‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 132 sur 235 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

perdent leur équilibre : cependant il y a place ici encore pour la beauté ; car la forme peut exprimer cette violence faite aux forces de l'être, cette rupture de l'équilibre de ses facultés; mais cette expression ne doit pas aller jusqu'à altérer l'unité du caractère , qui en est la vie, ni violer la beauté des formes, expression de l'excellence pure de l'essence.

La forme peut ne pas être parfaite sans que le caractère soit altéré ou moins vivant ; mais quand la forme est parfaite, elle est anéantie par sa perfection même; elle ne sert plus qu'à manifester l'essence : c'est le but suprême de l'art et le second degré de la beauté ; on l'appelle la grâce, c'est à dire une aimable essence qui ne laisse plus distinguer F opposition de la forme et de l'idée, qu'elle a su concilier, essence qui n'est ni spirituelle ni sensible, ou plutôt qui est à la fois l'un et l'autre.

Enfin, il est un troisième degré de la beauté, et c'est le dernier : c'est lorsque non seulement la forme est anéantie par sa perfection même, mais encore lorsque le caractère, c'est à dire la personnalité énergique de l'être qui s'affirme et se maintient libre en face des autres êtres , est supprimé ou dominé par un principe contraire , le principe du désintéressement et du sacrifice. Le dernier degré de la beauté est l'âme, dont la vertu triomphante peut s'envelopper de grâce et provoque l'amour. Par la vertu de ce principe , tout égoïsme disparaît; l'essence s'élève au dessus de la mesquine personnalité humaine; l'être efface, étouffe en lui toute individualité froide et petite, pour vivre

par les autres, pour les autres, dans les autres : c'est l'idéal du Beau moral, de la sainteté et de l'héroïsme. Ainsi, donner aux créations de l'esprit d'abord un caractère, puis la grâce, enfin une âme, c'est remplir la perfection de l'art et atteindre les plus hauts sommets de la beauté. Quant au ravissement que l'homme éprouve à la vue du Beau, il s'explique par la clarté soudaine avec laquelle il se souvient alors que l'essence de la nature est identique à l'essence de l'âme ; c'est un trait de flamme et de lumière qui lui révèle l'identique absolu.

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