‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 110 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

taine souffrance. Toutefois ces mouvements violents et impétueux, débarrassant les vaisseaux délicats ou grossiers d'engorgements incommodes et même dangereux, ne laissent pas d'exciter en nous des sensations agréables, sinon un vrai plaisir, qui se mêlent aux sensations douloureuses ; il en résulte un composé qui est ce qu'on appelle le sentiment du sublime , qui est comme une sorte d'horreur délicieuse, de tranquillité mêlée de terreur. Kant fait remarquer avec force que ce système, plein d'ailleurs de fines et profondes analyses, aboutit à détruire la beauté, puisqu'elle n'est plus qu'une sensation purement individuelle, sans principe à priori, c'est à dire général. Chacun trouve Beau et a le droit de trouver Beau tout ce qui lui fait une sensation agréable :

Sua cuique Deus fit dira cupido.

PIERRE CROUSAZ.

Grousaz, écrivain de Lausanne, a publié son traité du Beau en i 71 5 , bien antérieurement à tous les philosophes dont nous venons cle nous occuper. S'il n'était pas le premier auteur français qui ait écrit sur le Beau , nous n'aurions pas eu beaucoup de regret de ne pas mentionner son nom assez oublié, et de négliger l'analyse cle son livre qui l'est peut-être encore davantage.

Après avoir défini le Beau, l'objet qui excite en nous des sentiments agréables ou réclame notre approbation , Crousaz fixe le nombre des caractères du Beau en soi à cinq : la variété, l'unité, la régularité, l'ordre,

la proportion. Il lui semble que la variété s'entend assez d'elle-même , et il ne prend pas la peine de la définir. L'unité n'est pour lui que la relation des parties au tout. La définition des trois derniers caractères du Beau, qui, par leurs dénominations, semblent beaucoup se rapprocher, mérite d'être rapportée pour sa singularité.

La régularité est une similitude de position dans les parties, les unes par rapport aux autres ; l'ordre est une certaine dégradation, un certain affaiblissement du caractère de certaines parties, qui sert comme de nuance pour passer de l'une à l'autre ; enfin la proportion , qui comprend tout , est l'unité assaisonnée de variété, de régularité et d'ordre dans chaque partie. On peut conclure de ce livre peu philosophique, que la beauté c'est la proportion.

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