‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 84 sur 235 · PLOTIN · texte numérisé non relu

PLOTIN

Mais nous allons trouver dans Plotin une véritable théorie du Beau, une doctrine savamment construite et empruntée, comme toute la philosophie alexandrine, à la double source de Platon et d' Aristote , troublée par les idées et surtout par le style des théogonies orientales.

Nous venons de voir que pour Platon la beauté est une idée. L'idée étant l'essence même, le type intelligible des choses , et la forme intelligible étant la seule vraie forme des choses et leur vraie réalité , l'idée , l'être, l'essence, la vérité, sont des termes identiques qui n'expriment qu'une seule et même chose. Cependant chez Platon les idées , parfois considérées comme des êtres réels , sont aussi considérées seulement comme des entités logiques et abstraites, sans mouvement et sans vie. Il semble hésiter ; mais Plotin n'hésite pas, il n'éprouve aucune incertitude et ne laisse flotter aucun doute sur sa pensée ; il adopte , en le précisant et en le complétant, le système de Platon ; il fait de la beauté une idée , et de l'idée il fait nettement une âme,

une vie : or, dans le monde des idées , tout ce qui vit , pense , et tout ce qui pense est un ; car l'être véritable est la pensée, est l'intelligence. Si penser, si connaître, c'est mettre en rapport l'objet pensé et le sujet pensant ; si la vérité est nécessairement une adéquation entre ce sujet et cet objet, comme une chose ne peut être adéquate à une autre qu'autant qu'elles sont toutes deux de même nature, il est nécessaire que le sujet et l'objet soient de la même nature : or, le sujet étant esprit, c'est à dire un intelligible, il est nécessaire que l'objet le soit également, c'est à dire que l'idée se pense ellemême, comme l'avait déjà dit Àristote, et se réduise à la plus parfaite identité, 1 à la pure unité, dernière forme et souverain principe, bien suprême où tendent toutes les puissances douées de vie , pour en recevoir le complément et la perfection de leur nature.

Il résulte de là que la beauté étant une idée, l'idée étant un principe, une essence éminemment intelligible, la vérité et la beauté se confondent; le Beau n'est en chaque chose que son essence véritable, son idée vraie; de là ces propositions significatives : la beauté est la plénitude de l'intelligence ; 2 la beauté est la réalité et l'apparence de l'être. 3 Or, s'il en est ainsi, malgré quelques expressions contradictoires des Ennéades, on est amené nécessairement à cette conclusion : que la théorie de la beauté se confond, pour les néo-platoniciens, avec la théorie delà connaissance, et

1 Voilà en germe toute la théorie d'Hegel.

2 Ennéad., V, 8, 3.

3 Ennéad. . VI , 7, 5.

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