‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 116 sur 235 · SCHILLER · texte numérisé non relu

SCHILLER

Schiller distingue entre la grâce et la beauté ; il fait dépendre la beauté de la nature , la grâce de l'intelligence. « La nature, dit-il, a donné le Beau architectonique , l'âme le Beau du mouvement. La grâce est la beauté de la forme sous l'influence de la liberté , et c'est par le mouvement qu'elle se manifeste. La beauté architectonique est un don de la nature , la grâce un mérite personnel. Des mouvements purement physiques dans l'homme ne sont jamais gracieux ; mais il se peut que l'âme domine et anime tellement son corps

que la beauté même devient de la grâce, ou que la grâce en devient l'expression générale. »

La qualité esthétique des choses consiste dans la relation qu'elles ont à l'ensemble de nos facultés, sans être pour aucune d'elles un objet déterminé.

L'individu, comme l'espèce , traverse trois degrés de développements : ou bien l'homme est soumis à l'empire de la nature, et vit passivement sous le joug de la sensation ; ou bien il s'affranchit de cette puissance par la contemplation de la beauté, et bientôt il la dominera par la pratique de la vertu. Ce n'est que lorsqu'il est parvenu à apercevoir et à goûter le Beau que l'homme se distingue du monde, le pose hors de lui pour le contempler et en jouir comme d'une chose extérieure et étrangère à lui-même , et qu'il échappe à la sensation; c'est une réflexion, et cette réflexion est le premier rapport cle liberté de l'homme à l'univers qui l'avait jusque là dominé. La beauté est donc l'ouvrage d'une réflexion libre ; par elle nous entrons dans le monde des idées, mais sans quitter le monde sensible, comme il arrive dans la connaissance. La beauté est un objet pour nous, puisque la réflexion en est la condition ; mais en même temps aussi elle est un état du sujet, en ce que le sentiment est la condition de sa perception ; elle est forme objective en tant que nous la contemplons ; elle est vie, en tant que nous la sentons ; elle est , en un mot , tout à la fois état et action.

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