‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 117 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

SOLGER.

Le Beau n'existe que dans l'art ; il n'est point donné dans la nature ; c'est un produit de la conscience qui vient donner et imprimer sa forme à la matière. Si, malgré cela, on porte des jugements de goût sur la nature, c'est que nous la considérons comme une œuvre d'art, et Dieu comme un artiste.

Sans aller jusque là, on peut considérer la nature comme produite d'après les idées divines, et on concilie ainsi les principes qui semblent contradictoires : celui qui définit l'art l'imitation de la nature , et celui qui le définit la nature idéalisée. l

La philosophie de l'art a pour but de faire comprendre quelle en est l'essence, ce qui inspire l'artiste, quels sont les principes internes qui font de l'œuvre d'art une révélation déterminée de l'idée.

Là dessus Solger fait très brièvement l'histoire des théories d'esthétique, et l'on est étonné de trouver les noms de Quintilien, d'Horace et de Longin, écrivains exclusivement didactiques, unis aux grands noms de Platon et d'Àristote.

Disciple de Schelling, il adopte le principe de l'identité de l'objectif et du subjectif, des idées et des choses. La nature et le monde moral manifestent également, mais d'une façon diverse, la conscience divine. La beauté est la révélation de Dieu dans l'apparition essentielle des choses ; c'est l'unité de l'essence et du

1 L'idée de la beauté , a dit Winckelmann , est en Dieu , et de là elle se transmet comme phénomène aux choses individuelles.

444 PRINCIPES DE LA SClExNCE DU BEAU.

phénomène, perçue dans le phénomène. Tandis que rapporter la chose individuelle à sa notion , en faisant abstraction du phénomène, c'est en comprendre la vérité. D'un autre côté, faire le bien, ce n'est plus seulement contempler l'idée dans le phénomène, c'est la réaliser par l'action, c'est la produire par soi-même ; tandis que l'art se borne à l'exprimer, à la représenter.

L'art se distingue de la religion, avec laquelle il a d'ailleurs tant d'analogies. L'essence divine est leur objet commun , mais vu sous deux faces diverses : « alors que l'individu se voit lui-même, et que par là il voit le monde tout entier en Dieu , il y a religion ; et alors qu'il voit le monde extérieur, et que par là il se voit lui-même en Dieu, l'art existe. » Dans l'art, l'idée nous appartient ; dans la religion , nous nous anéantissons dans l'idée de l'essence divine.

Le principe du Beau n'est ni l'imitation de la nature, ni l'idéalisation ; c'est la conscience de soi, supérieure, où l'universel et le particulier sont reconnus pour identiques ; là , le moi pensant est un avec la connaissance des choses. Cette conscience de soi est intuition, en tant que l'universel et le particulier s'y réunissent ; idée, en tant que tous les deux , comme matière de la connaissance, s'y pénètrent et y coïncident. Cette idée constitue un monde supérieur, incompréhensible à l'entendement, qui ne se manifeste que par de certaines révélations. Le Beau est une de ces révélations.

L'idée du vrai va au delà du phénomène, pour concilier l'universel et le particulier, et les amener à l'unité. Le Beau n'a point à résoudre ces oppositions :

Page 1