QUATRIÈME PARTIE
inarbre. Ce badigeon, toujours grossier, ramène l'édifice de pierre à l'apparence d'une maison de bois, et semble être comme un rideau épais destiné à en cacher la misère et la ruine. Les peintures murales qu'on retrouve en Egypte sont à teintes plates, d'une seule couleur; elles n'ont aucune vérité de dessin; pas plus que celles qu'on a découvertes récemment à Pompéï, elles n'ont aucune valeur esthétique. Le temps a détruit toutes les œuvres des grands peintres de la Grèce et affranchi l'art moderne d'une comparaison qui aurait pu n'être pas sans danger; car je ne saurais, en l'absence de documents, souscrire à l'opinion de Hegel, qui affirme que la peinture étant un art romantique, les anciens n'en ont pas dû connaître la perfection. Le seul argument que donne Hegel, c'est que s'il en était autrement . sa classification serait détruite et son système compromis : je ne suis pas obligé de les respecter. ]\~ous sommes dans l'impossibilité évidente de juger de la peinture des anciens, par une raison qui me semble péremptoire : c'est que nous n'en avons pas conservé un seul ouvrage ; nous ne pourrons donc appliquer nos principes qu'aux œuvres de la peinture moderne. La peinture est un art véritable ; car elle s'explique par elle-même et produit des œuvres qui, bien qu'ayant une destination, sont parfaitement comprises sans elle, et auxquelles l'imagination peut facilement la restituer. Une vierge de Raphaël n'a pas sans doute été faite pour être placée dans un musée , et la dispute du Saint-Sacrement serait moins à sa place dans le palais d'un prince protestant ou dans l'hôtel d'un banquier israelit-
que clans les chambres du Vatican ; mais on les y admirerait avec un égal enthousiasme ; l'imagination pourrait , sans aucun effort , les replacer dans le milieu des objets et des idées où ils devaient être exposés, sans qu'ils perdissent, d'une manière sensible, de leur puissance et de leur valeur esthétique. 1 La peinture n'est pas dominée par cette fin qui la complète et ne la constitue pas. L'art plaît ici par lui-même ; il exprime directement le Beau, la vie, la force, la pensée, l'âme, sous une forme sensible et dans son excellence idéale : la peinture atteint le fond et réalise l'essence vraie de l'art ; elle exprime la nature, l'homme, et fait effort pour atteindre jusqu'à la divinité, au moyen d'une représentation, d'une image visible, mais qui ne peut ni ne veut produire une illusion complète. Son but est, par des formes et des couleurs, et les formes ne sont ellesmêmes visibles que par leurs couleurs , d'exciter l'âme à produire en soi l'idéal suscité par elle; pour cela, il faut que la représentation ne soit ni assez imparfaite pour que le spectateur ne puisse sans effort et sans peine achever l'œuvre de l'artiste ou n'ait qu'une faible idée de la beauté , ni assez parfaite pour que le sens trompé croie voir une réalité, et que l'esprit ne
1 Rappelons-nous qu'une destination trop précise et trop nécessaire énerve les arts. Ce qu'il faut aux représentations figurées des religions, ce n'est pas d'être belles, mais d'être fidèles aux traditions, d'être antiques et constamment les mêmes. Dans les églises d'Italie, ce ne sont pas les madones de Raphaël qui excitent la dévotion , mais un vieux tableau enfumé dans le genre byzantin. La statue la plus vénérée de Cybèle, au temps de la perfection de la sculpture grecque, était une pierre conique noire. Le type conventionnel donne aux figures une antiquité artificielle pour en augmenter la vénération. Les dieux ne veulent pas qu'on change leurs anciennes formes, surtout le visage, dit Tacite.