‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 135 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

L'art est donc un degré supérieur à la nature dans l'effort de l'idée pour se réaliser; c'est une phase, une évolution nouvelle.

Cette évolution , dans son ensemble , se partage en trois moments successifs et progressifs, qui représentent l'histoire des mouvements de l'idée pour se réaliser dans l'art ; elle s'y réalise d'abord dans la forme symbolique ; en second lieu, dans la forme classique ; un dernier mouvement produit la forme romantique.

La première période est celle où l'idée fait effort pour trouver une forme qui réponde à sa véritable essence, mais ne la trouve pas encore ; elle est alors obligée de se contenter d'une image qui représente l'idée, mais qui la représente mal, d'une manière confuse et équivoque : c'est le symbole. « Le symbole, suivant Hegel, est un objet sensible qui ne doit pas être pris comme tel qu'il s'offre immédiatement à nous, ni en lui-même, mais dans un sens plus général. » C'est plus qu'un signe, en ce que le rapport entre l'idée générale et l'objet sensible n'est pas arbitraire, mais naturel; c'est moins qu'une expression, en ce que les objets symboliques ne représentent pas l'idée entière , et en ce qu'ils peuvent en représenter d'autres qu'elle, ou même n'en pas représenter du tout. Au plus haut degré de cet art symbolique se présente le sublime, qui en est le caractère et l'excellence. Le sublime, en effet, n'est que l'impuissance de la forme essayant en vain de représenter une idée dont la grandeur la domine et la dépasse ; car cette idée n'est autre que l'idée même, l'essence absolue. Pour trans-

former les formes réelles du monde sensible en signes d'idées , et les plier à cette fonction pour laquelle elles ne sont pas faites, l'art symbolique est obligé de les gâter, d'en violer la beauté naturelle et la grâce imparfaite et naïve ; l'hostilité de la forme et de l'idée est manifeste et choquante. La grandeur de l'idée est d'autant plus apparente que la forme est plus impuissante à la reproduire ; de là les productions bizarres de l'art indou et de l'art égyptien, où l'on croit exprimer la grandeur par des productions massives , monstrueuses, colossales, démesurées. Telle est la première forme de l'art, à laquelle appartient aussi la poésie hébraïque ; mais la poésie est plus heureuse que les arts figuratifs ; car ceux-ci ne peuvent exprimer l'idée absolue que par des symboles impuissants qui la déshonorent et la mutilent plutôt qu'ils ne la manifestent : la parole seule peut aspirer à l'atteindre.

L'art classique succède à cette forme, en vertu de ce principe de mouvement qui anime l'idée, de ce besoin de dédoublement qui la pousse à se distinguer comme sujet et objet, et, par un retour sur elle-même, à s'affranchir définitivement des liens de la nature. Par ce retour sur lui-même, l'esprit acquiert et conserve la conscience réfléchie de sa nature et entre dans la plénitude de lui-même. L'idée se saisit dans sa réalité comme esprit, mais comme esprit particulier et fini; c'est par suite de ce mouvement que l'idée trouve enfin la forme qui répond à sa véritable essence. L'harmonie entre le fond et la forme est parfaite ; quoique sensible , condition indispensable de la beauté , la forme

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