‹ Les principes de la nature [microform]Chapitre 97 sur 199 · DES ETRES ORGANISES · texte numérisé non relu

DES ETRES ORGANISES

de succès, travailla cependant à assujettir les phénomènes biologiques à des lois et à des principes spéciaux, non métaphysiques : et sa pensée, tout obscure qu'elle est, semble, d'un côté, ne pas manquer de rapports avec les théories qui prendraient maintenant leur point de départ dans l'étude de la cellule; de l'autre, introduire, au lieu d'une essence spirituelle et toute nominale, à propriétés plastiques supposées, l'image et la réalité matérielle invisible d'un type préexistant. Bonnet, en n'admettant pas d'âmes séparées des corps, et en expliquant tant qu'il pouvait, et même au delà, les facultés animales par la matière et le mouvement, contribua â la ruine de la doctrine des âmes, et de ses propres hypothèses. La théorie de Vemboîtement, accueillie un moment avec faveur, même par Haller, fut enfin impuissante à s'établir contre celle de Yépigénâse. Cette dernière triompha si bien, que la plupart des savants oublièrent et oublient toujours qu'elle n'exprime autre chose qu'un fait, inexpliqué lui-même. Le développement des organes, depuis et avant un premier élément organique visible au microscope jusqu'à la plante ou â l'animal accomplis, suppose pour l'esprit l'existence d'une fin prédéterminée et d'une virtualité quelconque se dirigeant à cette fin. Or, on peut penser légitimement qu'un donné virtuel est aussi tout d'abord un donné physique, bien qu'indéfinis-

LA LOI DE DKVKLOl^PEMENT.

LA LOI DE rUOGUÈS.

sable et imperceptible par le fait. A cet égard l'hypothèse tant honnie de remboitement serait le symbole, grossier sans doute, mais fondé d'une vérité probable.

Je ne parle pas d'imaginations qui tenaient en même temps leur place dans la fantaisie philosophique : l'animalité du grand tout, sa nutrition, sa circulation, sa respiration, les copulations des globes, etc. Ces sortes d'idées faciles, arbitraires, ont des origines anciennes et nobles ; de grands esprits s'y sont complus, et elles vivent toujours, car elles manquent de réfutation dans la même mesure où elles manquent d'ai'guments. Plus vicieuse en un sens, la méthode qui part d'un monde machinal, inanimé, et se flatte d'assigner les causes de l'origine et de la marche de la vie à de certains éléments de structure particulière de ce même monde, a rendu de plus grands services à la science, et par suite à la critique, en obligeant l'entendement à se resserrer pour travailler avec plus de fruit. Cette méthode l'emporta sur toute autre à la fin du xviii^ siècle, ainsi que le prouvent les tendances les plus communes des savants du xlx^ J'en ai montré dans le système de Lamarck le produit le plus hardi. Il a suffi depuis de renoncer sagement à construire une cosmogonie biologique et de borner la recherche aux faits, la spéculation aux inductions d'ordre accessible. Deux problèmes assez vastes

déjà et assez difficiles sont posés, sans remonter, surtout directement, aux essences primitives : celui de la fixité ou de la variabilité des espèces, et celui de l'ordre de classement et de l'ordre de production des êtres vivants sur notre planète.

Après Bonnet et Lamarck, l'échelle des êtres fut envisagée comme réalisée progressivement dans le temps, et non plus comme un plan de création simultanée avec des palingénésies en réserve ou en partie accomplies. La classification naturelle des espèces , tant actuelles que détruites, devint de plus en plus l'objet des travaux incessants des naturalistes; mais on se posa en outre la question de la série historique des apparitions de la vie. On espéra, grâce aux découvertes de la géologie, saisir un progrès unique et peut-être rectiligne, dans la production de ces mômes espèces dont les rapprochements et les écarts, les analogies et les difi*érences tantôt favorisent et tantôt découragent un classificateur simpliste en regard des phénomènes présents. On s'attacha donc à vérifier Thypothèse d'un accord entre l'ordre de perfection des êtres engendrés sur la terre, et l'ordre de succession et d'ancienneté des terrains où se rencontrent leurs dépouilles. Une vue nouvelle et importante est venue exalter et, jusqu'à certain point, confirmer

ces grandes espérances : c'est la ressemblance

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