivent à ce caractère commun d'être figurées ordinairement par des termes et des explications tirés de la sensation visuelle; et le symbole est juste, autant qu'il peut l'être en exprimant le fait général et actif de la représentation par des faits particuliers de Tordre de l'expérience.
Les fonctions relatives aux trois dernières catégories subordonnent au contraire le représenté au représentatif dans la représentation. Ce sont la Passion et la Volonté^ qui, jointes à
(1) Cette dénomination a le mérite d'être usuelle et vulgaire. Elle permet aussi, en laissant le terme d'entendement libre pour une subdivision, de le distinguer de la Raison, suivant l'usage le plus comninn, (fuoiqu'une des conséquences de la théorie que j'expose soit de ne pas laisser entre la Raison et TEntendement plus de différence qu'il n'y en a
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES. XIX
V Intelligence y accomplissent la fonction totale de rhomme dans la Personnalité , centre de tontes les catégories sous le point de vue représentatif, comme la Relation en général est ce même centre sous le point de vue représenté.
Cette division ternaire, mais à laquelle il faut encore ajouter et la Sensibilité et les autres fonctions dont la ^^m//;////^' implique la donnée préalable, est la seule propre à réunir tous les éléments empiriques de la conscience, sans les confondre, c'est-à-dire sans en nier aucun, et en ne sortant pas de l'observation.
On remarque en effet chez l'homme un élément représentatif proprement dit, a Tégard duquel il n'y a point de distinction entre bien ou mal, beau ou laid, môme entre vrai ou faux; un élément affectif qui permet de classer les phénomènes sous tels ou tels de ces derniers rapports, et un élément déterminatif des actes et des jugements, dont l'analyse et les simples apparences nous imposent de tenir compte alors
entre une catégorie et l'ensemble de quelques autres. — A l'égard de la Sensibilité, elle rentrerait dans Vlntellir/ence si on ne considérait que le caractère éminent de ses objets, celui d'être représentés, et de l'être sous les indispensables lois, formes et conditions des catégories. Mais elle s'en distingue profondément par un autre caractère: la passivité de la conscience devant les pures données de l'expérience.
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môme que nous devrions ensuite en subordonner rexercice à une loi nécessaire. C'est la
volonté.
Ces grandes fonctions sont indissolubles chez rhomnie, non qu'un phénomène humain quelconque les implique toujours toutes et au même degré, mais en ce sens que l'homme normal est leur synthèse, et que, prises dans un certain ordre, chacune d'elles suppose données toutes les précédentes.
7. Finalité : Passion^ Instinct, Habitude. — La Passion est la fonction donnée dans la synthèse d'un État et d'une Tendance de la conscience (la tendance étant simultanément relative à un état initial et à un état linal, et par suite séparément négative de chacun d'eux).
Cette fonction est liée à des impressions ou sentiments internes divers, indéfinissables par eux-mêmes, quoiqu'on puisse en fixer les rapports, ainsi qu'on le fait pour les sensations, et par suite les distinguer et les nommer.
Quand la conscience envisage une fin, quand elle la compare à un état d'où cette iin serait aflirmée ou niée, cette fin peut être encore à atteindre ; elle peut être possédée présentement, et elle peut être atteinte dans le moment même.
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES. XXI
De là trois genres de passions : passions déreloppanteSy passions possédantes , passions acciuévantes.
La passion développante réunit, par une tendance positive ou négative, deux états qui, en cela même, et la réflexion tantôt intervenant, tantôt n'intervenant pas, se classent respectivement avec leurs objets sous les titres de Bien et de Mal^ de Beau et de Laid (ou même de Vrai et de Faux)^ suivant l'espèce et les degrés de l'intérêt que la conscience attache aux fins favorables ou contraires qui sont ou qu'elle fait siennes.
Le Désii' et V Aversion sont la double forme générale de cette passion. Yi' amour et la haine, \ espérance et la crainte, beaucoup de passions que le langage tantôt confond, tantôt distingue, appartiennent à ce genre , et s'y classeraient systématiquement en tenant compte de la nature de chaque fin, de la probabilité supposée de sa réalisation, et enfin de la part plus ou moins grande que la réflexion prend à la poser.
La passion possédante est essentiellement Joie ou Tristesse, et s'applique aux fins favorables ou contraires, pendant qu'elles sont possédées, et en tant que l'imagination les présente aussi comme pouvant ou ayant pu ne pas
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Têtre. Ce genre se divise, comme le précédent, en substituant seulement la possession à Tattente. \j amitié et V inimitié , V admiration , le mépris, etc., en font partie.
La passion acquérante est un Transport ]o\\\i à Y émotion, et qu'expriment des noms tels que ravissement, entliousiasme, attendrissement, et d'autres moins généraux, devant les fins favorables ou contraires, au moment où elles sont acquises. \J étonnement et les sentiments du s}i' blime et du ridicule se rangent dans cette classe. Les passions comme Vapeur, la colère, etc., se définiraient en y entrant, suivant la méthode indiquée pour classer les passions développantes.
Le principe du développement de lètre est fondamental dans la passion , et prime , en théorie comme en fait, le principe de la conservation de soi, que plusieurs philosophes ont préféré.
Les passions se combinent diversement chez les hommes, indépendamment de l'intervention de la raison : la nature en pose, en manière d'instincts, des puissances variables; les circonstances, la volonté, Thabitude les modifient. De ces combinaisons procèdent les goûts et les penchants complexes et les caractères.
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES. XXIII
Lorsque la passion donnée dans l'animal ou dans l'homme détermine les moyens de sa fin, sans que celle-ci informe elle-même la conscience ; ou encore lorsque la fin est représentée, mais que les moyens sont obtenus et parcourus sponlanément sans être cherchés ou même connus comme tels, alors la passion est VInstinct.
L'expérience n'est pas le fondement de Tinstinct, car il lui est antérieur. La réfiexion n'intervient dans l'instinct que pour en troubler les efl'ets.
C'est dans Tinstinct que la finalité éclate surtout comme loi de la nature. On y voit en elVet les phénomènes futurs et préordonnés, soit de conservation, soit de développement, se subordonner les déterminations et les sentiments même de l'animal et de l'espèce, et jusqu'à des actes nombreux que le vulgaire appelle volontaires. Et ce n'est pas encore là toute l'extension de cette loi, mais elle tend, par Vllabitude, à absorber les phénomènes mêmes qui sont nés bors de sa sphère,
II' Habitude est en général la manière constante d'être ou de devenir. Dans cette acception, on ne la distinguerait point de la nature, si ce
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n'est qu'on eut égard à l'origine première du phénomène dit habit, url.
Plus spécialement, c'est la disposition qu'une manière d'être ou de devenir montre à s'établir ou à se reproduire dans un être vivant, par cela seul qu elle s'est déjà produite et plus ou moins répétée auparavant. C'est donc la puissance, donnée dans le fait particulier, de constituer ou de changer graduellement le fait général, lequel est ici cela même que nous appelons la nature.
La déiinition de Thabitude implique la possibilité de son propre changement, ou plutôt de son application pour produire des phénomènes diiïérents de ceux qu'elle produisait, ou même contraires. Il sulTit que des causes quelconques amènent un fait ou le répètent.
Avec la conscience et la volonté, le pouvoir de contracter et de changer les habitudes augmente. Ce pouvoir devenu réfléchi peut fonder, par la recherche et la conservation soutenue du Meilleur en toutes choses, Fhabitude rationnelle qui est la Vertu,
Kaltérationque l'habitude, en se contractant, apporte à un être vivant capable de la tolérer augmente ou diminue selon qu'il la doit à sa
L ANALYSE DES F0N':TI0NS HUMAINES. XXV
propre spontanéité, ou qu'il la subit venant d une source externe.
L^'habitude alfermit rétablissement des phénomènes dans l'être qui en a conscience; mais elle atfaiblit cette conscience même, à moins que la volonté n'intervienne.
Si la volonté intervient, cette conscience peut se maintenir et même se fortifier.
8. Causalité : Volonté ; Questions complexes sur la passion^ la volonté et Vorganismé.
La Volonté est la Force, en tant que synthèse de VActe et de la Puissance dans la conscience humaine : synthèse de la Puissance, c'est-à-dire des phénomènes possibles en vertu de la constitution fonctionnelle et dès conditions données ; et de VActe, c'est-à-dire des phénomènes actuels, qui ne se comprendraient point sans cette puissance.
La Spo)itanéité appartient à tous les phénomènes de Tordre de la vie, et n'exclut point l'existence d'une loi qui lie les phénomènes successifs de telle manière que celui qui la connaîtrait pût toujours prévoir les conséquents en observant les antécédents.
Dans la conscience humaine, nous avons, outre cette spontanéité, une suscitation au
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moins apparente de phénomènes qui ne seraient pas liés aux précédents par une loi invariable.
La Volonlé, terme général, la Volition, fait particulier, consistent dans ce caractère d'un acte de conscience qui ne se représente pas simplement donné, mais qui se représente pouvant ou ayant pu être ou n^Hre pas suscité ou continué, sans autre changement apparent que celui qui dépend de la représentation même en tant qu"(*lle appelle ou éloigne la représentation.
U Effort de conscience est encore la volition comme plus ou moins dilTérente de Fexercice d'une représentation qui ne serait que spontanée.
La Volonié est une Causalité liant des actes successifs, connue drs effets à lei/rs causes y sans que pour cela Tantécédent soit cause et le consé(|uenl effrt, chacun de son côté, h la manière de deux objets extérieurs Tun à Tautre et dont Texpérience constaterait la liaison constante en c(4 ordre déterminé.
Va\ tant que la Volonté intervient dans les autn^s l'onclions de la conscience (^et (|ue Tap- ]>areuce c-t lidi'lei, ces fonctions ont des variables indéijendffutf's réelles, et elles-mêmes ne so)it pas simj)lenient, mais se font.
l'analyse des fonctions humaines, xxvii
y: Attention et la Réflexion tirent de la Volonté seule des définitions rigoureuses :
"U Attention étant, dans une représentation donnée, la représentation qui s'y joint du maintien de cette même représentation, et ce maintien devant être un effoit, en même temps qu'une fin proposée quelconque y ajoute une
passion ;
Et la Réflexion ne fonctionnant sérieusement,
non plus, qu autant qu elle se témoigne le pouvoir de se soutenir elle-même et de disposer à son ^ré de représentations auxiliaires en dehors des séries spontanées de la Pensée.
Ces dernières fonctions transforment, par leur intervention, toutes les précédentes. Aussi la Volonté, qui est leur racine, est-elle le véritable trait distinctif de riiomme comparé à ranimai, celui dans lequel tous les autres rentrent. On peut le considérer d'autant de manières qu^il y a de catégories. Une des plus frappantes consiste en ce que Tanimal, à la différence de rhomme, ne fait point usage du doute, de Thypothèse et des idées conditionnelles. Or, cet usage implique la représentation que ce qui est ne soit point, elle-même fondée sur la conscience du pouvoir d'avoir une idée à la place d'une autre idée.
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INTRODUCTION
Toutes les forces, physiques, organiques, animales, qui sont dites agir pendant une durée quelconque, sont intermittentes, et doivent s'envisager élémentairement hors de la dure'e; autrement, il faudrait admettre une continuité, une infinité elleclive de phénomènes, ce qui est ahsurde.
L'exercice de la sensibilité, des passions, de rinlelligence. de la volonté, et enfin de toutes les représentations sensiblement durables, est donc discontinu et sériaire dans le fond, comme aussi la production des phénomènes organi- «lues. dont Tapparente continuité n'est que Telle t d'une succession très rapide. Mais, de plus, les fonctions animales et humaines forment des séries composées entre lesquelles paraissent d.' nouvelles et cette fois considéntbles inlninillonces. C'est la loi delà /-alùjue cl du so>,iwf>,7, loi d'une application plus variabl(. que la première, et modifiable, non suppressible. par Ténergie des fonctions ellesmêmes, cl noiammont de la volonté.
Les fonctions volontaires sont les premières et les plus essentiellement suspendues dans le sommeil de riiommo.
Hien ne prouve que la représentation avec
,fl
hX'SXLY^E DES FONCTIONS HUMAINES. XXIX
conscience n'est pas totalement suspendue pendant certaines périodes du sommeil.
La rrverie, le rêve, le somje, le somnamhu' Usine, phénomènes involontaires qui se produisent durant le sommeil ou à ses limites-, sont dus à la persistance inégale de Fimagination, de la mémoire, des séries de la pensée et même de certains effets de sensibilité et de locomotion. Ces fonctions sont alors irréfléchies actuellement, quoique les habitudes représentatives contractées pendant la veille puissent encore fournir des modes de liaison aux phénomènes, et simuler la rétlexion et la volonté
actuelles.
La puissance de Thabilude pour reproduire machinalement des séries qu'une rétlexion antérieure a établies rend assez compte de ce qu'on allègue de faits de raison dans les songes; mais surlout il faut remarquer que la mémoire du sonue est un fait de l'homme éveillé; or, chez celui-ci, les fonctions rélléchies imposent leur forme aux phénomènes, et par là les interprètent inévitablement et les altèrent.
Les illusions vulgaires des songes, les impossibilités, les contradictions, les aliénations de personnalité sont des propriétés d'un état
de conscience où la représentation ne cherche
INTRODUCTION
rien au delà de son actualité pure et simple, appréciées du point de vue d'un autre état où des jugements rélléchis se mêlent à chaque position de phénomènes.
Il résulte de notre expérience des animaux, jointe h ce que nous savons des fonctions volontaires et des efTets de leur suspension dans le sommeil, que la veille de l'animal doit être un élat de conscience approximativement appréciable par compaiaison avec le sommeil If/cide de riiomme, mais avec cette difFérence capitale que les sensations et la locomotion se produisent dans le premier cas spontanément, et en dehors de ces formes de la raison dont Texercicr imparfait, devenu hnbituel et machinal, exphque seul ces illusions humaines que seules aussi elles sont capables de corriger
L'ôla])lissemenl des fonctions organiciucs esl uni" condilioM ^on.M-ale préalable de celui des ionclioi.s lepréseiilalives. Mais de même que le .h'u dos i.ivmiJ'ros précède constamment le jeu des secon.les (ce .|ui s app,dle en être la cause) dans certaines séries de idiénomènes, de même, dans certaines autres, la représentation ^'uscitée sponlunémenl se subordonne les étals "•l cliaufiemenls de ror-unisnie.
l'analyse des fonctions humaines. XXXI
Cette dépendance est d'abord marquée dans les mouvements instinctifs, c'est-à-dire dans ceux qui s'expliquent par des lins clairement ou confusément représentées, et non par la sensation et l'expérience.
Elle est manifeste dans la loi qui attache h la présence, à la répétition et au développement de chaque passion des modifications, d'abord dynamiques, et ensuite même statiques des organes internes et externes.
Hlle se retrouve dans les phénomènes organiques liés à l'imagination, ou fonction productive et reproductive seule, comme ils le seraient à la sensation et aux fonctions externes. La passion se mêle d'ordinaire à cet ordre de faits, où Ton doit classer les hallucinations, les visions et quelques-uns des accidents constatés l)armi ceux que l'on a longtemps qualifiés sans raison de infffjnctiques.
L'imagination seule des mouvements comme possibles, comme imminents, avec quelque passion pour les craindre ou les espérer; celle (l(^ diverses modilications organiques plus com- [)lexes, dans les mêmes conditions, suffit pour que les organes se disposent et se déterminent à les produire, si d'ailleurs il n'y a pas empêchement et si la volonté ne met pas arrêt à la
Ti!
INTRODUCTION
représentation. Cette classe comprend notamment des actes musculaires et des sécrétions puis Vimitation et la contagion sympathiques, pnis, parmi les phénomènes d'illusion, beaucoup de faits du prétendu marjnétisme animal et de la suf/gestion, puis \q pendule explorateur, les tahles tournantes, etc., enfin le vertige, qui, bien défini, met en évidence le principe commun de tous ces phénomènes.
La volonté est étrangère à l'ensemble des faits précédents. La volonté et les fonctions rétléchies ne peuvent que les troubler, si elles y interviennent directement.
Ouand la volonté précède un mouvement musculaire, elle est toujours jointe à une préimagination comme celle qui vient d'être décrite, et son nMe est de ne point s'y opposer en suscitant quelque autre représentation, mais, au contraire, de maintenir celle-là toute seule.
La préimagination plus ou moins passionnée suffit, sans la volonté, pour amener le mouvement attendu, dès qu'il est possible.
Donc on est en droit de dire que la volonté n^est pas la cause prochaine, immédiate et <»iiecle de l'action musculaire dite volontaire
l'analysj: dks fonctions humaines. XXXllI
non plus que des autres modifications des organes.
Et en effet, cette action, bien examinée, n'offre à Tanalyse rien au delà de la représentation simple et vive du mouvement possible, imminent et motivé (1), avec cette circonstance que la volonté, avertie et en éveil, ne suscite aucune représentation suspensive. Cela suffit polir que s'applique la loi qui lie le phénomène représentatif d'imagination et de passion au phénomène organique correspondant ; et le mouvement se fait.
La volonté n'est pas moins pour cela la cause éniinente,dès qu'elle se montre. C'est elle qui, propre à l'homme, comme une sorte de représentation automotive, décide des autres représentations actuelles, qui, à leur tour, sont suivies des mouvements, comme ils le sont chez les animaux, où cette représentation supérieure n'existe pas.
9. Pkrsonxalité : Liberté. — La Personnalité réunit toutes les catégories, du point de vue de l'homme, et se caractérise définitivement
(1) A cette repivsontîition se joint naturellement, sous forme ima<iinalive, ceUe de la sensation que l'on sait par expérience qui se produira dès (jue le mouvement en question sera obtenu avec ses accompagnements physiques.
INTRODUCTION
quand, la Causalité c^i la Finalité une fois bien étudiées, le Soi cl le Non-Soi se posent avec la plus grande distinction possible dans la Conscience.
Mais la conscience humaine n'aurait pas cette suprême individualité qui semble résulter de lanalyse, si les imaginations et les passions auxquelles se subordonne l'organisme dans certaines séries de phénomènes, suivaient ellesmêmes une loi générale et nécessaire de développement, en sorte que Tautomotivité des représentations ne fut qu'apparente. La question de la liberté est donc celle de la personnalité même.
La question de la liberté ne s'élève pas au sujet de l'animal ; non que Ton jie puisse se demand«'r si un grand nombre de ses déterminations spontanées ne sont pas accidentelles et fortuites, c'est-à-dire non préordonnées par Tensemble des précédents et conditions, et on l'ignore tout à fait; mais visiblement il n'y a a lias chez lui celte spontanéité réfléchie qu'accompagne une claire conscience du pouvoir de disposer de ses propres représentations.
La question porte sur les actes humains que ridée du bien et la passion motivent, et aussi sur les jugements dont la lin principale est le
T/AXALY?^F. des fonctions humaines. XXXV
vrai. Pour les uns comme pour les autres, il existe, outre les séries de déterminations involontaires, plus étendues qu'elles ne le semblent de prime abord, une classe reconnue de phénomènes qu'on pourrait nommer les illusions de la volonté, dans lesquels la liberté s'abandonne et la personne finalement s aliène. Si la liberté est réelle, on est en droit de tenir ce langage ; sinon, loules les déterminations sont au fond de cette espèce, et il n'y a d'illusion que la conscience même de la liberté.
Ces faits de relâchement ou d'abandon de la personne diffèrent de ceux de la passion pure et des songes, en ce que la volonté consent au verlise mental , au lieu de l'ignorer ou de le dissiper en le reconnaissant. Ce sont :
Les jugements qui consacrent des hallucinations en qualité d'objets immédiats de l'expérience, et en tirent des conclusions et des
actes ;
Les jugements qui interprètent des sensations internes quelconques, et, se fondant sur des possibilités que l'imagination suggère et que l'ignorance et la passion exagèrent, affirment la réalité de faits supposés, tels que crimes, conspirations, obsessions, possessions, révélations surnaturelles, etc. ;
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Les jugements mêmes qui s'enchaînent en raisonnenienls pour construire des systèmes de toute nature, sur des bases chimériques ou simplement possibles, et déclarent ensuite ces systèmes évidents, certains, etc. ;
Enfin l'obéissance volontaire aux tentations vertigineuses que les hypnotiseurs et suggesteurs mettent en œuvre, et qui se produisent avec des effets particuliers dans le sommeil somnambulique, ou même après le réveil, à des moments déterminés d'avance.
La plupart de ces faits représentatifs, d'abord aif/us, deviennent chroniqups, grâce à l'habitude, et, liés ordinairement, non nécessairement ce semble, à des états patliologiques, composent hi partie mentale des cas de manie, monouumie, aliénation, dont la démence est la terminaison la plus commune.
Le remède à ces affections mentales, prises avant l'époque où le vertige devient habituel et irrésistible en intéressant la représentation tout entière, le remède préventif est le développement de la force rélléchie, que Ton peut ici nommer justement le doute et le savoir douter en présence des afnrmalions qui s'olfrent à la volonté.
LAXALVSK DKS FONCTIONS HmrATNES. XXXVIl
Si la liberté n'est point réelle, il n'y a de discernement à faire, touchant les jugements de réalité et de vérité, qu'en se fondant sur leur admission plus ou moins générale et sur l'approbation ou la désapprobation d'aulrui. Alors le vrai et le faux sont également nécessaires et ont en cela des titres égaux de créance, car c'est une manière d'être dans le vrai, (jue de suivi'e une loi nécessaire en affirmant faussement le faux des autres hommes.
Alors aussi les jugements de droit et de devoir^ de mérite et de démérite, et la masse des sentiments moraux de l'homme, tels que luimême les entend, sont vains et reposent sur une illusion reconnue, quoique inévitable. Ils impli(juent, en elfet, que des actes sont qui auraient pu ne pas être, et que des actes ne sont pas qui auraient pu être, et cela en vertu de cette liberté qui n'est pas réelle.
La conviction du néant de la liberté, si elle était établie parmi les hommes, engendrerait tour à tour l'inaction ou le fanatisme. Mais elle ne s'établit jamais pratiquement, même chez ses adhérents, et c'est une propriété singulière de la loi de nécessité de toutes les déterminations de conscience, en la supposant vraie,
qu'elle embrasse l'illusion de sa propre néga-
iXTUODUcrrox.
tioii pratique clans toutes les consciences, et théorique dans plusieurs.
Toutefois, on ne démontre pas lofjifjf/eme?il la liberté par rela seul qu'on fait voir que la nécessité^ si elle était nne loi universelle, envelopperait et, ])ar conséquent, vérifierait et justifierait le faux comme le vrai, le mal comme le bien, ou ce que nons appelons ainsi. Car ceci nVst pas contradictoire en soi.
On iK» la démontre pas non plus en faisant a])pel au témoiguage de la conscience, car c'est la valeur de ce témoignage qui est en question. S'il traverse la létlexion, il est variable; s'il est pris comme une donnée empirique, il est constanl, mais ne pose rien au delà de sa propre existence et n'a pas de garants de son infaillibilité.
Les théories antagonistes dites Tnne du détermuthnie et l'autre de la liberté d indifférence sont toutes deux fausses et fondées sur une errinu' commune.
La liberté d'indiiïérence établit une scission entre le jugement et la volonté. Le premier est censé nécessaire ([uel qull soit et dans tous les cas ; la seconde est tenue pour iudifiérente, et cï^st elle qui a le pouvoir de ratifier ou non
l'aXAI.YSE 1>KS l-^OXCTIOXS TIUMAIXES. XXXÎX
l'antre en déterminant l'acte. C'est donc le hasard brochant sur le nécessaire. On ne sait où trouver là le fondement des idées morales.
Le déterminisme suppose la même scission, et fait la volonté non moins indillerente, mais passive. 11 cherche à prouver par Tanalyse que les jugements sont semblables à des poids qui sollicitent les plateaux de la volonté, semblable
à une balance.
Ces théories tombent qnand on renonce à toutes ces images de facultés humaiues, séparées d'abord, puis réunies par une incompréhensible intervention mutuelle, l'ne meilleure analyse fait reconnaître que jamais la volition ne se produit sans représentation intellectuelle et passionnelle inhérente, jamais rintelligence et la passion, dans les actes délibérés, sans qu'une volition se joigne à Tappel ou au maintien de chaque phénomène interne.
Les doctrines aprioriques du panthéisme et du matérialisme sont aptes à démontrer la nécessité universelle des choses, mais par un cercle vicieux, h^ substance, que ces doctrines supposent, et qui n'est qu\ine catégorie poussée à Tabsolu, hors de toute réalité représentable, la substance, avec ses propriétés et modes pré-
iN'ri{(^iM^('riox.
existants h leur propre développement, n'est qu'un corps donné à la fiction de la nécessite.
Le principe jiénéral de causalité, invoqué en laveur de la même thèse, sous le nom de /riiso?i sf/f/isrnUPj est une autre pétition de principe, et d'ailleurs conduit à la contradiction. Il faudrait [irouver que causalité est toujours nécesdtv, et que nulle série de phénomènes ne part d'un acte premi(M\ On se hoi'iu^ à l'affirmer, ou, si on invoque le procrs infini, c'est sur l'infini actuel et réalisé, notion contradictoire, que l'on s'appuie.
La PJùlosophie de F Imtoire, comme elle se nomme, est une autre théorie nécessitaire, un autre cercle vicieux. Elle ne prévoit pas les faits : elle les prend donnés a posteriori, et elle les explique (elle explique même les faits faux) dans rhypothèse où ils seraient contenus a priori dans leurs antécédents, et prédéterminés autant que précédés.
L esprit de la science est un esprit nécessitaire, et très justement, puisque son but est la recherche des lois. Mais les sciences constituées, avant d'arriver au point où la liberté humaine pose une limite aux lois, ont à parcourir une carrière dont elles n'aperçoivent pas le terme. Les autres, et notamment la critique
J.'aNALYSK i)ES FONCTIONS HIIMAINKS. XLl
historique et morale, ont précisément à traiter la question de la liberté, qui est celle de rétendue des lois nécessaires. Elles ne doivent donc pas la trancher.
11 existe une science mathématique dont les possibles sont la matière, dont les principes et les résultats, par conséquent, peuvent s'examiner et s'interpréter en vue de savoir s'ils démontrent l'existence des possibles contingents et des futurs indéterminés et ambigus, c'està-dire de la liberté humaine réelle, ou s'ils laissent ces questions en suspens. Cette science est le calcul des jyrobabilités.
Le calcul des probabilités suppose formellement des futurs contraires é(jalement possibles, et cela surtout dans \q^ jeux de hasard, qui sont la matière en quel([ue sorte typique de son analyse. Ces possibles égaux sont-ils égaux seulement eu égard h l'ignorance de l'observateur? ou Texpérience, comparée au calcul, établit-elle (lu'ils le sont elfectivement? On peut interroger sur ce point la loi dite des grands nombres, j)uis(|uc d'une part le calcul la démontre dans l'hypothèse de l'égalité des possibles (c'està-dire do leur imprédétermination réelle), et (jue, d'autre pari, rexpérience la vérifie.
iNriir)r)T'CTio\.
La vérificalion expérimentale de la loi des grands nombres prouve que, si la liberté est réelle, il y a une classe de faits nés de la liberté et soumis à cette loi unique, singulière, qui permet, qui même exige qu'ils soient rigoureusement impiédéterminés ; et que, si la liberté n'est qu'appnrente, et si lous les faits possibles sont prédéterminés, alors la nécessité universelle impose h une classe de ces derniers la même loi qu'ils suivraient s'ils iradmettaient aucune détermination anticipée.
Le calcul des probabilités fournit ainsi, selon sa nature, une sorte de probabilité, })lutot qu'une démonstration de la liberté comme réelle.
L ANALYSE DES FONCTIONS HUMAINES. XLIII
rieures, affirmations dont nous n aurions pu d'ailleurs nous défendre dans Tétude même de la certitude, à quelque moment que nous Teus-
sions entreprise.
Si nous reconnaissons n'avoir d'aucun objet, fût«il même tout rationnel, un genre de certitude où notre personne au fond ne se trouve (Ml jeu, il ne faudra pas nous étonner d'avoir été conduits à voir dans la liberté affirmée un acte de la liberté. Mais il est juste que Tacte éminent de la personnalité soit Taffirmation qu'elle est appelée à faire d'elle-même.
Puis(|ue tant de motifs de croire h la liberté sont réunis, que les thèses nécessitaires, en tant que démontrables, sont réfutées, et qu'il y a absence de preuves purement rationnelles des deux côtés, comment obtenir une certitude? Mais qu'est-ce qu'être certain h Tégard d'une cliose ou d'une connaissance quelcomiue ? C'est une question qui fait suite à l'analyse des fonctions liumaines, et qui nous oblige à revenir, au point de vue de la méthode, sur toutes les allirmations inévitables de nos études anté-
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IXTKODUCTJOX.