‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 106 sur 154 · SECTION. II. — TROIS ESPÈCES PRINCIPALES D'INSTIÏLTS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

SECTION. II. — TROIS ESPÈCES PRINCIPALES D'INSTIÏLTS RELIGIEUX

I. D'aprt'S ce qui vient dètre dit, on voit que tous les instituts religieux peuvent se rapporter à trois classes principales, selon qu'on y mùne la vie contemplative, la vie active, ou la vie mixte.

A la vie contemplative appartiennent les ordres purement monastiques, parce que leur lin directe et spéciale est de vaquer à la prière et aux exercices propres du culte divin. Le travail lui-même y est sulKjrdonné et rapporté à cette lin principale : tels sont les Bénédictins, les Chartreux, les Clarisses, les Carmélites, etc.

La vie active est le propre de ces nombreux instituts qui se livrent au soin des pauvres, des malades, ou à l'instruction et à l'éducation de renfance. Dans cette classe étaient aussi comptés les ordres qui se dévouaient au rachat des captifs, et les ordres militaires employés à la défense de la Chrétienté contre les inlidèles.

On appelle vie mixte celle où la contemphtion et

1. On petit lire de belles pages sur ce sujet dans les .Vaines d'accident, Introduction, par M. d<? "Montalcrnbert.

l'action s'unissent, en niarchant pour ainsi dire de front; alors les exercices de la vie contemplative donnent au relii^ieux les lumières et les jjrâces dont il a besoin pour lui-même et pour le prochain ; tandis que par l'action et surtout par les ministères du sacerdoce, il s'ellbrce de communiquer aux autres ces biens qu'il a reçus; et c'est ainsi qu'unissant étroitement le travail de sa propre perfection avec celui de la sanctitication du prochain, il imite la vie des Apôtres qui disaient d'eux-mêmes : « Pour nous, notre application constante sera à la prière et au ministère de la parole* ». A cette cla^se reviennent les ordres de saint Dominique, de saint François, de saint Ignace, etc.

Une remarque sérieuse à faire pour les religieux qui sont dans la vie active, c'est qu ils ont eux-mêmes un besoin essentiel d'emprunter à la vie contemplative une mesure convenable d'exercices spirituels; sans quoi, au milieu des occupations extérieures, ils seraient infailliblement en danger d'oublier ce qu'ils doivent à leur propre perfection, ou même à l'alTaire personnelle de leur salut, selon l'avis que leur donne le Seigneur : « Marthe, Marthe, vous vous empressez à beaucoup de choses ; or une chose, avant toute autre, est nécessaire-». Le monde qui admire la Fille de Charité et reconnaît le prix de ses services, trouve pourtant à redire à ses dévotions. Quand il lui reproche comme perdu le temps qu'elle

1. Xos autem orationi et ministerio verbi instantes erimus. Act. 6.

2. Martha, Martha, sollicita es, et turbaris erga plurima j porro unum est necessarium. Luc. 10,

leur consacre, il ne se doute m^'-me pas que sans cela il n'y aurait plus de Fille de Charité possible ; mais elle, pourrait elle partager cette grossit-re illusion, ou faire dans la pratique comme si elle la .partageait , en négligeant ses exercices spirituels ?

IL Si l'on veut établir une comparaison entre ces trois vies sous le rapport de la perfection, et entre les instituts qui les exercent, voici les principes que pose saint Thomas * :

La différence d'un ordre à un autre ordre se considère principalement d'après la fin propre de chacun, et secomlairernent daprès les moyens qu'il emploie pour l'obtenir. Celui-là est donc melUeur absolument qui se propose une meilleure lin. Ainsi un ordre qui s'applique à la vie contemplative est en soi meilleur que celui qui exerce la vie active; selon ce que le Seigneur disait à Marthe, sœur de Marie : « La meilleure part est celle que Marie a choisie » : car, selon les Pères, ces deux sœurs sont les figures des deux vies : Marthe représentant la vie active au service du divin Maître, et Marie figurant la vie contemplative.

On doit remarquer ici que l'esprit du monde ne juge pas des instituts religieux d'après ces principes, et par conséquent qu'il se trompe dans ses appréciations.

Il y a cependant certaines œuvres de la vie active qui découlent de la plénitude de la contemplation, comme la prédication et le .soin de la sanctilication

des âmes; et cela est meilleur que la simple contemplation : car il est plus parfait de communiriuer aux autres ce que l'on conteuq^le soi-nirme ([ue de se l>oriier à le contempler seul, comme il est meilleur d'éclairer que de luire seulement. C'est pourquoi les instituts où l'on joint au travail de sa propre perfection celui de la sanctilication du prochain, occupent le premier rang dexcellence parmi les autres ; et c'est, en effet, la vie qu'ont menée les apôtres, après le ç:rand modèle de toute perfection, Jésus- Christ lui-même.

Que si la fin de plusieurs instituts est également bonne et parfaite, la prééminence sejuge alors secondairement daprès les moyens d'obtenir cette (in. Et comme on n'établit pas les moyens pour eux-mêmes, mais pour la tin, il s'ensuit qu'on doit juger meilleures, non les observances plus rigides, mais celles qui sont mieux proportionnées à la tin de l'institut.

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