‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 131 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

mande pas à l'inspiration , qu'elle vous emporte et vous ravit malgré vous, et qu'elle est bien voisine de ce délire sacré dont nous avons entendu toutefois Platon célébrer la sagesse. Il y a donc dans l'œuvre d'art , présentes et agissantes à la fois , une activité consciente et une activité inconsciente. '

Fils et produit de la contradiction de ces principes, gage de leur réconciliation, l'art représente, comme nous le disions, l'identique absolu. Le Beau est donc à la fois une forme et une idée , une forme engendrée de l'idée et sous laquelle on voit apparaître l'essence , c'est à dire l'élément général et intelligible des choses. Comme la matière qui les revêt est la proie d'une corruption inévitable, l'idée est ce qu'il y a de vraiment vivant en elle ; aussi toutes les créations de la nature n'expriment leur véritable essence , ne sont conformes à leur véritable idée , en un mot ne sont belles , qu'un moment court et rapide. Par une autre conséquence nécessaire , puisque l'idée est le seul principe vivant dans les choses , l'illusion , qui ne représente que les formes, qui, trompant les sens en les satisfaisant, ne laisse rien deviner ni chercher sous elles , est froide , pauvre, vide, morte. L'art, en donnant aux êtres une éternelle jeunesse, un corps incorruptible, loin de leur ôter rien de leur vérité , les révèle au contraire dans la plénitude de leur essence , qui n'est autre chose que l'excellence de leur être. Ce n'est pas l'individu dans un moment donné, c'est sa notion vivante ; car le temps

1 Le génie, dit Goethe , produit sans conscience : c'est un tisserand qui établit la chaîne d'inspiration et la trame avec réflexion.

n'est pas essentiel à l'être , et bien au contraire. Si la forme découle véritablement de l'essence , elle ne la limite ni ne l'altère ; car cette forme n'est alors que la mesure que l'idée ou la force créatrice s'impose à ellemême , afin de mieux manifester son intelligence et sa sagesse. Cette force qui réside dans l'être et par laquelle , en s'imposant une limite , il se sépare à la fois de ce qui n'est pas lui-même , le manifeste comme un tout en soi, indépendant vis à vis du grand tout : c'est le principe de l'individualisation et de la particularisation ; elle constitue ce qu'on peut appeler son caractère, sa personnalité propre. Il faut, dans les arts, bien s'exercer à distinguer le caractère propre des choses de leur côté positif et extérieur, le centre de leur être de leur surface. Le caractère, rappelons-le r est cette force d'individualité qui maintient au sein des êtres leur unité, leur personnalité, qui les empêche de se fondre ou de se confondre dans le grand tout.

Partout où se montre la forme , comme elle ne peut pas exister sans l'essence propre, le caractère doit être visible ou au moins sensible : c'est donc là un des degrés et le premier degré de la beauté. Le caractéristique est pour ainsi dire le principe générateur du Beau, la beauté dans sa racine. Le caractère n'est vivant que dans l'activité : c'est la réunion de plusieurs forces agissant constamment de manière à conserver un certain équilibre et une mesure déterminée à l'être, et à en former une unité vivante ; c'est la force au repos, engendrant la sérénité dans la forme. Mais si les passions se soulèvent ,. les forces violemment agitées

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