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n'aurait pu hésiter à la recevoir, dès qu'elle ne leur aurait pas été présentée sous un aspect diliërent de celui de la loi des accélérations de Galilée.
Descartes définissait la chaleur, en ce qu'elle a de donné objectivement, en dehors de notre sensibilité, par le mouvement des petites parties des corps, mouvement, agitation qui se conserve en ces parties tant qu'elle n'est pas transférée à d'autres corps. Voilà pour les petits mouvements (petits en amplitude seulement) que nous appelons aujourd'hui moléculaires, et que nous présumons être du genre des vibrations (1). Quant aux grands mouvements, mouvements de translation dans le système du monde, auxquels sont dues les révolutions des planètes, Descartes les assimilait à des tourbillons, tels qu'on en voit « dans les détours des rivières où l'eau se replie en elle-même, et, tournoyant ainsi, fait des cercles ». Ces mouvements giratoires qui toutefois, disait-il, ne sont presque jamais des cercles parfaits, entraînent les petits corps llottants, dont quelquesuns même tournent en outre autour de leurs centres.
Servons-nous, pour abréger, de ces termes de grands et de petits ynouvements. C'est dans la direction de physique philosophique tracée par Descartes qu'ont
(1) Descartes parle de « petites parties qai se remuent séparément Vune de Vautre d'un mouvement très prompt et très violent », par exemple dans le bois en combustion (Le monde, chap. II). Ces expressions remarquables sugi^èrent les idées d'èla^^licité et do vide que ce philosophe voulait cependant exclure.
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eu lieu les progrès de la physique expérimentale qui ont abouti à la thermodynamique. La matière subtile, ou premier élément, élément du feu, dont Descartes composait les parties centrales du tourbillon solaire et des tourbillons stellaires, était la seule forme sous laquelle il put se représenter, pour les localiser Là où l'observation constate des états d'incandescence, les petits mouvements, faute de penser à un moyen possible de les obtenir par une transformation mécanique des grands, sans perte d'énergie. Une lumière nouvelle a été jetée sur les phénomènes cosmiques, aussi bien que sur les phénomènes terrestres et sur la théorie des machines, grâce à la découverte scientifique par laquelle a été dévoilé le passage des grands mouvements aux petits (et le passage inverse) avec une correspondance certaine et une mesure fixe. Mais la connaissance d'un rajDport entre des faits de rencontre et de choc des corps, ou de condensation violente de matière, et des faits d'évaporation et d'incandescence a manqué a toutes les spéculations cosmogoniques jusqu'à notre époque. De môme, on peut dire que Descartes a fourni, quoique avec une formule erronée, celle de la constance de la quantité de mouvement {V),Vià(^(i fondamentale et la réelle anticipation du principe de la conservation de l'énergie, tel (ju'il se définit pour
(1) Voyez Le monde oit Traité de la lumière, chap. V et VIII.
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nous. Ce principe lui-même est dans une liaison étroite avec celui de la thermodynamique.
Quant aux grands mouvements du sj^stème du monde. Descartes, en les définissant comme des tourbillons, a considéré ces derniers comme des milieux fluides dans le cours desquels les corps solides qui y sont plongés sont entraînés autour de certaines matières centrales fixes, telles que le soleil et les étoiles. Les planètes du système solaire, et la Terre, qui est l'une d'entre elles, sont dans ce cas. Des tourbillons intérieurs moindres, auxquels elles obéissent, les font tourner autour de leurs propres centres avec leurs satellites. Descartes soutenait subtilement que la terre et les autres planètes étaient immobiles, selon sa théorie et dans le sens propre des mots repos et mouvement, par la raison qu'elles ne se mouvaient point par rapport aux corps respectivement les plus proches d'elles, mais seulement par rapport aux plus éloignés. Il est connu que le procès de Galilée lui causa une sorte d'épouvante et l'obligea à retenir son livre du Monde qu'il était sur le point de livrer à Timpression (en 1633); et il résulte de sa correspondance de ce même temps qu'il tenait sirnpllclter pour le mouvement de la Terre. « J'avoue, écrivait-il, que si ce sentiment du mouvement de la Terre est faux, tous les fondements de ma plnlosophie le sont aussi, parce i\\\\\ se démontre par eux évidemment (1). w Si main tenant on réflécliit que ce livre
(1) Lire le curieux récit do Laillrl ( Vie de iJescarles,
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n'a pas été publié de son vivant, qu'il a dû en retoucher quelques parties, et que ce n'est que dix ans plus tard qu'il a produit ses Principes de la philo- Sophie^ ouvrage bien plus considérable, dans lequel il a donné au mouvement de la terre la forme que je viens de résumer, on ne trouvera peut-être pas invraisemblable que, même avant ce moment de terreur très motivée, la crainte des théologiens (1) ait incliné dans le sens le moins dangereux pour son repos, ses méditations et ses hypothèses touchant le mode d'action des tourbillons pour la constitution de l'univers au sortir de l'état chaotique où Dieu l'avait d'abord créé. Si, au lieu d'imaginer les planètes et leurs tourbillons formateurs mus solidairement, et ceux-ci emportant celles-là dans leur cours, encore à présent^ dans Vélat actuel des choses, et cela véritablement contre toute apparence, il avait cherché quelque mode — on n'exigeait pas alors beaucoup de précision dans les hy})othèses — quelque mode mécanique de représenter le retrait d'un tourbillon vers son centre, la division et la concentration de ses parties pour former des astres, sa cosmogonie n'eût
livre III, chap. X-XII) et les non moins curieuses lettres do Descartes relatives au même incident.
(1) Il disait de la congré,L,'ation romaine de ITiidex, au rapport de sou biographe (livre VJII, cliap. IX) « que son autorité ne pouvait guère moins sur ses actions ({ue sa propre raisoii sur ses pensées... i\i l'ut ce qui l'obligea de donner un tour nouveau à l'opinion du mouvement de la terre (pii avait mis les in«iuisiteurs de celle congrégation
de méchante humeur contre Galilée... »
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j)oint différé, clans ses traits les plus généraux, des systèmes de tourbillons que la science moderne autorise, et pour lesquels la gravitation newtonienne est la loi de concentration adoptée.
« Permettez pour un peu de temps à votre pensée de sortir hors de ce Monde, pour en venir voir un autre tout nouveau, que je ferai naître en sa présence dans les espaces imaginaires... Supposons que Dieu crée de nouveau tout autour de nous tant de matière, que, de quelque côté que notre imagination se puisse étendre, elle n'y aperçoive plus aucun lieu qui soit vide... et supposons que Dieu la divise en plusieurs telles parties, les unes plus grosses, les autres plus petites, les unes d'une figure, les autres d'une autre, telles qu'il nous plaira de les feindre... Pensons que toute la distinction qu'il y met consiste dans la diversité des mouvements qu'il leur donne, faisant que, dès le premier instant qu'elles sont créées, les unes commencent à se mouvoir d'un côté, les autres d'un autre, les unes jdus vite, les autres plus lentement, et qu'elles continuent par après leur mouvement suivant les lois ordinaires de la Nature. Car Dieu a si merveilleusement établi ces Lois, qu'encore que nous supposions qu'il ne crée rien de plus que ce que j'ai dit, et même qu'il ne mette en ceci aucun oidre ni ]»roportion, mais qu'il on compose un chaos le plus confus et le plus embrouillé <iue les poètes jaiisscnt décrire, elles sont suffisanles pour faire que les parties de ce chaos se démêlent
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d'elles-mêmes, et se disposent eyi si bon ordre^ qu'elles auront la forme d'un Monde très jmrfait^ et dans lequel on pourra voir non seulement de la Lumière, mais aussi toutes les autres choses, tant générales que particulière;^, qui paraissent dans ce vrai Monde (1). »
Telles sont les données jiremières des tourbillons chez Descartes. On peut les rapi)rocher de celles que posent aujourd'hui les partisans, en cosmogonie, de y agglomération météorique. Ils admettent, conformément aux idées de l'école géologiqup la plus récente, que les agents qui tendent à conserver ou à détruire, dans Tordre actuel des choses, sont les mêmes qui ont produit ou détruit en tout temps, et qu'on n'en doit pas supposer d'autres pour présider aux origines. Ils pensent qu' « il peut y avoir eu un temps où l'espace occupé maintenant par le système planétaire présentait rai)i)arence d'une multitude de corps de toutes les grandeurs, de tous les degrés de consistance, agglomérés sous toutes les formes, se mouvant avec toutes les vitesses, dans toutes les directions et dans des orbites de tous les degrés d'excentricité. Ces masses se seraient consolidées, et des mouvements de révolution et de rotation auraient c té engendrés dans les corps ainsi formés par leurs collisions {i). » Les partisans de cette o[)inion dont
(1) l^oscartes, I^e monde, clinp. VI.
(2) Voyez SUilio, La ?natiére et la pJtysiquc moderne, ]). 22G et suivantes.
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le point de départ physique ressemble, on le voit, beaucoup à celui du monde de Descartes, ne sauraient être plus formels que n^était ce philosophe lui-môme à déclarer qu'il ne demandait rien de plus que de la « matière ordinaire » et les « lois ordinaires de la nature » pour construire son monde. Ils diffèrent de lui quand il s'agit de définir ces lois, mais le plus essentiellement en ce que, ne voulant pas de la métaphysique de la création, ils sont condamnés à la ^nétaphysique cïe la matière éternelle, pour la justification logique du concept qu'ils se forment de
l'origine des choses.
Les lois générales actuellement disponibles pour la cosmogonie physique, en un mot la gravitation et la thermodynamique, sont manifestement insuffisantes pour conduire telle partie du monde, mettons notre système solaire, de l'état chaotique de matériaux errants qu'imaginent les partisans de Vaygloraération météorique à un état défini et aussi régulièrement ordonné que celui de ce système. Ils ont recours, en cet embarras, à une proposition de mécanique rationnelle, d'une généralité extrême, qui n'est bonne qu'à mettre en saillie l'impuissance où ils sont d'assigner une cause plus particulière et plus topique. Le théorème démontré par Laplace, en sa mécanique céleste, de Texistence d'un « plan invariable » ou « plan du maximum des aires ^, dans le mouvement d'un svstème de corps cxcnjant les uns sur les autres des actions quelconques, est une belle vue de l'ordre
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abstrait, qui confirme un fait facile à prévoir : c'est qu'il se trouvera toujours de l'ordre et des lois par quelque endroit, dans des conséquences tirées de l'application de définitions exactes, et de rapports déduits par l'analyse, à des données pliysico-matliématiques, quelque indéterminées qu'on les laisse en partie ; mais conclure de là à une tendance spontanée du désordre à l'ordre et du chaos à l'harmonie dans la réalité des clioses, c'est tomber dans Tune des plus notables illusions qu'ait dévoilées la critique de la Pvaison pure î On le pourrait, qu'il resterait encore, dans l'espèce, à déduire l'ordre particulier que l'observation nous montre avoir été réalisé, au lieu de prouver seulement qu'il doit se produire un or<lre quelconciue. Et ce n'est même pas tout: car le théorème du x^lcin invariahle, du(juel il s'agit ici, n'est vrai que pour un système de corps liés par des forces quelconques, mais toutes internes, sans aucune infiuence du dehors (1); et c'est là une condition à laquelle ne sauraient satisfaire des théories infinitistes, logiquement tenues à ne rien séparer, à ne rien borner ni terminer dans l'univers.
Le monde éternel, encore plus (pie le monde infini dans l'espace, est une source d'insolubles difilcultés
(1) Il y a ici une erreur inexplicablo dans le texte de St.-dir» (j). *2-2î)). L'aiitrur s'cxinime roirniie si h) système dryail être siij>]José sous J'actiini de caus.js de drhriiiiualinn extérieure: Jiiais c'csl le contraire. V(»vez le Me main' i\^ Poiiisol sur Vcquatcur du si/sd'ine du. monde (dans les FJêmotts de statique, .> édition, p. o/t» sq.).
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pour une cosmogonie d'agglomération météorique, et Descartes a trouvé, quoi qu'on ait pu dire, dans la doctrine de la création, le fondement le plus avantageux pour sa définition des origines physiques. Cette doctrine, en effet, le dispensait de justifier ses données premières hypothétiques par d'autres raisons que celle de leur aptitude à rendre compte des phénomènes. Heureux, sll avait pu en même temps expliquer pourquoi le Créateur a trouvé bon de donner à la création, pour état initial, le chaos! Mais les partisans de Téternité de la matière et du mouvement sont tenus de fournir une bien autre justification de ces données « météoriques ». Je ne parle pas ici de la thèse métaphysique de la matière en soi, qu'ils auraient à défendre; je me place à leur propre point de vue cosmogonique. L'origine météorique doit-elle s'entendre d'une explication des choses considérées dans l'espace et le temps sans bornes, ou s'appliquer seulement à la formation d'un système tel que le nôtre, qu'on supposera soustrait de fait, grâce à l'éloignement, par exemple, à toute infiuence externe ? Le second cas du dilemme implique une question qui demeure sans réponse; il n'assigne pas un vrai commencement; il ne nous apprend pas comment une certaine région de l'univers, à un certain moment du temps, s*est trouvé à l'état purement météorique, ^waniVa(j(jlo77iération. Mais le premier cas montre plus clairement le vice de l'hypothèse. En effet, l'agglomération devant procéder nécessaire-
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ment des données météoriques en vertu des lois de la nature — c'est ce qu'on suppose — il est absurde de poser celles-ci pour l'origine réelle de celle là, en (luelque lieu que ce soit, puisque le temps écoulé infini a été infiniment plus que suffisant pour que ces lois aient déjà produit cet efi'et à quelque moment qu'on se place.
On essaiera peut-être de dire que les systèmes dans lesquels agit la loi cosmogonique de l'agglomération sont les ruines de systèmes détruits dans lesquels l'agglomération avait existé antérieurement. Il y aurait donc un processus indéfini de production et de destraction des mondes. L'idée d'origine à l'égard du tout des choses s'évanouirait. Mais il faudrait alors donner la théorie de ce mouvement rhythmique universel. Nous verrons plus loin ce qui a été tenté en ce genre avec un renfort d'Jiypothèses beaucoup plus vastes et complexes que celles de la pure mécanique céleste.
Le savant astronome qui reprend formellement de nos jours la doctrine cartésienne des tourbillons, M. Faye, admet la création comme Descartes, et, comme lui, part de la création à l'état chaotique, mais en profitant, pour définir cet état, de la connaissance des nébuleuses et de leurs formes variées, et supposant, pour l'origine particulière du système planétaire, un mouvement giratoire qu'il n'étend point à la génélité des autres formations de l'univers. Sa théorie est au surplus du genre de celles dont ce terme de néhu-
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leuse désigne le caractère. Pour nous donner une idie du chaos partiel, état initial du tourbillon solaire de Descartes, quand on n'y distingue plus comme lui des éléments premier, second et troisième, de différentes grosseurs, M. Faye fait le calcul de l'égale répartition de la matière des astres de notre système dans une sphère de rayon dix fois aussi grand que la distance du Soleil à Neptume, et il trouve que ce chaos n'a pas du contenir plus de matière, en chaque kilomètre cube, qu'il n'en entre dans une pièce d'un franc. C'est une densité 200,000,000 moindre que celle du vide de la machine pneumatique, à un millième de la pression ordinaire. Il résume en ces termes l'ensemble de sa théorie :
« T/univers a été tiré du chaos, c'est-à-dire d'amas informes de matériaux excessivement rares, occupant des espaces immenses et animés de mouvements de translation en sens divers, qui ont divisé le chaos général en lambeaux séparés. C'est par la condensation progressive de ces lambeaux, ou nébuleuses chaotiques, vers certains centres d'attraction », — on suppose évidemment un état premier non homogène de la matière, — « que se sont formées les étoiles innombrables. Leur incandescence vient de la chaleur développée dans l'acte de leur formation...
» Parmi les systèmes variés auxquels cette subdivision du chaos primitif a donné lieu, le système solaire se présente comme un cas très particulier. La nébuleuse primitive qui lui avait donné naissance
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était sphérique et homogène. En se séparant des autres parties, elle avait emporté en elle des traces d'un lent mouvement tourbillonnaire. Ces girations se sont bientôt régularisées, grâce à la loi particulière de la pesanteur interne résultant de sa forme et de son homogénéité. Des anneaux )iébuleux se sont formés ainsi dans un même plan, bien avant raj)parition d'un soleil central. » C'est ici la différence capitale d'avec l'hypothèse de Laplace, et le moyen d'exphquer ce que celle-ci n'explique pas. M. Faye suppose que les premières formations, antérieures à la constitution de l'astre central, ont eu lieu sous l'empire d'une loi de la gravitation variant en raison directe des distances, et c'est, en elïet, de cette manière qu'on doit considérer les attractions mutuelles des parties internes d'un même système. Mais après que de la réunion en une masse prépondérante, immense, des matériaux non engagés dans les aimeaux, et du vide que Futtraction de cette masse a fait autour d'elle, est résultée une action de cette dernière sur des parties externes, action dès lors soumise à une loi tout autre, et s'exeivant en raison inverse des carrés des distances^ les modes de circulation des anneaux secondaires, puis le sens de la rotation des planètes, et celui de la circulation des satellites engendrés par ces anneaux, doivent différer de ce qu'ils auraient été dans le précédent état des choses. C'est ainsi que M. Faye explique le changement di; sens de ces derniers mouvements célestes
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au delà de Saturne qui est la dernière planète formée sous l'empire de la première loi. De là une conséquence d'un haut intérêt, qui bouleverse toutes les idées accoutumées que riiypothèse de Laplace avait fait naître : la Terre est plus ancienne que le Soleil. S'il en était autrement, Taspect du ciel, pour nous, serait différent de ce qu'il est (1).
Le restaurateur de la théorie des tourbillons termine par une échappée de vue sur la métaphysique. C'est la considération des énergies accumulées dans le chaos initial, et dont la déperdition constante pose au philosophe un problème insoluble ; ce sont, en d'autres termes, les idées de puissance, à l'origine, et de pialité pour Tultime prévision, qui obligent M. Faye à recourir à la création :
c< Lo chaos contenait, à l'état d'énergie de position, toutes les énergies passées et présentes de l'univers, sous quelque forme qu'elles se manifestent auiourdMiui, lumière, mouvement ou chaleur... Or dans la vie de l'Univers et de notre propre monde solaire, une faible partie de cette énergie est conservée indétiniment sous forme de mouvement, là où un certain état (1) dl n'est pas plus de mon sujet qu'il n'est de ma compétence de rechercher si les vues de M. Faye sont justes et si on peut, en les adoptant, expli(iuer d'autres anomahos parmi celles ([u'on objecte au système de Laplace. Si j'ai donne quelques développements de plus que ne semblait en exiger la question philosophique à l'exposition des idées de ce savant astronome, c'est à cause de Lintérèt (lue prés^^nle un retour au système dos tourbillons, rautatis mutandis, après les découvertes de notre siècle en physique et en mécanique.
de stabilité s*est trouvé réalisé; le reste est l'objet d'une effroyable déperdition... Il nous est impossible de dire, d'imaginer même ce que devieut cette énergie qui iile incessamment dans l'espace sous forme de lumière et de chaleur, et comment elle pourrait d'elle-même converger, en d'autres régions, vers d'autres matériaux. Il faut donc ici, comme dans toutes les questions d'origine, débuter par une hypothèse et demander à Dieu, comme le fait Descartes, la matière disséminée et les forces qui la régissent (1). »
L'idée d'évolution ne semble pas exprimée là dans les termes. Cependant, quand il dit que toutes les énergies du monde futur étaient renfermées déjà dans le monde cliaotique, sortant, comme parlait Rousseau, des mains de l'Auteur des choses, M. Faye n'entend rien de moins, à son point de vue spécial de cosmogonie physique, que cela même que pensent ceux des évolutionistes qui maintiennent la doctrine de la création, et suivant lesquels Dieu aurait posé, en créant un monde qu'on peut appeler de néant par ra[)port à la vie et à la conscience, la jouissance de tout ce (lui devait s'y produire ultérieurement, y comi)ris la puissance des êtres libres. La part des énergies inséparables de l'action des consciences sur les organes a dû être donnée originairement, aussi bien ([ue celle qui s'em[)loie à la prodnction de la lumière et de la chaleur. Le déterminisme des for-
(1) Faye, Sur Vorif/ine du monde, p. lS'2-10(i et p. h).'] et suivantes.
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ces semble exiger que la puissance soit une prédétermination, une prédestination des êtres dont elle enveloppe a priori le développement. On voit quelles questions se lèvent, qui surpassent singulièrement en importance la spéculation de cosmogonie physique d'où cependant elles naissent. Je me borne quant à présent à demander si la doctrime morale de la création est satisfaite en subissant ces deux conditions : lo que le monde créé par Dieu réellement soit le monde à l'état de chaos : 2o que, de ce moment, le monde delà vie et de Tesprit se soit produit spontanément en exécution de lois nécessaires ?
La première condition, celle qui fait Dieu l'auteur réel du monde chaotique, et le monde lui-même Fauteur de ce qui s'est produit en lui d'harmonique, nous reporterait à une époque de la spéculation antérieure à la doctrine du démiurge de Platon, ou même du vo'jç d'Anaxagore, si ce n'était qu'on doit entendre que Dieu, parles lois qu'il a données à la matière, a déposé dans le chaos la puissance d'un développement ordonné. Mais les anciens mythographes et les anciens philosophes leurs successeurs envisageaient, dans cette matière et dans ce chaos, des éléments résistants, rebelles, incapables d'un ordre parfait. Le mal, en ce cas, n'exigeait pas d'autre exphcation; le Créateur avait fait tout le bien qu'il avait pu. Les physiciens cosmogonistes modernes et les philosophes qui acceptent leurs vues, — il s'agit ici des théistes seulement et des partisans de la crêa-
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tion, — ne veulent pas supposer plus de bornes à la volonté de Dieu qu'ils n'en mettent à sa sagesse ou à sa bonté. Il faudrait donc que la puissance déposée suivant eux dans le chaos, création directe de Dieu, et les propriétés et lois de la matière, établies pour le développement spontané de cotte création, eussent produit un monde parfait, exempt de mal, on tout digne de son auteur. Mais au lieu de cela, les lois ont réalisé un ensemble de choses dont les qualités essentielles s'opposent à la production d'un ordre satisfaisant et durable. On a besoin d'un optimisme très résolu, pour ne pas trouver que le monde, soit du côté des propriétés oppressives et meurtrières des corps bruts, soit dans les conditions, les unes favorables, les autres défavorables de la vie, soit enfin dans les relations des vivants les uns avec les autres, présente un spectacle plus voisin de ce qu'a dû être la pensée pure de Dieu, que de ce chaos même, de ce chaos primitif, au sein ducpiel on protend qu'il l'a déposée pour y passer à l'acte et s'y réaliser progressivement.
La seconde condition des cosmogonies physiques, à savoir la production spontanée du monde, en exécution ou par l'effet des lois imposées par Dieu à la matière, nous olfre tout d'abord cette matière ellemême et son mécnnisme à considérer comme le sujet réel de la création: c'est une chose donnée indépendamment de Tesprit et de hi conscience, une substance avec ses qualités iidiérentes et son être en
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