‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 134 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

avec elle. ' Avant de se réaliser parfaitement, cette idée parcourt des phases successives, et, pure abstraction au sein de Dieu, elle en sort pour parvenir, d'évolution en évolution, à la perfection de la réalisation, qui n'est autre chose que la destruction même de la réalité, c'est à dire un retour de l'idée à elle-même, et par conséquent à l'abstraction et au néant d'où elle s'était échappée au commencement et qui à la fin la dévore.

On voit que c'est l'idée qui tire d'elle-même la réalité, laquelle à ce titre est sienne et lui appartient en propre. C'est donc elle-même qui, par la réalité qu'elle s'oppose, se détermine elle-même. Le général, l'infini, en elle, se nie d'abord comme tel, et devient par conséquent le particulier ou le fini; cette particularisation à son tour se détruit elle-même ; car qu'est-ce que le particulier, si ce n'est au fond le général, limité ou déterminé par lui-même? Par cette évolution double, l'idée rétablit son unité divisée, et, tout en se niant et se distinguant, reste infime. L'idée véritable est la véritable et absolue réalité. Lorsque l'on considère l'idée dans son principe général, c'est la vérité; car elle n'existe pour la raison que par son caractère de

1 Hegel, Couk d'Esthète tom. I, p. 84. « L'idée n'est pas seulement l'unité abstraite et purement subjective de l'idée primitive,, mais en même temps son objectivité. C'est l'harmonieuse unité du subjectif et de l'objectif. » Il ne paraît pas que cette harmonieuse unité du subjectif et de l'objectif, au sein de l'idée véritable, diffère essentiellement de l'identité de l'être et de la pensée au sein de l'absolu. La notion éternelle de M. de Schelling, der ewige Begriff, idée et essence de l'âme, en même temps connaissance absolue, être seul vrai et seule substance. n'est-Ge pas déjà l'idée concrète de Hegel, et même Videa idearum de Spinoza?

généralité et d'universalité. Si, au contraire, l'idée reste confondue et identifiée avec son apparence extérieure et particulière, c'est la beauté. Le Beau, qui n'est que l'idée du Beau, est donc la manifestation sensible de l'idée et n'est rien sans l'idée. Ces deux éléments existent dans la beauté, et ils sont en elle inséparables ; aussi , le sens tout seul , la raison toute seule n'en saisissent qu'un seul côté, remarque que Kant avait déjà faite dans ses antinomies du goût. L'expérience prouve, en effet, à la fois que la discussion et le raisonnement peuvent rendre compte du Beau, et qu'il échappe toujours par quelque côté à la théorie et à la logique.

L'idée apparaît d'abord dans la nature. Dans la nature, le Beau c'est la vie : or, dans tout organisme vivant apparaît l'unité, qui est le caractère ou le signe même de la vie. Mais, premièrement, il ne faut pas que cette unité se présente comme un rapport de conformité entre des moyens et un but; au contraire, chaque organe doit paraître libre , malgré le rapport mutuel ; secondement, l'harmonie, dans cette indépendance, doit non pas seulement être comprise par la raison, mais encore visible, sensible, afin d'être goûtée comme belle : or, la réalité ne remplit jamais ces deux conditions d'une manière parfaite; chaque organe semble fait pour la fonction , et les deux éléments , sensible et idéal, n'apparaissent pas dans une parfaite harmonie visible ; le réel écrase l'idéal, et c'est cette imperfection même, cette impuissance du fini réel, naturel, pour réaliser l'infini, qui amène à concevoir l'art.

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