LA COSMOGONIE
soi. Or une telle conception réaliste se prête parfaitement, — l'histoire entière des doctrines sur la cause première en fait foi, — à recevoir les attributs de nécessité, d'éternité et d'infinité que les théologiens rapportent à Dieu. Les diilicultés qui s'opposent à l'intelligence de la nature en soi du Créateitr sont si grandes, que l'esprit n'éprouve aucune peine à remplacer ce dernier par Y œuvre créée, pourvu seule- 7neyit qu'oyi lui permette de se former ridée de celle-ci coutme d'unie chose en soi ou suhstance. Car l'esprit ne voit pas alors pourquoi cette chose qu'il imagine si bien et qu'il croit toucher et sentir n'aurait pas pu exister toujours, aussi bien qu'aurait existé toujours Celui que l'on dit l'avoir créée ; et pouj quoi elle n'aurait pas eu d'elle-même, éternellement, les propriétés que l'on dit que l'Eternel incompréhensible lui a données, desquelles on accorde qu'est sortie toute existence phénoménale ave«î ses rapports nécessaires.
Quand on remplace le concept de la matière en soi et de son chaos originaire par celui d'une puissance, ou néant d'être, que Dieu crée afin que tous les êtres en sortent, le point de vue de la cosmogonie et de son sujet propre est changé : mais nous verrons que le penchant naturel de la spéculation est encore le même en ce cas, et doit tendre à substituer à l'idée de la création celle de l'évolution spontanée de l'univers.
La cosmogonie rliythinéc, poï>itivc et négative.
C'est une des idées les plus considérables de la philosophie de rantiquilé, que celle qui soumet l'univers à deux grandes périodes éternellement successives de développement et d'enveloppement, de génération et de destruction, sans commencement absolu et sans fin ultime. Le fondement de cette imagination n'était autre que le concept de substance et d'inliérence, d'involution et d'évolution, dérivé lui-même de l'observation familière des propriétés de l'œuf et de sa croissance de vie spontanée, suivie de mort, mais non sans reproduction. A cela se joignaient pour suggérer l'idée d'un terme et d'une reprise du mouvement cosmique, le besoin de la symétrie, et le désir d'échapper, tout en ne le niant point, mais en l'enchainant sous la loi des périodes, à cet infini de l'avant et de l'après qui frustre la connaissance. jNIais les anciens qui avaient reçu de leurs mythographes les idées de Nuit génératrice et de Chaos fécond, et les théogonies symboliques terminées par la victoire des puissances de la lumière et de l'ordre sur celles de l'antique confusion, les anciens se représentaient sous une forme encore mythique les moments de sortie du Cosmos, et de sa rentrée dans l'état de repos. Le Feu d'Heraclite et des stoïciens, cet état initial et état linal de consommation du monde, n'était (ju'un symbole, si
J.\ COSMOl^ONU: lUlYTllMÉK
on le compare à la thèse moderne du passage de toutes les forces mécaniques à l'état calorilique, qui n'est lui-même qu'une forme de ces forces. Les modernes ont absolument séparé le physique du moral, dans leurs spéculations. Nous ne comprenons plus les anciens. Notre idéalisme nous l'end incompréhensible Tidée du feu destructeur et créateur; il nous faut la Volonté pour coiùjjicnccr l'existence ; ou bien k maté]'ialisme, en nous représentant l'état initial comme un état d'homogénéité et d'équilibre, nous rend incompréhensible l'origine du mouvement et la production des diflérences au sein de lïdentique.
Nous rend, ou devrait nous rendre. « Si jamais, (litrauteur d'une critique des principes généraux de la mécanique, si jamais il y avait eu équihbre parfait entre les parties de la masse (dans la Nébuleuse), cet équilibre durerait encore » (1). Cette vérité est une simple application du principe de la raison sufhsante, en un sens mathématique et dans une sphère d'incontestable déterminisme. Là où nulle cause de mouvement n'est assignée, ni à l'extérieur ni à l'intérieur d'un système en repos (couru, posé dans l'esprit, indépendamment de toutes données empiri(iues), et dans lequel il n'entre que des actions mécaniiiues mutuellement neutralisées, sans aucun élément em-
(1) J.-IJ. Slallu, La matirrc et la pJnjsiqitc moderne, p 226. — I/auleur cit*' l'opinion conforme de Duering : Histoire critique des principes gcnérmu; de la mécanique.
POSITIVE v:v XKciA'rivi:.
prunié à l'ordre de la volonté, il est impossible ([u'uu mouvement se produise. Ce principe est d'une vérité analytique; son contradictoire est contradictoire en soi ; cela se reconnaît à cette circonstnnce (^ue, si l'on imagine qu'un certain mouvement défnii vienne cà être produit, dans le cas supposé, un mouvement de vitesse égale et de sens inverse aura la même raisouy puisqu'il n'en a aucune.^ de se i)roduire, et par conséquent leur production ou n'est point, ou, si elle est, réalise des contradictoires. C'est ce (pie l'on exprime en disant qu'il n'y a pas de raison sufUsante pour qu'un mouvement survienne, et c'en est une sufUsante et nécessaire pour qu'il n'en survienne aucun. Cet argument, d'une logique rigoureuse, principalement à l'adresse d'un piûlosophe déterministe, renverse i)ar la base le système de l'évolution rhythmée (suite i)ériodique d'évolutions et de dissolutions de l'univers) auquel IL Spencer a donné la forme strictement mécanique par laquelle il se distingue des systèmes antiques du même genre. Le même argument est opposable à la bizarre imagination de l'ingénieux auteur de la Philosophie de Vlaconscienl^ (|ui, après avoir amené par des moyens de son invention l'anéantissement du monde, fait du retour de ce dernier à l'existence un problème de calcul des chances (1). La probabilité, égale à 1/2, que ses principes lui font admettre pour un tel cas, est précisément Fin-
(1) Ed. de Hartmann, Plnlosuphie de l'inconscient, t. Il, p. 5t]l) de la traduction française.
LA COSMiHiOXlK lUIVTIIMKK
dice de la coiitirmation du néant d'être, faute de raison suftisante pour la renaissance, contre le statu qiio^ de Textinction des choses.
H. Spencer attend le renouvellement du inonde de la Force même par la(iuelle il a été et sera, éternellement, un nombre inlini de fois, conduit à sa ruine, à travers l'œuvre de révolution. 11 ne sait pas si l'univf^rs doit revenir chaque fois te nirrtie, 11 devrait le savoir et l'îillirmer, selon les idées par lesquelles il se dirige, puisque l'état du monde, à la iin de chaque période d'évolution et de dissolution, est le même qu'à la lin de toute autre période antérieure ou postérieure ; que cet état est le parfait équilibre dans la parfaite homogénéité de la matière, et (pie, par conséquent, il ne saurait y avoir de raison pour (pi'il s'introduise une dilférenco dans la nature ou dans l'ordre des produits d'une évolution qui part de la même origine et se déroule sous Taction des mêmes forces, en vertu du même principe. ^îais non seulement l'évolution, si elle a lieu, ne doit jamais varier, mais encore elle ne peut réellement avoir lieu, suivant ce qu'on vient de dire. Sa détermination d'existence est la détermination zéro, comme ceHe de sa cause et comme celle de son essence. Je dis de son essence ; crir la Force, ce l^rotée, ce métai)hysi(pie maître-Jacques de l'évolution spencérienne, se réduit, (juand elle prend sa forme initiale ou tinale, au pur contenu de sa délinition mécanique. Et ce n'est pas tout, mais, sous cette forme, la force est, selon II. Spencer, employée aux
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mouvements internes de la matière désagrégée et diffuse de la nébuleuse, en cet état d'homogénéité et d'actions constamment équilibrées dont ce philosophe ne peut plus expli(iuer la rupture (ju^en y atlectant un principe ad hoc : .< rinstabilité de l'homogène. >. Ce principe, en une telle application, est visildement sophisti(iue, attendu (prnn système dont l'éqnilil)re intérieur est i)arfait ne peut être troublé i\no par l'intervention d'une fru'ce extérieure; et ici nous ne considérons pins rien d'extérieur; c'est notre hyi^othèse (jui le veut. Un sophisme tout pareil sert à H. Spencer à étendre à l'univers un autre de ses principes, le « rhythme du mouvement ». 11 tire celui-ci de l'observation, (ju'il généralise, de toutes les sortes de mouvements rhythmiques. Mais les mouvements rhythmiques de l'expérience sont toujours des raj)ports partiels, insérés dans une relation plus générale ; et il est inadmissible qu'on en puisse induire l'existence d'un rhythme entre le mouvement qui contient par hypothèse tous les mouvements possibles, à savoir le monde, et un autre mouvement que l'on ne peut i)lus constituer (jue par la réiiètition arbitraire du premier.
TAIÎLE DES MAKÈRKS
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A. L'analyse des fonctions limiiainos i
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(4. La classification d(îs sciences. lxiv
1). Lf's pi'ol)aI)ilités morales j.xxii
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Observations et développements.
A. Iinpossibllit»^ de la matière continue 47
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