LA LOI DE PROGRES
observée entre les animaux, en apparence achevés, des règnes anciens, et les formes embryonnaires que les animaux qui les ont suivis traversent individuellement sous nos yeux dans leur développement fœtal et dans leurs métamorplioses. Chaque être, en son accomplissement provisoire, ne serait ainsi qu'une station et un point d'arrêt du mouvement général des formes de la nature. La série paléontologique se reproduirait dans la série des transformations que chaque individu subit à son tour. Une même loi régirait la succession des espèces et toutes les formations individuelles.
Ces théories ont été accueillies avec faveur par le public, toujours si empressé de demander à la science ce que la science ordinairement ne peut lui fournir, des satisfactions d'un genre tout autre que scientifique, et qu'une religion rebelle aux cosmogonies naturalistes refuse de donner à son nouvel appétit de croyance. Cependant, il ne paraît pas qu'une observation sévère ait établi réellement ni que les groupes séparés par des révolutions géologiijues soient fermement tranchés et se puissent classer dans Tordre des perfections relatives de l'organisation, ni que l'enchaînement des formes embryonnaires reproduise d'une manière assez délinie, assurée et nettement perceptible cette même échelle des êtres. La moindre rêllexion nous dira (jue la terre ayant été inha-
EN PALEONTOLOGIE.
bitable à une époque pour telle espèce supérieure, des espèces inférieures l'ont seules habitée alors. Puis, une certaine analogie générale étant donnée entre les formes, il n'est pas étonnant qu'il y ait ressemblance entre quelques animaux et les embryons de quelques autres. Je ne veux pas dire qu'il n'y a que cela de fondé dans la loi de progression animale, mais enfin tout le surplus jusqu'ici n'est qu'un mélange de faits, d'interprétations et d'hypothèses, et la loi s'offre en somme comme une grande anticipation de l'expérience. Aussi la plupart des savants demeurent-ils sur la réserve. Beaucoup nient formellement. Je ne sais si, parmi ceux qui apportent dans la question un esprit rigoureux, il y en a qui croient reconnaître dans ce cas les vrais caractères de la haute probabilité physique.
Si la loi paléontologique était définitivement acquise, si elle se vérifiait sans exceptions graves et sans découvertes à redouter (ce dernier point serait toujours inquiétant); si l'évolution embryonnaire, toute semblable à l'autre, s'observait avec la rigueur et la netteté qu'on désirerait, incontestablement un ordre nouveau et de vif intérêt s'ajouterait à nos vues sur la nature. Toutefois remarquons bien ceci : La matière, les moyens, les agents de la production et du renouvellement des êtres, en dehors de quelques conditions physiques et chimiques d'existence, et