DU VOEU ET DE LA VERTU DE CUASTETÉ
D. A quoi s'oblige un religieux par son vœu de chasteté ?
R. Il s'impose deux obligations : la première, de renoncer au nnariage ; la seconde, d'éviter tout acte extérieur et intérieur, déjà défendu par le sixième cl le neuvième commandement de Bleu.
Le vœu de chastelé ajoute une nouvelle obligation à celle de ces deux commandeinenls, et si le religieux viole son vœu, il commet un second péché, de sacrilège, qu'il doit aussi déclarer en confession, à moins que le confesseur ne C(;nnai;se déjà le vœu qu'il a fait. En outre, il y a souvent dans la faule extérieure un troisième péché de scandale, qui attaque la religion et la charité, en couvrant toute une communauté religijuje de l'infamie alla:hée à ces sorles de péchés.
D. Toute infraction (!• la v rln o^!-i*]le anv^j im,^ violation du vœu de chastolt'?
R. Oui. et ici il n'y a point de distinction à faire, comme en maticre de pauvret») et d'obi-issance.
D. Tout péché contre la chasteté c>t-il toujours péché mortel ?
R. Oui. des lorsque c'est un acte pleinement consenti et directement défendu par le sixième ou le neuvième commandement, et il ne peut y avoir en ce point légèreté de matière: tels sont non-seulement les actes extérieurs, mais encore les complaisances intérieures et les mauvais désirs, quand ils sont complètement délibérés et volontaires.
D. Toute pensée ou impression mauvaise est-elle coupable?
R. Pour qu'elle soit coupable, il faut qu'il y ait attention de l'esprit et consentement de la volonté.
Il peut exister en nous deux sortes de pensées mauvaises, l'une qui sort de noire propre volonlé el que nous produisons ou enlreUnons librement nous-mêmes par afifeclion au mal ; l'aulre qui vient de l'ennemi du salut ou du mauvaiii penchant qui est en nous malgré nous-mêmes. La première nous appartient, el nous en avons la responsabilité devant Celui qui lit au fond de nos âmes; la deuxième ne nous appartient point, nous n'en somii.es pas responsables, tant que nous ne la voulons pas, que nous lâchons de l'exclure, que nous n'y consenlinis pas. Il y a même plus: car si nous résistons a la mauvaise pensée, bien loin d'olTenser Dieu, nous avons le méiite de la victoire, et ce mérite est d'autant plus grand que la tentation se montre plus opiniâtre.
Il en faut dire autant des impressions mauvaises qui pourraient survenir dans les sens. Nous ne réj ondrons que de celles dont nous aurons été cause, ou auxquelles ia volonté aura pris une libre part ; mais celles que nous désavouons
de tout notre cœur ne piuvent aucunement nous rendre c>u'>ab es; ellessont même a ors un exercice de \erlu, pjr l'horreur qu'elles nous caustMil et par l'empressement avec lequel elles nous font recourir à L)ieu.
D. Outre les péchés direcleuient contraires à la chasteté, n'y en a-t-il pas d'autres qui la blessent aussi, du moins indirectement ?
R. Oui, ce sont les actes extérieurs ou intérieurs qui y préparent, et ceux qui nous y exposent à raison de notre fragilité.
Telles sont les libertés que Ton donne à ses pensées ou à ses sens, et qui deviennent des péchés plus ou moins graves, selon qu'elles créent un danger plus ou moins prochain de consentir au péché impur.
D. Donnez quelques éclaircissements sur cette matière délicate, et d'abord quant aux actes extérieurs.
R. Pour les yeux, il y a les immodesties, les regards trop libres et les lectures dangereuses.
Pour les oreilles, il y a les complaisances à écouter ce qui ne convient pas, à accueillir des flatteries, des compliments suspects et des expressions d'une tendresse trop vive.
Pour la langue, il y a les paroles équivoques, peu décentes, trop afl"ectueuses, soit qu'on les exprime de vive voix ou par écrit ^ il va encore les chansons mondaines et profanes, bien plus répréhensibles sur des lèvres consacrées à Dieu.
Pour le toucher, il y a les familiarités, les jeux de mains, et autres témoiguages d'afTection sensible.
Ces choses sont toujours fort dangereuses, principalement si elles viennent d'un attachement déréglé.
D. Ajoutez ce qui regarde les actes intérieurs.
R. Pour les actes intérieurs, il y a les souvenirs dr^ fa mémoire ou les représentations séduisantes de Vimngin'ition, même sans qu'il y ait encore complaisance directe de la volonté au mal lui-même. De la part du cœur enfin, il y a les afTections trop tendres et les amiliés sensuelles.
Un religieux doit avoir toutcela en aversion, comme plein de périls pour lui, et compromettant déjà plus ou moins gravement la vertu angélique.
D. Un acte qui paraîtrait moins coupable dans une personne du siècle ne peut-il pas devenir un péché grave dans un religieux ?
R. Oui, à raison du scandale que peut donner facilement une personne consacrée au Seigneur : par exemple, il en sera très souvent ainsi des relations douteuses ou suspectes qu'on se permettrait entre personnes de sexe différent
ARTICLE IL nr.3 MOYcxs de conserver intacte la chasteté
D. Que doit-on faire dans les tentations intérieures ?
R. Il faut aussitôt prendre le bouclier et les autres
arme> (Je h foi: c'est-à-dire se rappeler vivement la présence de Dieu , implorer son secours avec conliance, et puis combattre résolument et sans trouble.
D. Ne faut-il pas quelque chose de plus dans les tentations extérieures?
R. 11 est de plus indispensable de fuir l'occasion du péché, et même c'est souvent alors un devoir grave de conscience d'en avertir les supérieurs.
D. Quels sont les préservatifs nécessaires à la chasteté?
R. On peut les réduire à sept, savoir : La garde des sens, la fuite de l'oisiveté, celle de.= occasions, la promptitude à repousser la tentation, le soin d'éviter les amitiés sensibles, la tempérance etTouverture de conscience. Chacun de ces préservatifs demande quelques mots d'explication.
D. Revenez sur le premier préservatif.
R. Le premier préservatif est la garde des sens, et spécialement la retenue dans les regards : car le Saint-Esprit nous avertit que nos sens sont les fenêtres de notre âme, et que c'est par là aue la mort y entre facilement.
D. Indiquez le second préservatif.
R Le second est la fuite de l'oisiveté : ne soyez point désœuvré ni rêveur ; fjue lennemi vous trouve toujours occupé, et ses tentations seront rares ou impuissantes.
D. Eu quoi consiste le troisième préservatif?
R. Il consiste à éviter les occasions : car, dit le Sage, celui qui uimc ledanqcr y périr t. Pour un reliirioux. c'est un devoir de fuir le contact du monde, ûuf les cas de vraie nécessité : il y serait plus exposé 1 1 plus vulnérable peut-être que les séculiers euxiiiênies. A plus forte raison doit-il être fidèle aux précautions que commande la règle, surtout pour les rapports avec les personnes d'un autre sexe.
D. Quel est le quatrième préservatif?
R. Le quatrième est la promptitude à arrêter la tentation dans son principe; on secoue un charbon de feu aussitôt qu'on le sent, sinon il brûle et prépare un incendie : d'ailleurs il est bien plus facile de se débarrasser d'une première impression, que lors- ([u"elle a déjà pénétré dans l'âme.
D. Quel est le cinquième préservatif ?
R Le cinquième est de tenir son cœur à l'abri des affections trop humaines et de fuir les amitiés sensibles: celles même où l'on ne croit pas voir de ma commencent par amollir l'âme, et bientôt elles allu ment la concupiscence.
D. Indiquez le sixième préservatif.
R. Le sixième est d'éviter toute intempérance, principalement dans le boire.
D. Quel est le septième préservatif?
R. Le septième, et celui qu'il faut recommander davantage, parce qu'il garantit l'emploi de tous les autres, c'est d'avoir tuuiuurs une crande ouverture
(le cœur et une sincérité parfaite envers les guides '!o >«ni âme, c'est-à-dire envers le confesseur et le siil)érieur.
D. Ne peut-on pas encore signaler d'autres moyens efficaces pour mieux se conserver dans la pureté '^
R. Oui, voici encore cinq moyens d'assurer en nous la vertu angélique :
1*» L'humilité, qui fera craindre les louanges et fuira toute recherche dans les vêtements et la tenue, (jui maintiendra l'âme dans la défiance d'elle-même, et attirera ainsi le secours divin sans lequel on ne peut être chaste, selon ce qui est écrit : Dieu résiste av.r superbes, mais il donne sa grâce aux huwbks ;
2° L'amour de la mortification et de la prière ; ce genre de démon, dit Notre-Seigneur, ne se chasse que par la prière et le jeûne ;
Z'* La pratique exacte des règles de la modestie;
4^^ De même, la lidélité à toutes les autres règles et aux moindres devoirs de son état : par là, notre âme se maintient dans son énergie, et, selon la parole de Xotre-Seigneur, celui qui est fidèle dans les petites choses te sera aussi dans les grandes;
o'^ Une grande dévotion à Marie, la Reine et la protf^lrice spéciale des vierges.
ARTICLE m.